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A propos des forums

"L’écosystème des forums est en fait l’exact inverse de celui des réseaux sociaux. On s’inscrit, comme tout le monde, sur Facebook, et ensuite on participe à des groupes plus ou moins spécialisés. On s’inscrit sur un forum pour une passion ou un problème pratique très particulier, et ensuite on parle éventuellement ensemble de sujets plus généraux."

C’est la phrase intelligente du jour et elle est de Laurent Suply de Suivez Le Geek — en réaction au titanesque travail de cartographie des forums francophones les plus actifs réalisé par Christophe Druaux publié mercredi.

Et par ailleurs à propos de cette cartographie, qui suscite des débats de méthodologie et de représentativité dans lesquels il serait un peu fastidieux d’entrer ici, il nous paraît essentiel de souligner une chose : elle vient nous rappeler, malgré toute l’agitation autour du web 2.0, le rôle majeur des bon vieux forums au sein du web.

Parce que "gendarmes et citoyens" ils donnent de la voix sur Internet

La grande muette. Ce surnom de l’armée aurait-il du plomb dans l’aile ? Jusqu’ici, entrer dans les armes signifie rentrer dans le rang ; pas (ou si peu) de discussions collectives possibles et encore moins en version médiatique. Les libertés d’expression et d’association ne sont pas pour nos hommes en uniformes. Sinon, gare au renvoi d’ascenseur… disciplinaire. Ici, on lave son linge sale en famille c’est-à-dire avec la hiérarchie. La sécurité nationale vaut bien des proto-relations sociales.

Ponctuellement, les « grands médias » se faisaient l’écho de rapports hiérarchiques internes, de coordinations plus ou moins informelles et plus ou moins anonymes. Le malaise (régulier) des militaires était relayé mais sur la pointe des pieds. Il ne parvenait au « grand public » que des échos étouffés. La prise de parole façon syndicats (ex. porte-parole reconnus) étant structurellement impossible il en résulte que :

  • la cristallisation en interne des questions et des revendications est rendue difficile ; la hiérarchie militaire est plus en face de mouvements d’humeurs qu’en phase de mouvements organisés.
  • La médiatisation des questions sociales et organisationnelles de l’armée est très délicate ; les militaires doivent alors s’exposer à leurs risques et périls. Un passage par l’opinion publique pour accentuer la pression sur le pouvoir (un classique des mouvements sociaux contemporains) est une bombe à retardement.

Pour autant, dans un climat social fait d’inquiétudes et à un moment de profonde réorganisation de la gendarmerie (rapprochement de tutelle avec les policiers qui, eux, se syndiquent, revendiquent, communiquent), Internet vient troubler le jeu (ou éclaircir le tableau c’est selon). Depuis mars-avril 2007, les gendarmes (à l’initiative de quelques-uns) peuvent s’exprimer et échanger au sein d’un blog et surtout d’un forum :

Alors qu’ils ne peuvent s’exprimer et former d’associations professionnelles, la réalité de leur engagement étant impossible du fait de leur dispersion géographique et de leur incapacité statutaire, Internet leur permet de s’impliquer par un engagement indirect et un militantisme à distance tout en restant immédiat et concret (Libération du 18/04/08, rebond très instructif mais un peu trop béat de Jean-Yves Fontaine qui retrace également l’appropriation assez précoce du net par certains gendarmes, comme en témoigne le site gendnet)

Résultats : 7500 inscrits, plus de 1,4 millions de connexion et une reconnaissance médiatique qui monte ; et puis l’inconcevable – le dépôt des statuts d’une association (source : Sud Ouest du 13/04/08, c’est ça les vacances ;-). Tous les éléments sont réunis pour faire de ce récent et virtuel collectif un partenaire social selon le sociologue Jean-Yves Fontaine.

Quelle que soit l’issue de ce rassemblement et de ce partage d’expériences on line, un des bastions du contrôle de la parole (l’armée et sa force hiérarchique) s’effrite : par exemple, d’autres militaires viennent d’ouvrir un forum, militaires et citoyens, qui s’inspire de cette initiative. Reste qu’il faudra encore du temps pour saisir l’ampleur de cette libération de la parole : épiphénomène lié aux enjeux et inquiétudes du moment ou glissement du paradigme social de l’armée.

[edit du 21 mai 2008 : interview de Jean-Hugues Matelly du site gendarmes et citoyens par David Dufresne pour Mediapart]

Le net comme source d’enquête

Il y quelques semaines, Alain Joannès relevait à juste titre, dans un billet très instructif, les propos de Marie-Monique Robin sur l’usage d’Internet dans le travail d’investigation sur certains sujets comme les OGM :

C’est la première fois que je construis toute une enquête sur la seule base d’internet", déclare-t-elle à Télérama, ‘"j’y ai consacré des journées et des nuits,hallucinée de voir à quel point toutes les informations sont là, à commencer par une masse de documents déclassifiés mis en ligne à l’issue des procès engagés contre Monsanto."Au supplément "Radio-Télévision" du "Monde, elle ajoute: "J’ai téléchargé et analysé 2 gigas de documents écrits."

Dans ce cas, la consultation d’Internet permet au journaliste d’être quasiment extra-lucide. Il gagne en omniscience. Simplement de son bureau il peut parcourir le monde à la recherche d’informations plus ou moins disséminées. C’est exactement le même constat qu’a fait Christian Salmon dans son livre Storytelling:

"nous bénéficions aujourd’hui, grâce à Internet, d’une information abondante, inaccessible dix ans plus tôt" (…) C’est d’abord grâce au Web que j’ai pu conduire mon enquête, en appliquant un regard critique à l’incroyable diversité de ses ressources documentaires" (p. 17 du livre)

La différence entre ces deux enquêtes réside dans la puissante articulation entre médias traditionnels et en ligne proposée par Marie-Monique Robin. Car, comme le remarque Alain Joannès toujours dans ce même billet : "le web confère au sujet une profondeur que même le livre ne peut lui apporter". La question de la transparence ne joue pas uniquement sur des enjeux de court terme (affaires, crises, révélations, etc.), mais Internet, la nouvelle mémoire du monde, permet un travail d’investigation renouvellé pour les journalistes ou les essayistes.

L’affaiblissement de la presse écrite et la question de la production de l’information brute

Moyenne d’âge des clients : 55 ans ; une confiance dans le produit tombée à 20% ; une valeur boursière en baisse de 42% depuis 3 ans ; un quart des jobs supprimés en moins de 20 ans : c’est le bilan de la presse écrite américaine tel que le dresse le New Yorker dans un long article intitulé "Out of Print : The Death and Life of the American Newspaper", dont Benoît Raphaël a fait un excellent résumé.

La situation s’explique comme on le sait, pour une partie importante, par une fuite du lectorat vers Internet, qui n’est pas à ce jour compensée par les revenus publicitaires du web. D’où un grave problème de modèle économique : que se passe-t-il si le point de rupture est atteint ?

Une des questions qui se pose est celle de la production d’information. On voit bien les audiences se déplacer progressivement vers le web (la situation n’est évidemment pas qu’américaine, même si en 2007 la presse écrite française fait de la résistance), mais le problème est qu’Internet duplique beaucoup l’information produite par les médias papiers, et la commente. Autrement dit, la production d’information brute par les médias en ligne (citoyens ou professionnels) est relativement marginale.

Emmanuel Parody le fait remarquer dans les commentaires du billet de Benoît Raphaël : la réussite d’un média comme le Huffington Post (LA référence du média participatif, 11 millions de visiteurs uniques par mois) repose sur l’agrégation et le commentaire d’infos produites par d’autres.

Question, donc : dans un environnement économique précaire, qui va produire l’information brute ? Celle que les autres médias vont reprendre, celle qu’Internet va dupliquer et commenter ?

On avait eu un début de réponse avec l’enquête de l’Université de Cardiff sur le contenu de la presse quotidienne britannique "sérieuse" : déjà aujourd’hui, près de 50% du contenu est fabriqué principalement avec d’autres sources journalistiques, les agences de presse ; et près de 20% du contenu est fabriqué principalement avec des relations publiques, c’est à dire à partir d’informations fournies par des émetteurs d’information comme les pouvoirs publics, les institutions, les entreprises et les marques.

La menace économique qui pèse sur la presse écrite peut avoir comme conséquence d’accroître le rôle des agences de presse et des autres émetteurs d’information.

Un boulevard pour les relations publiques ? Je n’en suis pas sûr : personne ne peut se réjouir de l’affaiblissement du rôle du journaliste dans la société.

Et par ailleurs, à cette analyse "favorable" aux émetteurs d’information, on peut opposer une analyse qui leur est "défavorable" : la prise de parole "citoyenne" dans la société de défiance, pose au contraire et de façon générale de sérieux problèmes aux pouvoirs publics, institutions, entreprises et marques.

Un rôle accru dans la production d’info d’un côté ; une défiance des individus exprimée sur le web de l’autre : on assiste à une situation de tension dont il est difficile de dire où elle mènera les émetteurs d’information. On est loin d’avoir fini de comprendre l’impact du web en général, et dans les relations publiques en particulier.

L’avenir des médias (en toute simplicité)

Invité par la rédaction de Six35 à débattre avec Philippe Couve, Michel Levy-Provençal, Benoît Raphaël et Damien Van Achter sur LE sujet casse-gueule : l’avenir des médias.

Le résultat en version montée est ici, mais je vous recommanderais plutôt la version longue non coupée qui sera mise en ligne sur le PoliticShow la semaine prochaine. Ce genre de débat est à la base extrêmement difficile à cadrer et à approfondir, en plus pour ma part je n’avais pas suffisamment développé certaines idées… donc j’expérimente les joies d’un montage qui prend forcément des airs de bande-annonce.

Mais les joies du blog sont aussi d’aller au bout de ses idées comme Michel l’a déjà fait. Voici donc quelques points que j’aurais voulu développer davantage (quitte à dire des conneries comme l’exige l’exercice) :

- Le déplacement des audiences des médias traditionnels vers le web est progressif. Bien sûr, si on parle de la presse écrite, perdre environ 2% de son audience chaque année est catastrophique pour l’industrie. Mais du point de vue des usages, c’est un changement relativement progressif. Il ne faut pas confondre les usages technophiles et diversifiés des médias qui sont élitistes, et les usages traditionnels qui sont toujours bien là.

- Les écrans permettant la convergence de l’image, du son et de l’écrit et gagnant en nomadisme, ils ont de nombreux atouts pour l’avenir. Mais le format de presse écrite propose un usage de lecture confortable et nomade : il subsistera. La question est plutôt de savoir jusqu’où il va se faire grignoter par les écrans. Je pense que les nouveaux usages vont continuer à s’imposer progressivement, c’est une affaire de génération : il n’y a qu’à voir tous ces trentenaires qui n’ont un usage que minimal du web et qui ne vont pas opter pour le tout-techno demain.

- On va vers une normalisation du web, c’est à dire que le droit, la technique et les usages vont converger vers une voie médiane qui révèlera des formats de médias plus stables que ceux d’aujourd’hui qui évoluent constamment avec les nombreuses expérimentations. On observe déjà un impact stylistique (une écriture de moins en moins journalistique), la place grandissante de l’image, les formats interactifs, la cohabitation des professionnels de l’info et des amateurs au sein d’un même support… L’avenir n’est-il pas dans la mixité, quel que soit le support ?

- Les producteurs d’info brute que sont les agences de presse vont jouer un rôle encore plus déterminant.

- La demande d’information est au moins constante et l’information est stratégique dans les mieux économiques et politiques. Il n’y a pas à s’en faire pour le besoin d’information. Mais les thématiques couvertes seront de plus en plus segmentées et on pourrait voir certaines s’atrophier pendant que d’autres se développent. On verra donc peut-être surgir le débat sur un service public de l’information.

- Je crois à la voie de l’information d’enquête que seuls les journalistes professionnels peuvent produire ; cette information à forte valeur ajoutée pourra être payante – la revue XXI par exemple explore cette voie. Le web fera coexister l’information brute et les opinions ; la presse gratuite se consacrant à l’information brute (voir la nouvelle campagne de Métro ci-dessous), l’avenir de la presse écrite passe sans doute par l’enquête.

campagne métro

- Enfin et en vrac, on le voit déjà : un média, c’est une marque, capable de se décliner sous différents formats, différents supports, en information et en merchandising.

Sinon Emmanuel me dit qu’il va me démonter la gueule pour avoir parlé de "fin du média comme lien social de masse". Je me protège en attendant.

Edit 3 mars : et voici la version longue du débat.

Quand le journalisme se fait démolir sur Internet, 1/3 : le rapport au web

Le journalisme en prend toujours un peu plein la figure sur Internet, mais on voit beaucoup de choses ces derniers temps, dont certaines peuvent être considérées comme des signaux faibles de l’opinion. Internet et Opinion(s) se propose donc de revenir cette semaine sur les grandes critiques faites au journalisme : le rapport à Internet, les complaisances et le panurgisme rédactionnel.

Pour commencer aujourd’hui, un sujet assez largement débattu dans les communautés de professionnels de l’information sur Internet : le rapport des journalistes à Internet.

On peut schématiquement distinguer 4 critiques faites au journalisme "traditionnel" dans son rapport à Internet au sein de ces communautés : l’utilisation des sources, les modèles d’organisation des rédactions, les techniques d’écriture sur Internet et la formation des journalistes. On ne développera pas tout ici mais on peut dire un mot ou indiquer des liens de référence sur chacun de ces sujets.

1. Sur l’utilisation des sources, le meilleur exemple récent de critique nous semble être les commentaires – savoureux – d’Alain Joannès qu’il poste suite à son billet sur l’apport des blogs d’expert dans l’affaire de la Société Générale.

Où comment l’information issue du web 2.0 est vue par les journalistes comme une menace (et les blogs d’expert pas utilisés, ou avec retard, là où les grands médias anglo-saxons sont tout de suite allé chercher des éclairages sur les blogs d’expert (1) ) au lieu d’être vue comme une opportunité… Extrait :

"Je suis consterné par la paresse intellectuelle, le conformisme et surtout le manque de curiosité – infirmité majeure pour un journaliste – de la presse française. Presque tous mes "confrères" ressassent les mêmes idioties : "le web n’est qu’un moulin à rumeurs", "le web est orienté par les Américains", etc…Technophobie, crétinisme corporatiste. Contrairement à ce que font les journalistes anglo-saxons, les blogs ne sont utilisés ni comme sources ni comme moyens d’expression par l’immense majorité des journalistes français. Parce qu’il est plus confortable d’attendre les dépêches de l’AFP et de plagier "Le Monde". L’exploitation rationnelle des blogs d’experts par la presse française est voisine du néant."

2. Ce "phénomène" s’inscrit dans un enjeu plus général, la fracture entre journalistes papier et journalistes web et le problème du manque d’intégration des rédactions. C’est la question des modèles d’organisation des rédactions. A ce sujet, Emmanuel Parody s’était montré pragmatique et mesuré ; Alain Joannès est, quant à lui, saignant :

(à propos de la situation au Monde, toujours dans les commentaires de son billet sur la Société Générale)

« (…) l’intégration des rédactions est hors de question car certains journalistes assez bien payés écrivent avec un stylo "MontBlanc" alors que les soutiers de l’édition en ligne, mal payés, cliquent sur des souris. Un des anciens responsables du vénérable journal a quand même réussi à faire nommer un journaliste "papier" (volontaire) comme ambassadeur auprès de la rédaction électronique. Il a (peut-être) réussi à faire accepter un soutier de l’édition électronique comme ambassadeur auprès de la rédaction de plumes et de papier. Des relations diplomatiques entre les deux rédactions vont peut-être s’établir sur le modèle de la reprise des relations diplomatiques entre la France et l’Allemagne en 1946. »

3. Sur la question des techniques d’écriture : je conseille la lecture de Narvic qui revient sur la question, dans sa critique du livre d’Emmanuel Schwartzenberg "Spéciale dernière, qui veut la mort de la presse quotidienne française".

Les rédactions en ligne ont-elles seulement le choix de leurs techniques d’écriture, dans la mesure où on estime que plus ou moins 50% du trafic d’un média en ligne provient des moteurs de recherche ? Ecrire pour le moteur, quand on est une entreprise commerciale, est maintenant une nécessité.

D’autant plus que les techniques d’écriture pour le référencement naturel, si elles ne sont pas susceptibles de révéler de grandes plumes, ne sont pas d’une spécificité folle… C’est un sujet qu’on a effleuré sur Internet et Opinion, relire à ce sujet la chronique d’Emmanuel Parody sur le bouquin de Joël Ronez ainsi que cette discussion chez Sébastien Billard.

4. Je ne m’étendrai pas sur le dernier point, la formation des journalistes, également déjà évoqué sur ces pages. Relire à ce sujet ceci ou cela.

A lire ces différentes critiques, on se dit que la réconciliation des journalistes avec Internet n’est pas pour tout de suite… Suite de notre sujet demain avec les complaisances.

(1) A noter : Aux USA, 75% des journalistes déclarent utiliser les blogs pour leurs sujets.

Toujours et encore : les voeux de la RATP, la coupe de l’info à Courchevel, etc.

Un article à retardement (c’est fait pour ça aussi un blog, non?).

La fin du mois de janvier aura été l’occasion de suivre deux billets sur Internet. Deux billets exemplaires de la sacro-sainte transparence qui touche désormais les coulisses de la communication. Pas grand chose de nouveau sous le soleil (rien, même!). Juste l’intérêt de noter deux cas concrets d’actions de relations publiques pour lesquelles la forme aura été plus visible que le fond… Et jamais à l’avantage de l’émetteur.

Chez rue 89, c’est Augustin Scalbert qui dénonce une RATP trop généreuse avec les journalistes. Il relate comment il a été témoin de la remise à des journalistes clés pour la régie d’une carte intégrale 5 zones… Rien pour arranger l’image des deux professions. Extrait de l’article vu plus de 22 000 fois:

Chaque profession a ses petits avantages, rétorqueront certains. Et il est tolérable, lorsqu’on est journaliste, de pouvoir tester des produits mis à disposition par les marques, dès lors que la plume reste libre. Question: les journalistes couvrant la RATP ont-ils vraiment besoin de tester quotidiennement le métro ou le RER?

Du côté d’Arrêt sur Images, Gilles Klein livre avec délice les coulisses d‘un week-end ski à Courchevel pour conclure :

Avoir de bons rapports avec les journalistes, ça pourra toujours servir, pour être choisie parmi les autres stations dans les reportages sur les premières neiges, la dernière remontée mécanique d’avant-garde, ou un reportage sur les efforts de l’économie montagnarde dans le domaine du développement durable.

Et puis pour terminer, une n-ième mise en garde contre les mailings promotionnels mal ciblés. Ouriel pousse sa gueulante ici. Après Rachel Beckerman et le silence assourdissant des blogueurs marketeurs les plus prolixes du web francophone on a de quoi monter l’observatoire du spam relationnel.

Un white paper sur le web et la crise

Je tombe grâce à mes collègues de PROI sur le white paper de OneUpWeb, une agence américaine de SEO, sur la gestion de crise sur Internet.

Ca s’appelle "Principles of Crisis Management in a Viral Age". Téléchargez-le en cliquant ici : c’est très bien fait, agréable à lire, avec des retours sur les exemples bien connus de jetBlue et TacoBell.

Une bonne partie des conseils prodigués n’est pas spécifique au web (se préparer en évaluant risques et scénarios possibles, conseils classiques de posture comme de ne pas utiliser le registre du déni… ), mais toute la panoplie des actions web est passée en revue : RP en ligne, mini-sites, vidéo, achats de mots-clé, etc. (on voit d’ailleurs assez bien la sensibilité SEO de l’agence dans les conseils prodigués).

Aux 10 "best practices" de management listés en page 7, j’en ajouterais un qui me semble quand même fondamental : dosez votre investissement sur Internet.

Car à lire le white paper, on a le sentiment qu’on va devoir consacrer des moyens énormes à la gestion de crise en ligne. Pourtant, en situation de crise, tout ne se joue pas nécessairement sur Internet et on peut s’égarer dans les méandres de la longue traîne à vouloir parler à tous les publics en ligne et être partout sur le net.

En situation de crise, le web 2.0 fait du commentaire et l’entreprise n’a pas forcément le temps et les moyens d’aller participer au débat. La diffusion de son message auprès des influenceurs "classiques" peut suffire à assurer que celui-ci soit visible et accessible. Donc posez-vous la question de savoir quel est l’impact du web dans la crise que vous traversez : il peut être réel… ou secondaire.

Interro du jour pour raccrocher cela à l’actualité : quelles ont été les actions de crise spécifiques web entreprises par une grande banque française actuellement sous le feu des projecteurs, et dont on dit qu’elle communique très (trop) bien ?

Résultats 2008 du baromètre TNS pour la Croix sur la confiance dans les médias : des évolutions peu spectaculaires

Les très attendus résultats 2008 du baromètre TNS pour la Croix qui mesure la confiance portée par les Français dans les médias sont tombés. Il n’y a finalement pas grand-chose de spectaculaire dans cette édition. Si l’an dernier, on avait assisté à un surprenant rebond de la confiance dans la presse écrite et dans la radio, ainsi qu’à une progression assez nette de la confiance dans Internet, cette année on voit :

- la confiance en la presse écrite reculer de 51% à 49%. Rien de spectaculaire car on reste depuis 2000, bon an mal, an, dans une zone autour de 50% (à l’exception de 2003 qui avait vu une spectaculaire chute de confiance)

- la confiance dans la radio, le média traditionnellement considéré comme le plus crédible, est stable à 57%. Là aussi rien de spectaculaire car on navigue autour de 55% depuis 2000, mais notons que 57% est le taux le plus élevé de ces 8 dernières années

- la confiance dans la télévision chute de 48% à 46%. Depuis 6 ans, on est autour de 45%.

- la confiance dans Internet progresse de 30% à 31%, restant très en-dessous des trois autres médias. Il paraît normal que la confiance dans le média soit très à la traîne par rapport à des formes de journalisme (presse, radio, TV) qui sont dans tous les cas professionnelles, contrairement à ce qu’on trouve sur le web.

Mais ce qui frappe comme chaque année dans les résultats sur Internet, c’est que ce sont les "sans opinion" qui dominent (47%). Ce qui traduit probablement à la fois la difficulté à s’approprier le média de la part du grand public, et le fait que "Internet" est un concept assez insaisissable et ambivalent : je peux faire confiance à certaines sources sur Internet, mais comme je ne fais pas confiance à d’autres, je préfère me déclarer "sans opinion".

la croix internet

Au-delà de ces résultats, ce qui me frappe depuis 8 ou 10 ans, c’est que la confiance dans les médias, telle que mesurée par TNS Sofres, évolue assez peu. Du mieux certaines années, du moins bon d’autres, mais il est difficile de dire qu’en tendance "longue", la confiance dans les médias se détériore. La légère baisse cette année, qui vient contredire le pronostic que nous avions effectué avec Emmanuel (le retour en grâce du journaliste), ne change pas ce constat.

On ne peut donc pas conclure que l’émergence d’Internet a été un facteur de disgrâce pour les autres médias, malgré tout ce qu’on peut observer sur le net en matière de contestation des médias. La confiance dans les médias semble dépendre avant tout de la perception que les Français ont de la qualité du traitement de l’information.

Lectures conseillées (3) : derniers lancements sur le web

Evoquons d’abord Wikia, le moteur de recherche imaginé par Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, qui milite pour un peu de diversité dans un monde d’oligopoles. La particularité de Wikia : les internautes valident la pertinence des résultats. Nouvelle utopie ou modèle nécessaire ? A noter que Wikia est largement soutenu par Amazon.

Ensuite, deux lancements notables dans le domaine de la web TV : la résurrection d’Arrêt sur Images bien évidemment (avez-vous pensé à donner vos 30 euros ?). La première émission était moins pro que ce à quoi on a été habitué pendant 12 ans, mais l’émission est agrémentée de nombreux contenus écrits et il ne faudrait surtout pas cracher sur un contre-pouvoir indispensable et formateur. Longue vie.

Le lancement de Six35, le JT du web, nouveau bébé de Nicolas Voisin enfin, de qualité très pro, très nerveux, très stylé mais peut-être un peu trop "canal" dans la forme et un peu trop ambitieux sur le choix des sujets, en tout cas en ce qui à concerné la première (comment faire le point sur la question des droits de l’homme en seulement quelques minutes ?). A suivre de près.

Et pour se projeter dans le futur, mentionnons l’étude de Nemertes Research qui a fait un peu de bruit et qui évoque un possible engorgement de la bande passante après 2010. Qui pourrait freiner l’innovation sur Internet. Et provoquer ainsi une forme de statu quo du web ? A lire sur ZDnet.