Le point sur YouTube : entre succès d’usage et challenge économique

Via Média & Tech, je prends connaissance de ce papier de Forbes qui fait le point sur YouTube. C’est l’occasion de faire le point sur le développement de la vidéo en ligne en relevant et commentant les données-clé.

Sur les usages :

– La fréquentation du site est connue (300 millions de visiteurs uniques par jour en avril 2008), mais le nombre de vidéos vues fait l’objet de spéculations. Une chose est sûre, c’est qu’il est très élevé. Forbes :

« YouTube a probablement passé le cap des 1 milliard de vidéos vues chaque jour il y a quelques mois (…). YouTube confirme seulement qu’il réalise plusieurs centaines de millions par jour ».

A noter également deux graphiques très intéressants :

– La croissance de la fréquentation de YouTube sur les 12 derniers mois : +80% (sachant que la croissance de fréquentation de sa maison-mère Google s’élève à +20%).

– Effet « le vainqueur prend tout » : YouTube réaliserait près de 40% de vidéos vues en streaming sur le web, aucun autre acteur ne dépassant… les 4%. Plus il y a de contenu sur Youtube, plus l’ensemble des internautes a intérêt à aller sur Youtube : c’est aussi l’effet de réseau.

Sur le modèle économique :

– YouTube réaliserait 200 millions de $ de chiffre d’affaires en 2008, soit environ 1% des revenus de Google. Alors que sa fréquentation représente… 50% de celle de Google… Comme pour tout le monde, le succès d’audience doit maintenant se traduire en succès économique, ce qui n’est pas le plus aisé et suppose d’expérimenter avec les formats publicitaires. 7 internautes sur 10 fuiraient les publicités en pre-roll, ce qui confirme bien qu’entre la publicité et l’internaute, c’est « attrape moi si tu peux »

– Il est d’ailleurs très intéressant de noter que simultanément, Eric Schmidt, le PDG de Google, déclare que « L’argent n’est pas dans le web 2.0« …

– Forbes rappelle également que YouTube a à faire aux problèmes de copyright et évoque la touche finale à une technologie de type watermarking qui permettrait aux ayant droit d’être informés de la mise en ligne d’un contenu.

Succès d’usage qui ne signifie pas succès économique ; problèmes juridiques non résolus ; expérimentation : le cas YouTube illustre finalement bien les enjeux du web 2.0 à lui seul et rappelle que l’avenir du net est toujours aussi flou.

9 réponses à “Le point sur YouTube : entre succès d’usage et challenge économique

  1. Bonjour François,

    Merci de me citer …. et de compléter par des infos que je ne connaissais pas
    cordialement
    didier

  2. Notre champion national, Dailymotion, doit avoir un modèle économique similaire, mais sans l’appui financier d’un Google. Combien de temps tiendra-t-il seul ? Et d’ailleurs, tiendra-t-il tout court ?

    Il est difficile de monétiser un trafic tout en l’augmentant (ce qui génère des coûts de structure : bande passante, stockage…).

    Peut-on en conclure que le web 2.0 est un devenir incertain ?

  3. François Guillot

    Didier : avec plaisir.

    Enikao : oui mais même si les coûts augmentent, le coût marginal tend vers zéro ce qui est une des raisons pour lesquelles tous les sites qui fonctionnent par la pub recherchent « l’effet de réseau », l’audience avant tout.

    L’incertitude c’est à la fois le prix de la publicité encore très bas (donc les revenus ne sont pas à la hauteur de l’audience) et le fait qu’en dehors des Adwords, aucun format publicitaire ne se soit véritablement imposé. L’avenir du web est incertain à cause de ces questions économiques, mais aussi à cause des questions juridiques, et à cause des incertitudes sur les prochaines technologies qui peuvent bouleverser le bouleversement actuel… La question est très, très ardue.

  4. Je comprends bien l’effet de masse attendu (merci pour la référence sur l’effet de réseau, j’en avais l’intuition sans le modèle théorique, on se cultive ici🙂 ).

    La menace juridique est réelle (affaire Lafesse), mais il est vrai que je me pose souvent la question de la monétisation de tous ces services. Comment faire rentrer du cash ? Si mon modèle dérive sur une autre plateforme ou un autre format (exemple : le téléphone mobile), comment être présent et continuer de placer mes pubs (ou faire payer les opérateurs). Quelle confiance peut-on avoir dans ma survie économique pour qu’un accord de partenariat semble viable ?

    La question est ardue, mais c’est bien ça que j’aime…😉

  5. François Guillot

    Question très ardue. Mon intuition, dans la mesure où le prix de la pub n’est pas élevé, est qu’il ne faut pas raliser de fortes audiences mais de très très fortes audiences. Ce qui peut nuire à la qualité du contenu d’une part, et suppose aussi d’écraser la concurrence d’autre part. Il y aura forcément une phase de concentration…

  6. Cela aurait du sens que Dailymotion soit associé à un spécialiste du « search » tel que Yahoo! ou Msn Live… ou encore un spécialiste des réseaux sociaux tels que Myspace ou Facebook.

    Je ne pense pas que le modèle basé sur la pub soit viable, et tu le dis très bien dans ton article. En revanche, des synergies existent avec les acteurs du search ou des réseaux sociaux.

    Qu’en penses-tu ?

  7. François Guillot

    Je me demande s’il n’y a pas des synergies encore plus diversifiées que ça : finalement les synergies sont avec tous les acteurs du contenu on ou offline. DailyMotion avait refusé une offre de TF1 mais pourrait être accolé à un acteur de la TV, ou à un acteur de l’information en ligne, pourquoi pas.

    Ceci dit j’espère pour eux qu’ils ne regretteront pas d’avoir fait monter les enchères car l’air du temps est quand même un peu revenu à la relativisation de la veleur des services web 2.0 (en témoigne Eric Schmidt, c’est somboliquement très importrant qu’il l’ai dit).

  8. Bien d’accord. Avec un pied à côté du sujet, les perspectives d’investissements publicitaires toujours annoncées en forte hausse ces prochaines années m’étonnent toujours. L’argent coule déjà à flot, et niveau rentabilité il y a comme une odeur de bulle de la fin des années 1990.

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