Le Medef, l’UIMM et les blogueurs

Dans les relations publiques, on est tous amené à répondre à la question qui tue : « ça sert à quoi ce que vous faites ? ». Parmi les (bonnes) réponses possibles, j’insiste souvent sur un point : tisser des liens c’est aussi faire de la prévention de crise. Le jour où on a un problème, il vaut mieux que les commentateurs nous connaissent plutôt qu’ils n’aient jamais entendu parler de nous.

Illustration dans l’actualité avec Versac qui note sur les Echos.fr qu’entre le Medef et l’UIMM, c’est le Medef qui recueille les opinions favorables des blogueurs y compris à gauche. Gilles Klein se souvient avec raison que le Medef a multiplié les initiatives à destination de la blogosphère, alors que l’UIMM est au choix invisible ou opaque… Ceci expliquant cela ?

Comme le remarque Versac (sur son blog cette fois), l’affaire de l’UIMM est commentée bien au-delà du cercle de blogueurs avec qui le Medef a tisssé des liens : il ne faudrait donc pas en conclure que les seules RP du Medef lui garantissent « l’advocacy » des « leaders d’opinion » de la blogosphère. C’est loin d’être juste une question de communication, c’est aussi une question d’attitude et de fond : on préfère celui qui est engagé dans une démarche d’ouverture que celui qui est replié sur lui-même.

Mais les relations tissées depuis plus ou moins deux ans par le Medef avec des blogueurs apportent une pierre à cet édifice : on entend plus facilement l’argument de celui qu’on connaît que de celui qu’on ne connaît pas. La communication ne fait pas tout, elle traduit une attitude d’ouverture. Si on a de quoi justifier une attitude d’ouverture, on a beaucoup de cartes en mains. Si on n’a pas de quoi la justifier, mieux vaut éviter de communiquer pour communiquer. Il s’agit bel et bien de jouer le jeu.

11 réponses à “Le Medef, l’UIMM et les blogueurs

  1. Emmanuel Bruant

    Je pense qu’en prenant ce prisme de professionnel (comme le font Versac et Gilles Klein), vous loupez l’essentiel. Plaquer les grilles habituelles (ouverture versus repli) pour analyser ce qui se passe entre le MEDEF et l’IUMM c’est bon pour la profession mais cela ne permet pas de voir l’essentiel : le processus de moralisation de la vie publique. Le moteur de la conversation off et on line est bien là : indignation morale de la part des citoyens. La question d’opinion est là et « ouverture ou repli » ne joue qu’à la marge.

  2. « le processus de moralisation de la vie publique ». Je crois que c’est à peu près ce que je disais dans mon papier des Echos : le terrain moral emporte l’adhésion d’une population très vaste, au delà des cercles naturels du MEDEF.

    Ceci-dit, l’ouverture vs repli joue largement. Le Medef s’est profondément ouvert, a montré des gages de bonne foi et de modernité, a dévoilé ses coulisses. Si bien que la criise de l’UIMM ne s’étend plus au MEDEF, là où, il y a quelques années, on aurait sans doute vite fait l’amalgame… Au contraire, cette crise glorifie le MEDEF comme vertueux et incarnant la voie de la modernité. C’est assez sublime…

  3. François Guillot

    Emmanuel, je ne pense pas dire le contraire. C’est écrit : « il ne faudrait donc pas en conclure que les seules RP du Medef lui garantissent “l’advocacy” des “leaders d’opinion” de la blogosphère ».
    La question d’opinion se joue essentiellement autour de la question de la moralisation. Le professionnel de communication remarque que les bonnes relations tissées avec les publics enfoncent le clou du Medef.
    Ce billet n’a pas pour vocation de décrire le problème d’opinion dans sa globalité mais de rebondir sur le quotidien du consultant et d’illustrer une réponse possible à une question à laquelle nous sommes confrontés dans la pratique professionnelle : « à quoi ça sert de parler aux gens ? »

  4. Emmanuel Bruant

    OK, ok… nous avons tous, de part et d’autres, nos déformations professionnelles;-)

  5. Vous parlez tous trois de « processus de moralisation »…

    Quelles valeurs morales y voyez-vous émerger ? Ce ne sont peut-être pas les mêmes pour chacun d’entre vous ?

    Je songe à la morale de la fable des abeilles…qui n’est pas très morale…

  6. Plutôt que de morale, en effet, on pourrait parler plutôt d’abandon de pratiques primaires, (pur ne pas dire grossières au sen maladroit du terme) dignes de la mafia, devenues trop voyantes, vu le montant énorme des sommes évoquées. Pratiques qui ne sont remises en cause que parce qu’elles ont été dévoilées par une enquête de police.

  7. « Mention spéciale aux Echos qui dans ce papier réussissent l’exploit de proposer un lien externe… en note de bas de page, en copiant-collant une URL non cliquable que l’internaute devra à son tour copier-coller dans sa barre de navigation »

    Sinon l’internaute éclairé peut utiliser firefox et une extension qui évite cette manipulation : http://extensions.geckozone.org/Linkification

  8. Je ne sais pas si c’est absolument lié mais parmi les clés de communication et de gestion intégrée et globale des attentes sociétales des entreprises, un auteur, Heath, pointaient celles-ci :  » integrating public opinion/policy issues in corporate strategic planning ;
    monitoring internal and external standards of corporate social performance to discover opinions and values stakeholers hold that can affect how the corporation may and should operate; developing and implementing codes of corporate ethics; assisting senior management decision making,particularity in readjusting corporate goals and operating policies to maximize and minimize losses vis-à-vis public interest critics; forecasting, identifying, analysing, monitoring and prioritizing issues to assess their likely operationnal, economic and political signifiance to the organization; creating multidimensional proactive and reactive response plans from among the available issue change strategies, communicating on issues important to various key publics to shape internal and external opinion, motivate grass-roats involvement and stall, mitigate or promote development of legislation and regulation.  »
    (Heath R.L et allii, Strategic issues management, Jossey-Bass Publishers, 1988.)
    C’est peut-être un peu hors sujet mais ce que je trouve bien c’est cette dualité stratégique qui doit à la fois conférer une légitimité sociale et donner plus de latitude au manoeuvres écomiques. Ces recommandations supposent, j’ai l’impression, que l’entreprise est capable de moduler le changement social. Je me demande s’il ne faudrait pas considérer maintenant peut-être que puisque l’opinion se constitue juge et partie( processus de moralisation), les relations publiques sont devenues plus déterminantes ? Qu’une gestion intégrée est difficile si les attentes sociétales sont mouvantes ? Et que de nouveaux acteurs participent à la modulation de ces attentes sociétales, d’où l’intérêt du Medef pour les valeurs que véhicule la blogosphère ?

  9. je cite François :

    « Parmi les (bonnes) réponses possibles, j’insiste souvent sur un point : tisser des liens c’est aussi faire de la prévention de crise. Le jour où on a un problème, il vaut mieux que les commentateurs nous connaissent plutôt qu’ils n’aient jamais entendu parler de nous. »

    On pourrait théoriser tout ça – pour le nuancer – en disant que les bonnes dispositions des bloggueurs « sensibilisés » sont inversement proportionnelles à la taille du problème rencontré.

    Si on apprend que Laurence Parisot « savait » – ce qu’on avait déjà déduit de sa réponse sur le « secret de famille honteux » (http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20080301071243AA2aO5B) – et qui semble se préciser (cf http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/10/arnaud-leenhardt-j-ai-le-sentiment-d-assister-au-bal-des-hypocrites_1020811_3234.html#ens_id=1011057), le petit capital de sympathie risque de se transformer en amour trahi, et les plus mesurés d’aujourd’hui pourraient bien devenir les plus virulents Fouquier-Tinville de la pasionaria du capitalisme moralisé.

    Dans ce sens, même si l’UIMM avait entretenu des relations pré-mortem avec des blogueurs, la révélation d’une affaire d’une telle ampleur n’aurait probablement pas permis à ces blogueurs d’esquisser un petit mot de défense.

    Quant au dernier paragraphe, je doute que l’intérêt du Medef pour les blogueurs soit basé sur les valeurs de discussion, médiation, modulation qu’on retrouve souvent chez certains d’entre eux.

    Cela serait faire injure à l’agence de communication du Medef !😉

  10. Emmanuel Bruant

    C’est ce que j’avais essayé de dire assez maladroitement. Au vu du sujet et de sa puissance médiatique et d’opinion, avoir tissé ou pas des relations avec des blogueurs n’a pas grande importance.

  11. François Guillot

    Sam : oui à la proportionnalité inversée. De + je pense qu’on dit tous que communiquer n’est pas tout. Si c’est pour communiquer pour mentir ou s’inventer une éthique qui n’est pas la sienne, on ne fera que créer ou aggraver les problèmes.

    Parmi les autres choses que je dis beaucoup à mes clients😉, communiquer, c’est faire savoir, pas faire croire.