« La révolution Wikipedia », remix n°1 : comment Wikipedia est devenu une source autorisée

Le second chapitre du livre La Révolution Wikipedia fait le point sur la manière dont Wikipedia a pu acquérir ses galons de légitimité auprès de la presse généraliste. Les auteurs se penchent sur la fameuse enquête Nature publiée en 2005 qui comparait Wikipedia avec Britannica.
Les coupures de presse reprises sont sans équivoques : Wikipedia est désormais une source fiable selon les journalistes français. Mais, comme aimait à le dire André Gide, le succès repose sur un malentendu ; malentendu que les étudiants de Science-Po dissipent sans difficulté.
En effet, l’enquête réalisée par le magazine scientifique est très contestable. Sa relecture nous invite à la plus extrême prudence concernant les résultats :

  • Le protocole d’enquête se révèle arbitraire et restrictif. Les 42 articles choisis le furent en raison de leur taille identique dans les deux supports et dans le seul domaine des sciences dures (ce qui est bien normal pour un journal comme Nature).
  • L’analyse des articles est elle-même sujette à controverse. Britannica a réfuté la moitié des erreurs relevées par le magazine. Mais cette remise en cause s’est noyée dans l’effervescence médiatique pro-wiki.

D’autre part, les journalistes qui ont relayé cet article l’ont maladroitement résumé : ils se sont arrêtés à l’accroche trompeuse du communiqué de presse de Nature. Quantitativement, Britannica est 24% plus fiable sur Wikipedia sur les 42 articles étudiés. Mais que veut dire ce chiffre ? Comment l’interpréter ? Que cela signifie-t-il au regard du protocole et des thèmes choisis, très loin d’être représentatif des deux encyclopédies ? Honnêtement, je pense que cela ne veut rien dire. Nature n’a rien prouvé.
Mais, la couverture médiatique de cette enquête, dont la seule évocation du titre du journal suffit à faire taire toute suspicion (argument d’autorité par excellence : « c’est Nature qui le dit »), a installé Wikipedia comme une source valable en général. Non pas fiable à 100%, mais presque… pas si loin de nos encyclopédies traditionnelles. Allez, en gros, ça se vaut…
Wikipedia venait d’être reconnue médiatiquement, une première étape pour devenir une source autorisée socialement. Ajoutez à cela, le référencement favorisé par Google et vous obtenez en quelques mois un incontournable du net.

Publicités

23 réponses à “« La révolution Wikipedia », remix n°1 : comment Wikipedia est devenu une source autorisée

  1. Ce sont les wikipediens qui se sont chargés de faire de la publicité à cette étude.

    J’ai créé un blog, l’observatoire de wikipedia : wikipedia ou le mythe de la neutralité, et ai publié un article montrant pourquoi cette étude de Nature n’était ni sérieuse, ni ‘probante :

    « L’étude comparative de Nature ne prouve rien et n’a rien prouvé, hormis service rendu à wikipedia. »

    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-6059322.html
    et repris http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-6213952.html

    comme je l’annonçais dans les articles faisant la recension des critiques de wikipedia, publiés sur le blog dès nov 2006 :

    (pour un résumé de l’essentiel) :

    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-4767404.html
    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-6265151.html
    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-4552465.html

    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-11804954.html
    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-11805032.html

    Articles qu’ont lu les étudiants de Sciences Po.

    A vrai dire, le recours à l’étude de Nature comme soi-disant « preuve » de fiabilité et de sérieux, fait partie de la stratégie de communication de wikipedia, de sa permanente campagne de publicité pour se faire reconnaître comme une encyclopédie, ce qu’elle n’est pas, mais dont elle a usurpé le titre.

    Mais ça va plus encore : wikipedia maintenant, par la bouche de J Wales son fondateur et orchestrateur, va jusqu’à prétendre pouvoir garantir (lui-même, Wales, qui est tut sauf un universitaire : c’est un buisenessman qui a fait fortune dans l’industrie de la porno) la qualité encyclopédique de wikipedia, sa fiabilité et la déclare, contre l’avis de tous les professeurs, chercheurs, bibliothécaires qui se sont exprimés au sujet de wikipedia, de niveau universitaire que les étudiants peuvent citer dans leurs travaux

    C’est le monde à l’envers : l’industrie, le monde des affaires, qui prétend énoncer à la place de l’université, les critères de la documentation universitaire !

    voir : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-14433163.html : « L’ambition de wikipedia à constituer le savoir mondial éclate au grand jour. Wales considère désormais que wikipedia est un instrument valable pour les études. »

    J’ajoute que les attaques contre pierre Assouline sont en effet grossières et volent bas : elles illustrent et permettent de comprendre (un peu) qui sont les wikipediens. Mais ça n’est rien à côté de celles qui m’ont été adressées : faute d’argument, en effet, car je n’ai eu droit à aucune critique des analyses et arguments de mon blog par wikipedia, qui, au contraire l’a immédiatement mis sur liste noire, et mon nom interdit (!) les wikipediens n’ont su que me traiter de menteuse et folle et contester que je sois prof de philo, comme je me présente sur mon blog.

    voir encore sur le blog les articles correspondants , par exemple : « alithia mise à la place de Dieu par wikipedia. »

    Voir tout cela sur mon blog, qui regorge d’exemples intéressants montrant qui sont les wikipediens , outre les analyses des articles de wikipedia et des procédés de ceux qui la composent depuis plus d’un an que je poursuis ce travail d’observation.

  2. François Guillot

    Sur un malentendu, tout est possible 🙂

    Deux commentaires à ce sujet :

    – Rappelons que Wikipedia a reçu un score de crédibilité très légèrement en-dessous des médias professionnels dans une récente étude de TNS Sofres. On en avait parlé ici :
    https://internetetopinion.wordpress.com/2007/11/06/a-propos-de-letude-de-tns-sofres-marques-et-web-20-mythes-et-realites/
    La note de confiance attribuée par l’échantillon à Wikipedia est de 6.9/10 (7.3 pour « actualité sur Internet, 7.2 pour « sites professionnels / critiques d’experts », 6.9 pour « sites de comparaison des produits », 6.1 pour « forums / critiques d’utilisateurs », 4.5 pour « blogs »

    – L’étude de Nature vient nous rappeler le pouvoir des études dans les médias. « Si une étude le dit, c’est que c’est vrai… » Emmmm…. Donc les études sont un puissant instrument d’opinion, le cas Nature / Wikipedia / Britannica semble bien le démontrer.

  3. Le blog http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/ : l’observatoire de wikipedia a analysé wikipedia de très près, depuis nov 2006, et en particulier, l’absence de sérieux et de démonstration de cette dite « étude » de Nature.

    Comme tous les gens qui s’intéressent à wikipedia, bien naturellement les étudiants de Sciences Po ont lu le blog de cet observatoireunique en son genre (j’ai été en correspondance avec eux) et ont développé la critique de l’étude de nature sur wikipedia que j’y avais initiée.

    Mais en vérité , à la différence de vous, je dirais que c’est mons « la presse » qui a usé de l’argument de l’étude de Nature, laquelle serait soi-disant une indication de sa fiabilité, que les wikipediens eux-mêmes qui ont répandu partout cette information trop bien venue pour être honnête … Ils ont été relayés principalement et à peu près exclusivement par le site de l’URFIST qui comprend quelques solides partisans de wikipedia.

    Je leur ai signalé la fragilité et le peu de consistance de l’étude, mais je n’ai jamais eu de réponse de leur part.

  4. Encore un mot. Aux étapes que vous soulignez, soit l’étude de Nature qui la validerait , et la référence Google qui l’a boostée au firmament de Google, il faut ajouter deux temps importants de l’histoire, selon moi :

    * en amont le fait que wikipedia se soit auto-gratifiée du titre pompeux et prétentieux pour ce qu’elle est, d' »encyclopédie » . Et que cela n’ait pas été remis en cause ni encore moins n’ait soulevé de protestation générale. Cela malgré le fait , que environ 95% de son contenu ne relève pas d’une encyclopédie ou n’en n’est pas digne (articles loisirs-people, fantastique, magie, pseudo-sciences et autres n’importe quoi ; ou « articles de 2 lignes ; ou simples rubriques de dictionnaires : avec un article par mot du dictionnaire, par nombre -oui tous les nombres ont leur article- et par végétal et animal : non pas espèces, mais chaque type individuel) Bref, une base de données, soit, mais certainement pas une encyclopédie

    Et en plus, pour le reste , les 5% environ restant, et qui concerne la connaissance , elle est truffée de propagande et se révèle être une excellente base de désinformation et de déformation.

    * en aval : après la « validation » par Nature , aujourd’hui, nous avons la « validation » par Wales lui-même qui , à la place du monde de l’enseignement et de la recherche, accorde à wikipedia le label , non seulement, d’encyclopédie mais d’encyclopédie de niveau universitaire et bonne pour être citée par les étudiants dans leurs travaux.

    On n’est jamais si bien servi que par soi-même, il est vrai.

    Et Wales étant un homme d’affaire de 1° ordre, il a une stratégie de communication bien rôdée, à défaut d’être admirable.

    (j’ai fait un article là-dessus)

    N.B sur pour compléter le thème, « pourquoi elle n’est pas une encyclopédie » , en suivant l’idée ci-dessus mentionnée d’une notation possible, comparativement aux à la fois aux media, et parmi ceux-ci les media de divers types, et à la fois aux documentations relevant du savoir et de la culture., qu’est-ce que ça donnerait ?

    Note à donner : très, très très en-dessous de l’information sur le net, comme l’indique l’étude citée ci-dessus ; je suis d’accord.
    Alors, ma notation serait :
    Si on met l’info sur le net à 8 (on va dire sur 20), wikipedia aurait moins , beaucoup moins (peu importe combien) comme l’indique l’étude citée.
    Ensuite elle se trouverait donc très loin derrière l’information par les medias professionnels qui seraient classés (selon mon échelle qui est mon appréciation) entre 12 et 16.

    Et enfin on ne comparera même pas avec le livre , ou les vraies encyclopédies par exemple, vu que, wikipedia, classée, en-dessous des infos du net, ça dit bien qu’elle vient en dernier rang et n’est comparable et rapportable qu’au registre de l’information et non à celui de la connaissance c.q.f.d.

  5. François Guillot

    Merci Alithia de cette contribution riche ; je vais laisser Emmanuel répondre sur la plupart des points.

    De mon côté, je veux bien croire que les Wikipédiens se sont emparés de l’étude pour asseoir leur crédibilité, en ce qui concerne le rôle des médias il faudrait produire une analyse sur la base des retombées de l’époque mais je ne serais pas étonné que les reprises médiatiques de l’étude de Nature aient été assez peu critiques.

    Autre chose, quand vous dites que Wikipedia est « très, très très en-dessous de l’information sur le net, comme l’indique l’étude citée ci-dessus ; je suis d’accord », je ne suis pas sûr que nous faisions la même analyse de l’étude que vous citez : pour moi voir Wikipedia noté à 6.9 sur 10 par les internautes, quand les médias professionnels sont un peu au-dessus de 7, c’est un triomphe pour Wikipedia.

    Enfin, au-delà du débat sur la qualité intrinsèque de Wikipédia (à mon sens très variable selon les sujets), ce que tout cela m’évoque est la nécessité d’apprendre la distance critique avec l’information. Wikipedia en particulier mais le web 2.0 en général permettent à tout individu de s’exprimer publiquement, ils sont là et seront même de plus en plus présents, c’est donc aussi par le prisme du lecteur qu’il faut penser la question. On peut dénoncer la mauvaise info mais on peut aussi enseigner la distance critique. Et n’oublions pas que c’est Google qui fait le succès de Wikipedia.

  6. oui, d’accord avec vous

  7. Emmanuel Bruant

    Alithia, j’ai lu avec intérêt vos précisions remarques et questions. Je ne sais pas si vous serez satisfait de ma réponse. Je me permets de la réserver pour un billet en particulier sur le rapport entre le public, les médias et les lanceurs d’alertes (ce qui me semble être votre rôle dans cette histoire autour de Wikipedia).
    Je reste persuadé (mais je peux me tromper et comme j’ai les moyens de vérifier je m’y mettrais dans quelques semaines) que ce sont les comptes-rendus journalistiques qui ont autorisé Wikipedia comme source acceptable (et Google assure le passage obligé technique en faisant remonter très haut Wikipedia).

  8. @ François Guillot : « Et n’oublions pas que c’est Google qui fait le succès de Wikipedia. » Il s’agit plutôt de la popularité de Wikipédia qui influence le classement de Wikipédia dans Google.

  9. François Guillot

    L’oeuf ou la poule………… N’empêche que vous ne pouvez nier que de nombreux profanes accèdent à Wikipedia via Google. Quelle est la part de trafic de Wikipedia en direct et quelle est la part de trafic de Wikipedia via Google ?

  10. François Guillot

    Tiens, je réponds moi-même à la question puisque j’ai trouvé cette déclaration de Pierre Beaudouin : 40% du trafic de Wikipedia viendrait de Google. J’aurais dit plus. Mais cela montre bien la dépendance de Wikipedia à Google, ce qui était le fond de ma pensée.

    http://www.vnunet.fr/fr/news/2007/12/28/p__beaudouin__wikimedia_knol_ne_concurrence_pas_vraiment_wikipedia_

  11. Pour compléter cette évocation de l' »étude » de Nature, il est bon de citer la réponse faite par Britannica à la suite de la parution de l’article dans Nature, et dans laquelle l’encyclopédie apporte un éclairage différent sur l' »étude » en question.

    Lettre à laquelle Nature répondit, et qui a été suivie de nouveau par une lettre ouverte de Britannica à la rédaction de Nature.

    Pour compléter l’information, toutes ces informations se trouvent ici (en anglais) :
    http://www.compositioncafe.com/25950/wikicontroversy.html

  12. Emmanuel Bruant

    Tout à fait d’accord avec vous; les auteurs du bouquin en parlaient d’ailleurs

  13. Pingback: L’âge de la réputation selon Gloria Origgi « internet et opinion(s) - web 2.0, communication, relations publiques, influence, médias, blogs, etc.

  14. Pingback: 10 mythes du web 2.0 « internet et opinion(s) - françois guillot et emmanuel bruant - web, médias, communication, influence, etc.

  15. Vous avez tout à fait raison.
    J’ai fait aussi un papier là-dessus, cette étude de « Nature » est tout sauf probante.
    Nature sur wikipedia : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-6213952-6.html

    bonne année à vous et persévérez

    Alithia

  16. @Alithia: Vous n’avez pas fait un « papier », vous avez fait un vague article sur votre blog autopublié. Un « papier » suggère la publication, sinon dans une revue à comité éditorial, du moins dans un magazine de vulgarisation.

    Avez-vous un jour essayé de publier vos « études » de Wikipédia dans des revues de sciences humaines? Il y en a qui s’intéressent à Internet, vous savez…

  17. La publication sur internet n’est pas une publication ? Première nouvelle. Quant à votre suggestion de publier ailleurs que sur internet, par exemple des revues, c’est une très bonne idée que je retiens.

  18. >La publication sur internet n’est pas une publication ?
    bah… non.

  19. « bah… non. » : je vois là une pensée subtile se dessiner.

    Eh bien désolée de vous décevoir mais une publication en ligne est une publication. C’est du reste la raison pour laquelle elle s’appelle publication en ligne. Curieux n’est-ce pas ?

    comment allez-vous Darkon ?

  20. et j’ai oublié d’ajouter
    … une publication en ligne est une publication de plein droit et est soumise aux mêmes règles que toute publication.
    … sauf wikipedia, car wikipedia ne respecte pas les règles qui prévalent dans la société. Elle est au-dessus de ça et au-dessus des lois.

    Vous en donnez la preuve, vous tous wikipédiens, qui ne risquez pas de respecter les lois, car il faudrait déjà les connaître.

    Curieux tout de même que vous ne sachiez pas cela, vous qui éditez wikipedia, soit une publication en ligne !

  21. Je ne me prononcerais pas sur le fond car je ne suis pas suffisamment documenté et formé pour cela mais c’est vraiment sympa de votre part de faire une telle pub pour ce blog tenu par un prof de philo. C’est bien d’aider les nécessiteux-ses.

    Je pourrais avoir un petit espace aussi pour publier mes liens qui n’intéressent que moi ? S’il vous plaît ?

  22. Je profite pour rappeler qu’Alithia est en fait La glaneuse c’est-à-dire une folle exclue de WIKIPEDIA (pour faits très graves). Elle se prétend en plus faussement enseignante en France et franchement elle ne mérite par conséquent aucun intérêt. Son blog est un ramassis d’insultes et erreurs à profusions – comment pouvez vous lui donner ici de la crédibilité !

  23. Bonjour,

    Pour poursuivre sur wikipedia aidée par Google -et nous passerons par-dessus le message du dit Saïd qui ne juge que son auteur (ce n’est que le message-type en résumé que les wikipédiens ont parsemé partout où ils trouvaient une trace de moi sur le web, généralement posté sous des formes bien pires, tellement injurieuses et tellement excessives qu’elles se désamorcent elles-mêmes) voici où nous en sommes aujourd’hui des rapports de Google et wikipedia :

    Google finance wikipedia : 2 millions de dollars de dons
    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-google-finance-wikipedia-2-millions-de-dollars-de-dons-45388619.html

    Qu’en pensez-vous ? Au plaisir de vous lire.

    Alithia