Advertising Age classe les blogs media et marketing et ça a l’air plutôt pas mal

Vu chez Joïakim, le classement « Power 150 » des blogs média et marketing (toutes disciplines confondues) en langue anglaise, réalisé par le magazine Advertising Age, qui a été actualisé vendredi dernier et consacre le gourou Seth Godin. (edit : Aziz en avait parlé en janvier, mais ça n’avait pas l’air d’être hébergé par AdAge).

Si on est bien sûr très déçus de ne voir figurer aucun blog en français, l’intérêt est double :

– comme tous les classements, ce travail a le mérite de constituer un bon annuaire de lectures sur les médias et le marketing (dixit Joïakim, un choix vaste, qui change un peu et permet de découvrir des pépites et rien à voir mais en parlant de pépites félicitons-nous de la fin de l’interruption)

– la méthodo qui mixe des critères quanti et quali et apporte du grain à moudre à la question bouillante de l’autorité / influence / importance / etc. sur Internet

Quelques mots sur cette méthodo. Le sacro-saint PageRank de Google (note de 0 à 10 mais qui concentre énormément de blogs autour de 4 et 5 et permet difficilement d’aller au-delà de 7) est bien évidemment utilisé, mais n’est finalement pas un critère très différenciant pour le classement.

D’abord parce sur un total de 75 points possibles, il n’en représente que 10 (le PageRank ne représente donc que 13% de la note potentielle). Ensuite parce que le PageRank (des explications ici) étant un outil assez grossier, il ne permet à un blog de faire la différence que de quelques points sur ses « concurrents ». Si j’ai un PageRank de 7, je ne marque que 3 points de plus qu’un blog qui a un PageRank de 4. 3 points sur les 75 possibles, alors que pour avoir un PageRank de 7, il faut y aller, tandis qu’un PageRank de 4 n’est pas difficile à obtenir.

Exemple : le n° 34, Search Engine Guide, a un page Rank de 7 et se situe 15 places DERRIERE Marketing Profs Daily Fix qui n’a pourtant qu’un PageRank de 4. MPDM fait la différence sur les autres critères.

Le PageRank est donc assez largement démystifié – même si on s’aperçoit, de façon tout de même assez logique, en regardant le haut du classement, que les « gros » sont des blogs à PageRank de 7 (sur les 6 blogs référencés ayant un PR de 7, 5 sont dans le top 10. Vous me suivez ?)

Donc, pour Adverstising Age, le PageRank ne paie pas. Pour s’en convaincre, il suffit de recalculer le classement en ôtant le PR des critères. En faisant rapidement l’exercice sur le top 10, on voit que le seul changement qui interviendrait si le PR n’était plus pris en compte serait l’inversion du n°8 et du n°9… Autrement dit, si le PageRank est là, il ne change pas grand-chose.

Les autres critères qui sont donc surpondérés par rapport au PageRank et davantage déterminants pour le classement sont :

– le nombre d’abonnés, ramené à une note sur 20. On en revient à un critère classique d’audience, pondéré à environ 25% de la note finale. Je me félicite que l’audience pure ne soit pas davantage pondérée : cela montre bien que la logique du classement n’est pas une logique quanti stricte.

– le nombre de liens entrants mesurés par Technorati et ramené à une note sur 30, soit 40% de la note finale. C’est le critère le plus important du classement, non seulement parce que c’est le plus pondéré, mais aussi parce que c’est celui où l’on constate les plus gros différentiels entre les blogs. Par exemple, le n°1, Seth’s blog, a le même nombre de points d’audience que le n°27 (donc une audience a priori similaire), Church of the Customer (j’adore le nom), mais lui met 11 points dans la vue grâce à son technorati (30 points contre 19). Technorati mesurant le liens entrants et les liens étant le signe de reconnaissance sur Internet, cela montre bien que Seth Godin est bien davantage considéré comme référent que Church of the Customer. Malgré les audiences similaires.

– la mesure quali du blog, subjective, effectuée par le cerveau du Power 150, Todd Andrlik et qui tient compte de la fréquence d’actualisation, de la pertinence, de la créativité et de la valeur ajoutée du contenu, ainsi que de l’utilisation de visuels, de vidéos et de son. Cette note sur 15 représente 20% de la note finale.

Bonne nouvelle à mon sens que l’utilisation d’un critère quali à la subjectivité assumée. On pourrait presque regretter qu’il ne représente que 20% de la note finale.

Tout ça pour dire quoi ? La mixité des critères est intéressante : du quali et du quanti, et dans le quanti, de l’audience (un peu) avec Bloglines, de la reconnaissance (beaucoup) avec Technorati et du référencement (pas beaucoup) avec le PageRank. On n’est pas dans du quanti pur et encore moins dans de l’audience pure : deux bonnes raisons de se réjouir.

Je ne suis pas spécialiste de ces blogs et donc infichu de dire si le résultat est parfaitement convaincant. Il ne l’est sûrement pas, on peut discuter sur de nombreux points, mais il permet à des blogs qui seraient exclus sur des critères « traditionnels » d’exister.

Au final, le Power 150 est sans doute une bonne piste pour l’évaluation de « l’influence » (même si je n’aime pas ce terme) dans les métiers de la communication online. A condition de ne pas le prendre non plus trop au pied de la lettre et d’y voir quand même d’abord et avant tout un bel annuaire de blogs.

8 réponses à “Advertising Age classe les blogs media et marketing et ça a l’air plutôt pas mal

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  2. C’est vrai, que c’est surtout l’aspect annuaire qui est utile dans un premier temps. Mais la multiplication des classements nourrit mois après mois le débat et la réflexion sur l’influence.
    D’ailleurs j’en profite pour ajouter que l’influence est comme tu le souligne un terme qui peut avoir une connotation négative mais l’influence n’est pas une forme de credit pour manipuler, les influencés le sont souvent bien volontairement.

  3. François Guillot

    Il y a ça, et puis il y a aussi le fait que c’est un terme difficile à manipuler. Qu’est-ce que ça veut dire, être influent ? Qu’est-ce que ça veut dire, un blog influent ? Sur Internet je trouve qu’il est difficile de savoir ce qui est influent a priori (effet longue traîne : les audiences sont petites, morcelées, pas très différentes d’un blog à l’autre…). On sait ce qui a été influent a posteriori. Ou pas, d’ailleurs. Autant on a dit que le web était influent après le débat référendaire, autant on n’a pas entendu grand-chose après le 6 mai… En tout cas la question de la « mesure » est passionnante.

  4. En tout cas, force est de constater que tu as remis les doigts (la main ? le bras ? Plus encore ?) dans le blogging intensif😉

  5. Oui, à la faveur du mois d’août… C’est le bon moment pour se (re)lancer. A terme, je ne garantis rien !

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