Internet, outil de consultation et de légitimation (?) syndicale : l’exemple du vote des étudiants de l’UNEF

J’avais déjà cherché à analyser l’usage fait d’Internet par la direction de Paris-1 il y a quelques jours. La dernière initiative de l’Unef va dans le même sens (même si les intérêts sont bien entendu différents). Le syndicat étudiant a en effet décidé de lancer une consultation sur Internet de ces adhérents. Le vote a eu lieu de mercredi 12h00 à jeudi 16h00.

Voir un syndicat interroger sa base pendant un conflit est assez étonnant quand on connaît les traditions de ces organisations (étudiantes ou non; on privilégie d’autres capteurs ou thermomètres comme les délégués syndicaux par exemple). Mais l’on sait aussi que l’Unef est très loin de faire l’unanimité au sein des étudiants grévistes. Sa légitimité est remise en question. Comment reprendre la main et appeler à cesser la grève sans que l’annonce apparaisse comme stratégique ou « politicienne » aux yeux des grévistes? Comment garder la face ? C’est là que la consultation sur Internet vient à la rescousse.

unef.pngUne manière de contrebalancer, de rendre visible les étudiants qui souhaitent s’arrêter là par rapport aux étudiants qui veulent continuer la lutte. La consultation sur Internet est tout sauf anodine dans la constitution du rapport de force entre les étudiants. Ces usages d’Internet seraient-ils en train de modifier la conduite des mobilisations collectives ? Offrent-ils aux directions syndicales de nouveaux outils de représentation ?

Quels que soient les résultats ces questions me semblent à creuser. (La mobilisation des étudiants britanniques contre HSBC est du même acabit)

PS : plus de 70% des votants se sont prononcés pour la suspension de la grève. Et le communiqué qui l’annonce est très clair et conforte mon analyse. Un extrait :

Le rapport de force étudiant doit être préservé et se poursuivre sous d’autres formes, afin notamment d’obtenir des garanties des universités sur la démocratie ou sur les recrutements de personnels contractuels.

L’UNEF met en garde les étudiants contre les risques de radicalisation et de pourrissement de la mobilisation et rappelle que la préservation des capacités de mobilisation des étudiants à l’avenir est une priorité.

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