Carquefou, garde-fou social ?

Le jeux de mot est un peu trop facile et peut-être trompeur. Mais l’intérêt médiatique et l’engouement manifestement public ne peuvent qu’attirer l’attention.
Il révèle encore une fois comment le cadrage médiatique puise dans nos référents culturels et anthropologiques pour y trouver un écho social contemporain. Car l’équipe de Carquefou est, en quelque sorte, un rappel de charge psycho-social : la hiérarchie formelle peut être remise en question. Intéressant dans un espace public où, ces dernières années, la panne de l’ascenseur social est devenue un constat qui fait consensus.
L’ascension d’un petit (surtout dans l’espace du sport qui laisse a priori la politique et l’idéologie)) est toujours bien accueillie. À la surprise sportive s’ajoute aussi nos référents culturels. Il suffit de penser à l’Ancien Testament et au combat opposant David et Goliath ; le passage biblique étant devenu une expression courante et largement utilisée pour présenter Carquefou et ses adversaires de Ligue 1. Au-delà de la figure de rhétorique journalistique, le combat de David contre Goliath est au cœur de l’avenir d’Israël. Il aura suffi d’un match pour renverser l’histoire qui semblait écrite et fatale pour les protagonistes mis en scène. Nous sommes très loin de l’anecdote et au cœur de notre imaginaire « small is beautiful ».

Des contes plus récents comme ceux de Perrault (mais pensez plus proches de nous à Star Wars ou Le Seigneur des anneaux) mettent eux aussi en scène un suspens qui oppose le faible au fort ; vous en connaissez les morales populaires qui infusent nos sociétés depuis des décennies voir des siècles. (là aussi, le « petit poucet du foot » était une métaphore prisée par les journalistes).
En passant du résultat à l’événement sportif, le parcours de Carquefou – passé au tamis de l’espace médiatique est ainsi dopé de connotations culturelles et anthropologiques qu’il contribue, par là même, à alimenter et nourrir. (De même pour la victoire de l’Equipe de France en 1998, Yannick Noah à Roland Garros etc.)
De cette manière l’imaginaire du « tout est possible » continue à marquer les esprits et à se diffuser dans une société où l’ascension sociale est devenue plus difficile. Le sport reste un réservoir à modèles de toutes sortes.

Une réponse à “Carquefou, garde-fou social ?

  1. François Guillot

    Le foot entretient largement le mythe du petit poucet, mais à de rares exceptions (Calais) ce sont des phénomènes médiatiques sans lendemain. C’est bien normal qu’on s’enflamme quand Carquefou bat Nancy puis Marseille, puis qu’on fantasme avant la rencontre contre le PSG. Maintenant je serai bien curieux de voir quels médias relaieront l’information du maintien ou non de Carquefou en CFA 2 (ce qui est le prochain enjeu pour le club)… Je suis prêt à prendre les paris d’une retombée très rapide dans l’anonymat.