Print press not dead

L’info a été largement publiée dans la presse hier mais relativement peu commentée sur Internet jusqu’à présent (peut-être que ça n’arrange pas tout le monde dans la blogosphère) : l’étude Audipresse 2007, qui mesure l’audience de la presse écrite, montre un regain de forme général de la presse écrite en 2007. Contre tous les discours ambiants (y compris celui qu’on vous tient ici).

Vous pouvez télécharger l’étude AEPM (presse magazine) ici et l’étude EPIQ (presse quotidienne) là.

Vous y verrez que l’audience de tous les quotidiens progresse, sauf la Croix et l’Equipe. Libé réalise la plus belle progression (+10%) ; le premier support quotidien national est 20 minutes qui réunit une audience de 2.5 millions d’individus. L’Equipe, Le Monde, Le Parisien – Aujourd’hui, Métro et 20 Minutes dépassent des audiences de 2 millions d’individus.

Côté presse magazine également, une majorité de support voit son audience se développer. Quelques exemples de belles progressions : Challenges (+10%), Marianne (+16%), Public (+11%), Cosmopolitan (+15%), Lire (+14%), Management (+20%), Studio (+16%)… Les chiffres côté news magazines (+6.5%) et presse business (+5.6%) sont bons.

Ce regain de forme (au global, +1.9% pour les quotidiens et +1.2% pour les magazines) s’inscrit clairement à l’encontre de la tendance observée depuis l’année 2000, meilleure année pour la presse écrite. L’étude Audipresse indique que ces chiffres sont du jamais vu au cours des 10 dernières années. Pour mémoire voici l’évolution de la diffusion de la presse grand public telle que mesurée par l’OJD :

OJD grand public

[L’étude Audipresse mesure l’audience (lecteurs), l’OJD mesure la diffusion (ventes et distribution gratuite)]

Mais pourquoi donc et comment est-ce possible alors que l’on vous rebat les oreilles avec les bouleversements dans le paysage des médias, le déplacement de la consommation des médias vers Internet et tout ça ?

Dans ce qui est paru à ce sujet depuis hier, il est difficile de trouver des commentaires très éclairés sur la question. Il y a évidemment le regain d’intérêt lié à la Présidentielle qui fait de 2007 une année par définition exceptionnelle ; mais cela n’explique pas des progressions que l’on observe dans certains catégories de presse qui sont complètement en dehors de l’actu politique. Et cela n’explique que partiellement la progression de l’audience qui a aussi été observée au deuxième semestre 2007…

Certains y voient un résultat de bonnes stratégies éditoriales des médias où Internet vient non pas cannibaliser le média écrit mais développer son intérêt pour lui. Le Figaro écrit : « contrairement aux idées reçues, Internet ne pénalise pas le papier. les « accros du web sont les plus gros lecteurs de magazines. Ceux qui se connectent tous les jours en lisent (…) 16% de plus que la moyenne ».

Voilà qui ouvre un nouveau débat : phénomène conjoncurel ou structurel ? Simple palier dans une tendance de baisse irrémédiable des médias papier ? Ou au contraire début du rebond ? Internet média cannibale ou levier d’intérêt pour l’information en général ?

On ne va certainement pas solutionner la question ici. D’un côté, je suis persuadé que la consommation de presse écrite ne descendra pas en dessous d’un certain palier, et nous avons « prédit » ici que l’on verrait un retour en grâce du journalisme tôt ou tard.

Mais je serais pour ma part assez prudent avec l’idée qu’Internet vient renforcer l’intérêt pour l’info et donc pour la presse écrite, simplement car notre temps à tous dans une journée est compté. Si l’on consomme à la fois plus d’Internet et plus de presse écrite, cela signifie qu’on fait moins d’autres choses.

Vous me direz qu’on passe moins de temps devant la télévision et que l’on fait, de plus en plus, plusieurs choses à la fois. Peut-être. Mais j’ai globalement l’intuition que la somme du temps passé sur Internet et à lire la presse écrite n’est pas extensible. La part conjoncturelle des chiffres observés par Audipresse mérite donc d’être bien étudiée.

On attend donc avec impatience la publication du bilan OJD 2007. Et y voir clair dans chaque famille de presse. Un rapide aperçu des tendances de diffusion sur le site de l’OJD me fait dire que la tendance annoncée par Audipresse devrait être globalement confirmée : je vois beaucoup de chiffres de diffusion 2007 en progression. Mais pour avoir confirmation de cela il faut attendre que l’OJD publie son observatoire de la presse 2008 (seul le 2007 est disponible, avec les chiffres de 2006), qui compile toutes ces données.

Quelques observations en vrac :

– Cette étude s’inscrit aussi dans le contexte d’une confiance dans les médias plutôt stable.

– D’après TNS Media Intelligence la publicité suit à peu près au même rythme (+2.3% pour la presse écrite en 2007)

– Le média traditionnel reste le média de masse : on n’en doutait pas et on voit avec l’étude les données de pénétration quotidienne de la presse écrite (46%) et de la presse magazine (59%).

– on parlait de nomadisme lors du débat chez Six35 sur l’avenir des médias. Le tableau ci-dessous, également issu de l’étude Audipresse (EPIQ), montre l’usage très nomade de la presse gratuite. Ceci expliquant sa bonne forme (+6.6% d’audience) ?

lieux de lecture

– Le problème de la situation économique des rédactions reste entier

– Enfin parmi les enseignements de l’étude, la comparaison de l’audience et de la diffusion permet d’observer les taux de circulation de chaque support (par combien de personnes différentes un exemplaire d’un journal est lu). Une rapide saisie dans Excel des données actuellement disponibles montre que les taux de circulation des gratuits sont de 3 à 3.5 ; ceux des Echos et de la Tribune sont à environ 4.5 ; et alors que le Monde est à 5.7, le Figaro est à seulement 3.5. Ce qui explique que, alors que le Figaro dépasse le Monde en diffusion, le Monde réalise près du double de l’audience du Figaro (2 millions vs. 1.2 million).

11 réponses à “Print press not dead

  1. Je m’occupe de la diffusion de magazines de presse ado. Je pense que les bons chiffres de l’année 2007 doivent tout de même être très largement nuancés. En ce qui nous concerne notre diffusion est stable (i.e. j’ai bien travaillé) avec même quelques parutions très au delà de nos espérances, mais l’année 2008 a fort mal commencé.
    Il faut donc nuancer la progression de la presse selon les segments de marché : il y a ceux qui on profité de « l’effet sarko » (PQN, PQR, News, titres politiques…) et ceux qui sont quoi qu’il en soit en progression depuis plusieurs années (la presse people notamment). Pour les autres, la sitation est nettement moins rose.
    De la même manière, l’effet d’une bonne articulation (si difficile soit elle à trouver) web/papier est également à nuancer selon les segments de marché : a mon avis indispensable pour la presse liée à l’actualité, nettement mois « évidente » pour la presse de niche.
    Quant à la notion de nomadisme, c’est en effet, à mon sens, un point crucial à exploiter pour l’avenir.
    Je pense (avec beaucoup d’autres visiblement), que le papier n’est pas mort mais que nous devons d’abord penser nos titres de presse en tant que marque.

  2. Comme vous dites, « Le problème de la situation économique des rédactions reste entier »😉

    La menace sur la presse papier n’est pas tant celle de la fuite générale de l’audience et de la pub vers internet, c’est juste le risque d’atteindre le point critique où il ne reste plus assez d’audience et de pub pour assurer l’équilibre économique.

    Ce point critique n’est sûrement pas encore atteint, et il n’est probablement pas le même pour toutes les publications. Mais la situation économique des quotidiens généralistes est tellement précaire, qu’ils semblent ne pas être très loin de ce point de rupture… Comment résisteraient-ils en cas de grave récession publicitaire, comme au début des années 2000 ?

    Et comme le point d’équilibre semble encore loin sur internet pour les producteurs d’information (puisque l’essentiel de la recette publicitaire est captée par d’autres), c’est tout le secteur de l’info (en ligne et hors ligne) qui tremble…

    On en vient même à se demander s’il y a réellement un avenir sur internet pour les rédactions et les « marques de presse » dans le sens traditionnel, face aux moteurs de recherche et aux agrégateurs automatisés…

  3. François Guillot

    Renaud : merci de ton témoignage, je ne sais pas si c’est suffisamment clair dans mon billet mais je suis d’accord avec toi point par point.

    Ce que j’ai aperçu en cliquant sur les données OJD non consolidées porte sur des familles relativement peu spécialisées (presse quot en progression c’est sûr, news aussi, presse éco aussi, constats plus mitigés sur presse Tv et féminine, je n’ai pas tout regardé et pas pris ma calculette donc ça ne peut être qu’un sentiment global).

    Narvic : je comprends bien que la question économique est cruciale mais depuis le temps qu’on dit ça est-ce qu’on n’aurait pas dû voir disparaître plus de titres ? Est-ce que ce n’est finalement pas le destin de la presse française d’être sous perf ?

    Sinon j’ai beaucoup aimé ta contribution sur Brad Pitt Deuchfalh🙂

  4. robin coulet

    Dans un style magnifique et en 5 minutes top chrono, Christophe Barbier donne sa vision de la presse en 2028.
    En s’appuyant sur l’expérience de son record avec Carla Bruni, il garantit une presse bien vivante, qui se concentre sur la qualité de son offre, la force de sa marque et la distribution multi canaux de ses contenus
    A voir … http://www.dailymotion.com/video/x4hko0_subsisteratil-en-2028-un-titre-de-p_politics

  5. François Guillot

    Merci pour le lien : flamboyant en effet, le grand show. J’aime bien l’angle choisi par l’intervenant suivant aussi.

  6. 5 jours après le dernier commentaire, je ne prétends pas relancer la conversation mais proposer un lien intéressant autour du même sujet (une étude assez complète, et positive, de l’institut Pew Research sur les médias aux Etats-Unis).
    http://www.stateofthenewsmedia.org/2008/

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  8. Bonsoir,

    Etant donné l’intérêt de l’article et ma profession, me permettez-vous de citer votre article sur mon blog, afin d’en diffuser la rélfexion ?

    Cordialement,

    Absolu.

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