Le consommateur, Internet et les asymétries d’informations

Le cas qui va suivre n’est pas nouveau et fera écho par ailleurs à vos propres expériences d’internautes patentés (et puis, une démonstration un peu scientifique à la place de quelques intuitions, cela ne fait pas de mal de temps en temps). Je l’ai découvert dans un livre à succès réédité récemment en poche, Freakonomics (et néanmoins tendancieux, à lire avec précaution – ce à quoi les auteurs n’invitent pas). Comment à la fin des années 90, le prix de l’assurance décès à terme s’est effondrée, alors même que les prix d’autres types d’assurance (maladie, auto…) augmentaient ?

C’est à peu près en ces termes qu’est formulée la question de départ de deux économistes Jeffrey R. Brown et Austan, ( “Does the Internet Make Markets More Competitive? Evidence from the Life Insurance Industry,”, disponible ici en working paper). A partir des données recueillies, ils montrent que cette baisse des prix de l’assurance décès est étroitement corrélée aux consultations de sites comparateurs ad hoc qui fleurissent au printemps 1996. La comparaison est d’autant plus aisée que ce produit a la particularité d’être assez homogène d’une société d’assurance à l’autre, le prix étant la caractéristique discriminante. Leurs principales conclusions sont les suivantes :

  1. plus un groupe donné a adopté Internet rapidement plus les prix ont baissé pour cette catégorie de clients;
  2. la massification de l’usage d’Internet entre 1995 et 1997 a fait baisser les prix des assurance vie dans une fourchette située entre 8 et 15%. (les auteurs estiment le surplus consommateur entre 115 et 215 millions de dollar par an).
  3. A terme, la dispersion des prix semble diminuer.

La conclusion de ce papier, nous pouvons tous dès lors l’imaginer. Mais comme j’ai découvert ce papier via le bouquin de Levitt et Dubner, je terminerai par une courte conclusion de leur cru :

Dans toute transaction, il est courant qu’une partie soit mieux informée qu’une autre. Dans le jargon économique, on parle alors d’asymétrie de l’information. Il est globalement dans le système capitaliste qu’une personne (en général un expert) en sache davantage qu’une autre (en général un consommateur). Mais avec l’arrivée d’Internet, d’innombrables asymétries de ce type ont disparu. (…) Internet a permis ce qu’aucun organisme de défense du consommateur n’a su accomplir: réduire considérablement le fossé séparant l’expert de l’acheteur lambda.

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3 réponses à “Le consommateur, Internet et les asymétries d’informations

  1. Bonjour
    C’est amusant, un exemple emprunté dans l’orbe de l’assurance et qui plus est l’assurance décès. Et en ce sens parler d’asymétrie de l’information c’est ingénieux, comme une métaphore de l’asymétrie patient/soignant en ce qui concerne la maladie, son étiologie, ses possibilités thérapeutiques. Je devine que c’est bien l’information qui peut résoudre l’asymétrie, du moins la réduire. Mais si le produit assurance ne change pas d’une société à une autre, c’est juste être un tout petit peu plus malin de chercher le meilleur prix mais non pas maitriser comme sujet légitime tous les termes du contrat que l’on s’apprête à sceller. Chercher à maîtriser les termes du contrat d’assurance devrait l’emporter sur le fait de trouver le prix le plus compétitif,.. Le sentiment d’avoir rondement mené son affaire peut faire illusion mais pas très longtemps. L’asymétrie demeure, ne serait-ce que par l’usage d’une langue qui exerce une emprise parce qu’elle n’est pas toujours intelligible à l’assuré potentiel. Ou bien on peut convenir en amont d’un surcroît de symétrie dans l’information et d’une constance de l’insécurité en cours de transaction. C’est une question qui me retient relativement à l’information médicale sur internet surtout.
    Ma préoccupation est celle-ci, y a-t-il une singularité de l’usager internet autre et spécifique ? Je ne sais pas bien comment l’exprimer si ce n’est que le terme « internaute » me surprend. Comme un manteau de lucidité ? Sommes-nous plus éclairés en usant internet qu’en usant de la télévision par exemple ? Je crois qu’il s’agit de consommer de l’espace sans trop de scrupule, selon des modalités différentes, mais toujours consommatoires.
    J’aimerais bien me tromper.

  2. Emmanuel Bruant

    Attention, asymétrie de l’information est avant tout ici employé au sens économique, exploré entre autres par Akerlof (pour lequel, entre autres, il a reçu le prix Nobel). Pour donner un peu plus de sens social à cette question, effectivement, cette notion n’est pas forcément la plus intéressante.
    D’autre part, internaute est ici employé dans un sens trés large (comme les lecteurs pour un livre; les spectateurs pour une pièce; les téléspectateurs pour le petit écran). Je ne sais comment vous répondre, ni si cela vous semblera satisfaisant, mais il me semble que, de par les caractéristiques de l’internet, l’internaute a au moins une différence avec le téléspectateur : l’information à laquelle il est confrontré a plus de chance d’être choisie que subie.

  3. Dans l’optique du papier, notre cher gouvernment mets en avant la lutte pour le pouvoir d’achat mais je pense oublie un levier interessant :

    http://guerby.org/blog/index.php/2006/11/19/129-inflation-et-transparence

    En France l’INSEE pourrait parfaitement publier ses relevés de prix brut, comme le fait sur un sous-ensemble de produit le groupe Leclerc via le site quiestlemoinscher.com.

    8% de baisse des prix générale suite à la mise a disposition des relevés INSEE ? Sans doute pas, mais il y aurait une baisse.

    J’ai lu quelque part (je ne retrouve plus ou) qu’un groupe de consomateurs a été suivi au niveau de leur déplacements dans le cadre d’une étude sur la politique de transport. Pas mal de consomateurs se sont alors rendu compte du prix relatif de leur voiture vs les transports en communs et se sont mis aux transports en commun.

    Information et inflation :)