A propos des webreportages de Géo

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Mardi 19, je me suis prêté au jeu de l’événement blogueurs (en tant que blogueur, pas organisateur). Je voulais en faire l’expérience sur un sujet qui m’intéressait pour mieux approfondir la question du « mélange des genres » auquel sont confrontés les blogueurs qui travaillent dans la communication ET participent en tant que public à des événements pour les blogueurs qui peuvent être organisés par des concurrents.

Le sujet : les nouveaux webreportages du magazine Géo. Jean-Luc Marty, Directeur de la Rédaction de Géo (qui au passage ne se porte pas trop mal, avec une diffusion totale France 2007 de 330 000 exemplaires), a présenté le nouveau web reportage sur Johannesburg. Pas juste le film, mais le dispositif web (le site, la navigation, le format des reportages, etc.).

Ce qui est frappant dans les événements blogueurs, en particulier par rapport aux événements journalistes, c’est le côté « focus group » (ou « groupe conso »). Finalement l’essentiel de la discussion a porté sur la pertinence du site Géo et non sur le webreportage en lui-même. Toutes les personnes présentes donnaient un peu leur avis sur la façon dont le site était conçu. Une population de journalistes se serait sans doute beaucoup plus attardée sur ce que le reportage montre : les conditions de vie à Johannesburg, la délinquance, la situation immobilière, les conditions du reportage qui n’ont pas dû être simples, etc. Peut-être aurait-elle aussi davantage insisté sur le modèle économique du webreportage, les objectifs économiques, de trafic etc.

Le point qui a suscité les discussions les plus vives avec les blogueurs était celui de la durée des séquences vidéo. Géo a monté ses reportages par séquences d’environ 4mn, ce qui est finalement très court pour bien traiter des sujets comme les siens. L’internaute est zappeur, mais jusqu’où faut-il s’adapter ? La plupart des blogueurs présents arguaient que les films mériteraient d’être rallongés : parce que Géo table sur le haut de gamme avec son site assez design ; parce que le sujet le mérite ; parce que l’internaute-cible de Géo est sans doute moins zappeur que le dailymotioner moyen ; et peut-être aussi parce que les pratiques de consommation de vidéo en ligne sont en train d’évoluer.

Un focus group, c’est en principe une réunion où un annonceur rencontre (par la médiation d’un cabinet ou d’un institut d’études) des consommateurs pour les faire réagir sur son produit, sa pub, etc. Il bénéficie de conseils gratuits (enfin, sauf le coût de l’organisation du focus group) pour améliorer son produit. C’était vraiment le profil de cette réunion de mardi. Ceci dit et malgré une certaine forme d’unanimité de la population présente, les séquences du webreportage n’ont pas (encore ?) été rallongées. En tout cas, plus généralement, il ne faut pas négliger le bénéfice « focus group » dans la panoplie de ce que peut apporter une opération de relations blogueurs.

L’autre point qui m’a intéressé est celui de voir de l’investigation produite pour Internet. On a déjà dit ici qu’Internet que l’enquête devait rester la grande spécificité du journalisme professionnel. Les webreportages de Géo montrent une façon intéressante de mettre les moyens dont le journalisme professionnel peut disposer (et pas les blogueurs) pour faire de l’enquête et utiliser les possibilités du web pour varier les formats (la vidéo complète le papier) et approfondir les sujets. Internet doit pouvoir servir à approfondir les choses malgré la consommation instantanée qu’on en fait. J’espère donc que Géo va proposer plus de contenus, dans des formats plus longs, et qui rencontreront un large public.

6 réponses à “A propos des webreportages de Géo

  1. Hello François, je suis comme toi assez fan de ce format. La durée me correspond, mais je conçois que tu sois resté sur ta faim, tu es un homme qui aime aller au fond des choses🙂

    Je vois au moins 3 commentaires ou développements au web reportages Géo :
    – Ils devraient proposer un RSS Web reportages, sans ton billet je serais passée à côté
    – la possibilité de révéler une ligne éditoriale moins consensuelle, parfois le GEO papier m’ennuie…
    – des compléments ou rendez-vous dans le temps ..Je verrais bien un suivi 6mois/1 an après pour certains sujets qui ont marqué..(je sais, Delarue le fait, mais certaines recettes sont bonnes…)

    Rien à ajouter sinon effectivement la question que tu soulèves du modèle qui a priori n’a pas été abordée curieusement durant le rendez-vous bloggeurs :
    le bric à brac du site Géo, à quand une vraie déclinaison web ? leurs objectifs d’audience supplémentaire avec ces web reportages ? le coût/financement des reportages et le temps pour les produire ? le rythme de ces reportages ? Posibilité à terme de commenter, de contribuer et de rentrer dans une logique plus collaborative ?

    A+

  2. François Guillot

    Sur les objectifs, on en a parlé un peu plus en off avec Jean-Luc Marty. Les webreportages sont plutôt présentés comme un produit d’appel (« on ne gagne pas d’argent dessus »), mais il y a quand même un objectif de driver le maximum de trafic. Comme le papier ne se porte pas trop mal, je n’ai pas eu le sentiment que c’était une stratégie de « sauve qui peut » du tout, mais vraiment de la diversification et de l’image… A++

  3. Bonjour,

    Je découvre votre blog avec intérêt et notamment ce billet sur le webreportage. Travaillant moi-même dans la diffusion vidéo sur le web je partage votre opinion sur la durée un peu trop courte. Mais nous constatons qu’au delà de 5 minutes les gens « décrochent ». Par ailleurs, produire un reportage coûte cher et les sites n’ont pas les même moyens qu’une chaine de télé. Enfin, le concept de WebTV a toujours eu du mal à trouver son public (et son modèle économique) sur Internet. Les gens ne regardent pas une WebTV en dilettante comme leur télévision. La vidéo est considérée comme un contenu au même titre que le texte et les images, à savoir un complément d’information sur le web. Mais elle n’est pas un média en elle-même.

  4. Emmanuel Bruant

    Tout à fait d’accord avec vous!

  5. Bonjour,

    Ce qui m’interpelle dans tout cela, c’est le financement. Comment ça marche, ou Geo et le Monde.fr trouvent-t-ils les ressources pour leur webreportage? Il n’y a que peu de pub sur leur site…à terme comment vont-ils faire? Est-ce que ça sera payant pour l’internaute?
    Je suis troublée, car j’ai déjà une peine immense à vendre des papiers au journaux…alors un webreportage encore plus coûteux et qui plus est présenté sur un support gratuit…là franchement je ne comprends plus rien.
    Quelqu’un pourrait-il m’éclairer?

  6. Emmanuel Bruant

    @ Mélanie : je ne suis pas hélas un spécialiste de l’économie des médias. Mon hypothèse (pour le monde.fr en tout cas) est que cela reste encore à l’avant-garde, de l’expérimentation et que donc ils ne cherchent pas tant la rentabilité que de tester la faisabilité… Nous sommes dans une phase d’innovation et ces nouveaux formats font l’objet de test, tandis que le modèle classique (parce que classique, connu) n’a pas l’excuse du nouveau… il doit vendre. C’est une hypothèse…