La grande illusion (rétrospective) des journalistes
18 juin 2008C’est un classique des médias que nous offre les journalistes sportifs en ce lendemain de défaite cuisante à l’Euro 2008 : l’illusion rétrospective. Comme pour le domaine de l’art, le sport est un beau laboratoire in vivo pour observer comment se font et se défont les opinions. En l’occurence, la loupe est particulièrement grossissante de ce travers journalistique (et que nous avons tous aussi, quand même ne l’oublions pas) qui est de décrire et analyser une situation, un fait une fois la boucle bouclée.
Une manière d’alimenter le grand déterminisme médiatique du journalisme omniscient qui sait tout sur tout et n’est jamais étonné : un journaliste exprime rarement son étonnement car quelque part il en va de son professionnalisme.
La relecture des faits et gestes des uns et des autres est toujours plus facile quand on connaît la fin de l’histoire…”Tout s’explique”. C’est ainsi le cas du compte-rendu par Libération du match France-Italie :
A la 54e, le Letzigrund est saisi d’un tremblement : les Pays-Bas ont marqué face aux Roumains à 100 kilomètres de là et le spectre d’une victoire inutile s’éloigne. On comprend alors d’un seul coup que ça ne se joue plus là sous nos yeux, que c’est plié. Et que c’était même plié avant ce match. Et même avant le 9 juin, date de l’entrée des Bleus pendant l’Euro. On a jamais vu les Français comme hier soir. Pendant qu’on rêvasse et qu’on passe en revue les heures sombres (le début des années 1990, les terribles années 1970), le milieu italien De Rossi frappe un coup franc : Henry tend la jambe et dévie hors de portée de Coupet (2-0, 62e).
Et voilà, la messe est dite ! L’illusion rétrospective puise sa force dans la certitude, l’aplomb qui convient à tout bon analyste qui se respecte. Résultat : des articles bétonnés, “circulez y a plus rien à dire” !
Publié par Emmanuel Bruant


