Archives de Catégorie: Mediapart

L’arythmie du web et le (tout petit) wagon de retard de Mediapart

Le signal faible du jour est microscopique… Insignifiant presque. Mais, pris par le petit bout de la lorgnette, il est révélateur de la possible arythmie de l’info sur le web.

Aujourd’hui, Mediapart, via sa revue de web, nous apprend que l’histoire des portables qui s’allument et des pop-corns qui sautent  et bien vous savez quoi… bah c’était bidon… ça vous en bouche un coin, mais peut-être que vous n’étiez pas au courant, sûrement comme  le responsable de la rubrique (en vacances prolongées ?;-).

Le journal en ligne linke ainsi sur la page d’Hoaxbuster qui date du 12 juin – date à laquelle CardoSystem avait déjà révélé le pot aux roses. Mediapart nous informe donc du dénouement de ce buzz  plus de 2 mois après ! Qu’il s’agisse d’une erreur de manip, d’une erreur technique ou d’une mise en avant « assumée »  voilà une info qui, innocemment, remonte à la surface comme une bouteille à la mer.

Cela fait penser à ces tristes chaînes pour sauver un enfant qui circulent sur la toile, de boîte mail en boîte mail et qui ne semblent jamais s’éteindre. Cela nous rappelle cette spécificité du web où l’on peut régulièrement réinventer la roue, réchauffer de l’info, retrouver des indices, détérer une preuve tellement cela part dans tous les sens et qu’il est impossible de tout voir.

[Edit à 15h20 : comme on pouvait s'y attendre, merci Vincent, le lien a disparu de la page et votre serviteur n'ayant pu exceptionnellement faire de capture d'écran, vous n'avez plus qu'à me croire sur parole ;-)]

Lipdub et politique… enfin !

L’imbécile la mode Lipdub a enfin trouvé sa portée politique avec la vidéo très étudiée du Medef (« esthétiquement », la meilleur réalisation que j’ai jamais vu, après celle-ci évidemment ;-). Non seulement le Medef est capable de le faire (avec un petit morceau de Parisot à l’intérieur) comme le dit une salariée au début du film mais ils n’ont pas pu s’empêcher de rajouter une petite signature à la fin, « L’entreprise, c’est la vie ».

Une petite remarque et une petite phrase qui font passer le lipdub de la vidéo de salariés à la vidéo d’entreprise. Un glissement subtil mais bienvenu (pour le MEDEF) dans le contexte de cette rentrée.

La vidéo donc

(Info trouvée via Mediapart)

Nouvelle maquette : lemonde.fr se veut à la page

La nouvelle maquette du monde.fr est-elle le signe de l’effet d’apprentissage grandissant des médias traditionnels ? Assurément.

Et pour comprendre les sources d’inspiration, rien de mieux qu’une petite visite vers design et typo déjà linké par Mikiane qui nous propose de son côté une analyse plus éditoriale.

Mais outre l’organisation de la page d’accueil et de sa lecture , remarquons quand même l’apparition d’une nouvelle rubrique, la rubrique témoignages. Ce petit détail me semble tout sauf anodin et qui montre l’évolution à petit (grand ?) pas des « médias traditionnels ».

Car désormais le ventre de la page d’accueil est constitué du « tryptique d’opinion » suivant :

  1. republication des pages opinion du journal papier
  2. redirection vers les blogs issus de la plate-forme du monde.fr
  3. publication de témoignages d’internautes du monde.fr

Les deux premiers points sont bien connus de nous tous. Notons quand même que les pages opinions et les blogs sont désormais côte à côte, signe des temps… Et à côté de témoignages d’internautes donc sur des sujets posés par la rédaction, du style :

A noter également que ces témoignages sont redistribués ensuite en fonction du sujet dans les rubriques classiques correspondantes : ainsi préparer ses vacances sur internet se retrouve dans la rubrique voyages, habiter près d’un site nucléaire est publié sous « environnement, sciences » et les cadres/RTT dans la rubrique politique. lemonde.fr parle aussi « d’article interactif ».

La page d’accueil appelle ainsi les internautes à témoigner et plus seulement à voter, signe des temps là aussi, comme en ce moment avec la question : « vous faites partie des supporters d’Obama ? Pourquoi ? » :

Vous suivez la campagne présidentielle américaine depuis la France, les Etats-Unis, ou ailleurs, et vous faites partie des supporters de Barack Obama. Pourquoi et comment avez-vous succombé à « l’obamania » ? Qu’est-ce qui vous attire chez le candidat démocrate ? Qu’est-ce qui vous convainc dans son programme ?

Dernier indice que j’ai relevé dans cette nouvelle mise en page (et contrairement à ce que laisse penser Mikiane dans son papier ;-) : lemonde.fr propose désormais des liens en dehors de son réseau avec une Revue de web qui reprend des blogs, des articles du monde (bon on ne se refait pas manifestement) et des articles de la presse étrangère. Pour l’instant je n’ai pas encore vu de liens vers des médias français plus ou moins directement concurrents.

D’autres détails m’ont sûrement échappé, mais en tout cas l’intégration de la parole des internautes (du lecteur au blogueur maison ou non) est désormais plus qu’avancée et valorisée comme un contenu à part entière. L’écart avec les sites médias pure player comme Mediapart et rue 89 est en train de se réduire.

Mediapart et la libération d’Ingrid Betancourt

Episode médiatique très intéressant à l’occasion de la libération d’Ingrid Betancourt.

Le 4 juillet, soit deux jours après sa Libération, Mediapart publie – en accès libre et sous la plume de Claude-Marie Vadrot, un papier intitulé : « Libération d’Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle« . Il s’agit du premier article qui remet en question la thèse officielle de l’infiltration des FARC et évoque l’hypothèse d’une reddition et d’une rançon.

Courez lire, si vous ne l’avez pas encore fait, les billets de Pierre France et de Jean-Marie Le Ray, qui s’étonnent à juste titre de ce que ce papier n’ait eu que peu d’échos dans les médias et sur Internet. Une reprise sur France Info d’après Pierre France, une citation sur lexpress.fr, une trentaine de blogs d’après Technorati

C’est bien peu pour une info de cette ampleur : on est quand même dans un des plus gros sujets médiatiques de l’année et l’angle de Mediapart a tout pour séduire puisqu’il remet en question la vérité officielle, et alimente donc la théorie du complot qui connaît tant de succès notamment en ligne…

Alors pourquoi ? Le témoignage de Pierre France — qui est journaliste dans un quotidien régional—, est édifiant :

« J’ai moi-même mené un lobbying auprès de ma rédaction pour qu’il y soit fait mention (…) dans un bloc sur les “doutes sur la version officielle”. Le responsable de service, bien qu’ayant fait l’effort de lire l’article de MediaPart, a choisi de ne pas en parler. “MediaPart, personne ne connait”, m’a-t-il dit. »

Explication 1 : Ce n’est pas que Mediapart manque de crédibilité, c’est qu’il manque de notoriété. Pas de crédibilité sans notoriété. Mediapart paierait là son positionnement relativement fermé vis-à-vis du monde, puisque journal en ligne payant. Le modèle payant l’isole, et quand un article est mis en lecture gratuite, on n’y prête pas attention car Mediapart ne fait pas partie de notre paysage, malgré ses signatures prestigieuses.

Pour Jean-Marie Le Ray, Mediapart c’est « un peu comme si l’on était face à une créature hybride, ni viande ni poisson, qu’on ne sait trop où caser. »

Mais on peut voir d’autres éléments d’explication à la très faible reprise de cet article de Mediapart.

Explication 2 : la concurrence sur le terrain du scoop. Car, et cela compte pour beaucoup, la Radio Suisse Romande a simultanément évoqué, le 4 juillet à partir de 12h30, une rançon de 20 millions de dollars. Et c’est ce scoop là, pas celui de Mediapart, qui a nourri l’ensemble des médias, en étant notamment repris par l’AFP (contrairement à Mediapart, non cité par l’agence).

Mediapart s’est donc fait couper l’herbe sous le pied par la Radio Suisse Romande. Pourquoi cette préférence des médias pour la RSR ?

On peut évoquer plusieurs raisons :

- le pouvoir des chiffres. là où la RSR propose un fait et un chiffre (20 millions de dollars), Mediapart propose une analyse. Détaillée. Comme l’évoque Pierre France, il s’agit d’une « reconstruction d’un scénario » de la libération. Pas d’un scoop à proprement parler : le papier est basé sur des données existantes. Les médias ont donc privilégié (comment s’en étonner ?) la reprise d’une bonne grosse info basée sur un chiffre nouveau que d’une analyse complexe basée sur des faits existants.

- le pouvoir de l’AFP. Quand l’AFP choisit de citer la RSR et pas Mediapart, il influe sur la quasit-totalité du traitement médiatique qui s’ensuivra. Cet épisode vient nous rappeler la toute-puissance de l’AFP : on serait presque tenté de dire qu’une info qui n’est pas reprise par l’AFP n’existe pas.

- les luttes d’influence au sein des médias, passées et présentes. Autrement dit, et c’est mon camarade Emmanuel Brillant qui me le souffle : « pour beaucoup de médias, ne pas reprendre Mediapart c’est aussi pour faire chier Plénel ». No comment.

- la forme, enfin, qui à mon sens explique le buzz internet relativement limité autour de cet article : l’article de Mediapart est sur 4 pages. Il est très écrit, très littéraire. Il ne comporte pas d’illustration, pas de résumé. Il rend compte d’épisodes complexes de façon complexe. Il n’est pas construit de façon chronologique. Il ne renvoie pas sur des liens externes. Bref, il n’est pas facile à lire pour les internautes zappeurs et paresseux que nous sommes devenus. Il représente une antithèse de la tendance au marketing rédactionnel que nous évoquons régulièrement dans ces pages, une forme de « journalisme à l’ancienne » que Mediapart
incarne volontairement… et qui je pense lui joue des tours dans sa recherche de visibilité.

Les scoops sont les tremplins des sites médias – on se souvient de la façon dont rue89 avait rapidement acquis une notoriété grâce entre autres à quelques scoops bien sentis. Dommage que Mediapart n’ait pas été mieux récompensé sur ce coup là : cela risque de l’encourager dans une logique de recherche de scoops et d’informations « visibles ».

Mediapart et l’effet diligence

L’idée m’est revenue lors de notre conversation avec Alain Joannès à propos du richmedia et des tentatives journalistiques françaises les plus généralistes (Mediapart, rue89, backchich…).
Mediapart est une bonne illustration de ce que Jacques Perriault appelle « l’effet diligence » :

Le nouveau commence par mimer l’ancien. Les premiers wagons de chemin de fer avaient un profil de diligence. Les premiers incunables ont forme de manuscrits ; les premières photos, de tableaux ; les premiers films, de pièces de théâtre ; la première télé, de radio à image, etc. (Cahiers de Médiologie n°6)

En conservant les références d’un média existant et reconnu culturellement (la Une, le rythme mis en scène de conférences de rédaction, etc.) Mediapart peut rassurer un public encore novice du net, c’est-à-dire qui utilise de manière très limitée les possibilités offertes (cf. l’attention de l’équipe d’@si aux internautes novices et parfois perdus dans le site) :

Le journal de Mediapart a été volontairement conçu, dans ses fonctionnalités comme dans son graphisme, de façon analogique : il évoque l’univers culturel de la presse dite de qualité, avec un certain classicisme, mélange d’élégance, d’austérité et de distance.

Il suffit d’avoir consulté une seule fois un article de Mediapart pour s’en rendre compte : vous n’avez pas accès à son intégralité sur la même page. L’article est toujours scindé ce qui rappelle le système de l’organisation papier d’un article en colonnes ou par parties et où le regard naviguait de l’un à l’autre. Et c’est là, peut-être, la limite de l’analogie recherchée par Edwy Plenel. En calquant les codes les plus emblématiques du papier, la rédaction se contraint à certains formats qui :

  • ne sont pas forcément appropriés pour une lecture à l’écran (il est plus facile de parcourir le journal Le Monde ou un de ses articles que Mediapart). En cherchant à rompre avec les logiques de flux (intention des plus louables), les concepteurs de l’interface semble avoir oublié certains principes classiques de lectures.
  • Rendent plus difficile l’expérimentation (et limite tout effet d’apprentissage) de nouvelles formes telles que les décrit Alain Joannès (même si sur ce point je suis assez prudent, cf. la stabilisation du web).

Mediapart et « le détail qui tue » : la rédaction linke un communiqué de presse comme source d’info pour l’internaute

image-md.pngJe dois dire, à titre d’internaute, que je suis assez soufflé par l’interface de Mediapart et surtout, surtout, par sa première page. A la gauche de la une on trouve la conférence, une sorte de résumé de l’actualité, actualisé trois fois par jour.

Juste en dessous nous avons droit à une revue de web (cf. ma capture d’écran sur votre gauche) qui offre à l’internaute une sélection de liens hypertextes conseillés par le site pour creuser l’actualité. On y trouve quasiment que des liens vers des médias en ligne (rue 89,, le figaro.fr, le New Yorker…) Caché dans cette petite liste on trouve un intrus… PSA

Oui, oui, Mediapart vous propose d’aller lire le communiqué de presse de PSA qui annonce les résultats du rapport du cabinet spécialisé qui a mesuré le stress de ses équipes.

Le communiqué de presse est, comme son nom l’indique, à l’attention première des journalistes. Et l’on voit bien ici comment il peut être amené à jouer un rôle quelque peu différent lorsqu’il est linké directement par des journalistes comme une source d’information parmi d’autres. Potentiellement, le communiqué de presse ne s’adresse plus à un seul public mais se révéle un support d’attention pour un public plus large.

Nous avons vu naître l’usage, désormais quotidien et massif, des dépêches d’agence pour alimenter en continu les sites, verrait-on (ceci dans une moindre mesure, un CP ne sera jamais une dépêche d’agence) un nouvel usage journalistique du communiqué de presse ? Une info qui comble le site de son besoin d’actualité en attendant le travail plus approfondi d’un journaliste de la rédaction ? Les apôtres de l’entrepise media et de la désintermédiation vont se régaler…

PS : pour rappel sur le communiqué de presse 2.0, ce billet de François G.