La révolution wikipedia, remix n°3 : crise du savoir et transition technologique

Le chapitre d’ouverture (« Le monde de l’éducation ébranlé ») et le chapitre de conclusion (« comment devenir wiki-intelligents ») sont deux faces d’une même pièce : l’appropriation d’une technologie. La crise du savoir que l’on traverse actuellement est étroitement liée à la transition technologique que nous vivons (il ne faudrait pas aussi mettre de côté toutes les difficultés matérielles qui assaillent le monde de l’éducation et ce de la prime enfance à l’enseignement supérieur – mais cela dépasse le propos de ce blog).
Sur ce sujet, Wikipedia n’est qu’un épiphénomène. Les contributeurs ne sont pas responsables de la manière dont les autres internautes utilisent Wikipedia. Le problème n’est pas le fameux wiki mais son usage ; son usage acritique. Le problème concerne plutôt l’utilisation bête et méchante du copier-coller. Comme le remarquent les auteurs, sensibiliser les élèves, les former à une activité critique se révèle plus urgent que jamais. La construction de Wikipedia relève d’une activité participative et engageante des internautes. Le paradoxe est que son contenu peut-être utilisé par d’autres de manière passive et consommé sans recul.

La philosophie d’un des fondateurs de Wikipedia me semble plus inquiétante. D’autant plus que l’apparition du site me semble concomitante d’une tendance plus générale des sociétés occidentales : une méfiance envers le savoir et les autorités traditionnelles qui le détiennent (université, corps enseignant, experts, intellectuels). Larry Sanger, co-fondateur avec Jim Wales de l’encyclopédie, n’a pas hésité à critiquer la philosophie « résolument anti-élitiste » de son ancien camarade. Selon Larry Sanger, le projet de départ a été détourné de son objectif qui était de faire collaborer des universitaires avec des internautes amateurs pour assurer la cohérence et la qualité de l’encyclopédie en ligne (une idée en rien différente de la manière dont Diderot à organisé son Encyclopédie).
Pour l’instant Jimmy Wales a imposé sa manière d’organiser le savoir sur Internet, bénéficiant de la lenteur et de la faible acculturation des acteurs traditionnels du secteur. Mais les intellectuels formés par la voix universitaire classique se réveillent. En témoignent des sites comme nonfiction, la vie des idées ou plus « historiquement » liens socio.

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11 réponses à “La révolution wikipedia, remix n°3 : crise du savoir et transition technologique

  1. > Selon Larry Sanger, le projet de départ a été détourné de son objectif qui était de faire collaborer des universitaires avec des internautes amateurs pour assurer la cohérence et la qualité de l’encyclopédie en ligne.

    Oui ca me semble plus sage même si ca aurait grossi moins vite.
    Et pour l’information genre série TV, biographie acteur etc.. la procédure actuelle me semble suffisante. Cette information ne ferait pas toujours partie d’une encyclopédie papier mais elle est utile.

  2. « une méfiance envers le savoir » j’ai l’impression de comprendre ce que vous voulez dire et de ne pas comprendre à la fois, une méfiance envers l’idéologie inhérente à certains savoirs mis en montre au détriment d’autres ? La condamanation de l’élision ? et qu’est-ce que « le savoir » dans ces conditions ? Mais si l’on est méfiant à l’égard du savoir produit et professé par les élites, c’est bien que l’on est critique ? au moins un tout petit peu et si l’on est critique quant à ce savoir « légitime » on peut l’être aussi, critique sur wikipédia…je m’excuse j’ai peur de faire « descendre » le débat, mais je pense que le débat téchnologie, science et connaisssance légitime est trop haut. pour les usagers…je me demande si wikipédia est si intégré que ça par les élèves, et internautes, ( j’étais contente d’y trouver « procrastination » 😉
    est- ce que sur les listes de fournitures scolaires il y a toujours un dictionnaire requis, est-ce que les ventes de dictionnaires/encyclopédies ont baissé depuis wikipédia ? Est-ce qu’il y a substitution de l’outil traditionnel ou profit de l’outil technologique ?
    C’est vrai que le terme encyclopédie est un peu douteux, ce qui est étrange je trouve c’est la confiance qu’on lui accorde presque aveuglement pas à l’outil mais au contenu, et me vient à l’idée que plus le contenu est spécifique, plus il nous semble hors de notre portée et plus il y a de chance pour qu’il ait été produit par un spécialiste, c’est une logique un peu bancale mais c’est bien possible… quant aux entrées plus « culture cool » ce n’est pas si grave si ce sont des amateurs qui les ont rédigées, ce pourrait être tout un chacun, ainsi il est facile de procéder à une validation ou invalidation par soi-même. Je ne sais pas, je devine qu’à trop diaboliser cet outil, on risque de perdre de vue son être instrumental.

  3. François Guillot

    Commentaire perdu, y’a rien de plus énervant, je recommence.

    Quand j’entends mes amis profs, Wikipedia a révolutionné l’exposé : on copie et on colle. Comme Emmanuel le dit dans ce billet.

    Le système de l’exposé revient finalement autant à apprendre à l’élève à chercher de l’info qu’à s’approprier un savoir… Voire à chercher de l’info POUR s’approprier un savoir. Ou comment la recherche d’info est utilisée comme une méthode d’apprentissage.

    Or la recherche d’information est extrêmement facilitée et le sens de l’Histoire est qu’elle soit instantanée ou quasi. Cela pose donc la question de savoir comment un élève peut s’approprier un savoir AUTREMENT qu’en faisant des recherches.

    Et cela pose en parallèle comme le billet le dit bien la question de l’apprentissage de la distance critique avec cette matière que l’on trouve instantanément.

    Je serais prof, j’aurais très envie de demander aux élèves de faire des exposés où ils présenteraient les erreurs, biais et omissions d’une page Wikipedia donnée. Plutôt que de me plaindre de l’existence de Wikipedia.

  4. François Guillot

    Et en me relisant je crois même qu’on peut dire que Wikipedia mais plus généralement Internet sont des OPPORTUNITES d’apprentissage de la distance critique.

  5. …si on en appréhende les contenus réflexivement… dans mon idée

    http://www.gullitv.fr/colloque-enfants-ecrans/

    dans une optique un peu différente mais liée à mon avis,
    je crois que ça mérite qu’on y jette un oeil, ou deux,
    ou trois 😉

  6. Emmanuel Bruant

    A Paul : je suis tout à fait d’accord avec votre remarque. Et ce n’est pas un hasard si le Quid ne parait pas cette année (en réponse aussi à Cecile : le Quid vient de disparaître). Wikipedia est bien plus performant pour agréger des informations, des connaissances liées à notre quotidien.
    Tout à fait d’accord avec François. La transition technologique que nous vivons nécessite des coûts et des effets d’apprentissage pour parler comme nos économistes. Il y a donc des temps de latence et d’appropriation, des phénomènes d’hystérésis et de rejet. Pour penser, objectiver ce que tu proposes il faut déjà avoir acquis une certaine familiarité avec le site et en même temps une certaine distance. Ce n’est pas du tout évident à faire quand on ne travaille pas directement sur le sujet. Mais oui, la direction que tu indiques est la bonne.

  7. Lorsque François dit « Je serais prof, j’aurais très envie de demander aux élèves de faire des exposés où ils présenteraient les erreurs, biais et omissions d’une page Wikipedia donnée. »
    c’est une très bonne idée.

    Cependant il n’est pas toujours évident, loin de là, de pouvoir vérifier l’hypothèses que les élèves sont capables de repérer les erreurs (pas toutes du moins) càd. hormis certaines erreurs grossières… Et il y a aussi les omissions, les lacunes bibliographiques et surtout surtout le point de vue qui est privilégié par un article, par le jeu de la rédaction et des choix de références et omissions.

    Et ça, c’est un gros problème de wikipedia. Car, dans bien des cas, il faut une très solide culture pour être en mesure de voir les carences des articles et les interprétations qui sont les leurs et comment un sujet peut être traité de manière partiale.

    En effet derrière un aspect bien lissé, une mise en page qui donne une impression de « produit fini » et une apparence de sérieux par le fait d’un plan en plusieurs parties distinctes, une longueur consistante, ou encore une quantité de matière, un article long et fourni, également par la présence d’une bibliographie quantitativement correcte aussi, on a l’impression d’avoir à faire à quelque chose de solide et exact, alors que le point de vue peut être complètement biaisé, totalement faux, voire de la pure propagande.

    La forme et la mise en page peuvent donner l’apparence de sérieux et fiable à un article qui ne l’est pas du tout. Sur toutes sortes de sujets qu’on ne connaît pas ou peu, il est plus que probable qu’on ne saura pas reconnaître ce qui ne a pas, ce qui doit être le cas de bien des élèves et étudiants, par définition. Et ils ne sont pas les seuls. Car le champ de notre ignorance est sans bien plus grand que celui de notre savoir, non ?

  8. ex de ce genre : le très long article sur les « droits de l’homme en Iran » que je commente et analyse sur mon blog. Exemple paradigmatique : 58 pages-écrans, une très longue bibliographie et qui use de tous les trucs possibles et fait toutes les contorsions possibles pour réussir à ne consacrer que le dernier paragraphe (1/2 page-écran) à la violation des droits de l’homme proprement dite, sujet renvoyé en notes de bas de page : technique classique sur Wikipd pour les articles de propagande.

    Et cela après avoir passé en revue toute l’histoire de l’Iran depuis 2500 av J-C pour attribuer l’invention des droits de l’homme à cette époque (sic !), après avoir longuement exposé le point de vue des mollahs expliquant qu’ils avaient un autre point de vue des droits de l’homme, correspondant à la charia, que ce qu’ils appellent le « point de vue  » occidental niant ainsi le caractère universel des dits droits et après avoir expliqué que la constitution iranienne garantit les libertés, l’égalité homme-femme etc. etc. etc.

    58 pages à usage de la propagande des mollahs ! et ça s’appelle encyclopédie !

    L’article, une fois rédigé ainsi, 58 pages (de verbiage) ne peut plus être corrigé car ça serait « casser le travail déjà fait » bien sûr. Et pour que ce soit encore plus clair, il est classé « article de qualité » (il ‘y en a pas plus de 300 sur 600 000 articles)
    voir http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-14023115.html

    et le précédent article du blog analysant cet article de wkpd en détail.

    Les techniques de propagande sont bien rodées sur Wikipd. Même technique à l’oeuvre pour tous les sujets touchant à la laïcité, aux droits de l’homme, à la religion (et surtout une d’entre elle qui pose toujours les mêmes problèmes) à l’égalité homme-femme dans cette même sphère, à l’antisémitisme, etc.

    Même technique appliquée pour des articles tels que ceux sur Dieudonné, Th. Meyssan, de nombreux thèmes, groupes et personnalités fascistes etc.

    Quant à la possibilité que wkpd soit manipulée, elle est plus qu’établie ; voir par ex. http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-12742267-6.html#comment22967068

  9. François Guillot

    Alithia, juste une question par curiosité : vous contribuez à Wikipedia ? Vous créez / corrigez des pages ?

  10. Non, il est impossible de participer normalement à wikipedia puisque ça n’est pas la vérité qui est recherchée (il est interdit de définir ce dont on parle, de nommer les choses par leur nom : par ex. de nommer Castro ou Kim Jong Il un dictateur, ou Le Pen un fasciste : c’est pas bien ) mais la « neutralité » càd l’accumulation d’opinions, peu importe lesquelles, aussi fausses ou partisanes soient-elles.

    Ce qui donne des articles plats, insipides, nuls jusqu’au non-sens car à force de ne rien vouloir dire en effet, l’article ne veut rien dire. Ou alors on sombre dans le n’importe quoi, l’irrationnel etc.

    Et aussi parce que les contributeurs actifs sont massivement incompétents et incultes et de plus partisans pour un grand nombre d’entre eux. Ce sont donc les incompétents qui corrigent et censurent les plus compétents . Et l’esprit partisan règne qui fait barrage aux écrits qui correspondraient aux critères d’une encyclopédie. Vous imaginez l’ambiance et cela fait beaucoup d’empêchements.

    Par exemple, cet invraisemblable article sur les droits de l’homme en Iran , qui a suscité des protestations (tout de même) est intouchable, comme les autres que je cite.

    Sur wikipedia il est interdit de dire par exemple, que l’Iran fait partie des pays qui violent les droits de l’homme à grande échelle, que Dieudonné a tenu des propos fascistes, que le Hamas n’est pas un groupe de résistance aux méthodes admirables, que l’Inquisition organisa des persécutions, etc. etc. etc.

    Je parle d’expérience.

    C’est pourquoi il n’y a pas de rédacteurs qualifiés sur wikipedia. D’ailleurs ils s’en plaignent. Mais ils les font fuir.

    C’est un tout petit groupe qui a un fonctionnement sectaire, qui fonctionne avec ses règles (surréalistes !) qui harcèle, bannit, exclut, diffame, tout corps étranger à l’esprit maison.

    Ambiance garantie. Si vous essayez de corriger les articles partisans, je vous souhaite bonne chance.

    un article du blog explique comment wikipedia se dégrade avec le temps à partir d’un exemple : une comparaison de l’état d’un article sur 4 ans. Edifiant.

    voyez : http://wikipedia.un.mythe.over-blog.com/article-14855152.html

  11. pfff, c’est malin : avec ce genre de billets, ma liste de livres que-je-devrais-lire-mais-qui-s’empilent-désespérement va encore grossir. Quoique : je devrais peut être me contenter de ta fine analyse 😉