Mediapart et « le détail qui tue » : la rédaction linke un communiqué de presse comme source d’info pour l’internaute

image-md.pngJe dois dire, à titre d’internaute, que je suis assez soufflé par l’interface de Mediapart et surtout, surtout, par sa première page. A la gauche de la une on trouve la conférence, une sorte de résumé de l’actualité, actualisé trois fois par jour.

Juste en dessous nous avons droit à une revue de web (cf. ma capture d’écran sur votre gauche) qui offre à l’internaute une sélection de liens hypertextes conseillés par le site pour creuser l’actualité. On y trouve quasiment que des liens vers des médias en ligne (rue 89,, le figaro.fr, le New Yorker…) Caché dans cette petite liste on trouve un intrus… PSA

Oui, oui, Mediapart vous propose d’aller lire le communiqué de presse de PSA qui annonce les résultats du rapport du cabinet spécialisé qui a mesuré le stress de ses équipes.

Le communiqué de presse est, comme son nom l’indique, à l’attention première des journalistes. Et l’on voit bien ici comment il peut être amené à jouer un rôle quelque peu différent lorsqu’il est linké directement par des journalistes comme une source d’information parmi d’autres. Potentiellement, le communiqué de presse ne s’adresse plus à un seul public mais se révéle un support d’attention pour un public plus large.

Nous avons vu naître l’usage, désormais quotidien et massif, des dépêches d’agence pour alimenter en continu les sites, verrait-on (ceci dans une moindre mesure, un CP ne sera jamais une dépêche d’agence) un nouvel usage journalistique du communiqué de presse ? Une info qui comble le site de son besoin d’actualité en attendant le travail plus approfondi d’un journaliste de la rédaction ? Les apôtres de l’entrepise media et de la désintermédiation vont se régaler…

PS : pour rappel sur le communiqué de presse 2.0, ce billet de François G.

5 réponses à “Mediapart et « le détail qui tue » : la rédaction linke un communiqué de presse comme source d’info pour l’internaute

  1. Vous n’avez pas tort. Il nous avait semblé utile de signaler cette étude, plutôt pas favorable à PSA.

    Dans la logique de la revue du Web, il s’agit en effet de donner, certes, une sélection d’articles intéressants, où l’information est «digérée» pour le lecteur par le journaliste, mais aussi de fournir de la matière brute, des rapports, des études, sans commentaire pour permettre au lecteur d’avoir accès aux mêmes sources que le journaliste.

    L’idéal aurait été de trouver l’étude elle-même mise en ligne. Le communiqué a semblé être un pis aller. Pas très heureux, à coup sûr. Notez quand même que nombre d’«études» autoproclamés sont en fait de longs pladoyers argumentés. Le communiqué aurait sans doute semblé moins choquant s’il avait émané d’une ONG plutôt que d’une entreprise.

    Pas de «désintermédiation» pour autant: chaque document fait l’objet d’un choix et est commenté (en infobulle, ce que la capture d’écran ne montre pas). En l’occurence, le texte dit: «Le constructeur automobile publie les résultats d’un audit réalisé sur les sites de Mulhouse, Sochaux et Vélizy, après les suicides de 2007. Il montre que les ouvriers (22,6% d’hyperstressés) et les femmes (27,80%) sont les populations les plus touchées par le stress, contre 15,4% pour les cadres.»

  2. Emmanuel Bruant

    @Vincent : merci de vos précisions. effectivement « désintermédiation » est de trop dans mon billet puisqu’il y a bien un travail de sélection de votre part.
    Et je ne trouve cela pas particulièrement choquant – d’autant plus qu’à cette heure là je n’ai pas vu de papier dans la prese en ligne. Les radios en ont fait des papiers les matin mais rien vu dans Libe.fr ou Lemonde.fr. C’est un choix très intéressant et qui se justifie dans la perspective de cette revue de web (c’est surtout quelque chose que je n’avais pas vu ailleurs jusqu’ici). J’essayais juste de décrire et d’analyser la portée de ce « petit détail » tout simplement. Bravo et longue vie à votre journal!

  3. François Guillot

    Ce que ça peut vouloir dire, c’est que si un communiqué est rédigé de façon digeste, intelligible et évite de tomber dans l’autocélébration, il peut vivre au-delà du cercle de journalistes auquel il est destiné. Pour les entreprises qui veulent toujours maîtriser la communication, ça peut vouloir dire qu’on maîtrise finalement mieux en lâchant du leste…

  4. @Emmanuel:
    Nous aurions bien aimé avoir eu un scoop, mais Le Monde l’a traité (http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/18/chez-psa-le-stress-represente-pour-un-salarie-sur-cinq-un-risque-pour-sa-sante_1024371_3234.html)

    La remarque était néanmoins intéressante en ce qu’elle pose la question du simple linking comme mode de traitement. Faut-il décrypter systématiquement ou non?
    Matt Drudge empile les liens sans commentaire mais en éditorialisant le titre. Ca peut être une voie.
    La coexistence de liens qui se répondent peut être aussi signifiant.
    L’idéal serait quand même de signaler le document dans un premier temps (lien direct), puis de le décrypter, puis de permettre le débat sur le sujet. Voire, in fine, de rassembler l’ensemble des documents, informations et commentaires en une synthèse.
    Gros travail.

    PS. Merci de vos encouragements…

    @François: Ce que vous envisagez n’est pas forcément utopique. Dans «Révolte consommé» (Naïve, 2006), Joseph Heath et Andrew Potter montrent que la communication a toujours su assimiler la critique et la subversion pour les tourner à son avantage.

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