Archives mensuelles : novembre 2007

Grèves / mouvement social : l’expression des opinions sur Facebook

RATP

Groupes Facebook ayant trait aux mouvements sociaux actuels, classés par nombre de membres (mise à jour : chiffres de dimanche 18 à midi… ça évolue vite) :

Les Français appellent le gouvernement à tenir bon contre les grèves : 13 772 membres

Remplacement des connards de la SNCF et de la RATP par des machines : 11 206 membres

J’emmerde les cheminots et leurs régimes spéciaux : 6 760 membres

Collectif contre la grève des transports du 13 novembre : 4 710 membres

Contre la grève du 20 novembre : 3 613 membres

Appel à manifester contre les blocages des syndicats : 3 241 membres

Stop la grève : 2 886 membres

Contre la grève du 13 novembre : 1 923 membres

Contre les blocages des Universités et pour la liberté d’étudier : 1 808 membres

Contre les grèves : 1 465 membres

J’emmerde la RATP, la SNCF et leur grève : 1 162 membres

Pour le massacre des grévistes de la RATP : 1 098 membres

On s’arrête aux groupes de plus de 1000 membres. Le premier groupe pro-grèves, sauf erreur, a 256 membres. De toute évidence, les avis favorables au mouvement social sont inaudibles sur Facebook.

Qu’en conclure ?

Ces chiffres, en valeur absolue, sont faibles (quelques dizaines de milliers de personnes expriment leur hostilité aux grèves sur Facebook). Mais en valeur relative, il me semblent assez élevés :

- cela place les groupes anti-grèves plutôt haut dans la hiérarchie des groupes Facebook, au regard des autres groupes Facebook « généralistes » et notamment des blockbusters que sont le Comité de lutte contre l’union du slim, de la Tecktonik et de la coupe Mulet (36 000 membres) ; la Fédération Française de l’apéritif (33 000 membres) ; Contre les cons qui restent immobiles à gauche dans l’escalator (LE groupe qui monte, 28 000 membres) ; Je ne dis jamais « desfois, je vais au coiffeur » (27 000 membres) ; You know you’re from Paris when… (24 000 membres), etc.

- surtout sur un espace peu politisé comme Facebook. Rappelons que Facebook déclare 754 000 membres situés en France, dont moins de 90 000 déclarent leurs opinions politiques (57 000 « liberal » = de gauche, 23 000 moderate, 8 000 « conservative » = de droite)

Est-ce la fameuse France sarkozyste décomplexée ? Est-ce le résultat d’un brainwashing des Journaux télévisés ? Le reflet d’une impopularité du mouvement ? Ou juste le résultat du biais socio-professionnel Facebook (connectés à Internet / parisiens) ?

En tout cas ce qui se passe sur Facebook ne me semble intéressant qu’à titre d’observation de l’expression des opinions, et non en tant que territoire d’influence. Autrement dit, Facebook nous apprend des choses sur l’opinion, mais ce n’est pas là que ça se passe.

Et est-ce que ça se passe dans la rue, dans les JT, sur le net ? La réponse m’intéresse, mais pour le moment je ne la connais pas…

Grève et rapport de forces off contre on-line : le cas du blocage de Paris I

rubrique-1_01.gifVu chez Rue 89 : une consultation en ligne sur le blocage de la fac. Cette initiative de la présidence de l’université de Paris-I n’a rien d’anodine : elle permet de contrebalancer le rapport de force mis en place par les étudiants en grève (pour voir le communiqué de presse de la présidence, c’est ici; pour voir d’autres réactions issues du site Bella Ciao c’est par et ).

Dans la tradition syndicale étudiante, bloquer des bâtiments, organiser de manière très cadrée les Assemblées Générales, assurer le bon déroulement des manifestations et les prises de paroles médiatiques sont autant de manière pour rendre visible un rapport de force en leur faveur. Pour les autres, être contre signifie généralement ne pas avoir les moyens ni les lieux pour réagir, s’organiser et s’exprimer. Les syndicats ont la capacité d’aggréger autour d’eux. Les étudiants non favorables au blocage, eux, votent plutôt avec leur pieds. Tous ceux qui ont été étudiants et intéressés par les questions universitaires trouveront bien un exemple de la difficulté à prendre la parole dans une AG, à entamer une discussion contradictoire et être tout simplement écouté. D’où, généralement, l’instauration d’une spirale du silence du côté des étudiants non convaincus d’un arrêt des cours.

Une consultation sur Internet, faites dans les formes, rend ainsi plus aisée l’expression de tous et dans le cas présent la reprise en main de l’initiative par l’institution universitaire (même si dans ce cas, je suis très sceptique sur la manière dont la question de la consultation a été formulée). Les résultats diffusés aggrégent les voix contre le mouvement. Ils rendent visibles et appréhendables une autre opinion. Avec Internet, ce sont aussi les manières de donner de la voix, d’exprimer son opinion qui changent et rentrent en concurrence. Instrumentalisé ou non, c’est peut-être aussi ça le cinquième pouvoir ?

Mise à jour de François, 17/11 : nous avons la réponse de Thierry Crouzet à cette question. 

Wikipedia ou Pierre Assouline : comment rectifier son erreur ?

25-assouline.jpgPierre Assouline, dont je lis et j’apprécie le blog depuis son ouverture, s’est fait un contempteur de wikipedia, avec des billets aux titres évocateurs: l’Affaire Wikipedia, de l’irresponsabilité de wikipedia, tous les wikipédiens ne sont pas tous désintéressés, la fiabilité de wikipedia en question.

Comme j’ai savouré ses chroniques sur France Inter, je lis également Pierre Assouline dans Le Monde 2. On lit en page 7 du numéro de ce week-end, dans un corps de texte minuscule l’information suivante : un photographe a contacté le journal pour rectifier une information à partir de laquelle Pierre Assouline avait écrit toute sa chronique.

725px-origine-du-monde-inisheer.jpgLe journaliste écrivain chroniqueur enseignant critique blogueur reprenait une information du Canard Enchaîné : lors de sa visite de la rétrospective Courbet, notre président aurait tout fait pour éviter d’être photographié devant le tableau à l’histoire sulfureuse, L’Origine du Monde. Ce qui lui faisait écrire, le 3 novembre 2007, dans le n°194 du Monde 2:

« Pas question de photographier le futur ex-époux de Cécila S. devant ce sexe en majesté. On imagine l’usage que les médias et, à défaut, la blogosphère en auraient fait. Le président a probablement été filmé et photographié devant toutes les oeuvres de Courbet sauf une. Une telle aventure ne pouvait advenir qu’à L’Origine du monde« .

sarkozycourbetsipapress1194633142.jpgProblème. Jacques Witt, un des photographes présents a manifestement expliqué au journal que le service de presse de l’Elysée n’a rien demandé de tel et qu’une photo du président face au tableau est bien disponible dans plusieurs agences. La preuve en image se trouve sur le blog de Gilles Klein (et reproduite ici même avec son aimable autorisation).

Alors, Pierre Assouline, est-ce bien sérieux ?

  1. Deux semaines pour corriger une erreur (Gilles Klein nous en avait averti dès le 9 novembre)
  2. Un entrefilet pour contrebalancer la chronique d’une page tout entière consacrée à ce sujet.

Je ne sais si pas Wikipedia fait mieux. En tout cas, l’encyclopédie ne fait pas moins bien : tout simplement parce que la réponse est corrigée dans un cadre équivalent à l’erreur. Il n’y a pas deux poids deux mesures dans la rectification, contrairement à la presse écrite.

Et, on imagine que Pierre Assouline au regard de sa propre expérience (l’erreur est humaine n’est-ce pas? et les histoires de l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours on en connaît) sera d’accord avec Elisabeth Levy qui a récemment publié un billet au titre suffisamment clair : Wikipedia, royaume de l’impunité, pas davantage que les journaux. Que faut-il ajouter après cela? Lire le billet de maître Eolas consacré à cette décision de justice et qui clarifie bien les choses.

(je reviendrai prochainement sur le livre de ses étudiants de Science Po et dont il a assuré la préface, mais mon libraire ne l’avait pas encore reçu et comme j’aime aller chez mon libraire… j’attends).

PS : histoire de vous assurer que je ne raconte pas des histoires, vous pouvez toujours aller faire un tour du côté du Phare qui a suivi de près cette anecdote depuis le début.

« Le (marketing du) bouche à oreille vaut 1 milliard de $ »

« Word Of Mouth worth 1 bn $ ». C’est une étude de PQ Media qui le dit (trouvé chez Olivier Mermet). Voir cet article chez Advertising Age.

Que dit cette étude ? Que les dépenses en « marketing du bouche à oreille » (1) croissent de façon exponentielle, qu’elles représentent aujourd’hui 1 milliard de $ et et qu’elles devraient représenter 3 milliards de $ d’ici 4 ans.

(donc : ce n’est pas le BAO qui vaut 1 milliard ; ce sont les dépenses en BAO qui s’élèveraient à 1 milliard, nuance…)

Pour autant, il ne faut pas se laisser impressionner par les chiffres : ces dépenses représenteraient 0.4% de la catégorie « marketing services » (qui inclut le marketing direct et les relations publiques).

Reste à savoir ce qu’on entend exactement par marketing / stratégie de bouche à oreille. Advertising Age parle ce ce qui « encourage les consommateurs à parler des produits et services ». La Word Of Mouth Marketing Association (WOMMA) présente un nuage de mots qui laisse entrevoir un spectre extrêmement large. Wikipedia l’associe au marketing viral.

On ne saura pas non plus en lisant l’étude puisqu’elle est payante. Il faudra se contenter du communiqué de presse. Au final, on ne sait pas bien quelles techniques le Word Of Mouth Marketing recouvre, ni quelle méthodo a été employée. Simple coup de pub ? L’étude a été présentée au cours du congrès annuel du WOMMA…

En tout cas il paraît logique que le bouche à oreille soit puissant (Lazarsfeld, 1948 : « Plus que tout, ce sont les gens qui font bouger les autres gens » – merci Emmanuel) ET se développe.

Et les explications à cette croissance ne sont certainement pas différentes de celles-ci.

(1) On ne pourrait pas dire les « stratégies de bouche à oreille ? » : il y a comme quelque chose de parfaitement antinomique entre « marketing » et « bouche à oreille »… comme dans « marketing viral » d’ailleurs.

10 reasons why PR provides the best online communication

(This is an English translation of a French post. Original -with links- here)

(Ceci est une traduction d’un post en français. Original -avec les liens- ici)
For some time I’ve been meaning to write a little note outlining the benefits of online PR. So here we go, with this catchy title: ten reasons why we PR professionals provide the smartest online service :-)
Based on the customer’s objectives (generating traffic or sales, enhancing public image, etc.), the ten reasons are:
1. “Eyeballs” dodge online advertising. They go straight to the content. Eye-tracking surveys are astonishing in this respect. Moreover, refer to the Ipsos Australia study of November 15: “Internet users becoming adverse to advertising”.
2. Content cannot be purchased. Not without taking a serious risk.
3. Free advertising from “the buzz” is more of a myth than anything else.
4. It turns out, the Internet is not a mass media. It is made up of a set of affinity networks know as – exaggeratedly – “communities”. The Web is a highly decentralised realm, in which one needs to identify opinion leaders and know how to address them. According to Arthur Kannas, founder of the Heaven agency:

“Our vision takes the decentralised nature of the Web as its starting point. We believe it is better to teach brands to take into account all the places where their consumers are, rather than make them spend a lot of money to take them to a single place, for instance a brand website.”

5. User-generated content is credible. The brand is not alone in expressing itself, audiences gain a share of voice.

6. To address audiences effectively, one needs non-intrusive, interactive, personalised and sincere relations. Bad practices create bad noise.

7. Search engines have become reputation management systems. They only offer up “official” information as one of many sources, so it’s better to generate coverage than be subjected to it.

8. Take a look at the tips for website referencing suggested by online experts: their leitmotiv is always the quality of the content.

9. Even a purely technical reading of referencing criteria take us back to good PR practices. In particular, incoming links are an important factor – and what’s the best way of generating incoming links if not… a PR campaign?

10. Web-writing is not so specific. What’s important is… writing well.

It is quite clear that “PR lives”. Of course, everything I say refers to good PR. The kind that respects its audiences and follows Seth Godin’s brilliant rule:

“So, the smart PR folks (the successful ones) struggle to make their lists smaller and smaller. The lazy ones just try to make them bigger.”

10 raisons pour lesquelles les RP sont le meilleur de la communication online

Cela faisait longtemps que je voulais écrire un billet pour évoquer de façon globale l’intérêt des RP online. Nous y sommes donc, avec cette accroche très… marketing : 10 raisons pour expliquer pourquoi ce que nous, gens de RP, faisons, est tout simplement le meilleur et le plus intelligent de ce qui peut se faire en ligne :-)

Donc, par-delà les objectifs posés (trafic, image, vente…), les 10 raisons sont :

1. L’oeil de l’internaute évite la publicité. Il va droit au contenu. Exemples sidérants d’eye tracking ici ou . [update 15/11 : étude Ipsos / Australie : "les internautes deviennent publiphobes"]

2. Le contenu, ça ne s’achète pas. Ou alors on prend des risques.

3. Le buzz dont on pensait qu’il constituait une forme de publicité gratuite est un mythe.

4. Non, le web n’est pas un média de masse. Il est constitué d’un ensemble de réseaux affinitaires qu’on appelle (un peu abusivement) des communautés. C’est un espace profondément décentralisé dans lequel il faut être capable d’identifier des influenceurs et de savoir leur parler. Je cite Arthur Kannas d’Heaven :

« (notre) vision (est) centrée depuis le départ sur le caractère décentralisé du web. Nous pensons qu’il vaut mieux apprendre aux marques à prendre en compte l’ensemble l’ensemble des lieux où leurs consommateurs sont présents, plutôt que de leur faire dépenser beaucoup d’argent pour les amener sur un seul lieu, qui peut être par exemple un site de marque. »

5. Le contenu « user generated » est crédible. La marque n’est plus seule à s’exprimer, les publics gagnent en part de voix.

6. Pour bien parler à ses publics il faut des relations non intrusives, interactives, personnalisées, sincères. Les mauvaises pratiques créent du mauvais bruit.

7. Les moteurs de recherche sont devenus des systèmes de management de la réputation : la réputation se fait par les résultats qu’ils indiquent, qui ne proposent l’information « officielle » que comme une source parmi d’autres : mieux vaut donc générer sa couverture que de la subir.

8. Regardez les « tips » des conseils en référencement que l’on trouve un peu partout sur le web : on en revient toujours à la qualité du contenu.

9. Même une lecture technique des critères de référencement nous renvoie à des bonnes pratiques RP. Je pense notamment à l’importance des liens entrants car qu’est-ce qui permet d’avoir des liens entrants si ce n’est… une campagne RP ?

10. L’écriture web n’est pas si spécifique que ça. Ce qu’il faut avant tout… C’est savoir écrire.

J’ai donc beaucoup plus envie de dire « PR is alive » que « PR is dead ». Evidemment tout ce que je dis repose sur l’idée des relations publiques au sens noble du terme, bien pratiquées, dans le respect du public et qui ont fait dire à Seth Godin cette phrase que j’adore :

« So, the smart PR folks (the successful ones) struggle to make their lists smaller and smaller. The lazy ones just try to make them bigger. »

(update 16/11 : il semble heureusement que nous soyons un certain nombre à être d’accord là-dessus)

Au final, est-ce qu’il ne serait pas temps de se dire que le web 2.0, en redonnant la parole aux publics, fait (re)découvrir les relations publiques, une discipline naturelle, aux communiquants venus de tous horizons… et notamment du marketing ?

Session de rattrapage pour les néophytes : c’est quoi au juste les RP ?

On parle ici d’une discipline de la communication, les relations publiques, ensemble hétéroclite encore synonyme de petits fours pour certains, mais qui consiste surtout à établir, construire, entretenir etc. des « relations efficaces avec des publics utiles ».

Les RP englobent les relations médias, on les définit parfois comme les relations avec les influenceurs, ou comme le « hors media » puisqu’elle supposent de mener ces relations sans achat d’espace.

Au-delà de ça, il faut comprendre que les RP bien pratiquées consistent à :

- délivrer un ensemble de messages (parfois approfondis, complexes, ce qui suppose une bonne capacité à écrire)

- de façon ciblée à des publics (journalistes, leaders d’opinion, publics spécialisés comme les médecins…)

- réellement susceptibles d’être intéressés par ledit message (ce qui suppose une bonne capacité à « entrer en relation », donc une connaissance très fine de ces publics).

On délivre de l’information, on échange avec les publics et à la fin le client nous demande combien d’argent il a gagné et on s’étripe avec lui parce que là n’est pas la question :-)

Être ou ne pas être du « monde réel » (à propos d’un décryptage de Judith Bernard)

Savant décryptage d’un débat télévisé chez Christine Ockrent par Judith Bernard. Elle décrit un prémisse argumentatif très récurrent dans la formation des opinions, celui du « monde réel »: certains d’entre nous vivraint dans le « vrai monde » tandis que d’autres ne feraient pas face à ce « monde réel ». La place de celui qui est dans le monde réel et de celui qui ne l’est pas s’inversant selon les a priori de l’orateur. On retrouve un même type d’argument quand on entend que les hommes politiques ne connaissent pas la vraie vie (on peut alors se demander ce qu’ils connaissent, parce que sommes tous dans la vraie vie).

Pour éviter ce genre de raisonnement fallacieux il existe un vaccin (quant à savoir s’il est efficace, ça…) celui de réfléchir en terme de « mondes sociaux » (terme avancé notamment par le sociologue américain Anselm Strauss) : le monde de l’enseignement n’est pas plus ou moins réel que le monde politique qui n’est pas plus ni moins réel que le monde des agences de communication qui n’est pas plus ni moins réel que le monde des restaurants japonais… Par contre, ces mondes sociaux ont des modes de fonctionnements, de développements, de stabilisation plus ou moins différents.

RP on-line ou bon vieux spam ? Embruns dénonce BETC EuroRSCG

Après le coup de gueule de Chris Anderson la semaine dernière outre-atlantique, c’est au tour d’Embruns de pousser sa gueulante. Pour bien comprendre toute l’histoire et saisir son ampleur critique, il faut lire (hé, oui…) ce billet en particulier, puis celui-là et enfin celui-ci (à lire, vraiment, pour tout ceux qui pensent faire des RP on line).

Laurent Gloaguen prend ouvertement et violemment à parti un certain Julien de BETC EuroRSCG qui le contactait pour la dernière opération d’E-Bay. Il dénonce par ailleurs nominativement les blogueurs qui ont accepté d’écrire des billets de « complaisance », pour reprendre le jargon journalistique.

Conséquences à chaud :

  • dévoilement des méthodes d’approche de l’agence, avec un copier-coller du mail reçu; Et donc, une mise en avant de l’agence (BETC EuroRSCG en l’occurrence) avant même d’attaquer le client. E-Bay n’est pas pris à parti dans les réactions. C’est la manière de communiquer et l’agence qui est avant tout mis en cause. Les agences vont devoir s’habituer à être nominativement mises en cause et décriées si leurs actions de communication sont mal conçues. Ce n’est plus uniquement l’image de marque du client qui peut être attaquée mais tout aussi bien l’image de marque du mandaté, les agences de com en l’occurrence.
  • en conséquence un buzz négatif pour cette même agence qui devient en quelque sorte le fusible public de son client (comme un 1er Ministre avec son Président). Il n’est pas sûr que le buzz soit aussi négatif pour E-Bay (mais je peux me tromper évidemment).
  • Dans le contexte d’incertitude actuel qui caractérise Internet, on peut s’interroger sur les effets de ce genre d’affaires : ce genre de dénonciation va-t-il se révéler récurrent ? Certains des éléments de réponse peuvent se trouver à mon avis dans les médias traditionnels, secoués régulièrement par des controverses de ce style ou assez proche.

En tout cas, si cela peut servir de (n-ième) leçon… A lire aussi cet article chez blog-conversion qui prolonge la discussion. Merci enfin à Fred Cavazza qui, par son post, a attiré mon attention sur le sujet et dont l’avis est aussi très instructif.

PS (mercredi 14 novembre) : pour avoir une idée (limitée mais instructive) vous pouvez taper BETC ou BETC Euro rscg. Le billet d’Embruns sort en 8ème position dans la première page google. Le pouvoir de nuisance me semble avéré (après qui tape BETC sur google?, c’est un autre débat)

PS 2 (toujours ce mercredi) : Autres pièces à verser au dossier e-bay, le témoignage instructif de Ouriel et le billet de Joïakim.

Promo, opinion et calendrier éditorial

3004.jpgTémoignage (confession?) dans les Inrockuptibles parus la semaine dernière (le n°623, du 6 au 12 novembre). On peut lire, sous la plume de Nelly Kaprièlian, que les journalistes sont « atteints de la plus absurdes pathologies : l’hystérie de l’avance », tiens donc.
A défaut d’être des investigateurs chevronnés et en conséquence de piètres chasseurs de scoop, la confrérie des critiques littéraires s’applique à traquer l’interview en exclusivité. Et en conséquence s’empresse de sortir des papiers (entretiens, extraits, bonnes feuilles…) de plus en plus en amont de la sortie même du roman. Tant et si bien que lorsque les critiques paraissent le livre n’est pas encore disponible. Cette chasse à l’exclu à un corrolaire selon Nelly :

« ce qui relève du domaine des idées est dès lors soumis au traitement réservé d’habitude aux people : le portrait ou l’entretien sans l’ombre d’un esprit critique. La promotion pure ».

Ainsi, ce que l’on peut (pouvait?) considérer comme l’espace le plus critique du champ médiatique (même si cela peut paraître anecdotique pour certains la masse de « critiques » artistiques chaque semaine est impressionnante) se transformerait en morne plaine de la promotion :

« pour obtenir un entretien avec la star Norman Mailer (…) est-on encore libre d’en faire une vraie critique? Qui, parmi les journalistes qui l’ont rencontré, se sont permis de réfuter, dans un texte solide, les idées complétements idiotes d’un vieillard laissé en roue libre par ceux-là mêmes trop contents d’avoir un scoop? »

J’imagine que cela signifie un papier de très haute tenue dans les prochaines semaines de la part des Inrocks sur le dernier ouvrage de Mailer, décédé depuis.

Plus sérieusement, voici un autre exemple de la perte du pouvoir médiatique d’expression des opinions. Si les médias gardent la mainmise sur la fonction d’agenda (ce qui est d’actualité ou ce qui ne l’est pas), l‘expression, en leur sein, de points de vue critiques ou contradictoires s’amenuise. Pour fleurir sur les blogs ? Sur leur plate-forme internet ad hoc ? Et avec quel succès à terme ? Des questions, toujours des questions…

Comparaison médiatique de deux leaders d’opinion : quand BHL et Régis Debray dissertent sur « La Gauche »

419c6k1vvl_aa240_.jpgComment faire émerger un débat public dans les médias ? Le cas du dernier livre de BHL nous offre un bon exemple d’exploration de la question. Avec la sortie de son ouvrage, de nombreux magazines se sont fait largement l’écho des positions de BHL et d’autres intellectuels. Le philosophe tant décrié par Deleuze déclanche toute une série de papiers, de prises de position, etc. Pour ou contre on en parle, on disserte, on dissèque… L’encre coule, les paroles se délient. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, vous pouvez vous plonger dans le travail d’orfèvre d’Acrimed (dont on peut plus ou moins goûter le texte, à la tonalité bien épicée). Intéressant d’autant plus qu’on peut mettre cet essai en parallèle du libelle d’un autre intellectuel, Régis Debray.

41cz3jc5jxl_aa240_.jpgEn effet, certains termes du débat se retrouvaient déjà quelques mois auparavant dans son ouvrage Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe siècle :

Alors que BHL use de la distinction « gauche lyrique » vs « gauche mélancolique » (cf Serge Moscovici par exemple), Debray un an auparavant avait employé la dichotomie « gauche divine » vs « gauche tragique » (tiens, ici). Le point commun être ces deux types de catégorisation réside dans l’opposition idéalisme/pragmatisme.

Or, ce livre a reçu un accueil poli voir indifférent, le débat se cantonnant presque à France Culture. Pas de une ou de couverture à propos des dernières réflexions sur la gauche du conseiller de Mitterand. Autour d’une même question, d’un même débat, deux traitements médiatiques bien distincts. A quoi cela tient-il ?
Cela s’explique par des éléments de contexte :

  • par leur position dans l’espace intellectuel ; Sans rentrer dans les détails, nos personnages ont peu de choses en commun dans leur trajectoire et leur prises de position.
  • par leur position dans l’espace médiatique (Régis Debray rechigne à s’exprimer à la télévision et prend le masque de vieux ronchon tandis que BHL écrit chaque semaine son bloc-notes) ;
  • par le moment de publication : Régis Debray écrit un avant les primaires du PS tandis que BHL publie bien après les résultats de l’élection présidentielle, au moment où les règlements de compte interne font rage.

Cela s’explique également par leur manière très différente d’intervenir dans l’espace éditorial :

  • Question de format : Debray privilégie depuis plusieurs années le texte court qui s’inscrit habilement dans des formes littéraires surannées. Les interventions sous forme d’essai ou de livre de BHL sont plus rares et donc plus attendues ( ?)
  • Question de style : Debray privilégie le beau style avant d’assurer son fond (il suffit de comparer les notes de fin ou de bas de pages des deux intellectuels pour s’en convaincre). BHL ne cherche pas autant l’effet de style et se révèle moins précieux à la lecture.

Par cette rapide comparaison, on voit bien que les potentiels d’agenda, c’est à dire les chances de faire émerger un débat ou une question dans l’espace public différent très largement en fonction des caractéristiques personnelles et sociologiques du leader d’opinion. Les facteurs d’efficacité sont à chercher à la fois dans la personnalité même du lanceur d’alerte (biographie, choix éditoriaux, style d’écriture, etc.) que dans des éléments plus exogènes (réseau, date de publication, réception des prises de position antérieures).