Quand le journalisme se fait démolir sur Internet, 3/3 : le panurgisme rédactionnel

Suite, et fin, de notre série consacrée aux critiques faites au journalisme sur Internet (les deux premiers épisodes ici et ). Il est question aujourd’hui du panurgisme rédactionnel, cette tendance qu’ont les journalistes à recopier au lieu d’enquêter.

Cette tendance, expliquée par la précarité économique de la presse comme par des questions culturelles, est pour beaucoup une idée forte mais intuitive. Elle trouve aujourd’hui une illustration concrète et chiffrée dans l’étude de l’Université de Cardiff (pdf) (relayée par l’Observatoire des Médias et qui fait l’objet d’une brève sur l’Expansion.com).

Principale conclusion de cette étude : 60% des articles de presse et 34% des sujets audiovisuels proviendraient majoritairement ou en totalité de reprise d’information, qu’il s’agisse de dépêches d’agence ou de relations publiques.

« Ne cherchez pas le journalisme dans la presse », conclut Nicolas Kayser-Bril ; « (pour la France) Je crains un score encore meilleur », écrit Julien Jacob… On aurait en effet bien peu de raisons de se réjouir que le journalisme soit devenu un art du copier-coller.

Mais poussons un peu plus loin l’analyse.

D’abord un rappel à propos de cette étude dont on n’a, malheureusement, pas d’équivalent français. L’analyse de la presse écrite a porté sur 5 quotidiens britanniques « de qualité » (par opposition aux tabloïds) : Guardian, Times, Telegraph, Independent, Daily Mail ; l’analyse audiovisuelle ayant porté sur 4 émissions de télévision (BBC, ITV) et de radio (Radio 4)

Si toute la démonstration consiste à pointer le manque d’originalité ou d’indépendance dans les choix éditoriaux et la rédaction des sujets, il me paraît néanmoins important de distinguer les sources « agences de presse » et les sources « RP ».

L’étude est assez claire de ce point de vue :

49% des articles de presse écrite proviennent en majorité ou en totalité d’autres sources journalistiques, principalement les agences de presse (27% en ce qui concerne l’audiovisuel).

Sources

Cela confirme le rôle majeur des agences de presse – à l’heure où l’information va plus vite, où les rédactions appauvries n’ont plus les moyens d’investiguer et où les médias « personnels » commentent l’actualité sans la faire, les producteurs d’information que sont les agences de presse jouent un rôle absolument clé.

En revanche si on isole les RP, ce sont 19% des sujets de presse écrite qui dépendent en majorité ou en totalité de ces histoires (17% pour l’audiovisuel), soit un peu moins d’un sur cinq.

Depeches

Cela revient à dire que 81% de l’information est faite sans RP ou en croisant les RP avec d’autres sources. Le rôle des RP est-il donc aussi important que les auteurs de l’étude le disent, dans la mesure où il y a, et il y aura toujours des émetteurs d’information (qui ont parfois des choses à dire !) d’un côté et des relais d’information (en l’occurrence, les journalistes) de l’autre ?

Les RP font partie du paysage, c’est clair, mais pour moi le principal enseignement de cette étude est de chiffrer l’importance des agences de presse dans le traitement rédactionnel de la PQN britannique.

Avec un dernier point qui n’a pas fait l’objet de commentaires dans ce que j’ai pu lire sur l’étude : 3% du contenu de la presse écrite est constitué d’articles d’opinions. A méditer.

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