A propos des vidéos virales

21 juillet 2008

Where The Hell Is Matt?” (Stride), “Guys Backflip Into Jeans” (Levi’s), le téléphone qui fait du Pop Corn (Cardo Systems) et même le buzz “First” (Bud) : les exemples récents de marques à l’origine (ou à la récupération) d’un buzz ‘amateur’ ne manquent pas.

Avec des stratégies variables, mais comme ligne de conduite une certaine discrétion pour leur présence… Je vous invite donc à lire Aurélien Viers d’Après La Télé avec qui nous avons eu une conversation autour de ce sujet et qui l’évoque dans son dernier billet.

A lire aussi à propos de vidéo virales la typologie de Mike Laurie traduite en français par marketing 2.0.


Vidéo de la semaine : les “Backflips” de Levi’s

27 mai 2008

3.5 millions de vues sur Youtube : la vidéo “Guys backflip into jeans” est un des gros buzz du mois de mai (7ème au classement Viral Video Chart sur les 30 derniers jours).

Surprise hier, je découvre en lisant Narvic (si Narvic se met à parler de buzz, où s’arrêtera-t-il ?) que des blogueurs auraient révélé que cette vidéo était l’oeuvre d’une marque.

Quelques clics plus tard, confirmation. La marque en question est Levi Strauss et a confirmé : “nous voulions que les gens le découvrent d’eux-mêmes“. Le temps de réaction a même été très bref : la vidéo a été postée le 7 mai, la confirmation a été publiée le 9.

Une vidéo virale faite par une marque… sans la marque ? Il y aurait de quoi discuter des heures, mais on ne peut que souligner que beaucoup de marques n’auraient pas osé faire ce que Levi’s a fait et auraient signé le film, pour se le “réattribuer”.

Levi’s est-il idiot ou génial ? A quoi cela sert-il d’être vu 3.5 millions de fois si on ne sait pas que c’est Levi’s ?

D’abord il y a la présence du produit, le jean’s, mis en scène et omniprésent. Personnellement je ne m’étais pas posé la question de la marque et ça ne m’a pas donné envie de mettre des jean’s trop grands et pas davantage de sauter dedans, mais le produit est là et bien là, ominprésent sans être lourdement valorisé.

Ensuite il y a l’effet “reveal” : “oui c’était nous, c’était Levi’s”. D’une certaine manière il s’agit d’une stratégie RP : faire parler de ce reveal, créer un 2ème buzz attribué à Levis. Pourtant, ce 2ème buzz n’a certainement pas le potentiel de la vidéo “backflip” elle-même et n’a aucune chance de toucher viralement autant d’internautes..

Levi’s aurait-il gagné à apposer sa marque dans le film ? Et bien je n’en suis pas sûr, car une autre question se pose : et si la présence explicite de la marque était un frein à la viralité de la vidéo ?

Le choix de Levi’s semble montrer que leur réponse est “oui”. Les vidéos amateur cartonnent plus facilement que les vidéos de marque. La même vidéo sans la marque tourne plus qu’avec la marque. Et voilà encore un problème pour les stratégies de marketing viral, dont Levi’s prend acte.

Finalement, que vaut-il mieux pour Levi’s ? Une vidéo signée qui tourne un peu, voire pas mal ? Ou une vidéo non signée, qui montre le produit, cartonne, et fait parler les internautes une fois que l’on sait que Levi’s en est l’auteur ?

Pour moi la réponse est assez claire.


Tiens, une communication intelligente sur Facebook (mais pas très efficace pour autant)

16 mai 2008

Edit du 20 mai : l’analyse de l’évolution des données semble montrer que le nombre d’utilisateurs indiqué par l’application est calculé de façon assez restrictive, ce qui peut vouloir dire que l’appli a mieux marché que ce que je laissais entendre. Si c’est le cas j’en suis désolé et suis preneur des éclaircissements des concepteurs de l’appli !

Je n’ai pas souvent eu l’occasion de voir sur Facebook des initiatives intelligentes de marques. Un mot donc sur l’application qu’Eurosport a développé pour les fans de foot : “Liste des 23 pour l’euro“.

D’autant plus qu’il y a un truc très bizarre avec cette application.

Le principe, d’abord. C’est simple comme bonjour mais redoutablement efficace : l’application invite le facebooker à se mettre dans la peau de Raymond Domenech et à choisir les 23 qui iront à l’Euro. Poste par poste, on choisit les joueurs parmi une sélection assez large. Une fois qu’on a terminé, on peut inviter ses “friends” fans de foot ; on est ensuite informé du choix des 23 de ses friends. Et on peut même regarder la sélection moyenne des Facebookers, qui a un peu valeur de sondage à grande échelle (dont Raymond Domenech se fichera comme de sa première paire de chaussettes, faisons-lui confiance).

Dans la fenêtre de l’application s’affichent les flux d’info foot et de vidéos d’Eurosport.fr, permettant de cliquer… et de générer du trafic pour le site.

C’est archi-simple, mais dans cette application il y a tous les principes de bonne communication du web 2.0 et de Facebook en particulier :

- une logique communautaire (les fans de foot)

- une proposition qui entre en résonance avec les préoccupations et les conversations de son public (la liste des 23)

- une marque qui rend son public actif (choisir ses 23)

- un principe qui s’appuie sur la viralité très facile sur Facebook (inviter ses amis) et alimente la conversation (possibilité de commenter la sélection des autres)

- une mécanique qui donne envie de revenir plusieurs fois sur l’application (voir les sélections des amis, voir la sélection moyenne des internautes)

- une génération de trafic pour le site de la marque avec de l’écrit et de l’image (les news et vidéos)

Donc, une application d’autant plus géniale qu’elle est archi-simple.

Et pourtant… il y a un truc qui cloche.

L’application compte 4261 “daily active users” : pas terrible non ?

Il y a 1.7 millions de comptes Facebook en France. Même si beaucoup ont été ouverts dans un effet de mode ou de panurgisme, les chiffres de Facebook progressent assez rapidement (1 million en décembre, 1.7 million aujourd’hui, soit plus ou moins 140 000 nouveaux membres par mois).

Il doit donc quand même y avoir plusieurs centaines de milliers de français actifs sur Facebook en ce mois de mai 2008. Et vu le nombre de fans de foot dans la population française, vu le potentiel de cette application, je suis surpris qu’elle ne compte pas au moins 4 ou 5 fois plus de membres.

Je ne sais pas l’expliquer davantage. On en revient à un autre principe du web communautaire : la viralité est souvent mystérieuse.

En revanche et même si le nombre de téléchargements paraît peu élevé, il faut signaler que ce type de dispositif est peu coûteux : tout le monde aurait pu créer cette application. Les équipementiers, les sponsors de l’euro, les autres médias diffusant la compétition… tout le monde. Mais celui qui l’a fait, c’est Eurosport.


Vidéo de la semaine : Greenpeace parodie Dove

28 avril 2008

Quand on dit que l’entreprise est sous surveillance constante… Vous vous souvenez de cette campagne de Dove intitulée Onslaught (Matraquage) : “parlez à votre fille avant que l’industrie de la beauté ne le fasse” :

Voici la parodie signée Greenpeace, sur le thème de la déforestation : “Parlez à Dove avant qu’il ne soit trop tard”.

Cette parodie (7ème vidéo la plus postée sur des blogs depuis une semaine) n’est pas la première conséquence non recherchée pour Unilever.

Elle intervient après un débat, certes assez light, sur la schizophrénie d’Unilever, portant simultanément le  “parlez à votre fille …” de Dove et le “Plus t’en mets plus t’en as” d’Axe, discours jugés contradictoires.

Ce premier débat était en quelque sorte la réponse du berger à la bergère : la critique porte sur le sujet porté publiquement par Dove.

On voit maintenant qu’en optant pour une posture agressive sur le sujet de la publicité, Dove se voit interpellé sur ses autres domaines de responsabilité (en l’occurrence l’environnement)…

Cette fois, c’est plutôt un effet arroseur arrosé : la critique porte sur un autre sujet que celui porté publiquement par Dove.

Difficile sur Internet d’occuper le terrain de la communication responsable ou du débat sans accepter de recevoir la réponse du berger à la bergère et / ou d’être l’arroseur arrosé. Ce n’est pas forcément contre-productif pour la marque. C’est une question de retour sur investissement et d’acceptation de la critique. Cela s’anticipe et amène les entreprises à s’interroger à la fois sur les réponses attendues du berger (quelles sont les faiblesses de mon argumentation ?) et sur les pressions possibles des arroseurs (que peut-on me reprocher qui n’a rien à voir avec le sujet sur lequel je me place ?)

Comment évaluer le bénéfice et les risques de cette stratégie pour Dove et Unilever ? A vue de nez, la campagne originale a été vue 1,6 millions de fois sur YouTube et la parodie, pour l’instant, 220 000 fois. Soit un rapport de 8 à 1. Mais quelle est la trace laissée en termes d’image et de réputation ? Il est d’autant plus difficile de répondre que ces vidéos — l’originale de Dove et la parodie de Greenpeace — ne sont, dans un cas comme dans l’autre, que la partie la plus visible d’un dispositif plus construit :

- le fonds de l’estime de soi pour Dove

- la campagne valorisée à la une du site Internet de Greenpeace et suivi d’un appel à signer une lettre ouverte à Patrick Cescau, PDG d’Unilever.

Enfin, on se souviendra que ce n’est pas la première fois que Greenpeace détourne les codes d’une marque.  Le précédent, était moins agressif mais s’est avéré d’une efficacité redoutable puisqu’à sa suite Steve Jobs avait annoncé un “Apple plus vert” : il s’agissait de la campagne GreenMyApple.


Vidéo de la semaine : le rubik’s cube solutionné

24 mars 2008

Puisque les YouTube Awards ont rendu leur verdict, il nous fallait choisir la vidéo de la semaine parmi les lauréats. Un choix très personnel ici avec deux vidéos qui m’auraient beaucoup servi il y a quelque années : apprendre à résoudre le mystère du Rubik’s Cube.

A noter que les YouTube Awards ont redonné une visibilité certaine aux vidéos lauréates : dans le top 20 des vidéos les plus publiées au cours des 24 dernières heures (Viral Vidéo Chart), quatre sont lauréates des YouTube Awards (le bébé hilare n°5, “The Mysterious ticking noise” n°12, l’incroyable documentaire animalier pris sur le vif à Kruger n°14 et le Tetris humain n°15).


Polémique de la veille de l’Elysée : c’est aussi un banal dérapage de relations presse

21 mars 2008

3 lignes dans un article du JDD et la blogosphère est en émoi :

“Outre François de La Brosse qui s’occupe du site Internet de la présidence, un jeune normalien-HEC de 24 ans, Nicolas Princen, viendra renforcer ce pôle avec la charge de surveiller tout ce qui se dit sur la Toile, de traquer les fausses rumeurs et de déjouer toute désinformation à l’encontre du Président. L’objectif: contre-attaquer aussitôt.”

Pour revenir sur cette polémique, voir la remise en perspective de PR2Peer,  les conseils de veille online de Versac et la mise a point de Koz le rocker à l’attention de toutes les vierges effarouchées.

Un seul commentaire ici car tout est dit ailleurs : je suis très surpris par le nombre de commentateurs qui ont pris les 3 lignes de l’article du JDD pour une déclaration officielle de l’Elysée.

Car comment dire… Peut-on vraiment imaginer que l’Elysée ait communiqué la nomination de Nicolas Princen en disant qu’il devait “traquer les fausses rumeurs”, “déjouer toute information” et “contre-attaquer aussitôt” ?

Alors soit on croit que les médias sont des machines entièrement contrôlées par l’Etat, soit on oublie de décrypter le langage du journaliste. Evidemment, ces 3 lignes sont “l’interprétation” que Florence Muracciole, la journaliste du JDD, fait de la description du job que l’Elysée lui a faite. Evidemment, l’Elysée a dû être sacrément en colère en découvrant le papier et ses conséquences sur le web. Le langage de l’Elysée est d’ailleurs très différent quand LePost lui redonne l’occasion de s’exprimer, cette fois avec ses propres mots, à ce sujet.

Tout cela est donc parti d’un banal dérapage de relations presse. Sans dérapage presse, pas de bad buzz. Ce qui nous apprend quoi ? Que le média “traditionnel” est encore le déclencheur, le faiseur d’opinion. Et que la parole du journaliste est perçue comme crédible et en l’occurrence assez faiblement décryptée. Bref, c’est un cas qui montre… l’importance des (bonnes vieilles) relations presse (traditionnelles).


Vidéo de la semaine : “faites le test”

13 mars 2008

On vient de tomber sur ce qui sera indiscutablement la vidéo de la semaine. Impossible d’en dire plus :

La voir ici dans son contexte original ou si la version de YouTube est retirée. Ca buzze.

A noter une sombre histoire de Copyright qui oppose l’agence WCRS à Daniel J Simons, universitaire américain qui a produit le concept en 1999.

Merci à Pierre qui se reconnaîtra pour l’info.


Vidéo de la semaine : la Télé Libre au meeting de Rachida Dati

9 mars 2008

Etonnante séquence prise mercredi 5 mars par La Télé Libre (web TV de John Paul Lepers) à un meeting de Rachida Dati dans le VIIème arrondissement.

En quelques mots : alors que le meeting semble se dérouler le plus normalement du monde, des militants et gardes du corps de l’UMP entourent et bousculent la caméra de la Télé Libre, rendant la prise de vue impossible, puis expulsent l’équipe de tournage. C’est encore la Télé Libre qui le raconte le mieux.

En images :

Que dire ? On se gardera de faire des commentaires de fond ici. Mais on voit un énorme paradoxe : la peur de la caméra (bien connue du communicant), ou en l’occurrence la peur de la caméra de la Télé Libre (puisqu’il est fait état d’un certain passif entre Rachida Dati et la Télé Libre), conduit à censurer des images dont on ne sait même pas si elles pourraient être dangereuses pour la personne filmée… quitte à prendre le risque que les images de l’expulsion soient diffusées sur Internet et soient beaucoup plus vues que ne l’aurait été un reportage “non censuré” de la Télé Libre.

Ou comment, en voulant empêcher la publication d’images, on en crée de nouvelles, autrement plus fortes et plus dangereuses.

L’équation, du point de vue de l’UMP, est pourtant simple : partant du principe que la Télé Libre n’est pas là pour cirer les chaussures de Rachida Dati, il s’agit de mesurer ce qui est le plus dangereux : les laisser filmer normalement le meeting ? Ou les expulser alors que la caméra tourne ?

La réponse me paraît assez claire - même si on est pour le moment la vidéo a assez peu “buzzé” par rapport à d’autres sorties ministérielles ou présidentielles… Jusqu’ici, la vidéo version VPodTv (l’originale) a été vue 25 000 fois, une trentaine de blogs en ont parlé, mais la séquence n’a droit qu’à un “vite dit” sur Arrêt Sur Images et n’a été vue qu’environ 4000 fois sur DailyMotion. Si elle se serait épargné une bonne partie de cette visibilité en laissant la Télé Libre faire son travail, Rachida Dati s’en sort néanmoins bien vu l’ampleur du risque.

Visiblement tout le monde n’a pas encore compris qu’une caméra prend des images de toutes façons, qu’il existe un truc qui s’appelle Internet sur lequel n’importe qui peut diffuser des images, et qu’au final la censure est contre-productive.

A lire aussi chez André Gunthert.


Vidéo de la semaine : les casse-cous de la Défense

24 février 2008

Cette semaine il ne s’agit pas d’une vidéo choisie pour ses vertus pédagogiques sur le web 2.0, mais parce que l’analyse de sa propagation et des commentaires associés me semble intéressante.

Cette vidéo que j’ai découverte en début de mois est l’une des plus impressionnantes que j’ai pu voir en ligne (ou même dans le zapping TV) et ne cesse de me terrifier. Mais étant persuadé que les lecteurs d’Internet et Opinion(s) sont des gens responsables qui ne vont pas reproduire ces comportements ni montrer ces images à leurs enfants :-), je me permets de la montrer. [par contre merci à Agoravox de ne pas reprendre ce billet]

Passé le frisson, un peu d’analyse (analyse de buzz diront certains).

Historique et visibilité sur DailyMotion

La vidéo originale (prise en mai 2007) a d’abord été postée le 13 janvier 2008 sur DailyMotion par un certain Johnleouf3 qui semble être l’un des 3 casse-cous.

Un gros mois plus tard, cette version intitulée “Grue Défense 2007 Bassequal” a été vue environ 15 000 fois. Mais elle a aussi été republiée par d’autres, dont Yom de Suchablog. Cette version republiée cette fois sous le nom de “3 abrutis font des tractions en haut d’une grue” a elle été vue environ 40 000 fois et c’est la version la plus utilisée par les blogueurs qui l’ont postée. C’est aussi celle qui sort en premier lorsque l’on tape “grue” dans DailyMotion.

Les autres republications de cette vidéo n’ont pas été vues plus de 1000 fois et sont plus difficiles à trouver.

Premiers enseignements

Au total donc et au bout d’un mois, la vidéo a donc été vue environ 60 000 fois sur DailyMotion (ça ne me semble vraiment pas énorme au vu du contenu). Une version fait les deux tiers des visites et le reste se partage des miettes : on voit un effet, comme souvent sur Internet, « vainqueur prend tout ».

La version de Yom est la plus vue car elle a été publiée sur Suchablog, pas parce qu’elle a été mieux taguée. On voit donc aussi qu’une information (en l’occurrence, une vidéo), pour se propager, a besoin “d’amplificateurs” (en l’occurrence, Yom) qui s’appuient sur une audience. On voit aussi plusieurs niveaux d’amplificateurs puisque Yom cite sa source comme étant Koreus.

(Vous verrez le même raisonnement sur un autre exemple en lisant ce billet de Narvic de Novovision, qui analyse le trafic soudain et inattendu sur un de ses billets, 3 semaines après sa publication – l’amplificateur étant dans son cas Embruns).

Ces amplificateurs n’ont pas nécessairement pour fonction de transformer le message ou l’information - quoique, pour revenir à notre vidéo, c’est ce que fait Yom en décrivant les 3 casse-cous comme des “abrutis”.

Par ailleurs Yom a posté le 25 janvier, il a donc fallu 2 petites semaines pour que la vidéo originale trouve son “amplificateur” qui lui a fait rencontrer un plus large public.

Sur YouTube

La vidéo est également postée sur Youtube en 5 ou 6 versions différentes et raccourcies, où elle a été vue à ce jour environ 400 000 fois (7 fois plus que sur DM, ce qui rappelle la différence de marché entre l’américain et le français).

Là aussi, l’une des versions fait environ les 3/4 des vues totales (intitulée « Pull ups on top of a crane »). Là aussi ce n’est pas la première version postée : la plus vue est postée le 27 janvier, mais une autre version est postée sur YT dès le 24 janvier.

Mêmes conclusions : le vainqueur prend tout et l’accès au public le plus large dépend du “coup de pouce” d’un amplificateur (ou influenceur, si vous voulez). Ce qui ne veut pas dire que si Yom (2243 fans sur DailyMotion) poste votre vidéo, elle va automatiquement exploser (un bon nombre de ses vidéos n’ont pas été vues plus de 1000 fois).

Qui sont les « amplificateurs » ?

Il est également intéressant de comparer les profils des « amplificateurs » sur DailyMotion et YouTube. Sur DailyMotion, Yom est très bien identifié : c’est un blogueur et un Dailymotioner forcené (près de 1000 vidéos postées, 2243 fans donc).

Le profil de VRIESSS, qui a posté la version de référence (vue 300 000 fois) sur YouTube est différent. VRIESSS, qui est français et qui a aussi me semble-t-il un profil DailyMotion, n’a pas un public comme Yom. Que ce soit sur DailyMotion ou YouTube, il est un utilisateur régulier mais plus confidentiel (18 fans sur YouTube).

Qu’est-ce qui a donc fait que la version de VRIESSS soit celle qui a été vue plus de 300 000 fois ? Ce ne sont pas non plus les tags qui ne me semblent pas optimaux. Je n’ai pas trouvé la réponse. Mystères et joies de la viralité ? Par contre, ce qu’on peut observer, ce sont les reprises de la vidéo dans des blogs (version VRIESSS/ YouTube) grâce à Viral Vidéo Chart :

VVC grue vriesss

Il est enfin intéressant également de jeter un oeil aux commentaires associés aux vidéos.

On voit sur la version initiale postée sur DailyMotion par Johnleouf3 que les premiers commentateurs sont des proches des 3 casse-cous (« alors vous avez fini par mettre cette vidéo en ligne… »). Johnleouf3 lui-même intervient dans les commentaires, pour préciser que les 3 énergumènes ont 15 ans d’alpinisme dont 13 en option sans corde derrière eux. Un élément d’importance mais qui sera vite recouvert par le flot de commentaires et devient ensuite invisible et inaudible.

A partir de là, on voit s’organiser les différent registres de discours dans les commentaires :

- l’effroi, qui provoque l’admiration ou le respect – souvent évoqué en rendant hommage à la « virilité » de nos 3 casse-cous

- l’effroi, mais qui cette fois provoque des discours à caractère moral sur cette prise de risque. C’est le registre de l’irresponsabilité : non seulement celle des acteurs de la vidéo qui jouent avec leur vie, mais aussi celle, quoiqu’à la marge, de DailyMotion et YouTube qui en rendant la vidéo accessible peuvent faciliter l’imitation de ce comportement– contenu dénoncé par certains utilisateurs sans que l’hébergeur retire la vidéo… Ceci dit, si l’on trouve “l’incitation à la violence” dans les motifs de prohibition d’une vidéo sur DailyMotion, je ne vois pas le « comportement à risque » dans les vidéos à bannir… Et pas davantage sur YouTube.

- l’humour (« peut mieux faire », etc.)

- le hoax (« l’un d’entre eux s’est tué », « ils ont été redescendus par des pompiers »…)

- l’incrédulité (« cette vidéo est un fake »)

- plus marginalement, le rapprochement avec le PSG : le choix de la musique et l’insertion d’une image du Parc des Princes avec un son du Kop of Boulogne semble en effet révéler les préférences footballistiques des grimpeurs. D’où des commentateurs qui se voient confirmer que les supporters du PSG sont des abrutis.

La spécificité des commentaires sur YouTube me semble être celle de généraliser (dans une assez importante proportion) l’exploit aux Français en général. En clair, le commentateur de YouTube se dit que les Français ont de sacrées c……s. Ou comment, sans le vouloir, les casse-cous auront oeuvré à l’image de la France dans le monde :-)

Que conclure de tout ça ? Plein de choses, assez connues mais qui sont bonnes à rappeler :

- La « viralité » peut prendre son temps
- L’essentiel de la visibilité d’une vidéo se focalise sur un petit nombre de versions de la vidéo (dans ce cas, sur DM comme sur YT, la vidéo de référence fait +/- 70% des vues)
- La visibilité dépend des « amplificateurs », mais la possibilité de toucher un « amplificateur » par le viral est aléatoire
- Les amplificateurs existent sur plusieurs niveaux
- Les amplificateurs peuvent transformer le message
- La viralité est imprévisible et dépend de peu de choses ; ce n’est pas forcément celui qu’on croit qui sera l’amplificateur, ni dans les proportions que l’on croit
- les tags ne semblent pas faire une différence fondamentale ici
- Une information importante qui n’est pas dans la vidéo sera totalement inaudible dans les commentaires
- Les opinions se polarisent autour du pour / contre, vrai / faux et de l’humour.

Prochain buzz à suivre : celui-ci. Vidéo prise samedi 23 février, vue 6 ou 8000 fois à l’heure où j’écris, mais déjà publiée 15 fois sur DailyMotion…


Rétrospective 2007 : l’année web

28 décembre 2007

La fin d’année est traditionnellement l’heure des bilans. Internet et Opinion n’y échappe pas et vous propose de revisiter 2007 à travers une sélection subjective des événements qui nous ont le plus marqué.

Janvier

5thThierry Crouzet publie Le Cinquième Pouvoir, un des (finalement) rares essais sur les effets de la participation sur Internet.

Coca-Cola consacre plus d’un quart du budget de lancement de Coca-Cola Zero à Internet : le record pour les gros lancements en ce début 2007.

Février

David Neeleman, patron fondateur de jetBlue, utilise YouTube pour s’adresser directement à ses clients à l’issue de la plus grande crise de l’histoire de la compagnie : une vidéo, “Our Promise To You”, qui restera dans les annales de la gestion de crise en ligne.

DailyMotion, YouTube et les skyblogs sont les accélérateurs du mouvement qui envahit les dancefloors et les rues : la Tecktonik.

Mars

Le buzz de ce début d’année est l’oeuvre du magazine Choc (dont les ventes s’effondrent), pour qui l’agence Buzzman a conçu une campagne autour d’une vraie-fausse vidéo du pétage de plombs de Jean-Luc Delarue dans l’avion.

summizeLancement de Summize, nouveau modèle de consumérisme en ligne, dont on attend un équivalent français avec impatience.

La net-campagne bat son plein et est un terrain d’expérimentation pour les politiques qui utilisent le web au maximum de ses possibilités, allant jusqu’à investir Second Life, et pour les médias, qui font évoluer leurs formules en ligne pour y intégrer le maximum d’interactivité.

Avril

lifeL’emblématique magazine Life cesse sa parution : le Paris-Match américain n’existera plus qu’en ligne.

Consolidation dans la publicité en ligne : Google s’offre DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars. Un mois plus tard, Microsoft rachète aQuantive pour 6 milliards de dollars.

Mai

Steve Jobs annonce une série de mesures visant à rendre Apple plus verte : c’est le résultat d’un travail de lobbying en ligne mené par Greenpeace depuis 9 mois au travers du site GreenMyApple.

Contrairement au référendum, les résultats de la campagne présidentielle ne reflètent que modérément le débat en ligne.

rue89Lancement le 6 mai de Rue89.com, première expérience online française de journalisme “hybride”, où des journalistes issus de Libération encadrent des contributions extérieures de non-professionnels de l’information. Après 6 mois d’existence, Rue89 est l’auteur remarqué de plusieurs scoops et réalise près d’un million de visiteurs mensuels. D’autres projets comme Lepost.fr (groupe Le Monde) ou MediaPart, le projet d’Edwy Plénel, se faufileront dans ce créneau.

facebookFacebook ouvre la possibilité à tous ses membres de développer librement leurs applications en ligne et d’en tirer tous les revenus associés. C’est le signal d’une explosion qui fera de Facebook LE phénomène Internet de 2007, témoignant d’un nouveau rapport social entre les individus et éclipsant les MySpace, Second Life ou autres Twitter.

Juin

sarkog815 millions de vidéos vues en 10 jours pour se demander si Nicolas Sarkozy était bourré au G8. Etonnant buzz autour d’une vidéo finalement assez anodine.

Fin d’Arrêt Sur Images après 12 ans de bons et loyaux services. Après polémiques et pétitions, l’équipe de Daniel Schneidermann se délocalise, déménage le big bang blog et prépare son retour en ligne.

Aufeminin.com, leader des magazines féminins en ligne, est racheté à plus de 40% par le groupe allemand Springer, portant ainsi sa valorisation à 284 millions d’euros. Soit 44 millions d’euros de plus que le prix que Bernard Arnault déboursera pour Les Echos au mois de novembre.

Juillet

Agoravox lance sa première enquête participative, une nouvelle expérience d’intelligence collective coordonnée. La première d’entre elles est consacrée à la vaccination.

iab logoL’enquête de l’Interactive Advertising Bureau sur l’e-pub montre une progression des investissements en ligne de 40%. La SNCF reste le premier annonceur. Près de 11% des dépenses publicitaires en France sont désormais consacrées au web, seul segment dynamique du marché publicitaire.

Août

Avec une certaine discrétion, Google devient éditeur en annonçant la possibilité pour les parties prenantes d’une information de venir commenter les Google News qui les concernent. Une solution utilisée sur le Google News U.S. et avec parcimonie.

Un étudiant américain, Virgil Griffith, met en ligne le Wikiscanner, un outil permettant de remonter à la source des modifications anonymes sur Wikipédia. Nombreux sont ceux (partis politiques, entreprises, personnalités) qui sont pris la main dans le sac.

Les étudiants britanniques font plier HSBC en se fédérant sur Facebook : la pétition en ligne réunit plusieurs milliers de membres et permet l’annulation de l’augmentation de leurs agios.

Septembre

Chanel met le paquet avec une opération blogueurs impressionnante.

NYT onlineLe New York Times.com, site média le plus visité au monde, abandonne le modèle payant et rend gratuit l’accès à la totalité des contenus, pariant sur l’accroissement de trafic et des revenus de la publicité.

widgetupsC’est l’année des widgets. UPS consacre l’essentiel de son budget d’achat d’espace 2007 à la promotion on et offline de son compagnon de bureau : sans doute une des campagnes les plus ambitieuses et les plus osées pour un service web (signée McCann Erickson).

Octobre

onslaughtAprès une première campagne très remarquée intitulée “Evolution” qui dénonçait la dictature de l’image, Dove remet le couvert en s’attaquant aux marques dans sa nouvelle campagne, “Onslaught“. Une ligne jaune franchie pour beaucoup, qui rappellent que Dove, c’est Unilever et qu’Unilever, ce sont aussi des marques dont l’attitude est dénoncée… par Onslaught.

radioheadPlus de maison de disques, plus de points de vente : Radiohead utilise le web comme seul canal de lancement de son dernier album, In Rainbows, demandant à l’internaute de payer le prix qui lui paraît juste. Mais combien d’artistes peuvent se permettre une telle folie ?

Le magazine Géo lance ses webreportages : une belle réussite qui illustre l’intégration croissante de l’image en ligne et le phénomène des web TV.

martinePlus qu’un buzz Internet, c’est un véritable phénomène de société : impossible d’échappper au Martine Cover Generator. Casterman demandera la désactivation du site après un mois de franche rigolade pour les internautes.

Jean-Louis Borloo rencontre une assemblée de blogueurs à l’occasion du Grenelle de l’environnement.

zuckerbergFacebook accueille Microsoft dans son capital à hauteur de 1.6% (soit 240 millions de dollars) et annonce la personnalisation de la publicité.

Novembre

Un e-mail mal placé de BETC Euro RSCG à Laurent Gloaguen d’Embruns, doublée d’une campagne de publi-rédactionnels sur des blogs pour Ebay, met le feu à un bout de la blogosphère et relance le débat sur les relations entre les marques et les blogueurs.

C’est la fin de Pointblog, le magazine du blogging. L’audience et le rythme de publication n’auront pas suffi à attirer suffisamment de publicité. Gilles Klein continue avec Le Monde du Blog.

Le baromètre annuel d’IPSOS pour Australie montre un niveau élevé de publiphobie de la part des internautes.

olivennesLe patron de la FNAC Denis Olivennes réussit le joli coup de mettre d’accord les ayant droit de la musique et du cinéma et les fournisseurs d’accès et propose dans son rapport de sanctionner les pirates en coupant leur abonnement à Internet.

L’arrivée de l’iPhone marque le véritable lancement de l’Internet mobile.

Décembre

quidRobert Laffont annonce la fin du Quid papier, victime collatérale de l’abondance d’information en ligne (et peut-être de Wikipédia en particulier).

On semble s’ennuyer au Web3, le congrès international réunissant blogueurs et entrepreneurs de tous horizons à Paris. Peu de nouveautés dans les contenus, mais un “place to be” du networking malgré tout.

Facebook passe le million de membres en France.

Skyblog était un phénomène de société, c’est aussi désormais un phénomène économique : Skyrock annonce gagner davantage d’argent avec ses activités en ligne qu’avec la radio.

manaudouLa publication de photos de Laure Manaudou nue enflamme le web (et les stats de tous ceux qui utilisent les 3 mots magiques : Laure + Manaudou + Nue), mais un travail remarquable des avocats de la nageuse, qui obtiennent le retrait rapide des images là où elles sont publiées, vient démontrer qu’Internet n’est peut-être pas la zone de non-droit que l’on croit.

Bonne fin de fêtes de fin d’année à tous.