Archives mensuelles : juin 2009

Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter, révélateur de réputation numérique

Suite et fin de la trilogie Twitter en vrac, après « les usages » et « Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus« .

Une des choses qui me fascine avec Twitter est le rapport followers / following. On peut lire beaucoup de choses dans ces chiffres qui ornent les profils. Bon, bien sûr, le nombre de followers est un indicateur de « puissance » en soi. Jean-Luc Raymond a plus de 54 000 followers, qui dit mieux ? Encore une fois il ne touche certainement pas 54 000 personnes à chaque tweet, mais je suis curieux de voir l’effet sur mes stats lorsqu’il me twittera la prochaine fois (j’attends avec impatience).

Mais si JLR a 54 000 followers, il faut voir qu’il a aussi 58 000 following (ou « friends », l’expression varie en fonction des lieux, mais je préfère « following »). Jean-Luc Raymond suit davantage d’internautes qu’il n’est suivi.

[Digression : bien sûr, à ce niveau, le mot « suivre » n’a pas beaucoup de sens. Je serais très curieux de voir le fil de la home de JLR bouger en temps réel ;-). On voit d’ailleurs je trouve que les individus les plus hyperconnectés se retrouvent finalement dans des positions extrêmement top-down : à force d’avoir des contacts ou des friends, le sens de ces derniers se dilue et la principale fonction devient celle de publier de l’information. Cf. JLR sur Twitter mais aussi par exemple Luc Mandret sur Facebook, qui twitte toute la journée pour ses 4500 friends]

Le fait d’avoir autant de followers peut être interprété de deux façons (complémentaires) : d’abord, un canal de recrutement : je follow pour être followé en retour (pardon pour les anglicismes mais c’est quand même plus clair comme ça). Ensuite, une philosophie : tu me suis, je te suis, par principe. Sur ce deuxième point j’ai par exemple l’impression, mais je peux me tromper, que c’est la philosophie de @Narvic (816 following, 845 followers). Etant donnée la réputation online de Narvic, je suis prêt à parier que dans la grande majorité des cas, c’est lui qui a été suivi, et a suivi en retour.

Mais tout le monde ne fait pas sienne cette philosophie de réciprocité : personnellement, quand je suis prévenu que j’ai un nouveau follower, je me réserve la possibilité de suivre en retour en fonction de deux critères : 1. Si je connais la personne IRL et 2. Si dans ses 10 derniers tweets, j’en vois 3 ou 4 qui semblent m’intéresser. (autrement dit, si je me followais, je ne serais pas sûr de me follower en retour, vous me suivez ? ;-).

Bref, avec ce « principe » je me retrouve à suivre 181 fils tout en étant suivi par 327. 181 est un nombre assez limité par rapport à ce qu’on peut voir par ailleurs, mais j’ai déjà le sentiment d’avoir dépassé le « point mort » de ce qui fait un fil de qualité. Mais c’est un autre débat.

Mais là où je veux surtout en venir, c’est donc au différentiel entre following et followers. Certains versent peut-être dans le snobisme ou à tout le moins dans le « selectisme », mais on voit parfois des écarts étonnants : par exemple, le Twitter de Francis Pisani est suivi par 1300 personnes, alors que lui-même n’en suit que… 18. Dans ce cas-là il est au moins à peu près clair qu’on est sur Twitter pour être écouté, moins pour écouter. Top-down, encore (attention, je n’ai strictement rien contre le top-down !).

Et il y a dans cet écart follower/following, au-delà du « sélectisme », une démonstration de ce qu’est un leader d’opinion sur Internet. Un individu avec une réputation numérique a de très fortes chances d’avoir un nombre de followers bien plus important que ses following, sauf à ce qu’il ait pour principe de suivre tout le monde en retour. C’est là que le blogueur installé bénéficie de sa réputation online : les followers viennent à lui comme les femmes à l’Homme qui pulvérise du déodorant AXE sous ses aisselles.

Ainsi, les twitterers les plus populaires, pardon, influents, sont pour la plupart des blogueurs déjà installés et bien connus de qui s’intéresse un tant soit peu à la blogosphère. Si je reprends la carte certes subjective mais révélatrice d’Henry Michel, on voit que la twittersphère francophone « influente » est bourrée de blogueurs…

cartebig(cliquer pour agrandir)

Et si l’on s’amuse à reprendre le top 20 de Twitterio pour la France (classement des twitterers les plus influents, qui me semble d’ailleurs bien fichu), on voit que seuls 5 d’entre eux ont davantage de following que de followers. A l’inverse, certains peuvent avoir plusieurs milliers de différence entre followers et following (près de 6000 de différence chez Presse-Citron).

Following    Followers
http://www.twitter.com/jeanlucr    57216    52642
http://www.twitter.com/pressecitron    593    6762
http://www.twitter.com/naro    4265    4272
http://www.twitter.com/chauffeurdebuzz    139    3190
http://www.twitter.com/gonzague    1402    2959
http://www.twitter.com/shamir    792    2685
http://www.twitter.com/michelboehm    408    2636
http://www.twitter.com/touchcream    264    2564
http://www.twitter.com/tuxplanet    340    2250
http://www.twitter.com/pierretran    2237    2110
http://www.twitter.com/vincentabry    986    1945
http://www.twitter.com/creativpromoter    1949    1817
http://www.twitter.com/yannleroux    1989    1708
http://www.twitter.com/vendeesign    233    1625
http://www.twitter.com/epelboin    538    1438
http://www.twitter.com/stagueve    75    1428
http://www.twitter.com/ericscherer    1026    1303
http://www.twitter.com/simonrobic    739    1204
http://www.twitter.com/zelaurent    1077    1183
http://www.twitter.com/raphaelhunold    1149    1083

Donc, ce différentiel follower / following est un véritable indicateur de votre réputation numérique. Bon, est-ce qu’on en est à dire que sur Twitter, il y a les winners dont le solde followers – following est positif, et les losers dont le solde following – followers est négatif ? Je ne sais pas mais je suis sûr que chacun regarde les profils des autres avec un œil un peu curieux sur ces statistiques qui en disent tant sur notre popularité…

Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus

Suite de la trilogie « Twitter en vrac » entamée hier avec la question des usages.

Twitter est donc en pleine expansion et cela n’est pas sans conséquences sur le paysage des médias sociaux. Il convient d’abord de noter que Twitter n’est pas un continent fermé et déconnecté des autres (la plupart des fils sont ouverts et lisibles y compris par des non-inscrits, contrairement à Facebook où le profil ouvert est devenu l’exception). Twitter est avant tout un élément dans l’écosystème des médias sociaux, et un élément de plus en plus central.

Mais c’est au sein de la blogosphère que Twitter semble avoir le plus d’impact, sur le mode « je t’aime, moi non plus ». Cela ne signifie pas que Twitter a mangé l’audience des blogs, ça semble encore loin d’être le cas — petite démonstration avec les audiences comparées de Twitter et WordPress en France :

audience twitter wordpress

La première fois où ce phénomène de déplacement des usages vers Twitter m’a marqué, c’est lorsque j’ai publié « les 10 mythes du web 2.0 ». Sans revenir sur le fond de ce billet, c’était en soi une petite machine à buzz (avec les mots-clé « mythes », « web 2.0 » et « liste en 10 points », j’étais à peu près sûr d’être repris un peu partout). Ce billet a connu un certain succès, vu environ 4000 fois ce qui est bien pour un billet de blog spécialisé. Donc il n’est pas passé à côté de son objectif, mais j’étais persuadé qu’il allait générer de très nombreux liens depuis de très nombreux blogs, sur le mode « je suis tombé sur ce mec qui parle des 10 mythes (et voilà ce que j’en pense) ». Et finalement, pas tant que ça. Par contre le billet a été tweeté, ReTweeté, tweeté, ReTweeté, RT, RRT, RRRT et RRRRRRRRT. (Dommage, je n’avais pas fait les comptes à l’époque.)

Bref, cet exemple pour dire quelque chose que l’on a tous constaté : avec l’émergence de Twitter, les blogs se linkent moins les uns les autres. Le blogueur, au lieu de faire un billet pour signaler un autre billet, va le tweeter. Twitter a vocation à devenir un driver de trafic important pour les sites web en tous genre, comme Facebook d’ailleurs.

Le tweet ou le RT, simple et pratique, surtout quand on n’a pas de commentaires de fond à faire sur le billet qu’on linke. Mais que faut-il en penser ? On en parlait récemment avec Anthony qui voit plutôt la chose positivement : on ne fait plus de billets quand on n’a rien à dire, du coup la blogosphère se recentre sur son activité « naturelle » qui est celle de la publication. Elle remplit davantage sa fonction d’aller dans le fond ou au moins dans le contenu. La blogosphère perd en liens ce qu’elle gagne en qualité.

La fonction de veille revient à Twitter, la fonction de publication (l’analyse, l’opinion, etc.) à la blogosphère. On le voit assez bien d’ailleurs je trouve dans le succès sur Twitter de blogueurs comme Enikao (850 followers) ou Palpitt (1000 followers), excellents blogueurs mais restés assez confidentiels, enfin je crois (dites-moi si je me trompe ;-)) et « révélés » sur Twitter notamment grâce  leurs qualités de veilleurs (vous avez vu les garçons je parle de vous comme de grands champions).

Donc Twitter permettrait à la blogosphère de se recentrer sur l’essentiel. Mais on sent tous à l’inverse que l’on passe à côté de débats blogosphériques qui se limitent désormais au tweet et au RT. La tentation de la précipitation est grande. On se contente de tweeter. On « perd le goût de l’effort », pour parler comme les gens d’autres générations ;-)

Twitter participerait ainsi à « assainir » mais aussi à affaiblir la blogosphère. Et le « je t’aime, moi non plus », on le voit aussi dans la circulation de l’info : Twitter aime la blogosphère dont il se nourrit pour vivre et la blogosphère aime Twitter qui lui envoie du trafic. La blogosphère aime Twitter où elle peut aller chercher de l’inspiration pour de nouveaux billets.

Intéressant d’ailleurs de noter que le jour du bac philo, Twitter s’est « mis en route » vers 10h alors que France Info divulgait les sujets dès 8h. Oui, Twitter est une partie intégrante et importante de l’écosystème des médias sociaux, mais n’est-il pas coupé des médias offline (sauf en cas de livetwit de la Nouvelle Star, j’entends bien) ?

Bon, il faut quand même noter une dernière chose, c’est que l’ensemble des constats que je fais est très probablement accentué au sein des sphères dans lesquelles j’évolue et évoluent la plupart de mes contacts : les sphères médias-web-techno. Pas sûr que Twitter ait encore grignoté la blogosphère culinaire ou littéraire.

Suite et fin demain : Twitter, révélateur de réputation numérique.

Réflexions en vrac sur Twitter : l’usage

Qu’il semble loin le temps où je faisais un bilan de Twitter pour conclure « Micro-blogging, micro-influence, micro-intérêt »…

C’était il y a 8 mois et Jean-Luc Raymond avait alors à peine plus de 2000 followers. Il en a plus de 50 000 aujourd’hui. Twitter était déjà à l’époque l’objet médiatique du web 2.0, bête curieuse essentiellement peuplée de webologues, de technophiles et de médiaddicts.

Twitter est toujours cet objet médiatique symbolisant le web 2.0, mais l’avoir mieux pratiqué et vu se développer depuis le début de l’année m’inspire un ensemble de réflexions. Plutôt que d’en faire un billet fleuve, en voici trois. (rassurez-vous, on ne se refait pas, ce ne seront donc pas des billets de moins 140 caractères).

Distinguer l’effet de mode de la réalité de l’usage.

Twitter est toujours « objet médiatique » au sens où il fait parler les médias comme Facebook entre 2007 et 2008, et… Second Life avant lui. (On ne rit pas, j’ai à nouveau entendu parler de SL officiellement ici).

Le problème qui va avec le fait d’être « objet médiatique » est que cela peut masquer la réalité des usages. Je crois que tout le monde s’arrache les cheveux pour avoir le nombre de comptes en France. Le chiffre de 50 000 circule (Jean-Luc Raymond serait-il capable de suivre TOUS les comptes Twitters francophones ??), on est peut-être à 100 000…

Ce qui est sûr c’est que le taux de croissance de l’outil est très rapide (on parle de 700% sur un an ici). Ce qui est aussi sûr c’est que Twitter n’est pas encore un réseau de masse (rappel concernant Facebook : 9 millions de comptes actifs en France, ça calme). Le camarade Bruant aime à répondre à la question « qu’est-ce qui fait le succès de Twitter » par un provocateur « Mais est-ce que Twitter est un succès ? »…

L’audience

Plus précisément, voici ce que Google nous montre concernant l’audience de Twitter en France :
audience twitter

(cliquer pour agrandir)

Où l’on voit bien la progression exponentielle depuis le mois de janvier. Google évalue donc à 1 million de VU mensuels le trafic sur Twitter depuis la France, c’est à dire que d’un point de vue publicitaire, il pourrait « commencer à exister ». Curieux de voir aussi la répartition par sexe : Twitter serait masculin à 82% (alors qu’il serait féminin à 60% aux USA…).

Les profils

Alors, Twitter est-il toujours peuplé de webologues, de technophiles et de médiaddicts ? Il est probable que les profils se diversifient, comme le disait Henry Michel dans un récent Tweet même si les webotrucs, technomachins et médiachoses sont les plus actifs. On a notamment vu de plus en plus de jeunes journalistes (oui, les fameux forçats) l’investir, ce qui se comprend finalement assez bien puisqu’ils sont des veilleurs actifs. A noter d’ailleurs : 7 journalistes dans le top 10 des meilleurs twitterers français de BienBienBien.

Avec le succès viennent aussi les parasites petits malins et je me demande jusqu’où ce type de profils viennent peser dans les statistiques (je ne sais pas vous, mais en tout cas je vois de plus en plus de jolies filles travaillant pour des sites adultes dans mes followers).

Les contenus

Ces quelques mois de pratique plus intensive m’ont amené à la conclusion qu’il y a finalement deux grands types de contenus utiles dans les tweets : le commentaire des événements et le partage d’infos.

Sur le commentaire des événements, cela va du plus stupide léger (mes followers connaissent par exemple ma déviance pour la Nouvelle Star, pardon la #ns) au plus lourd (la disparition de l’AF 447, les événements iraniens). Twitter est à mon avis un formidable outil pour rigoler devant la télévision (suivre grâce aux fameux hashtags les commentaires sur une émission comme la Nouvelle Star est une vraie expérience, la Nouvelle Star étant finie il vous faut maintenant vous reporter sur Secret Story) et vivre les grands événements de société (souvenir ému de la nuit des élections américaines vécue intégralement sur Twitter).

Le partage d’info est quant à lui central sur Twitter, qui a progressivement remplacé ma page Netvibes. On peut se demander jusqu’où Twitter est capable de concurrencer les autres « portes d’entrée sur le web » comme les favoris ou les agrégateurs. Pour Google on repassera plus tard mais il me semble que Twitter commence je pense à occuper, chez certains publics, une fonction d’aiguilleur du web. Un aiguilleur assez anarchique d’ailleurs car même quand on cherche à « maîtriser » les flux d’info de sa page en limitant ou ciblant ses following, on arrive très vite à un joyeux bordel.

Et pour mieux comprendre les différentes façons de twitter, relire avec bonheur ceci.

Les marques

Qui dit succès sur le web dit présence des marques ou plus globalement des émetteurs d’information : le Ministère de l’Education a lancé son Twitter, comme les magasins Ed avec leurs 28 followers ou de nombreux politiques qui n’ont pas toujours pensé à continuer à twitter une fois les élections passées (les élections seraient-elles une fin en soi ??? ;-). Et je suis correctement placé pour dire que les marques sont assez nombreuses à se poser la question de leur présence sur Twitter.

Logique car finalement l’ouverture et l’entretien d’un compte Twitter est un acte de communication plus léger et plus légitime que le blog d’entreprise ou de marque. Autant sur un blog, on ressent le besoin de sentir l’individu derrière le clavier, autant un twit d’entreprise ou de marque s’intègre plus facilement dans le flot des gazouillis. La marque est alors légitime à republier son info officielle (communiqués de presse, page actu)… mais aussi ses retombées (articles de médias en ligne, billets de blogs). Malin, Twitter ! Pour ce qui est de l’argument « ça permet d’interagir en direct avec les consommateurs / usagers / citoyens », mouais… il faudra justement attendre que l’usage se répande en France pour pouvoir en parler véritablement.

En mettant Twitter au cœur d’une vraie stratégie et en étant véritablement capable d’être un producteur de contenus, donc une marque média, le résultat peut être spectaculaire : @Starbucks compte 220 000 followers (contre 140 000 following, cela me fascine). Ce qui ne veut pas dire que 220 000 personnes lisent chaque tweet de Starbucks, mais peut-être quand même quelques dizaines de milliers. Sacrée façon de rependre la main sur le web. (voir aussi un classement des marques les plus mentionnées sur Twitter, mais je crois qu’il a été contesté).

Mais toutes les marques n’ont pas vocation à avoir 220 000 followers, et un grand nombre de celles qui tirent leur épingle du jeu sont de petites marques réactives (combien de fois ai-je entendu dire : « p****n, j’ai mentionné la marque XXX, et dans les 10 mn, j’avais un message @XXX is now following you ! »).

Reste le problème juridique qui est entier pour certaines marques : s’il faut valider chaque tweet avant diffusion, on ne va pas y arriver.


Suite demain : Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus.

55% des entreprises U.S. n’utilisent pas les réseaux sociaux

C’est à mon avis le chiffre le plus impactant issu de cette étude de Deloitte sur les réseaux sociaux et la réputation en ligne, qui a interrogé 2000 salariés et 500 dirigeants d’entreprises aux Etats-Unis au mois d’avril. Pour aller au plus intéressant, pour moi c’est le slide 15 qui montre qu’il y a du chemin à faire…

Et avec le « 58% des dirigeants considèrent que les réseaux sociaux devraient être un enjeu pour le comité de direction, mais seulement 15% reconnaissent qu’ils le sont véritablement », on mesure la difficulté pour les entreprises à traiter l’enjeu au fond.

L’étude creuse aussi la question du rapport salarié / marque employeur sur les réseaux sociaux.

Dans les choses qui font réfléchir, il y a ce « 49% des salariés estiment qu’une politique d’entreprise (relative aux réseaux sociaux) ne changera pas leur façon de se comporter en ligne ». Ce qui veut aussi dire que des guidelines de l’entreprise vis-à-vis de ses salariés sont quand même bienvenus pour l’autre moitié des salariés, mais que l’on marche sur des oeufs… cf. le fameux exemple Intel.

La pyramide de consommation des médias en ligne

Voici une présentation que nous avons réalisée il y a quelques mois et dont l’objectif est de modéliser « la pyramide de consommation des médias en ligne ». Elle est un peu cheap sur la forme, mais c’est le fond qui compte, n’est-ce pas ;-).

L’idée principale est de montrer que le participatif n’est pas un phénomène automatique mais au contraire le résultat d’un ensemble d’étapes que le média doit franchir : on n’obtient pas des effets participatifs juste en claquant des doigts. On y introduit aussi la distinction entre l’audience et le public (en ligne, un média a intérêt à avoir comme objectif de transformer son audience en public) et l’idée que les médias en ligne (qu’ils soient éditeurs, blogs, réseaux sociaux, marques-médias etc.) doivent entrer dans une logique de cercle vertueux.

J’espère que la présentation est assez claire ainsi… A vos commentaires.

How top decision-makers use the web

On a client’s behalf, we looked into the patterns of web use by companies’ top executives. The top decision-makers, not middle management.

It’s not a simple issue, as we’re generally asked to “think broad” (how to reach as many people as possible) or “think targeted” (how to convince opinion leaders in a given area). But as far as I know top decision-makers’ use of the web is still a largely unexplored field of investigation. And one may even question the importance of the web for these busy and hyper-selective people.

But let me share some of the insights – intuitive and/or analytical – that we picked up on the way. Hopefully we’ll have a little debate and learn more.

1. Decision-makers are major consumers of information. That’s the good news. But they mostly consume offline. They digest kilometres of press reviews, summaries, newspapers… Both because information is a strategic asset and because they are constantly on the move and have time to read printed matter. They clearly prefer hard copies (in France they swear by Le Monde, Le Figaro, Les Echos, La Tribune, newsmags, Challenges, etc.). They don’t surf much spontaneously (it’s a generational thing).

2. However, they do use the web. Mostly they use it indirectly: corporate press reviews (even when they are printed) include more and more web-based articles, even from expert blogs. This is both an intuition and something verified by the content of major groups’ press reviews and the catalogue offered by press review providers. This blog’s readers will recall the statistics of clippings agencies’ own clicks ;) . The saying could go: “I’m clipped, therefore I’m influential”.

And in the decision-maker’s team, the people writing the summaries, etc. are definitely online.

3. Top executives’ many business trips could be so many opportunities for mobile web browsing, but this is probably still in its infancy. It only took off with the iPhone – and again chief executives tend to be from a different generation. The top boys who don’t surf on their desktop PCs are unlikely to take the plunge into the mobile web (not everybody is as cool as Obama). And yet mobile browsing is poised for take-off (away on business, jet-lagged, without their favourite newspaper, the smartphone will save their day).

4. Regarding the generational effect we’ve talked about, how are things going to change? Quickly, according to these data from a McKinsey survey for a French printed press trade event.

egp-mckinsey

They show that:
- the renewal of generations weakens the daily printed press: 66% of readers among people 65 and older and 30% among under 18s
- habits are gradually eroding: the generational effect (which stipulates that we keep our habits as we grow older) is relative, since for instance in 1999, 42% of those aged between 18 and 24 read a daily once a week; in 2007, in that same group (now aged between 26 and 32), only 34% did.

In other words, things are changing fast and the top executives of tomorrow are on the web today.

5. Which are decision-makers’ favourite online spots? It’s not easy to say, as the web’s favourite source of information is Google, which accounts for 50% to 80% of traffic on media sites and encourages them to be reactive and attract readers by the busload, with little regard for quality. The hegemony of the free access model makes the information websites’ media planning somewhat vague (“Who are my readers? Well, er, those who type in key words”), while web users search for content rather than trust a particular media brand – and the brand they trust is called Google.

Broadly defined, the equation is: ad-funded model + free access = race for audience = volume and reactivity effect = Google produces my traffic = my identified and loyal readership is the minority = borders are blurred between each media’s reader profiles.

Except that our top executives, on the other hand, are much more faithful than the average web user to strong media brands. As a rule, subscriber-only websites seem to provide much better answer to the question at hand (Which are decision-makers’ favourite online spots?), but the subscriber or even hybrid model (Le Monde, Les Echos, Le Figaro, La Tribune again) is such a small fraction of the whole that it’s difficult to answer the question. There’s maybe a niche for very high quality, subscriber-only business information sites for this audience of top decision-makers. Wait and see.

Sur la consommation de web par les « top décideurs »

Nous nous sommes intéressés pour un client aux pratiques de consommation du web par le top management des entreprises (pas les cadres mais bien les plus hauts niveaux décisionnaires).

La question n’est pas si simple car finalement on nous demande souvent soit de réfléchir large (comment toucher le plus de monde possible), soit de réfléchir très ciblé (je veux parler avec les leaders d’opinion dans un domaine donné)… Mais la question de savoir comment les « top » décideurs en entreprises consomment du web est à ma connaissance peu nourrie par des études, et pour ce public finalement assez particulier, il n’est pas du tout évident de dire que « ce qui compte pour eux, c’est le web ». Au contraire.

Je partage donc avec vous quelques-uns des éléments de réflexion (intuitufs et/ou analytiques), en espérant que la discussion puisse les compléter ou en apporter d’autres.

1. Les décideurs sont de gros consommateurs d’information. Ca c’est la bonne nouvelle. Mais leur consommation est essentiellement offline. Ils mangent de la revue de presse, des notes de synthèse, du journal papier… A la fois parce que l’information est une denrée stratégique et parce que leurs modes de travail le permettent (beaucoup de déplacements). Leur préférence va clairement à la presse papier (Monde, Figaro, Echos, Tribune, newsmags, Challenges…). Ils surfent peu par eux-mêmes (effet générationnel).

2. Pour autant, leur consommation de web n’est pas néante. Elle est surtout indirecte : les revues de presse (y compris papier) des entreprises incluent de plus en plus d’articles issus du web, et pas forcément juste de médias online mais aussi de blogs (blogs experts). Là nous sommes à la fois sur une intuition et des choses vérifiées (comment la revue de presse des grands groupes est constituée + les corpus de veille proposés par les prestataires de revue de presse). On voit d’ailleurs passer de temps en temps dans les statistiques de ce blog des clics en provenance de sociétés de pige ;-). L’adage pourrait devenir : « je suis pigé, donc je suis influent ».

De même, l’entourage de nos décideurs, qui rédige les notes etc., est lui bel et bien sur le web.

3. Les nombreux déplacements des top managers pourraient justifier une consommation importante d’information sur mobile, mais ce n’est sans doute pas encore un usage très répandu. D’abord parce que le web mobile n’explose finalement que depuis l’arrivée de l’iPhone, ensuite encore une fois à cause de l’effet générationnel. Un top manager qui ne surfe déjà pas des masses par lui-même va sans doute peu surfer sur son terminal mobile (tout le monde n’est pas aussi cool qu’Obama). Pourtant cet usage devrait se répandre de façon exponentielle (mobilité, décalage horaire = impossibilité d’accéder à son journal papier => rôle du surf et du mobile)

4. Sur l’effet générationnel justement, comment voit-on évoluer cela ? Très vite finalement, comme le montrent ces données issues d’une étude de McKinsey réalisée pour les Etats Généraux de la Presse :

EGP McKinsey

Où l’on voit donc à la fois que :

- le renouvellement des générations affaiblit la lecture de la presse quotidienne (de 66% de lecteurs chez les + de 65 à 30% chez les moins de 18)

- ET que les habitudes se perdent progressivement : l’effet de génération (c’est à dire : je conserve mes habitudes en vieillissant) est relatif, puisque par exemple ceux qui avaient entre 18 et 24 ans en 1999 étaient 42% à lire un quotidien une fois par semaine ; en 2007, ils ont 26 à 32 ans et ne sont plus que 34% à lire un quotidien…

Autrement dit, les choses vont vite et les top managers de demain sont sur le web aujourd’hui.

5. Quels lieux du web sont privilégiés par les décideurs ? Question compliquée car l’usage répandu de la consommation d’information sur le web, c’est Google, qui fait 50 à 80% du trafic des sites média et les encourage à jouer la réactivité et l’effet volume avant tout (voir la polémique autour des forçats de l’info…) et ne privilégie pas une info quali. Le fait que le modèle gratuit se soit imposé fait que la question du mediaplanning des sites online est assez floue (qui sont mes lecteurs ? ben euh… ceux qui tapent des mots-clé), l’internaute cherche du contenu avant de faire confiance à telle ou telle marque média, et la marque à laquelle il fait confiance c’est Google.

En gros, l’équation est : modèle publicitaire + gratuité = course à l’audience = effets volumes et réactivité = Google fait mon trafic = ma base de lecteurs identifiés et fidèles est minoritaire = brouillage des profils de lectorats entre les différents médias.

Sauf que nos top managers, eux, restent beaucoup plus que l’ensemble des internautes dans cette logique de confiance vis-à-vis de marques média fortes. Sur le principe, les sites payants semblent beaucoup plus à même d’être la réponse à la question posée ici (quels sont les lieux du web privilégiés par les décideurs), mais le modèle payant ou même hybride (Le Monde, Les Echos, Le Figaro, La Tribune encore eux) est tellement minoritaire qu’il reste difficile de répondre à cette question. Il y a peut-être une carte à jouer pour des sites d’info économique très quali et payants destinés à ce public de top décideurs. L’avenir le dira.

C’est quand même injuste la crise

Quand on pense aux efforts déployés par les entreprises pour faire parler d’elles (et nous avec), et quand on voit dans quelles circonstances on parle d’elles vraiment… :

airfrance by blogpulseC’est graphiquement moins spectaculaire avec Linkscape, mais c’est le même effet (et on peut faire beaucoup plus de choses avec) :

aifrance by linkscape

Sinon et au-delà de la boutade, je n’ai pas vu beaucoup d’analyses (contrairement à l’habitude) sur la façon dont Air France avait géré (le début de) la crise. Mais ce n’est peut-être que moi.

Le monde des agences : les tergiversations budgétaires des clients

C’est la vidéo du moment, sûrement soutenue par les nombreux blogs de communiquants, de publicitaires ou de marketeux all around the world

Le principe est simple. Il joue sur le décalage suivant : et si les clients se comportaient dans la vie quotidienne comme ils se comportent en permanence avec les agences de pub

En deux minutes vingt, le novice de la relation client va comprendre ce qui fait toute la difficulté de ce métier : la négociation budgétaire. La rationalisation du secteur de la communication, à son apogée depuis les années 90, fait qu’une grande partie des énergies est dépensée à négocier les devis, les insertions publicitaires, les contrats, les honoraires, les pourcentages, les salaires, les primes… Et oui, la création, la sacro-sainte création n’est qu’une modeste part du travail en agence.

Les publicitaires ont un grand et beau épouvantail : le directeur des achats, le costkiller qui, souvent n’y connait rien mais qui a le pouvoir budgétaire en main. Le tout dans un secteur où il est parfois difficile de s’accorder ensemble sur la valeur de ce qui est réalisée (combien vaut vraiment une idée ?). Comme le titrait le blog PR-Squared, bienvenue dans le monde des agences :

Etude BrandZ 2009 sur la valeur des marques

La mesure de la valeur des marques a je trouve quelque chose d’assez fascinant pour nous communicants et marketeux. Attribuer un chiffre à un actif immatériel comme la marque est un exercice périlleux mais nécessaire : tout le monde sera d’accord pour dire qu’une marque, ça peut valoir beaucoup, mais de là à être capable de la mesurer et de dire quelle est la contribution de la marque à la valeur de l’entreprise, il y a un pas.

Un pas que Millward Brown* franchit chaque année avec une étude intitulée BrandZ et qui mesure la valeur de milliers de marques pour en tirer un top 100 et les tendances de fond. Les spécialistes discuteront abondamment de la méthologie, qui croise données financières, données de perception et données de marché avec comme prisme l’idée de mesurer le rôle de la marque dans la décision d’achat.

La méthodo me semble induire d’importantes variations possibles de la valeur d’une marque à court terme, mais dans le monde liquide dans lequel nous vivons cela ne semble pas irréaliste… Mais bref, allons directement aux résultats :

Plusieurs choses notables :

- la valeur du top 100 des marques continue à croître. En soi, c’est déjà une info. On a beau dire que la perception des marques est écornée par les tendances du gratuit, de la contrefaçon, du web ou par la crise… Il faut aussi se souvenir qu’une marque c’est un refuge dans les temps difficiles. C’est peut-être en partie ce que montre ce résultat.

- Google reste numéro 1. On ne va pas refaire tout le couplet sur une marque qui n’existait pas il y a 15 ans, etc., mais disons que le monde va vite ;-). La présence de Microsoft et Coca-Cola aux places 2 et 3 est « historiquement » plus attendue.

- je suis assez fasciné par les variations sectorielles, dont voici la capture pour les flemmards :

BrandZ secteurs

Si la faible performance du secteur financier est attendue (sauf peut-être dans de telles proportions pour les assurances), il est notable de voir le secteur agro-alimentaire aussi bien « performer ».

L’analyse de Millward Brown sur la performance des marques est qu’il y a une prime à la valeur qualité / prix ; à la valeur plaisir ; à l’innovation ; et aux marques conversationnelles (celles qui rendent des services qui permettent aux individus d’interagir).

Maintenant je serais intéressé de savoir s’il y a une prime aux marques qui investissent le plus dans les situations de crise, comme on a pu le dire abondamment dans les milieux de la communication et du marketing depuis le début de la crise (et dont la meilleure démonstration, celle de The Economist, est à voir ici).

* disclosure : client de l’agence