Internet au secours des prud’hommes ?

Ce week-end j’ai reçu ma carte d’électeur pour les élections prud’homales. Une nouvelle occasion de tester de manière empirique l’effet Internet.

En effet, les salariés d’ Ile-de-France auront la possibilité de voter pour leurs conseillers via Internet : il suffira de se connecter et de jouer au grattage pour découvrir identifiant et code secret. Un vrai investissement cette nouvelle carte d’électeur qui séduira les amateurs de tac-o-tac !  Mais le jeu en vaut sûrement la chandelle. En effet, avec les élections prud’homales on frôle l’arrêt cardiaque et l’encéphalogramme plat.  Le taux d’abstention n’a cessé d’augmenter jusqu’à devenir très inquiétant :

(source : la Documentation française)

En 2008, l’abstention passera-t-elle la barre des 70% ? Pas si sûr…  La possibilité de voter via Internet pourrait avoir un effet positif sur la participation à cette élection. Internet sera-t-il le support de sa revitalisation ? C’est en tout cas l’hypothèse que l’on peut faire pour cette première même si, en raison d’un contexte syndical en profonde mutation (vous savez la rénovation de la démocratie sociale), il sera bien difficile de trouver une causalité claire (par ici si vous cherchez une explication de la désaffection des Français lors des dernières élections). Les résultats sur l’Ile de France seront donc à regarder de près…

Edit du 23 septembre 08 : le commentaire d’Edgar m’a donné envie de pousser un tout petit plus mes investigations. trois fois rien rassurez-vous. Il s’agit juste de l’exposé des motifs de la loi qui a permis le vote électronique pour cette élection. Je vous laisse juge de ces motifs :

Comme on peut le constater, la procédure du vote par correspondance postale, tout en conférant une alternative au vote en personne devenu aujourd’hui par trop rigide, reste relativement contraignante et pénalise ainsi la participation aux élections.

Deuxième difficulté : le vote a lieu pendant le temps de travail et l’employeur est tenu d’autoriser les salariés à s’absenter afin de leur permettre de participer au scrutin. Cette absence implique une certaine désorganisation du travail tant pour les employeurs que pour les employés perturbés dans leur emploi du temps.

Avec le vote par correspondance électronique, employeurs et salariés n’auraient ainsi plus à s’absenter pour participer au scrutin. Ils pourraient voter que ce soit sur leur lieu de travail, sur une borne Internet dans un bureau de vote, ou à leur domicile, grâce à un Intranet ou un Internet électoral.

Le vote par correspondance électronique présenterait en outre d’autres avantages :

– susciter l’intérêt des populations particulièrement sensibilisées à Internet, comme les 18-25 ans qui se sentent peu concernés par cette élection ;- être beaucoup moins onéreux que le vote classique ;

- alléger à terme la quantité considérable de travail des mairies en charge de l’organisation du scrutin qui ne les concerne finalement que peu ;

- offrir aux Français expatriés par des entreprises françaises, la possibilité concrète de participer à cette échéance électorale.

(…)

A noter que le Conseil national des avocats (très pointilleux de nature sur le respect juridique du scrutin) vient de faire voter par Internet le renouvellement de ses instances avec autorisation par décret du Ministre de la Justice. Résultat très positif : la participation au vote a doublé par rapport aux élections précédentes…

7 réponses à “Internet au secours des prud’hommes ?

  1. Il me semble que la désaffection vis-à-vis des institutions (partenaires sociaux) est plus profonde que cela en France, en particulier la représentativité des syndicats pose problème.

    Car sans relation réellement rapprochée avec l’organe représentatif, un mode d’expression "light" (vote presse bouton sans engagement) a-t-il un sens ? Sans même parler de militantisme, d’ailleurs. Le droit social est devenu très interpersonnel, en parallèle de l’individualisation des conditions de travail et des contrats de travail. Difficile de mobiliser dans pareilles conditions.

    Expression ne vaut pas engagement. Les nouvelles technologies permettent de s’affranchir de contraintes matérielle et de la distance, mais n’ouvrent je coris de nouvel espace de dialogue ou d’engagement que si par ailleurs les relations "hard" existent : réunions, contact physique…

    Je ne connais pas de cas d’action sociale d’ampleur venue par le net, tout au plus des continuations. Le cas du blog CFDT Brit Air (http://www.cfdtbritair.fr/) est intéressant à ce titre, mais… de nombreuses contributions restent anonymes. Timidité ? Va-t-on connaître des frictions générationnelles tract / web ? Je m’interroge, mais le sujet est passionnant.

    A l’heure des réseaux sociaux, les premières organisations capables de fédérer virtuellement vont (peut-être) sonner l’heure de certains rééquilibrages ou créer de nouveaux équilibres.

  2. Emmanuel Bruant

    @ Enikao : tout à fait d’accord (il y a justement quelques liens dans le texte qui relativisent déjà ma question)… mais je ne pose qu’une hypothèse qu’on verra se confirmer ou non ou qui est peut être invérifiable et j’espère surtout qu’on sera encore là quand on aura les résultats définitifs;-)
    L’usage du net dans ce cas précis est effectivement à distinguer d’autres utilisations plus directement militantes et avec des objets plus définis et localisés.
    Je pense que l’action sociale la plus importante issue du net vient des gendarmes qui eux sont très dispersés sur le territoire à l’inverse de salariés issus d’une même usine ou d’un même siège.

    Pour en revenir au sujet de départ, je pense qu’on peut prêter un intérêt à Internet sans y voir un mode light. Pourquoi ? Parce que les élections aux prud’hommes ne sont quand même du même niveau que les élections politiques classiques : la régularité éloignée, pas de grand débat politique pendant des mois avant, on ne sait pas où est le bureau de vote parce qu’il se trouve à proximité du lieu de travail et on ne connait pas le quartier aussi bien que celui de son domicile, il faut quitter son lieu de travail etc… Je trouve que, outre les questions idéologiques et syndicales, il n’est pas évident, pas "naturel", d’aller voter pour cette élection. Donc pouvoir voter dans un laps d’une quinzaine de jour sur Internet n’est pas négligeable.
    D’autre part, les moyens d’organisation de ses élections ne sont en rien comparables avec les moyens du ministère de l’intérieur. Internet peut donc aussi aider à traiter plus rapidement et plus sereinement les informations et les votes des électeurs (je m’avance un peu, ce serait à vérifier)

  3. En lisant attentivement cette carte, j’ai repéré une expression un rien surannée (ou un lapsus terrible) : Tous les électeurs pourront voter par correspondance. Le matériel de vote par correspondance sera envoyé avec la propagande à la mi-novembre 2008.
    :-D

  4. Emmanuel Bruant

    Bien vu ! Mais je pense que c’est l’expression juridique appropriée

  5. Il me semble que le corporatisme pro-internet ne devrait pas occulter le fait que les machines à voter et autres systèmes de vote électroniques sont de véritables cochonneries.
    Si le gouvernement veut favoriser le vote aux prud’homales, il a tous les moyens de le faire par communication, en bloquant deux heures pour ça dans les entreprises ou autre moyen certes archaïque mais ô combien plus réconfortant et citoyen…

  6. Emmanuel Bruant

    Tout à fait d’accord et merci de le relever !

  7. bonjour
    étant dans la même société depuis 15 ans travaillant depuis 40 ans et ayant toujours vote, cette année je ne vais pas voté! je n ai pas encore reçus ma carte d électeur! lamentable! peut être voulu? alors l absentéisme de vote n est pas du qu aux gens mais aussi a l incompétence,et au bor… français !

    aucune réponse cohérente de l employeur ni de la mairie, je n existe plus sur les listes!
    et j habite toujours a la même adresse!