L’écrit sur l’écran : analyse et conseils du Professeur Roger Chartier

logocdf.jpgQuand nous avons commencé à réfléchir à Internet & Opinion, la première chose qui nous est venue à l’esprit tournait autour d’une question grossière et un peu floue : que change Internet à nos opinions? On s’interrogeait donc, entre autres choses, sur le rôle de la matérialisation des idées.

Une contribution de taille à cette question est celle de Roger Chartier qui avec d’autreschartier.jpg a tenté d’analyser les enjeux des « écrits d’écrans » (une autre de ses communications se trouve par là; son point de vue d’historien sur les droits d’auteurs, c’était en 2005 et c’est toujours aussi intéressant). Sa leçon inaugurale au Collège de France est l’occasion de parler de son travail. Les plus intéressés pourront lire des longs extraits dans Le Monde sous le titre : L’écrit et l’écran, une révolution en marche (espérons que la page reste disponible à tous… merci d’avance Bruno Patino) .

Je pense pouvoir affirmer, sans trahir j’espère sa pensée, qu’une des idées de Chartier est la suivante : ce que nous voyons en ce moment même avec Internet fait écho à des pratiques éloignées et oubliées de circulations très particulières des textes. Chartier, dans ses cours montrait (et il le fait encore dans sa leçon inaugurale) comment il existait toute une circulation éphémère de textes, où la question de l’auteur n’était pas stabilisée , où l’on reprenait et modifiait les histoires etc. Ca ne vous rappelle pas quelque chose ?

Ce qui me semble particulièrement intéressant dans sa leçon, concerne les principes d’analyses qu’il emploie pour travailler et qui font sens à mon avis pour celui qui veut comprendre la circulation des idées et les usages dits « nouveaux ». Pour Chartier, l’enjeu fondamental est le suivant :

comprendre comment les appropriations particulières et inventives des lecteurs, des auditeurs et des spectateurs dépendent, tout ensemble, des effets de sens visés par les textes, des usages et des significations imposés par les formes de leur publication, et des compétences et des attentes qui commandent la relation que chaque communauté de lecteurs entretiennent avec la culture écrite.

Un second principe d’analyse, défendu par bien d’autres chercheurs (et l’on y reviendra moins pompeusement un de ces jours) est de :

« lier la puissance des écrits qui donnent à lire, ou à entendre [les représentations] avec les catégories mentales, socialement diffirenciées, qui sont les matrices des classements et des jugements ».

Quand l’on pense opinion on pense trop souvent (ou trop vite ou trop facilement) information sans se rendre compte que les représentations se jouent aussi (et peut-être surtout) dans les productions culturelles.

Enfin, Chartier rappelle l’importance de comprendre un objet présent par l’histoire dans lequel il s’inscrit et dont il emprunte des formes, des références, des caractéristiques :

cette possession [de la maîtrise historique] ou son absence distingue les savants des naïfs et elle porte les diverses relations que chaque oeuvre nouvelle entretient avec le passé : l’imitation académique, la restauration kitsch, le retour aux anciens, l’ironie satirique, la rupture esthétique.

475px-don_quixote_1.jpgDon Quichotte est l’exemple le plus connu de cette importance du contexte historique dans lequel s’inscrit cette oeuvre pour saisir toute son épaisseur .

So what dirons certains. Chartier nous rappelle simplement quelques principes de lecture et d’analyse sérieuses pour comprendre les productions actuelles – même si lui s’approche en historien d’objets très lointains pour la plupart d’entre nous. Il évoque, après bien d’autres, l’importance du métier d’historien qui contribue « à un diagnostic plus lucide sur les tranformations qui enthousiasment ou inquiétent ses contemporains ».

Il suffit de lire le début de sa leçon pour comprendre les implications actuelles de son travail. Mais ça, je vous laisse découvrir.

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