Sarkozy et les connards de journalistes ou l’avénement de l’OTM (Off Techniquement Modifié)

Ici, comme sur d’autres blogs – à tel point que c’est devenu une tarte à la crème 2.0 – on aime parler de la « fin du off« .

Jusqu’au web 2.0, le off se dégustait à l’apéritif dans un entrefilet, ce confidentiel écrit petit mais chuchoté tout haut et permettait à un journal folklorique satirique comme le Canard Enchaîné de vivre. Et puis le web 2.0 est arrivé, on a vu George Allen traiter un militant adverse de macaque, Ségolène Royal à propos des profs, Alain Duhamel déclarer sa préférence pour Bayrou, Rachida Dati sur… pas mal de choses, Nicolas Sarkozy demander aux pauvres cons de se casser, etc.

Mais le off a connu une nouvelle mutation cette semaine (enfin, n’étant pas omniscient sur la toile, il y a sûrement des précédents me direz-vous).

Vous avez peut-être suivi la controverse (vite réglée) entre la rubrique Téléphone rouge du Nouvel Observateur et le blog Coulisses de Bruxelles de Jean Quatremer, journaliste à Libération : à lire chez Qautremer, épisode 1 et épisode 2.

En gros, Le Nouvel Obs publie dans sa rubrique un off qui rend compte d’une réunion entre Sarko et les journalistes où le président aurait lâché un nom d’oiseau à l’égard de la profession (« connards »). Problème, parmi les journalistes présents un d’eux, Jean Quatremer donc, tient un blog. Il a donc la possibilité technique de réagir rapidement et personnellement.

Le journaliste de Libération publie alors un long billet détaillé qui brise le off de circonstance pour prouver que l’information du Nouvel Hoax Obs était mensongère. L’administration de la preuve est fouillée : verbatims, photos de la réunion et fines description de la journée. Tout ce qui doit faire la différence entre un bruit de couloir et une information.

Bref : on voit à travers cet exemple que le off sécrète son propre anticorps… et devient le « Off Techniquement Modifié » (OTM).

Et là réside la morale de l’histoire. Techniquement modifié, le off change de statut.

Je m’explique : relayé dans la presse papier, il relève de de l’irréfutable : pour des raisons professionnelles (solidarité pro., filtre de la rédaction par exemple), techniques (attendre la prochaine parution, etc.), le off est difficilement réfutable et rarement réfuté dans l’espace public. Le off à la papa emprunte plus à la rumeur qu’au journalisme. Dans ces rubriques, on peut dire tout et son contraire, la vérité est toute relative. Pour pousser la caricature, ces rubriques sont des sortes de no man’s land de l’information. Vrai ou faux, on ne discute pas de la véracité du propos. C’est un espace entre parenthèses.

Le off techniquement modifié a lui au moins le mérite de permettre la confrontation des témoignages et le recoupement des informations décrédibilisant ainsi la mauvaise herbe du ragot.

Voilà une raison pour laquelle, même pour les journalistes, Internet a aujourd’hui du bon…

9 réponses à “Sarkozy et les connards de journalistes ou l’avénement de l’OTM (Off Techniquement Modifié)

  1. François Guillot

    Passionnant.

    Conclusions en vrac :

    – Après l’affaire du SMS, c’est vraiment la honte pour le Nouvel Obs dont on ne peut pourtant pas dire qu’il fasse partie des médias sous-staffés et n’ayant pas les moyens de recouper ses infos.

    – Internet n’est finalement pas le seul canal pour « l’info poubelle » non vérifiée (après le SMS on avait dit que l’info poubelle était réservée au net, puisque l’info avait été publiée sur le site du Nouvel Obs)

    – Dans son rectificatif, le Nouvel Obs s’excuse auprès « de toutes les personnes présentes lors de cette réunion ». Façon de ne pas s’excuser directement après de Sarkozy ?

    – Ca peut avoir un impact sur la façon dont sont gérées les rubriques « confidentiel » des différents canards

    – Le premier billet de Quatremer montre aussi l’intérêt pour un communicant de se comporter de façon honnête et sympa sur la forme. En tout cas c’est le ressenti de Quatremer et son billet est très positif pour Sarkozy.

  2. François Guillot

    Gilles Klein avait fait remarquer que le papier sur le SMS était toujours en ligne contrairement à ce qu’affirmait Olivennes. C’est toujours le cas :

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20080206.OBS9188/

    Et c’est aussi toujours le cas de l’info mensongère sur les connards de journalistes :

    http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2271/articles/a374803-.html

  3. Ce qui me semble particulièrement intéressant dans cette affaire c’est que l’OTM change aussi « l’objet essentiel ». Nous sommes passés de « Sarkozy traite les journalistes de connards » à « Le nouvel obs s’est-il trompé ? », ce qui n’a plus rien à voir. D’autant plus rien à voir que Libération et Le Nouvel Obs (très très bon le « hoax »😉 ne sont absolument pas concurrent en kiosque mais totalement en ligne.

    Et d’autant d’autant plus rien à voir qu’il y a un précédent très récent dans l’histoire du nouvelobs.com avec the famous SMS.

    Bref, l’OTM change aussi la perspective de l’information car elle se comporte comme « un commencement de preuve » qui doit infirmer ou confirmer une information émise par ailleurs.

  4. Je suis étonné, dans cette affaire, qu’on parle si peu du fond du propos de Sarkozy à propos des journalistes, qui est pourtant très intéressant.

    Selon Quatremer : « Il a juste dit du mal des journalistes politiques qui lui posent « toujours les mêmes questions quelque soit l’endroit où il se trouve dans le monde ». Il nous a même complimentés, ce que nous avons pris avec des pincettes : « vous, vous connaissez votre sujet et il vous passionne. Vous posez des questions de fond ».  »

    J’ai la faiblesse de croire que ce que dit Sarkozy est vrai… Mais ce débat est passé à l’as…

  5. Emmanuel Bruant

    @ narvic : ça c’est un débat pour Novovision. C’est vrai que mon propos n’est pas du tout sur les rapports entre les journalistes politiques et le pote de Carla. Et sur ce point précis je n’ai pas d’avis car on peut aussi dire que cela fait du jeu constant entre Mr. S. et les journalistes, « je t’aime moins non plus » etc.

  6. François Guillot

    @ Cédric : ce que tu dis montre finalement qu’Internet a tendance a susciter du débat autour des pratiques d’information, donc des médias. D’où une source d’opportunités et de risques pour eux. Sur ce coup c’est Libé qui gagne et Le Nouvel Hoax qui perd. Et comme effectivement il y a concurrence directe entre les deux supports en ligne, il s’agit bien d’un jeu gagnant / perdant.

    @ Narvic : quand on est celui qui est interrogé par la presse effectivement il y a un caractère exaspérant soit dans la récurrence des questions soit dans le fait que « ce n’est pas ça la question »… On en fait l’expérience avec Emmanuel ces jours-ci, on va peut-être en reparler…

  7. Je serai curieux de connaître votre avis sur celui-là (vu sur Canal dans +Clair)

    Off ou pas off ? Jean-Paul Huchon voit bien les micros et caméras à un tout petit mètre et ne change pas d’attitude, il poursuit sa discussion. Car l’image faisant foi dans notre société, difficile de dire que cette conversation était privée…

  8. Emmanuel Bruant

    Ce qui m’a interpellé dans cette vidéo c’est que j’ai eu du mal à y croire. Je l’ai regardé une deuxième fois et j’ai cherché les éléments audiovisuels qui m’ont troublé et mis le doute :
    – la police des sous-titres
    – l’image d’une texture bizarre pour du reportage
    – le fait de ne pas voir les visages ensemble de face
    – l’incongruité de la situation (des hommes politiques en maillot de foot)
    Cela ne vous avance pas, mais je trouve que c’est typique d’une image flottante, difficile à appréhender et qui dans un contexte de coulisse ou de off la rend encore plus difficile à cerner.

  9. Filmer les deux interlocuteus de dos est peut-être logique (se mettre devant c’est un peu comme rentrer par effeaction), mais l’effet est curieux : on entend deux personnes parler bas d’une troisième, et on ne voit pas leurs visages, je trouve que cela amplifie le côté « conspiration ». Pire encore, le fait de porter le même maillot renforce presque l’idée qu’ils font partie d’une « armée », solidaire parce que sous le même uniforme.

    De là à dire que c’était l’effet recherché par le preneur d’image, je ne crois pas.