De la légitimité web des RP

L’article de Rita Mazzoli dans La Tribune d’hier, « Les agences de relations publiques investissent les blogs », est payant mais mérite lecture. Non que les professionnels des relations publiques y découvriront des choses qu’ils ne connaissent pas, mais parce qu’il témoigne d’une forme de reconnaissance publique pour l’intérêt des RP dans le web 2.0.

En substance, l’IREP constate que les dépenses de relations publiques des annonceurs ont cru de 3.4% alors que les dépenses globales de communication n’augmentaient que de 0.6%. L’interprétation faite par l’article de cette reconnaissance pour les RP réside notamment dans l’explosion des besoins liés au développement du web communautaire.

Le web au service de la croissance du marché des RP ? L’article est même plus précis puisqu’il évoque le rôle des RP pour conseiller face à « l’effet boomerang », autrement dit liés les bruits négatifs que le web produit sur les marques, entreprises ou organisations. Les RP tireraient donc leur principale légitimité web de leur savoir-faire traditionnel en matière de gestion de crise.

Il ne faudrait pas pour autant négliger le volet « opportunités » du web communautaire pour les RP. Dans un marché des stratégies Internet toujours très confus, où les annonceurs n’ont ni une vision claire des besoins et du marché, où les conseils empiètent sur les savoir-faire les uns des autres (relire cette discussion à propos du marché pour mémoire), il est juste que les RP fassent valoir leur savoir-faire. Stanislas ne disait-il pas y a quelques semaines sur PR2Peer :

« dans le grand chambardement actuel de l’ensemble des métiers de la communication, les PR ont sans doute le plus à gagner. Dans un environnement où la communication relationnelle redevient la base de la communication, (…) les professionnels des PR devraient se sentir comme des poissons dans l’eau. »

Je pense que nous sommes donc assez nombreux sur le marché à rejoindre Patricia Ott (Lewis PR France) quand elle dit à la Tribune que « nous sommes les mieux placés pour identifier les internautes les plus influents, pour analyser les demandes, mettre en oeuvre des stratégies personnalisées et délivrer des contenus utiles ». Il y a de nombreuses raisons à cela, on n’y reviendra pas, et il est agréable de voir la profession revendiquer sa légitimité sur le marché des stratégies web.

6 réponses à “De la légitimité web des RP

  1. La relation et l’intéraction dans la durée, c’est bien de ça qu’il s’agit dans les RP. Or c’est aussi… le fondement du web 2.0. Quand on voit que certains blogs sur un sujet spécifique (ordinateurs ultraportables, finance d’entreprise, actualité des start-ups…) ont une « audience » élevée et très bien ciblée, parfois supérieure à celle de médias professionnels sur le même secteur, les bloggueurs deviennent des vecteurs d’information comme les autres.

    En revanche je ne suis pas Mme Ott sur la question des internautes « influents » : à lire Fred Cavazza ou Eric de Presse-citron, ils ont horreur qu’on les identifie comme tels. Ils écrivent par envie, par passion, ou par profession. C’est mal les comprendre que de laisser penser qu’ils ont un blog pour un quelconque pouvoir ou networking d’influence…

  2. le web communautaire pour les entreprises et marques, c’est un peu une com de crise au quotidien pour tenter de « soigner » sa réputation aux mains des consommateurs devenus presque rois. Et comme on parle de contenu éditorial (pas de ligne), il est légitime de penser que les pros des RP sont les mieux placés pour faire face à cette prise de parole du consommateur.
    Le plus dur est peut-être le rythme quotidien, et plus encore, qu’il faut suivre et surtout détecter.

  3. François Guillot

    Tout à fait d’accord : le professionnel RP a la culture professionnelle qu’il faut pour être de bon conseil dans l’univers web 2.0 mais ce n’est que la moitié du chemin ; le travail consiste ensuite à s’immerger dans cet univers au quotidien.

  4. François Guillot

    Nicolas : il faut dire que la notion de blogueur influent est prodigieusement agaçante. Ce que j’en pense est ici : https://internetetopinion.wordpress.com/2008/02/18/blogueurs-influents/
    Mais je pense aussi qu’il y a une forme de coquetterie chez certains blogueurs en vue à ne pas aimer qu’on les qualifie d’influents (même si je les rejoints pour dire que cette expression n’a pas de sens).

  5. Exact François, je rejoins cette analyse que je découvre a posteriori. Ceci dit, il faut bien mettre les mots sur les choses afin d’exercer un pouvoir dessus (merci Michel), par exemple pour les saisir comme sujet et les triturer. J’ai cherché des alternatives, mais pas (encore) trouvé quelque chose de réellement satisfaisant : blogueurs stars, blogueurs experts, blogueurs à forte visibilité…

    La diversité des approches, la spécificité de chaque blogueur, sa visibilité évluant dans le temps ou selon l’actualité, il est encore difficile de généraliser, je trouve.

    Sur la coquetterie, j’ai quand même un doute. Il me semble qu’ils veulent bien etre adressés (par une marque, une agence…)comme personne écrivant sur un sujet / thème, mais pas être adressés comme « influents », au sens ou on se servirait d’eux comme simple tremplin vers un public ciblé.

  6. François Guillot

    C’est très difficile de faire une bonne typologie des blogueurs ; mais comme ça je dirais qu’il faut distinguer les blogueurs populaires (et non pas influents), les blogueurs experts (pas forcément populaires) et… les autres, les blogueurs du quotidien / les M. toutlemonde qui blogue…

    Sur ta dernière remarque, je pense qu’on touche à l’essence des stratégies blogueurs : toute la logique de la stratégie de communication doit être tournée vers la pertinence, c’est à dire l’adéquation entre une information émise et la ligne éditoriale du/des blogueur(s) ciblés. Si la logique est une logique d’influence ou plutôt de popularité (hop j’envoie mon info aux top 30 blogueurs du classement Wikio), on foire tout et c’est même contre-productif.

    C’est d’ailleurs ce qui est assez sain avec les blogs : leur pouvoir de sanction permet de faire prendre conscience des améliorations nécessaires. Même si la profusion d’émetteurs d’information fait que c’est le bordel aujourd’hui.