Relations entreprises/consommateurs : le MEDEF est-il autiste ?

Hier matin, la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) s’est livrée à un drôle d’exercice, néanmoins stimulant : s’interroger sur l’efficacité des associations de consommateurs françaises sans inviter aucune d’entre elles à la tribune. Les organisateurs de la journée souhaitaient privilégier les regards extérieurs (programme ici), dont celui de l’entreprise.

Celui-ci fut donné par François Remoué, chargé de mission au MEDEF et membre du Conseil National de la Consommation (CNC). La salle, au bout de quelques minutes, lui devient hostile : tics d’agacements, remarques et discussions entre voisins, montée du chuchotement, consultation du portable ou du journal à portée.

Très vite, n’importe qui se rend compte des dégâts : François Remoué n’y connait tout simplement rien. Il l’avoue à demi-mots, en ouverture, avec une anecdote qu’il balbutie. Le voilà qui raconte sa première réunion au CNC : il ne connaissait aucune des associations autour de la table. Son interminable et vague discours aligne, vaille que vaille, une série de questions éculées sur l’efficacité des associations.

Cette litanie interrogative lancée à la salle ne traduit qu’une seule chose : la profonde méconnaissance qu’a le MEDEF (tout du moins de son représentant) des associations de consommateurs. Et plus généralement, une absence d’intelligence stratégique sur les enjeux de consommation. Pour avoir une stratégie, il faut au moins connaitre ses interlocuteurs, leur histoire, leur identité et leurs enjeux.

Heureusement, plusieurs représentants du monde de l’entreprise interviennent pour critiquer sa myopie. Un vieux briscard du CNPF (ex-MEDEF) le rabroue avec les rires garantis de la salle. Une responsable de la RATP rappelle que la Régie rencontre régulièrement les associations de consommateurs et ceci dans son plus grand intérêt. Enfin, un cadre à la retraite de l’industrie automobile explique comment, avec ses ingénieurs, il a toujours porté la plus grande attention aux tests comparatifs faits sur les voitures.

À entendre François Remoué manier l’ignorance et la désinvolture avec élégance, on se dit qu’il reste beaucoup à faire avant que le MEDEF ait une vision des questions de consommation. Vous savez, ces questions qui font tourner une bonne partie de l’économie française.

3 réponses à “Relations entreprises/consommateurs : le MEDEF est-il autiste ?

  1. J’ai lu quelque part dans les échos je crois que le medef se décidait enfin à considérer les jeunes chercheurs doctorants comme de vraies ressources pour penser la consommation, l’entreprise dans une dimension de recherche et developpement…
    preuve qu’il a raison et qu’il est temps ;D

    par contre, comment expliquer qu’il puisse être si indifférent à l’égard des consommateurs et que ça n’ait pas l’air de lui porter préjudice ?

  2. Sur les associations de consomateurs et la publication en ligne je signale cet article « Success without ads » :

    http://www.news.com/Success-without-ads/2100-1038_3-6222063.html?tag=nefd.top

  3. Emmanuel Bruant

    Merci Laurent je vais regarder de plus près ce lien, cela m’intéresse pas mal.
    A Cécile : comment expliquer cette longue indifférence ? Le MEDEF (et ses anciens acronymes) s’est construit autour du rapport de force salariale dans un jeu de confrontation et de gestion avec les syndicats. Donc la question de la consommation et plus spécifiquement celle du mouvement consumériste ne rentrent pas dans sa sphère d’influence traditionnelle (il y a toujours eu d’autres priorités pour les dirigeants de la fédération que de s’occuper des consommateurs). Question de priorité. Mais je ne suis pas sûr que cette hiérarchisation est encore pertinente vu la manière dont Laurence Parisot souhaite réformer le MEDEF. A suivre…