« la révolution wikipedia », remix n°2 : Faire et défaire une réputation au sein de la communauté Wikipedia

Le chapitre 3 de La révolution Wikipedia est consacré au fonctionnement interne du site collaboratif. Au travers de l’évocation du parcours de deux contributeurs, on comprend, en partie, comment peut se faire et se défaire une réputation au sein d’une communauté (des mécanismes proches de ceux que l’on rencontre dans la vie associative ; vie que nos gouroux du marketing communautaire et viral connaissent peut-être moins bien).
La réputation d’un administrateur se fait d’autant plus rapidement que celui-ci est actif et s’attelle à des tâches techniques ou supposées ingrates :

« C’est du nombre et de la qualité des contributions, mais aussi de la capacité du candidat à faire de la « maintenance » sur le site que dépend l’attribution du statut d’administrateur à contributeur » (p.61)

Le consensus est mécanisme d’élection privilégiée : le candidat doit dégager une large majorité (avec un pourcentage qui tourne autour de 80%). Un consensus d’autant plus facile à trouver que, selon Esprit Fugace :

« On se fait vite une image des autres internautes, qu’on ne cesse de croiser lors de discussion. Un simple coup d’œil permet d’en apprendre plus sur lui. En un clic, on peut découvrir sur quels sujets il est intervenu et ainsi se faire une idée de ses thèmes de prédilection » (p.63).

L’important est aussi de gérer et de préserver la face pour reprendre une terminologie d’Erving Goffman. Il faut accepter de faire bonne figure et rester polie même si l’on en vient à se faire insulter. Car le statut et la réputation sont des atouts non négligeables dans le règlement de conversation controversée. Ainsi, Wikipedia par son fonctionnement reconstruit de l’autorité, des références pour réguler le contenu du site. Si cela ne semble pas suffisant pour certains, l’évacuer d’un revers de même est une grossière erreur. Oui, Wikipedia crée de la hiérarchie. Comme dans toute association et dans n’importe quelle communauté, certains sont plus respectés que d’autres.
La preuve avec le cas inverse de Essjay, un affabulateur qui avait gravi les échelons de l’organisation : administrateur, checkusers (accès à l’adresse IP des utilisateurs), membre du comité de médiation. Le garçon qui se présente comme un professeur de théologie est un des contributeurs les plus prolixes du wiki. Alors qu’il va être salarié d’une entreprise liée à Wikipedia il révèle son vrai nom et son identité et

« Dans une communauté fondée sur la confiance, le mensonge est une faute grave, mais ce qui rend réellement furieux les wikipédiens est le fait qu’à diverses reprises Essjay s’est appuyé sur ses faux diplômes pour imposer ses points de vue » (p.74).

Essjay est alors banni et se voit contraint de fermer sa page Wikipedia. Qui a dit que l’anarchie régnait sans conteste sur la toile ?

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4 réponses à “« la révolution wikipedia », remix n°2 : Faire et défaire une réputation au sein de la communauté Wikipedia

  1. La confiance n’est pas de mise que sur la toile : j’ai rarement vu (jamais en fait) un employeur demander une copie certifiée conforme des diplômes lors d’une embauche. Tout est basé sur les déclarations du candidat puis sur son travail effectif lors de la période d’essai. C’est la même chose sur Wikipedia.

    Sur la réputation elle dépend en grande partie du temps passé sur l’encyclopédie pour accroitre sa visibilité. Cela en revanche privilégie les « geeks » (au bon sens du terme) par rapport aux « experts » (même si les deux ne sont pas nécessairement incompatibles).

  2. A propos de Wikipedia, un blog un peu polémique
    http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/
    dont certains échanges sont assez interessants.

  3. Emmanuel Bruant

    Valery : tout à fait d’accord avec vos remarques. Sur la première, vous avez raison d’insister sur le parallèle avec l’embauche. Ce qui est amusant c’est la manière dont les marketers et communicants voient avec un nouvel oeil ce qui se passe sur Internet alors qu’une observation de la vie quotidienne (hors notamment les sphères marchandes pour lesquelles ils sont omnubilés) nous montre que les phénomènes de la blogosphère, de la wikisphère, etc. ne sont que des modalisations de phénomènes ce que l’on connait déjà. Un bon exercice sociologique quand on observe quelque chose de potentiellement nouveau est de se demander à quoi cela ressemble (puis en quoi cela en diffère).

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