On/off line : le grand écart d’une « e-maman » infanticide

Prendre un fait-divers pour un pense-bête n’est pas de très bon goût. Mais l’exemple est suffisamment marquant et frappant pour interpeler : un leader d’opinion en ligne n’est pas forcément un leader d’opinion dans sa vie quotidienne. L’homologie entre on et off line est à prendre avec précaution. Le grand écart peut être même de mise comme le révèle l’histoire de cette mère racontée par Mourad Guichard dans Libération : « Sophie, mère infanticide dans la vie, mère modèle sur Internet ».

Extraits :

Quand elle quitte le foyer maternel, quelques mois après la naissance de Julien, Sophie s’équipe de matériel informatique. Elle découvre sur le site web Doctissimo, un forum de discussion pour futures mamans. Elle tchatte avec les Loirettes, un groupe de filles, et devient la référente de ce forum. Celle qui a déjà une expérience, qui possède les codes pour comprendre les tout-petits. Disponible, reconnue, Sophie devient incontournable. Elle passe des heures devant son écran. La nuit, essentiellement. Pendant ce temps, Julien est alité. Il parle peu, ne se plaint pas. Sophie le soupçonne d’autisme. Aucun médecin ne confirme ce diagnostic.

(…) Après avoir sous-alimenté Julien au point de provoquer sa mort, Sophie reprend ses tchats sur le Net. Elle retrouve ses copines sur le forum, comme si de rien n’était, et poste des commentaires, des photos, des films. Pendant près d’un mois, Julien mort et enterré, elle se trouve une nouvelle vie. Virtuelle celle-ci.

Ce cas est indéniablement pathologique. Il ne faudrait pas pour autant en conclure qu’il est l’exception qui confirme la règle. Cette histoire extrême nous montre à quel point la virtualité d’Internet peut cacher des réalités individuelles et sociales bien différentes.

Certains d’entre vous connaissent ou se souviennent peut-être de Peter Harris. Cet homme de 56 ans est un membres d’Amazon parmi les plus influents. Mais son profil social le classe parmi les désafilliés : chômeur et vit de manière assez recluse. Et pour couronner le tout, selon le Telegraph, il n’aurait même pas de connexion internet chez lui (il va à la bibliothèque pour mettre en ligne ses critiques).

Alors même que la notion d' »influenceurs » en ligne est abondamment discutée jusqu’à en devenir un marronnier, il faut être encore plus prudent sur l’influence de ces influenceurs on line dans leur vie quotidienne.

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3 réponses à “On/off line : le grand écart d’une « e-maman » infanticide

  1. Une chose me frappe depuis longtemps : « l’influence » vient souvent de la disponibilité de temps ; ou tout au moins de la disponibilité que s’accorde celui ou celle qui blogue ou publie des avis. D’où peut-être chez certains ce hiatus entre vie privée et vie online : « plus j’ai de temps, plus je me baigne et m’immerge dans le grand bain du web et je me crée un autre moi-même, des écailles (dits widgets) me poussent sur le dos… » De là peut-être aussi l’éclosion d’un talent éditorial spécifique web chez ces personnes ; outre le fait aussi de publier sur un terrain favorable (contenus de niche par exemple) qui « entend », « reçoit » la personne.
    Occupation du quotidien (facteur temps) ; expression créative (facteur éditorial) ; reconnaissance par les autres (facteur psychologique) ; tout à coup le off-line devient d’une banalité proprement effroyable que la personne peut être encline à nier…

  2. Emmanuel Bruant

    Je suis assez en phase avec toi. D’ailleurs – question – ne pourrait-on pas parler du « syndrome Tony Manero » : petit boulot le jour; grand danseur du samedi soir ?

  3. Bon avec tes références moi je ne suis pas moi 😉 Il a fallu que je wikipédise pour savoir qui est Tony Manero, honte à moi :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Tony_Manero
    Peut-être en effet serait-il devenu « le blogueur de tous les soirs » à notre époque !