La participation sur YouTube

Nous venons de faire une petite expérience avec Un_Dix (c’est le nouveau nom d’Emmanuel Bruant) autour des lois de la participation sur Internet, un sujet qui nous est cher (voir par ex la pyramide de consommation des médias ou l’étude McKinsey ou encore l’étude de participation des riverains Rue89).

L’idée est simple : mesurer les niveaux de participation sur une grande plate-forme 2.0 : YouTube.

YouTube a non seulement l’avantage de donner ses compteurs de vues par vidéo, mais aussi de donner les statistiques de nombre de commentaires, nombre d’avis donnés (note sur 5), nombre de fois où la vidéo a été mise en favoris.

Nous avons donc relevé les statistiques pour les 60 vidéos les plus vues sur YouTube.FR (histoire de se rapprocher des comportements des internautes français) au cours du mois dernier (histoire de sortir des chiffres à peu près à jour). Et Emmanuel, pardon, Un_Dix, a fait une étude de corrélation (il fait ça mieux que moi).

Les résultats sont imposants car ils vont bien au-delà de la règle « conceptuelle » des 90-9-1 (pour un internaute qui produit, 9 commentent et 90 sont spectateurs).

- Le ratio « commentaires sur vues » est à 0,15%. Quand une vidéo est vue 100 fois, elle est commentée en moyenne 0,15 fois. Aucune vidéo n’est commentée plus de 0,6% des fois où elle est vue.

- Le ratio « favorites sur vues » est à 0,16%. Quand une vidéo est vue 100 fois, elle est mise en favorite 0,16 fois.

- La ratio « avis sur vues » est à 0,13%. Quand une vidéo est vue 100 fois, elle est notée 0,13 fois.

Les données sont plutôt bien fiables car les taux de corrélation sont autour de 0,9 pour chacun de ces indicateurs.

Conclusions :

- L’action de participation de l’internaute sur YouTube est extrêmement minoritaire.

- On ne voit pas de grosse différence entre des actions qui supposent des niveaux d’engagement pourtant différents (laisser une note, c’est anonyme et c’est un clic ; laisser un commentaire, c’est déjà autre chose)

Il faut poser deux bémols : d’abord, YouTube n’est pas un site social au sens premier du terme. On l’utilise comme moteur de recherche de vidéos (deuxième moteur de recherche au monde après Google…). La fonction sociale y est annexe et le commentaire n’y est pas conversation. Ensuite, YouTube met une barrière volontaire à la participation puisqu’il faut être inscrit et connecté pour chacune de ces actions (commentaire, favori, avis).

Mais quand même, ce sont des données intéressants pour compléter ce que l’on sait déjà sur la participation des internautes et qui montre que seules une minorité, et même une petite minorité participe. L’immense majorité est simple spectatrice, est sur le site mais pas dans le site.

Autres infos sur les 60 vidéos étudiées : leur durée est en moyenne de 3 minutes 07 et leur note moyenne de 4,41. Plus qualitiativement, on a vu du Rémi Gaillard, du foot, et les 3 i : RnB, Haïti, Super Nanny.

PS : ça fait du bien de publier dans une autre interface que Twitter… pardon pour cette absence.

About these ads

11 réponses à “La participation sur YouTube

  1. Intéressant mais alors cela me ramène à une question : à quoi correspond le nombre de vues au juste pour Youtube ? Un utilisateur qui zappe une vidéo au bout de quelques secondes (ne correspond pas à ce qu’il attendait ; manque de temps ; contexte ; etc.) est-il compté dans ce nombre de vues ?
    Si la réponse est oui, j’imagine que cela peut changer beaucoup de choses sur l’interprétation des résultat.

  2. Intéressant, oui merci pour ce travail. Deux questions qui n’ont rien à voir ou presque : mais pourquoi diable Un_Dix ??? et sinon, François tu crois que c’est l’influence de Twitter qui permet un billet aussi concis ? je suis impressionnée…

  3. Je vois deux particularités de Youtube, qui rendent difficile la généralisation de votre petite étude : comme déjà signalé, le fait qu’il soit nécessaire de s’inscrire pour participer, mais aussi : le compteur intègre les visionnages des versions embarquées sur les sites et blogs, qui peuvent donner lieu à des commentaires sur place.

    A-t-on des éléments sur la proportions des visionnages « embarqués » par rapport aux visionnages directs sur le site de Youtube ?

  4. Ah, des nouvelles ! :-)

    Pour rebondir sur ce que dit Christophe, il y a une nuance à faire entre « vue » et « clic ». Autre exemple, quand la lecture est mauvaise ou saccadée ou la connexion instable, hop un petit refresh ou l’ouverture dans une nouvelle fenêtre. Cela donne autant de clics en plus sans que l’on ait « vu » ou « revu » la vidéo.
    Les remarques de Narvic sont importantes :
    – je ne participe pas parce que je n’ai pas de compte
    – les commentaires sur les vidéos embarquées dans des blogs et sites ne sont pas pris en compte non plus, or c’est parfois bien là, avec le texte autour, que s’engage une conversation (cf les vidéos montrant des bourdes de personnalités politiques)

  5. C’est également compliqué de considérer que ce sont les vidéos le plus vues qui constituent un bon métre-étalon de la participation sur Youtube.

    Il y sans doute des vidéos impliquantes qui sont moins vues mais plus commentées, alors que certaines vidéos peut-être plus populaire n’invitent pas nécessairement au commentaire…

    En tout cas l’idée des ratios est intéressante!

  6. En fait, j’aimerais surtout savoir combien de personnes qui ont cliqué sur une vidéo l’ont entièrement visionnée ? Si 80 % des gens qui ont cliqué sur play quitte la page au bout d’un tiers de sa durée, ça risque d’être difficile pour ceux là de commenter (en plus de ce qui a été dis par les autres commentateurs). Idem pour les commentaires se rapportant à des textes d’ailleurs. tant qu’on ne saura pas faire la différence entre clics et lecture, il sera difficile d’établir un ratio lecture/participation.

  7. (Argh, précédent commentaire publié sans faire exprès, avant relecture et finalisation… bon ben temps pis, c’est fait ;-)

  8. François Guillot

    Il est temps que je vienne commenter mon propre billet… Donc oui, le point sur le fait qu’une vidéo peut être vue en embed est très important. J’y avais pensé mais oublié de le mentionner. Mais ce que ça veut dire aussi, c’est que l’on commente plus volontiers sur un espace dont on est familier parce qu’on y revient souvent et qu’on sait qu’on fait partie d’une « communauté », que sur un espace un peu gigantesque et anonyme comme YouTube.

    Les chiffres ne sont pas à prendre définitivement mais servent à montrer l’essentiel : les commentateurs sont une petite minorité. Les internautes sont actifs, mais être actif ne signifie pas forcément être acteur.

  9. excellentes ces stats, merci beaucou

  10. Je rejoins Jean dans son analyse. Nous savons tous (internautes lambda compris) que Youtube est utilisé comme un média de diffusion one-to-all par la plupart des gros producteurs de contenus. La conversation n’existe que très peu car les contenus n’en suscitent pas l’existence… Le feedback des Fanpages Facebook n’est pas beaucoup plus glorieux d’ailleurs !

    J’imagine aussi qu’à partir d’un certain nombre de commentaires, l’hypothétique « acteur » ne sent plus l’intérêt d’ajouter sa pierre à l’édifice : il serait intéressant de mettre en parallèle le taux de participation avec la courbe chronologique post-publication, non ?

  11. Pingback: links for 2010-08-11 « Ikan66