Mass violence, un nouveau site tout en douceur

Le paysage intellectuel français est en train de se transformer en raison de l’appropriation par certains chercheurs des outils du net. La vie des idées, jusqu’ici think tank éditeur au seuil et d’une revue papier a organisé son passage on line. Nonfiction.fr a adopté un modèle assez proche où l’actualisation quotidienne du site est nourrie à partir de notes critiques des récentes parutions.

A ces modèles d’animation de la vie universitaire et intellectuelle, on peut désormais ajouter une nouvelle initiative internationale pilotée par des Français : www.massviolence.org (dans un autre style et sur un sujet différent on peut aussi citer criminocorpus).

Mass violence est à prendre comme un « site encyclopédique » sur les violences de masse et ceci sur l’ensemble du globe et de notre histoire. Nous sommes très loin de Wikipédia. Le site reprend en effet les normes et les modes de validation de la connaissance propre au milieu universitaire.

Une nouvelle preuve qu’il ne faut pas penser Internet toutes choses égales par ailleurs. Mass violence est un bon exemple d’initiatives au cœur du monde « classique » universitaire qui peuvent trouver refuge et audience sur Internet. Il montre qu’entre le succès de Wikipedia et le relatif anonymat des revues universitaires, il existe d’autres modalités de stabilisation et de diffusion du savoir. Faut-il rappeler que l’idée de travail collaboratif n’est pas née avec Wikipédia (il trouve une nouvelle dimension, mais les chercheurs n’ont pas attendu cela pour travailler ensemble) ?

Ainsi, voir dans Wikipédia ou ses avatars wiki la clé de voûte du paysage intellectuel à venir me semble être très aventureux (c’est la thèse conclusive d’un récent article de Philippe Lacour pour… La vie des idées justement) . Voir l’intellectuel comme un DJ relève du slogan assez creux si l’on ne prête aucune attention à des enjeux bien plus importants : les conditions même de production de la recherche et du savoir (dont les dernières réformes du gouvernement questionnent le monde de la recherche, c’est le moins que l’on puisse dire).

Quoi qu’il en soit, massviolence.org démontre une nouvelle fois qu’Internet peut acceuillir des informations fiables, validées et stabilisées sur le modèle universitaire classique. Et encore une fois, il ne faut pas oublier que nous vivons dans une période de « destruction créatrice », très instable et où des acteurs traditionnels mettent toujours du temps à se déplacer.

[edit du 23 mai 2008 : le point de Christian Delange sur son blog]

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