De la légitimité web des RP
29 avril 2008L’article de Rita Mazzoli dans La Tribune d’hier, “Les agences de relations publiques investissent les blogs”, est payant mais mérite lecture. Non que les professionnels des relations publiques y découvriront des choses qu’ils ne connaissent pas, mais parce qu’il témoigne d’une forme de reconnaissance publique pour l’intérêt des RP dans le web 2.0.
En substance, l’IREP constate que les dépenses de relations publiques des annonceurs ont cru de 3.4% alors que les dépenses globales de communication n’augmentaient que de 0.6%. L’interprétation faite par l’article de cette reconnaissance pour les RP réside notamment dans l’explosion des besoins liés au développement du web communautaire.
Le web au service de la croissance du marché des RP ? L’article est même plus précis puisqu’il évoque le rôle des RP pour conseiller face à “l’effet boomerang”, autrement dit liés les bruits négatifs que le web produit sur les marques, entreprises ou organisations. Les RP tireraient donc leur principale légitimité web de leur savoir-faire traditionnel en matière de gestion de crise.
Il ne faudrait pas pour autant négliger le volet “opportunités” du web communautaire pour les RP. Dans un marché des stratégies Internet toujours très confus, où les annonceurs n’ont ni une vision claire des besoins et du marché, où les conseils empiètent sur les savoir-faire les uns des autres (relire cette discussion à propos du marché pour mémoire), il est juste que les RP fassent valoir leur savoir-faire. Stanislas ne disait-il pas y a quelques semaines sur PR2Peer :
“dans le grand chambardement actuel de l’ensemble des métiers de la communication, les PR ont sans doute le plus à gagner. Dans un environnement où la communication relationnelle redevient la base de la communication, (…) les professionnels des PR devraient se sentir comme des poissons dans l’eau.”
Je pense que nous sommes donc assez nombreux sur le marché à rejoindre Patricia Ott (Lewis PR France) quand elle dit à la Tribune que “nous sommes les mieux placés pour identifier les internautes les plus influents, pour analyser les demandes, mettre en oeuvre des stratégies personnalisées et délivrer des contenus utiles”. Il y a de nombreuses raisons à cela, on n’y reviendra pas, et il est agréable de voir la profession revendiquer sa légitimité sur le marché des stratégies web.
Et hop encore une opération mal ciblée
22 février 2008Mauvaise pratiques, suite… et certainement pas fin. Après les agences qui se plantent, les annonceurs qui font n’importe quoi.
Car “l’émetteur” de cette approche “décalée” est bien un annonceur et non une agence comme le titre du billet de Bricablog “Les tapinades de l’agence online marketing X” le laisse penser. Marrant d’ailleurs de voir que le premier réflexe de l’auteur, Veuve Tarquine, est de penser qu’il s’agit d’une agence… Une erreur qui révèle la visibilité nouvelle des agences dans l’espace Internet et l’image qui leur est associée ?
On parle beaucoup de la fin du “off” sur ces pages, il faudrait monter un observatoire des méthodes d’approches des blogueurs puisqu’on voit se multiplier les exemples rendus publics. De gaffes en erreurs stratégiques en passant par les coups géniaux ou juste efficaces et en repassant par d’autres gaffes, il y a de quoi faire un bouquin, un blog, ou simplement un bon (prochain) post.
Understanding audiences on the Internet: the geographer and the ethnologist
31 octobre 2007(This is an English translation of a French post. Original here.)
(Ceci est une traduction d’un post en français. Original ici.)
When an organisation wishes to reach out to its audiences on the Internet, it faces many questions, critical ones. Even more so than with “conventional” communication, the online jungle requires the source of information to understand its environment. Who am I addressing? What are their codes? How do they see us? What do they expect from me? Who influences them?
The Internet therefore puts a new emphasis on understanding rather than acting; it places analysis at the very heart of the communication consultant’s role. No online PR strategy can do without this phase, which is often called “cartography” and enables an organisation to understand its “natural” online environment (which communities? On which subjects?). It’s the crucial Stage 1 of any PR strategy – it cannot be skipped even in the greatest of hurries.
This is where we are faced with several stakes. The Internet’s complexity, its almost endless surface, its complete decentralisation make it tempting to “automate” the analysis of audiences. Press a button to get the answer to the question: “Who are my audiences?” The financial imperative encourages this reflex: “There must be an engine that will tell me all this.”
And indeed, we need engines. This is the approach we could call geographic. It’s what a company like RTGI (note the G for geography) does with panache. You might know its impressive work on the European constitution referendum or its observatory of the presidential elections. The geographer maps out audiences. In the online jungle, he shows the paths. The map may be automated or hand-drawn according to specific needs (as i&e does it).
But to understand one’s environment, one must team up an ethnologist with the geographer. In the jungle, a map is not enough. You need a guide: the ethnologist, the one who studied the populations, their customs, and who will guide you in the field, speaking the language of the locals. This work of ethnology can only be conducted from the inside.
In my view, someone like Laurent Javault, a well-connected blogger who knows the various types of audiences and opinion-leaders, has the profile of a “blog ethnologist”. And when we tell our clients that to understand the web, they need to dive in (i.e. read blogs, read the comments, use an aggregator, read the history of Wikipedia entries, etc.), that’s exactly what we mean. It sounds basic, but we still repeat it: you cannot understand your audiences without studying them.
The duo of geographer and ethnologist gets us through the jungle. It would be wrong to think their fields are over-specialised. With the Internet more and more accessible, ethnology in particular is everyone’s business. PR consultants and press officers, who were the ethnologists of the conventional media, are increasingly becoming online ethnologists as well. No need to be a pure player or a geek to understand a particular online community: it’s enough to get started and participate. I see a kind of “de-expertisation” of online communication consulting, which has major implications for PR agencies. The Internet is increasingly everyone’s business and not the birthright of a lucky few who know it all. All thanks to the geographer and the ethnologist.
Comprendre les publics sur le web : le géographe et l’ethnologue
31 octobre 2007
De nombreuses questions se posent pour l’organisation qui souhaite aller à la rencontre de ses publics sur le web, et pas des moindres. Comme dans la communication “traditionnelle” en théorie (mais davantage que la communication traditionnelle en pratique), le web, parce qu’il est une jungle, exige avant toute chose de l’émetteur d’information un travail de compréhension de son environnement : qui sont mes publics ? Quels sont leurs codes ? Quel est l’état de leurs représentations ? Qu’attendent-ils de moi ? Qui influence qui ?
Internet revalorise ainsi le rôle du «comprendre» vs. le rôle du «agir» et place les sociétés d’intelligence au cœur du conseil en communication. Aucune mise en place de stratégie de relations publiques en ligne n’échappe à ce travail que l’on qualifie souvent de « cartographie » et qui vise à permettre à une organisation de comprendre son environnement web « naturel » (quelles communautés ? sur quels sujets ?). C’est l’étape 1 indispensable de toute mise en place de stratégie RP, celle qu’on ne peut pas sauter même quand on a envie d’avancer très vite.
C’est à ce niveau que l’on se retrouve face à plusieurs enjeux. La complexité du web, sa surface infinie ou presque, sa décentralisation profonde, créent une tentation : celle de vouloir « automatiser » la compréhension des publics. Appuyer sur un bouton pour avoir la réponse à la question « qui sont mes publics ?». La logique économique accroît ce réflexe : « Il doit bien y avoir un moteur qui va me sortir tout ça ».
Et effectivement, on a besoin de moteurs. Cette approche débouche sur celle que l’on peut qualifier comme étant celle du « géographe ». C’est ce que fait avec beaucoup de brio une société comme RTGI (avec le G de géographie, ce n’est pas un hasard) dont vous connaissez peut-être l’impressionnant travail sur le référendum ou l’observatoire de la présidentielle. Le géographe cartographie les publics. Dans la jungle du web, il est celui qui vous fournit la carte et les chemins. La carte peut être automatisée ou tracée à la main en fonction des besoins (c’est ce qu’on fait chez i&e, pour parler de nous).
Mais tout l’enjeu d’un travail de compréhension de son environnement web est de savoir compléter l’approche du géographe par celle de l’ethnologue. Dans la jungle, la carte seule ne suffit pas. Il faut un guide : l’ethnologue, celui qui a étudié les populations, leurs mœurs, qui va vous guider sur le terrain, parler le langage des autochtones. Ce travail d’ethnologie ne peut être conduit que de l’intérieur.
Quelqu’un comme Laurent Javault, issu de la blogosphère, avec de multiples connexions et une intelligence des typologies de publics, des influenceurs etc., a à mon sens un profil « d’ethnologue des blogs ». Et quand on dit à ses clients que pour comprendre le web, il faut mettre les mains dans le cambouis (lire des blogs, lire les commentaires, utiliser un agrégateur, lire l’historique des pages Wikipédia, etc.), on ne dit pas autre chose. C’est une évidence, mais il faut souvent la rappeler : on ne peut comprendre les publics qu’après les avoir étudiés.
C’est par la complémentarité de leur expertise que le géographe et l’ethnologue permettent d’avancer dans la jungle. Ce qui ne doit pas laisser croire que leurs métiers relèvent de l’hyper-expertise. Le temps et la démocratisation du web aidant, l’ethnologie en particulier devient le travail de tous. Le consultant RP ou l’attaché de presse, qui étaient d’une certaine façon des ethnologues des médias traditionnels, ont de plus en plus vocation a devenir des ethnologues du web. Plus besoin d’être un pure player ou un geek pour comprendre telle ou telle communauté de la blogosphère : il suffit de vouloir s’y mettre et de participer. Il y a à mon sens dans cette « désexpertisation » du conseil en com online un enjeu majeur pour les agences. De plus en plus, le web est l’affaire de tous et plus seulement de quelques référents qui auraient tout compris. Tout cela avec l’aide du géographe et de l’ethnologue.
99 francs : oui, bon.
6 octobre 2007Un post un peu facile en cette période où l’écriture est difficile. Et parce que quand on bosse dans la com, il “faut” avoir lu 99 francs le livre, et donc avoir vu 99 francs le film depuis sa sortie sur les écrans mercredi de la semaine dernière.
Je fais exactement le même diagnostic sur le film que sur le bouquin : des idées, mais pas d’histoire. Un gros manque de simplicité cinématographique – et pas uniquement en raison des délires visuels de Jan Kounen : avait-on besoin de mettre Beigbeder (le vrai) à l’écran ? Le clin d’oeil est un peu lourd. La voix-off qui reprend des extraits du bouquin ne fonctionne pas génialement et à part quelques vrais bons moments, on (enfin, je) s’ennuie assez vite.
La critique du milieu publicitaire s’exprimait de façon beaucoup plus jubilatoire dans le trop méconnu (et très, très supérieur) E-mail story. Sinon, en ce moment sur les écrans, il y a le magnifique Control.
Publié par François Guillot
Publié par François Guillot
Publié par François Guillot 