Résultats 2008 du baromètre TNS pour la Croix sur la confiance dans les médias : des évolutions peu spectaculaires

Les très attendus résultats 2008 du baromètre TNS pour la Croix qui mesure la confiance portée par les Français dans les médias sont tombés. Il n’y a finalement pas grand-chose de spectaculaire dans cette édition. Si l’an dernier, on avait assisté à un surprenant rebond de la confiance dans la presse écrite et dans la radio, ainsi qu’à une progression assez nette de la confiance dans Internet, cette année on voit :

– la confiance en la presse écrite reculer de 51% à 49%. Rien de spectaculaire car on reste depuis 2000, bon an mal, an, dans une zone autour de 50% (à l’exception de 2003 qui avait vu une spectaculaire chute de confiance)

– la confiance dans la radio, le média traditionnellement considéré comme le plus crédible, est stable à 57%. Là aussi rien de spectaculaire car on navigue autour de 55% depuis 2000, mais notons que 57% est le taux le plus élevé de ces 8 dernières années

– la confiance dans la télévision chute de 48% à 46%. Depuis 6 ans, on est autour de 45%.

– la confiance dans Internet progresse de 30% à 31%, restant très en-dessous des trois autres médias. Il paraît normal que la confiance dans le média soit très à la traîne par rapport à des formes de journalisme (presse, radio, TV) qui sont dans tous les cas professionnelles, contrairement à ce qu’on trouve sur le web.

Mais ce qui frappe comme chaque année dans les résultats sur Internet, c’est que ce sont les « sans opinion » qui dominent (47%). Ce qui traduit probablement à la fois la difficulté à s’approprier le média de la part du grand public, et le fait que « Internet » est un concept assez insaisissable et ambivalent : je peux faire confiance à certaines sources sur Internet, mais comme je ne fais pas confiance à d’autres, je préfère me déclarer « sans opinion ».

la croix internet

Au-delà de ces résultats, ce qui me frappe depuis 8 ou 10 ans, c’est que la confiance dans les médias, telle que mesurée par TNS Sofres, évolue assez peu. Du mieux certaines années, du moins bon d’autres, mais il est difficile de dire qu’en tendance « longue », la confiance dans les médias se détériore. La légère baisse cette année, qui vient contredire le pronostic que nous avions effectué avec Emmanuel (le retour en grâce du journaliste), ne change pas ce constat.

On ne peut donc pas conclure que l’émergence d’Internet a été un facteur de disgrâce pour les autres médias, malgré tout ce qu’on peut observer sur le net en matière de contestation des médias. La confiance dans les médias semble dépendre avant tout de la perception que les Français ont de la qualité du traitement de l’information.

9 réponses à “Résultats 2008 du baromètre TNS pour la Croix sur la confiance dans les médias : des évolutions peu spectaculaires

  1. Bonjour,
    Est-ce que la radio pourrait avoir gagné en crédibilité à mesure que la télévision, pour ne pas pâlir de l’Internet, privilégiait l’im-médiateté et l’image ?
    Je ne sais pas trop si je lis bien les données mais je trouve surprenant que les chiffres de confiance soient similaires ou presque entre la télévision et les journaux.
    Est ce qu’on peut penser que les personnes qui s’informent par le journal ou la radio aussi ont une perception rétroactive de la télévision qui en légitimerait le contenu parce qu’il correspond dans l’ensemble à ce qu’ils ont lu, entendu ou plutôt retenu ?

  2. François Guillot

    Bonjour Cécile,

    Sur la radio, je tente de vous répondre. On voit que la TV a une cote de confiance supérieure à la radio jusqu’en 1989, ensuite la radio passe devant la TV (ou la TV passe en-dessous de la radio) et la hiérarchie ne change plus. La TV a vu sa confiance décliner pendant les années 90, pas pendant les années 2000. La radio est, elle, à peu près stable sur toute la période 90-2000.
    La lectures des courbes, m’incite plutôt à dire que c’est la TV qui a perdu la confiance de ses téléspectateurs d’elle-même : on ne voit pas de report d’un média vers l’autre. (la confiance en la radio n’augmente pas quand la confiance en la TV baisse).
    C’est aussi ce qu’on voit depuis la fin des années 90 avec Internet : l’émergence d’Internet n’entame pas fondamentalement le niveau de confiance porté dans les autres médias. C’est cette idée qui m’amène à la conclusion du billet, que l’on peut interpréter par : chaque média produit sa confiance ou sa défiance, indépendamment des autres médias.
    C’est sans doute schématique mais c’est la lecture statistique des courbes.

    Sur votre deuxième remarque, je suis également surpris que la presse écrite ne soit pas plus nettement au-dessus de la télévision. Mais ce qu’il faut voir c’est que ces notes sont attribuées par un panel représentatif de la société française. Or si à peu près tout le monde regarde régulièrement la TV, tout le monde ne lit pas régulièrement des journaux. Et l’étude montre que la cote de confiance dans la presse écrite par ceux qui la consomment est à 53% (contre 49% pour toute la population). Donc, quand on consomme le média presse écrite, on fait plus clairement une distinction avec la TV… Ou alors, on consomme le média presse écrite parce qu’on a plus confiance qu’en la TV ! Bref, c’est l’histoire de l’oeuf ou la poule…

    Enfin oui je suppose que la télévision est « évaluée » par rapport à ce qu’on a lu / vu / entendu par ailleurs : le reportage TV me semble conforme à ce que j’ai entendu à la radio sur le même sujet… Mais l’inverse est sans doute également vrai : j’ai vu des images, donc en lisant un article je me demande si cet article relate les faits avec rigueur… Mais je pense que cela est toujours arrivé et que ça n’a donc pas d’impact sur la façon dont les courbes évoluent.

    Dernière remarque : il faut aussi se demander sur quels critères les répondants à l’étude basent leurs réponses. Si on vous demande : « avez-vous confiance en la télévision ? », sur quoi allez-vous baser votre réponse ? Sur les émissions que vous appréciez et en qui vous avez confiance ? Sur le dernier Arrêt sur Imagess (enfin, à l’époque ou c’était en télé…) qui a montré un bidonnage ? Il n’y a pas une télévision mais des télévisions, et idem pour la radio, la presse écrite et Internet. On peut avoir confiance dans certaines sources du média (certaines émissions, certaines chaînes, certains magazines, certains sites…) sans déclarer qu’on a par principe confiance dans « le » média… C’est une des limites de l’exercice.

  3. Bonjour François et merci,
    heureusement que ce message-là vous ne l’avez pas perdu en route😉 Votre analyse et interprétation créent de la lumière sur les courbes et dans ma perception. Vous m’avez convaincue de l’absence de report d’un média à l’autre et c’est vrai que je n’avais pas songé au fait que voir une image pouvait induire une réflexion critique sur un texte, et pourtant, ce doit être un reflexe constant.
    Par confiance en un média, je pensais de façon exclusive à la confiance accordée aux modes de traitement de l’information susceptible d’être dé-figurée ou tronquée pour des raisons politiques, idéologiques ainsi je ne pensais qu’aux émissions, sites, journaux d’information nationale et internationale mais c’est bien des télévisions, radios, journaux et sites pluriels qui sont invoqués dans l’évaluation et c’est différent, ça complique tout, vous avez raison.

  4. Emmanuel Bruant

    Pour le retour en grâce du journaliste, il faudra encore attendre quelques années François. Une prévision fait en début de cette année ne peut pas être contredit par un sondage réalisé quelques semaines avant. D’un côté des signaux faibles, de l’autre des opinions présentes. Attendons encore au moins un ou deux ans.

  5. « Une prévision fait en début de cette année ne peut pas être contredit par un sondage réalisé quelques semaines avant. »

    Si.

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  8. Bonjour,

    Je pense qu’il y a un problème méthodologique dans la comparaison des médias – démonstration assez éclatante de l’incompréhension par les instituts de sondage de ce qu’est réellement Internet.

    Internet N’EST PAS un media. Ou plus précisément, ce n’est pas qu’un media. Un media est un moyen pour un annonceur de toucher un public. Internet est un lieu de partage d’informations, une « place de marché » ou l’info circule de façon non directionnelle.

    Par ailleurs, en termes d’usage, Internet reproduit l’intégralité des types de communication (publicitaire, informationnelle, commerciale, citoyenne) et de ses modes opératoires (pub, marketing direct, publi-reportage, communication « in store » sur les sites e-commerce, bouche à oreille, etc.)

    C’est donc un monde en soi et non pas un media. De fait, TOUS les medias ont une présence sur Internet et reproduisent ou adaptent leur dispositif on line : l’information présente sur Liberation.fr est-elle moins crédible que la version papier ?

    On touche donc très vite à l’absurde : la question « quelle confiance accordez-vous à l’information sur Internet » a donc aussi peu de sens que « quelle confiance accordez-vous à l’information dans le monde réel », ou alors il faudrait préciser et distinguer :
    > l’info relayée par les sites de grands medias
    > l’info relayée par les « medias sociaux » type Rue 89
    > l’info relayée par les UGC (blogs, forums, etc.)
    > l’info rleayée par le bouche à oreille
    etc.

    Les réponses seraient plus nuancées, plus justes, et plus porteuses de sens

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