La Fnac et l’innovation économique

Nous sommes très nombreux à réfléchir à l’avenir du web social. L’actualité est particulièrement tourmentée. Le vent de la normalisation souffle. Il va falloir que les blogueurs et les internautes actifs rentrent dans le rang. Cette situation de normalisation a de nombreux exemples historiques : la transformation du journal Libération, l’encadrement étatique et mercantile des radios libres, etc.

Un autre cas est celui de la grande distribution et notamment de la FNAC. Un simple exemple, en forme d’hommage à son fondateur qui vient de nous quitter il y a quelques jours :

Le 15 janvier 1973, la FNAC publie une annonce dans la presse magazine. Elle présente le nouveau Polaroïd de l’époque. Mais d’une certaine manière… :

« A la veille de lancer sur le marché le SX 70 (…) Polaroïd garde le silence. Réaction de la FNAC ?… (…) elle rompt le silence. Pour dire : à partir de maintenant, réfléchissez avant d’acheter un Polaroïd dont le prix dépasse les 700 francs.

Parce que (dans un an) le SX70 sera vendu en France à 1200 ou 1300 francs. Mais d’autres modèles suivront. Qui, eux, seront à des prix plus abordables.

Ralph Nader expliquait récemment pourquoi il avait accepté l’invitation de la FNAC : « parce que je crois qu’il peut y avoir des distributeurs qui se mettent réellement au service des consommateurs ». (source : Stratégies n°40, « Fnac contre Polaroid : jusqu’ou peut-on aller trop loin ? »)

Deux constats :

  • ce rôle de conseiller, cette implication militante dans l’achat dans le conseil est aujourd’hui assumé par des internautes anonymes.
  • cela montre à quel point la période actuelle est innovante par rapport à la décennie 90-2000 mais également à quel point la période post-68 était elle aussi pleine d’innovations aussi bien sociale qu’économiques.

Deux questions  :

  • comment et pourquoi  la FNAC a-t-elle quitté ce positionnement et ce rôle d’innovation économique et sociale ?
  • si mai 68 n’est plus passé depuis, nous connaissons l’effervescence de l’avis conso 2.0 : cela donnera-t-il des idées concrètes à la grande distribution ?

2 réponses à “La Fnac et l’innovation économique

  1. Ca signifie quoi, « rentrer dans le rang », pour un internaute actif, blogueur qui plus est ?

    Arrêter de bloguer, faire des billets sponsorisés, ne pas chercher d’informations sur Internet, ne pas partager ses trouvailles ?

    Il me semble qu’il y a confusion entre législation pour changer les pratiques (et accélérer les poursuites parfois), normalisation et récupération. La situation n’est pas à une normalisation (‘il n’y a pas eu d’insurrection contre un pouvoir, rien n’a été renversé) et pour ce qui est de la récupération mercantile, le mouvement est déjà largement entamé…

  2. Emmanuel Bruant

    @ Enikao : oui, il a plusieurs choses très différentes dans normalisation et tu as raison. « Rentrer dans le rang » est pas l’expression la plus heureuse : mais on voit des blogueurs qui se fatiguent, d’autres qui arrêtent les commentaires, d’autres qui arrêtent de commenter etc.
    En revanche, pas besoin de pouvoir ou d’insurrection pour avoir une phase normalisation. Il suffit d’avoir de l’effervescence, de l’expérimentattion etc. Chacun trouvant ses marques on voit apparaître des routines, des formats stabilisés, des manières faire « bonnes » et d’autres « mauvaises ».
    Sur la récupération mercantile c’est là ou le bât blesse je trouve et je te rejoins complétement. Quand tu ajoutes à cela la volonté politique de ne pas assurer Internet comme une liberté fondamentale, je crains le pire…