Les motivations de la participation : une histoire de reconnaissance

Je reviens une nouvelle fois sur l’étude McKinsey, « How Companies can make the most of user-generated content » (on va finir par croire que je bosse pour eux).

Outre le tableau synthétique partagé dans le post précédent, une autre question est abordée dans ce papier : quelles sont les motivations des personnes qui participent aux sites collaboratifs?

Pour y répondre, l’auteur de l’article, James Bughin, nous propose deux enquêtes:

  • l’une est basée sur un questionnaire en ligne auprès d’utilisateurs allemands de sites de partages de vidéos (dont la méthodo et les questions posées sont évidemment absentes du papier ce qui doit nous inciter à la prudence)
  • l’autre questionne les participants au wiki d’une entreprise techno elle aussi allemande

De la première enquête il ressort que les internautes actifs recherchent avant tout la gloire (« I seek fame; I want the world to see my videos »). Viennent ensuite l’amusement (« c’est fun ») ou le partage avec des amis (« I want to share my experiences with friends ») et enfin une posture plus altruiste (« I want others to benefit from my videos »)

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Dans le cas de l’entreprise techno, James Bughin estime que plus de la moitié des contributeurs au wiki interne expliquent leur implication par des facteurs tels que l’esprit d’équipe, la construction d’une réputation en interne et d’une identification par les pairs. 20% des contributeurs déclaraient que l’horizon d’une prime ou d’un bonus était un moteur.

Si l’argent est sûrement euphémisé par ces enquêtes en raison de leurs biais méthodos, il n’en reste pas moins une conclusion centrale : l’importance de la reconnaissance comme déclencheur de la participation sur Internet. (La rémunération ne suffit pas même si elle peut se révéler différenciante pour choisir sa plate-forme : entre Dailymotion et YouTube comment choisir ?). Plus précisément, on peut distinguer plusieurs types de reconnaissance :

  • la reconnaissance personnaliste (le mot est sûrement trop maladroit puisqu’il fait penser à la doctrine du personnalisme) : je veux être reconnu en tant que personne, j’existe, je suis bien là.
  • la reconnaissance téléologique : je souhaite être reconnu car je pense pouvoir, à terme, en tirer profit (le débutant qui veut faire du cinéma, le consultant qui veut une promotion ou une bonne évaluation)
  • la reconnaissance relationnelle (je souhaite être reconnu par mes proches, amis, familles ou faire d’aures connaissance par ce biais)
  • la reconnaissance altruiste (je souhaite être reconnu pour ce que j’apporte et non pour ma pomme)

Evidemment, cette proposition est très grossière et critiquable. J’aborde cette question bien trop rapidement. On y reviendra car il me semble que c’est un enjeu anthropologique et politique (cf. Axel Honneth) de nos sociétés et qui prend un tout autre écho avec les nouvelles technologies de l’information.

6 réponses à “Les motivations de la participation : une histoire de reconnaissance

  1. François Guillot

    La reconnaissance = la monnaie du Net ?

  2. Emmanuel Bruant

    Pour faire dans le slogan oui, pourquoi pas? Après je pense que justement la reconnaissance se situe sur un autre plan que l’argent. Cela peut donc nous induire complètement en erreur aussi de penser de cette manière là.

  3. Les liens ne fonctionnent pas toujours sur le site… dommage car j’aimerais bien savoir ce qu’est la doctrine du personalisme??? C’est quoi?!
    Mais bravo, très bon blog et article!!
    Bis

  4. François Guillot

    Bizarre, c’est un lien vers Wikipédia qui fonctionne normalement chez moi. Je copie-colle le contenu, tant pis si c’est fastidieux :

    Le personnalisme est un courant d’idées recherchant une troisième voie humaniste entre le capitalisme libéral et le marxisme qui aura une influence importante sur les milieux intellectuels et politiques français des années 1930 aux années 1950.
    Sommaire
    [masquer]

    * 1 Naissance du personnalisme dans les années 1930.
    * 2 Les grandes idées du personnalisme
    * 3 Le personnalisme face au fascisme
    * 4 Le personnalisme après 1945
    * 5 Voir aussi
    o 5.1 Liens internes
    o 5.2 Bibliographie

    Naissance du personnalisme dans les années 1930. [modifier]

    Le personnalisme se constitue en France dans les années 1930-1934 avec l’apparition d’une nébuleuse de groupes et de revues que l’historiographie du XXe siècle rassemble sous le terme de non-conformistes des années 30, en se référant à l’ouvrage éponyme de Jean-Louis Loubet del Bayle. Au sein de cette mouvance, animée par de jeunes intellectuels qui avaient la volonté de situer leur « engagement » en marge des mouvements d’idées établis, on pouvait distinguer trois courants.

    * Tout d’abord celui de la revue Esprit qui se crée à partir de 1931 autour d’Emmanuel Mounier, et auquel on tend parfois aujourd’hui à réduire le personnalisme des années 30.

    * Le second courant est celui de L’Ordre Nouveau, qui s’organise sous l’impulsion d’Alexandre Marc à partir d’une base théorique fondée particulièrement sur la réflexion de Robert Aron et d’Arnaud Dandieu, l’œuvre de ce dernier étant brutalement interrompue par la mort en 1933.

    * Enfin, ce que Mounier appellera la Jeune Droite rassemblait de jeunes intellectuels plus ou moins dissidents de l’Action Française, Jean de Fabrègues, Jean-Pierre Maxence, Thierry Maulnier, autour de revues comme Les Cahiers, Réaction, La Revue Française, La Revue du Siècle.

    Les grandes idées du personnalisme [modifier]

    Face à ce qu’ils percevaient comme une « crise de civilisation », ces jeunes intellectuels présentaient, malgré certaines divergences, un « front commun » :

    * Le refus de la société libérale : les personnalistes se posaient en rupture avec le « désordre établi » que leur semblaient représenter les institutions capitalistes et parlementaires d’une société libérale et individualiste, dont les fondements institutionnels leur paraissaient aussi fragiles et « inhumains » que les fondements culturels en proie à un « matérialisme » et un « nihilisme » destructeurs.

    * Le refus du marxisme et du fascisme : Les personnalistes refusaient parallèlement les tentatives « étatistes » de réponse « totale » du communisme ou du fascisme.

    * Les solutions : les personnalistes avaient l’ambition, pour remédier à cette « crise de l’homme au XXe siècle », de susciter une « révolution spirituelle », transformant simultanément les choses et les hommes, qui devait trouver son inspiration philosophique dans une conception « personnaliste » de l’homme et de ses rapports avec la nature et la société, et se traduire par la construction d’un « ordre nouveau », au delà de l’individualisme et du collectivisme, orienté vers une organisation « fédéraliste », « personnaliste et communautaire » des rapports sociaux.

    Le personnalisme face au fascisme [modifier]

    Après 1934, face aux événements, les itinéraires de ces intellectuels divergeront. Pourtant leur influence ultérieure n’a pas été négligeable, même si elle s’est manifestée de manière quelque peu diffuse. Sur la lancée des débats intellectuels de l’avant guerre, les hommes et les idées des années 30 apparaissent dans les années 1940 :

    * dans certaines des expériences « communautaires » du régime de Vichy (politique de la jeunesse, Compagnons de France, Association Jeune France, Ecole d’Uriage). Simple opportunisme alors que l’effondrement de la IIIe République laissait le champ « libre » (à condition d’ignorer l’occupation allemande) pour de nouvelles expériences politique et sociales selon les uns. Ou dérive naturelle d’une idéologie française anti-libérale selon les autres ( l’historien Zeev Sternhell par exemple).
    * dans certains programmes de la Résistance (Mouvement Combat, Défense de la France, l’OCM) désireux de faire de la Résistance le creuset de changements profonds par rapport aux mœurs politiques et sociales de l’avant-guerre, tenues pour responsables du désastre de 1940

    Le personnalisme après 1945 [modifier]

    * Après la guerre, nombre de ces non-conformistes deviendront des militants des mouvements fédéralistes européens (Robert Aron, Daniel-Rops, Jean de Fabrègues, Alexandre Marc, Thierry Maulnier).

    * La revue Esprit, tout en prenant ses distances avec une partie de son héritage, sera un temps tenté par faire un chemin aux côté du communisme (toujours l’héritage anti-libéral qui appelle la recherche de solutions radicalement nouvelles parfois non exemptes de risques), puis contribuera aux débats de la IVe et de la Ve République sur l’avènement d’une « nouvelle gauche » et ne sera pas sans influence sur ce que dans les années 1980 on appellera la « deuxième gauche ».

    * Après 1968, certains courants écologistes se rattacheront à cet « esprit des années 30 » (Denis de Rougemont,Jacques Ellul).

    * Cette influence s’est aussi exercée sur le courant de la démocratie chrétienne et sur ses prolongements.

    * Au delà des frontières de la France, le personnalisme des années 30 trouvera aussi une audience, par exemple au Québec dans les années 1930-1970 ou parmi les milieux de dissidents de l’Europe de l’Est, tandis qu’il ne sera pas étranger à l’évolution de la réflexion des milieux catholiques durant la seconde moitié du XXe siècle;

    * Les aspects intellectuels et philosophiques du personnalisme ont été particulièrement approfondis par Esprit et son directeur, Emmanuel Mounier, auxquels la postérité tendra à identifier ce courant d’idées de façon un peu réductrice.

    Le père Teilhard de Chardin représente la version théologique du personnalisme.

    Voir aussi [modifier]

    Liens internes [modifier]

    * Non-conformistes des années 30

    Bibliographie [modifier]

    * « Écrits sur le personnalisme » : un livre d’Emmanuel Mounier, document disponible en format de poche (390 pages) dans la collection « Points Essais », ouvrage publié en février 2000 aux éditions du Seuil.
    * « Les non-conformistes des années 30, Une tentative de renouvellement de la pensée politique française » : un livre de Jean-Louis Loubet del Bayle, document disponible en format de poche (562 pages) dans la collection « Points Histoire », ouvrage publié en septembre 2001 aux Editions du Seuil.
    * Christian Roy, Alexandre Marc et la Jeune Europe (1904-1934). L’Ordre Nouveau aux origines du personnalisme, Presses d’Europe, 1999.

  5. Emmanuel Bruant

    C’est qu’entre temps j’ai réparé le lien… Le personnalisme c’est bien. l’absentéisme c’est mal