Alimenter son blog : les contraintes de forme et de formats

Ces derniers jours, j’ai parlé de « normalisation du web ». Dans la continuité de ces billets (ici, et ) je me permets de revenir sur un sujet mille fois abordé sur Internet et dont on retrouve des réminiscences ces dernières semaines. Rendez-vous chez un Darkplanneur songeur, qui commente un billet d’Hervé Resse au titre évocateur : « Mon heure de gloire sur le web est passé ». Extrait de l’homme en noir :

Oui, on a sur-vendu la puissance d’un Blog, véritable nouvelle pierre philosophale qui permettait soit disant :

– De devenir Riche grâce à la publicité (on rigole vu le prix du « CPM 2.0 »)
– D’Influencer les Marques en toute liberté (les agences de Buzz Marketing ont magnifiquement castré les quelques Blogueurs révolutionnaires, à coup de pass à Eurodisney et autres produits cosmétiques et même pas de « Crème de la Mer »)
– De Devenir une Star de la TV (les rares Comiques de la Blogosphère, se sont transformés en VRP Californien…dans les bas fonds du San Francisco 2.0)
– De Devenir un Artiste reconnu ( ils visaient les ventes londoniennes de Sotheby’s, les expositions people au Palais de Tokyo; mais n’ont jamais dépassé la sinistrée catégorie « Art et Antiquité » d’Ebay.fr)
Oui, on se pose nombre de questions, quant à l’avenir des blogs (comme le soulignait dans son JDD Emery, un seul de mes étudiants en troisième cycle marketing et internet a un blog…), alors que faire ?

(pour vous remonter le moral avec Eric, passez lire la suite par là)

Que retenir de cette désillusion passagère, chaleureusement saluée d’un t’es naze par un Loïc Le Meur en pleine forme (il est dans l’ère du temps sarkozyste à vrai dire;-).

Ouvrir un blog est à la portée de tous. L’alimenter régulièrement et dans la durée se révèle un exercice bien plus délicat. Car comme n’importe quel coureur de fond, nous avons nos hauts et nos bas, nos crampes et nos accélérations.

Or, précisément, la rationalisation et l’organisation des médias traditionnels répond à cette faiblesse : tout est fait pour que le public ne ressente pas ces hauts et ces bas. C’est le principe même de la standardisation. Le JT est là tous les jours à la même heure. De même pour les journaux du matin ou les flash radio.

Ainsi, la « normalisation du web » est à inscrire dans ce contexte de fatigue, d’épuisement : soit on décide d’arrêter, de lever le pied (au risque de devenir invisible sur la toile), soit on écrit sur autre chose, soit encore on met en place des routines, des habitudes, des repères. Le cas de Dark Planneur est un cas d’école, puisqu’il s’appuie sur le système classique du « rubriquage » propre aux médias traditionnels (des « semaines thématiques », des rubriques bien arrêtées plus que des tags).

Il s’installe aussi des codes d’écriture (un bon exemple de formalisation d’un blog est celui de sixtysecondview : la lecture du billet n’est pas censée dépasser 60 secondes) ou des modes d’organisation (chez i&o ou chez PR2Peer on écrit à deux – l’un pouvant remplacer les carences de l’autre…), etc.

Bref, la normalisation du web passe aussi par un phénomène souvent passé sous silence, celui de la difficulté à alimenter en contenu la forme que l’on a mise en place et mis à la disposition d’un public (ici on parle des blogs, mais c’est le même problème pour une radio associative, un journal lycéen ou un « grand » média).

Pour une version classique de l’analyse du formatage dans les médias traditionnels je vous recommande ce récent entretien avec Cyril Lemieux sur Mediapart. Rien de neuf sous le soleil mais il est bon de se le rappeler.

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7 réponses à “Alimenter son blog : les contraintes de forme et de formats

  1. François Guillot

    Heu, rien à voir mais suis-je le seul à m’étonne que Loïc Le Meur et Vinvin s’emportent respectivement sur leurs blogs autour de ce billet de DarkPlanneur, eux dont on attend encore une réaction dans l’affaire Rachel Bekerman ?

  2. Pingback: Quel avenir pour les blogs ? (1ère partie) at Half-Day

  3. Pingback: Quel avenir pour les blogs ? (3è partie) : la montée des blogs collaboratifs at Half-Day

  4. Emmanuel Bruant

    Effectivement François tu as l’air d’être le seul à t’en étonner. Le blogeoisie fonctionne comme la bourgeoisie de province mainte fois décrite par les sociologues et certains artistes. Il y a toujours des choses à taire ou à ne pas faire remarquer en tout cas on ferme les yeux (principe de solidarité).

  5. Très intéressant toute cette reflexion sur ce média 2.0.
    Faut croire que le Kellouzaz blog n’a aucune chance d’être bcp lu. je n’utilise aucune recette du genre « faites monter le blanc en neige et l’incorporer au sucre… » pour rendre tout ça plus onctueux et digeste…

    Par exemple : http://kellouza.wordpress.com/2008/01/29/amande-amere-et-doux-baton-lego-blog/

    K

  6. Emmanuel Bruant

    A vrai dire que vaut-il mieux ? Être lu pour de mauvaises raisons ou trouver son public même s’il est très très limité ?

  7. La réponse semble évidement se trouver dans la question posée.
    J’ai fait le test, il y a quelques semaines d’un titre trompeur et aguicheur pour un post pas du tout « pipol ». Les stats ont flambé, mais sans que personne ne laisse de commentaire. Ceux qui sont passé par là ont perdu le temps d’un clic sans rien gagner en échange !

    Bonne continuation 😉

    KLZ