Le net comme source d’enquête

Il y quelques semaines, Alain Joannès relevait à juste titre, dans un billet très instructif, les propos de Marie-Monique Robin sur l’usage d’Internet dans le travail d’investigation sur certains sujets comme les OGM :

C’est la première fois que je construis toute une enquête sur la seule base d’internet », déclare-t-elle à Télérama, ‘ »j’y ai consacré des journées et des nuits,hallucinée de voir à quel point toutes les informations sont là, à commencer par une masse de documents déclassifiés mis en ligne à l’issue des procès engagés contre Monsanto. »Au supplément « Radio-Télévision » du « Monde, elle ajoute: « J’ai téléchargé et analysé 2 gigas de documents écrits. »

Dans ce cas, la consultation d’Internet permet au journaliste d’être quasiment extra-lucide. Il gagne en omniscience. Simplement de son bureau il peut parcourir le monde à la recherche d’informations plus ou moins disséminées. C’est exactement le même constat qu’a fait Christian Salmon dans son livre Storytelling:

« nous bénéficions aujourd’hui, grâce à Internet, d’une information abondante, inaccessible dix ans plus tôt » (…) C’est d’abord grâce au Web que j’ai pu conduire mon enquête, en appliquant un regard critique à l’incroyable diversité de ses ressources documentaires » (p. 17 du livre)

La différence entre ces deux enquêtes réside dans la puissante articulation entre médias traditionnels et en ligne proposée par Marie-Monique Robin. Car, comme le remarque Alain Joannès toujours dans ce même billet : « le web confère au sujet une profondeur que même le livre ne peut lui apporter ». La question de la transparence ne joue pas uniquement sur des enjeux de court terme (affaires, crises, révélations, etc.), mais Internet, la nouvelle mémoire du monde, permet un travail d’investigation renouvellé pour les journalistes ou les essayistes.

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5 réponses à “Le net comme source d’enquête

  1. Depuis 2000 de nombreux magazines (à commencer par la presse informatique) écrivent leurs enquêtes et leurs articles avec Internet pour unique source (le haut débit étant installé dans les sociétés de presse bien avant les particuliers). Cela permet de gagner du temps et de l’argent puisque les journalistes restent au bureau (parfois à tort). Internet a aussi vampirisé le marché des photographes de presse qui ont de plus en plus de mal à vendre leurs clichés quand des agences en ligne vendent l’image à 1 euro.
    Pour moi le problème vient de la valeur des informations pêchées par les journalistes sur le net. Même Wikipédia n’est pas infaillible et les journalistes du net ne prennent pas toujours le temps de vérifier leurs sources. Tout comme les internautes qui n’hésitent pas à relayer la moindre rumeur sur le web. Internet est devenu un lieu gigantesque de surinformation où Google fait et défait les réputations. C’est lui qui oriente l’internaute, or les sites et blogs les plus lus ne sont pas forcément les meilleurs.

  2. J’aime bien l’idée, « la mémoire du monde », ça fait échos au projet de sauvegarde de l’Unesco et aussi à « la prose du monde » de Merleau Ponty. La profondeur d’internet, c’est un peu comme une infinité de plis, une infinité de notes de bas de page.
    C’est vrai qu’infini ne signifie pas infaillible, n’empêche…sur des phénomènes en instance de légitimation, la sauvegarde des discours importe, je crois, au moins symboliquement.

  3. CRESS > je dirais même que Wikipedia EN PARTICULIER n’est pas infaillible. L’étude de Nature qui a fait sa réputation (comme quoi Wikipedia est plus fiable que Britannica) est très contestable (plus que très contestée, d’ailleurs : j’ai entendu Alain Bensoussan y faire référence lors des conférences AdTech la semaine dernière) ; voir ici.

  4. CRESS : Pourquoi dites-vous « les journalistes du net ne prennent pas toujours le temps de vérifier leurs sources » ? Croyez-vous que les journalistes qui ne sont pas « du net » ont pris la peine de vérifier l’arrivée de Nungesser et Coli à New York ? la réalité du massacre de Timisoara ? l’existence d’ avions renifleurs ? la réalité de l’interview de Fidel Castro par un bidonneur ? la réalité des armes de destruction massive en Irak avant 2003 ? Le SMS de Sarkozy à son ex-épouse qui n’a même pas été vu par un grand journaliste d’investigation ? Votre technophobie n’a d’égale que votre méconnaissance de l’histoire de la presse.

  5. Alain Joannes > Concernant l’histoire de la presse, vos exemples sont justes. Bravo vous êtes très cultivé, peu de gens sont au courant.
    Merci pour votre dernière phrase fort sympathique. A priori, vous ne jugez pas sans connaître.