Promo, opinion et calendrier éditorial

3004.jpgTémoignage (confession?) dans les Inrockuptibles parus la semaine dernière (le n°623, du 6 au 12 novembre). On peut lire, sous la plume de Nelly Kaprièlian, que les journalistes sont « atteints de la plus absurdes pathologies : l’hystérie de l’avance », tiens donc.
A défaut d’être des investigateurs chevronnés et en conséquence de piètres chasseurs de scoop, la confrérie des critiques littéraires s’applique à traquer l’interview en exclusivité. Et en conséquence s’empresse de sortir des papiers (entretiens, extraits, bonnes feuilles…) de plus en plus en amont de la sortie même du roman. Tant et si bien que lorsque les critiques paraissent le livre n’est pas encore disponible. Cette chasse à l’exclu à un corrolaire selon Nelly :

« ce qui relève du domaine des idées est dès lors soumis au traitement réservé d’habitude aux people : le portrait ou l’entretien sans l’ombre d’un esprit critique. La promotion pure ».

Ainsi, ce que l’on peut (pouvait?) considérer comme l’espace le plus critique du champ médiatique (même si cela peut paraître anecdotique pour certains la masse de « critiques » artistiques chaque semaine est impressionnante) se transformerait en morne plaine de la promotion :

« pour obtenir un entretien avec la star Norman Mailer (…) est-on encore libre d’en faire une vraie critique? Qui, parmi les journalistes qui l’ont rencontré, se sont permis de réfuter, dans un texte solide, les idées complétements idiotes d’un vieillard laissé en roue libre par ceux-là mêmes trop contents d’avoir un scoop? »

J’imagine que cela signifie un papier de très haute tenue dans les prochaines semaines de la part des Inrocks sur le dernier ouvrage de Mailer, décédé depuis.

Plus sérieusement, voici un autre exemple de la perte du pouvoir médiatique d’expression des opinions. Si les médias gardent la mainmise sur la fonction d’agenda (ce qui est d’actualité ou ce qui ne l’est pas), l‘expression, en leur sein, de points de vue critiques ou contradictoires s’amenuise. Pour fleurir sur les blogs ? Sur leur plate-forme internet ad hoc ? Et avec quel succès à terme ? Des questions, toujours des questions…

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