Un mot sur la prophétie de Quatremer

« Le seul vrai problème de Strauss-Kahn est son rapport aux femmes. Trop pressant, il frôle souvent le harcèlement. Un travers connu des médias, mais dont personne ne parle (on est en France). Or, le FMI est une institution internationale où les mœurs sont anglo-saxonnes. Un geste déplacé, une allusion trop précise, et c’est la curée médiatique. Après Jacques Attali et ses goûts somptuaires qui lui ont coûté la présidence de la BERD, la France ne peut pas se permettre un nouveau scandale. »

Jean Quatremer, journaliste à Libération, sur son blog Coulisses de Bruxelles, en juillet 2007.

Ce qui m’intéresse dans ces paroles prophétiques est qu’elles ont été proférées par un journaliste sur son blog. On est en plein dans l’illustration de deux convictions qui nous animent sur ce blog :

– être journaliste, c’est un métier (le journaliste fournit une information ou une analyse de qualité supérieure Versus l’internaute qui est dans le commentaire, le point de vue. Même si le journaliste n’est pas toujours obligé pour cela de livrer des prophéties ou de mettre les pieds dans le plat de la vie privée des politiques)

– le blog (de journaliste) est un format libre et dynamique qui a tout son sens pour compléter l’information du média. Format encore sous-utilisé malheureusement…

Et oui, voilà, chers lecteurs, j’ai refait surface😉

14 réponses à “Un mot sur la prophétie de Quatremer

  1. Jolie prophétie et stupide geste de DSK chez les anglosaxons puritains. Les escortes ça existe et il peut s’en payer avec son salaire.

    Ton couplet sur le journalisme m’agace. C’est quoi tous ces amalgames que tu nous sert là gratuitement ?!

    L’analyse de qualité je la cherche un peu par tout et elle est rare même parmi les journalistes de métier ou de vocation.
    1. Si le lecteur ne paye pas cette qualité d’information directement ou indirectement via la publicité, le journaliste professionnel ne lui fournira pas car c’est pas un bénévole.
    2. la qualité ne se mesure pas au salaire ou par le métier de son auteur mais au talent.
    3. le talent d’un auteur ne se mesure pas non plus au nombre des années c’est pourquoi je lis aussi les jeunes bien qu’ayant moins d’expérience et de vécu.

  2. François Guillot

    Ca m’apprendra à faire des billets en réunion😉

    Pour expliquer un peu mieux ce que je veux dire : l’idée ce n’est pas que tous les journalistes sont des super pros et que tout l’UGC est super merdique, loin de là. Mais je pense qu’être journaliste c’est un vrai métier et que pour sortir des infos et apporter des analyses, on a profondément besoin des journalistes. C’est Emmanuel qui a prédit sur ce blog le prochain « retour en grâce » du journaliste. Bon, c’est peut-être pas pour tout de suite, mais il faut bien se rendre compte que dans l’espace médiatique élargi (c’est à dire les médias professionnels et les médias personnels, on et offline), ce sont les journalistes qui produisent l’info et le rôle de l’UGC est de commenter, au mieux d’analyser.

    Donc :
    – la production d’info ne se fera pas sans journalistes
    – l’UGC apporte du commentaire, de l’opinion, de plus ou moins bonne qualité
    – il y a une concurrence entre journalistes et UGC sur le terrain de l’analyse, et ce billet prophétique de Quatremer vient rappeler que des journalistes sont capables de remplir cette fonction (même si on peut contester que Quatremer « balance » sur la vie privée de DSK).

    Si l’analyse de qualité manque c’est d’abord à cause de la situation économique terrible des médias…

    Enfin, je pense qu’il faut bien se garder de faire des amalgames également sur la question de la qualité de la production journalistique. Entre le prêt à consommer que tu trouves sur les portails web et une revue comme XXI, il y a comme une différence, et des tas de journalistes sont de très bons experts de leurs sujets, même si on leur en demande toujours plus.

  3. « – être journaliste, c’est un métier (le journaliste fournit une information ou une analyse de qualité supérieure Versus l’internaute qui est dans le commentaire, le point de vue. »

    Je ne sais pas si tu as la chance d’écouter l’émission « on refait le monde » sur RTL.

    4 journalistes invités qui déblatèrent un « point de vue » péché dans les dépêches de l’après-midi et le grand quotidien vespéral, c’est affligeant, ça sent le ricard, les cacahuètes et les gitanes maïs au Balto de Bruay-en-Artois. Question information, 0.

    Autre affirmation selon moi douteuse :

    « La production d’info ne se fera pas sans journalistes ».

    Il n’est qu’à voir le rôle des agences de RP dans l’élaboration de l’information pour se permettre de douter légèrement de cette phrase !
    La production d’info ? on parle de quoi ? Tu es spécialisé dans les stratégies internet, quand tu fais une analyse pertinente d’un sujet, tu crées une information. Et tu n’es pas journaliste, si ?😉

  4. François Guillot

    Bon j’aurais mieux fait de rester sans écrire, moi…

    Je pense qu’on ne va pas s’en sortir. C’est pas parce que des médias font du café du commerce qu’il n’y a pas des journalistes qui font leur boulot comme des internautes ne pourraient pas le faire à leur place.

    Sur la production d’info, bien sûr qu’elle est influencée par les émetteurs d’info. A ce sujet voir un papier qui date de l’époque où je disais moins de conneries🙂 https://internetetopinion.wordpress.com/2008/03/31/laffaiblissement-de-la-presse-ecrite-et-la-question-de-la-production-de-linformation-brute/

    Mais c’est pas les agences RP qui vont faire de l’investigation. Etre journaliste c’est un vrai métier. Ca veut pas dire que parce que tu es journaliste, tu le fais bien. Ca veut pas dire non plus que tous les journalistes le font mal.

    Moi je produis pas de l’info, je produis de l’analyse et du point de vue. (je fais une distinction entre info (brute), analyse et commentaire / opinion / point de vue).

  5. aaah ben voilà, on se comprend🙂

    peut-on « figer » la proposition dans le marbre, à savoir :

    – journaliste : dénicheur, investigateur, révélateur, analyseur. Neutre et factuel.

    – blogueur, chroniqueur, éditorialiste, teneur de carnet, de bloc-note, pilier de comptoir radiophonique ou télévisuel : commentaires / opinions / points de vue / critique.

    Note que toute cette distinction reste de toutes façons artificielle : si j’édite mon propre canal de diffusion et que je déniche une chose que personne ne sait et dont je parle, alors – bien que je blogue – je deviens journaliste* ?

    (*depuis l’affaire Sevran de manière définitive, il est entendu que la détention d’une carte de presse n’est plus synonyme de quoi que ce soit, même si j’entends régulièrement des journalistes « officiels » se targuer de la posséder pour discréditer les pauvres pécheurs qui n’en n’ont pas)

  6. A part l’information brute qui décrit objectivement le fait, tout le reste ça peut être perçu comme du commentaire ou de l’analyse. Ensuite voir si c’est pertinent et bien argumenté ou pas.

    Sinon mieux vaut sortir un produit bien pensé des le départ que de devoir faire plusieurs correctifs successifs. D’autant plus que tes correctifs n’apparaissent pas dans ton article et qu’une partie des internautes ne lisent pas les commentaires.

    La crise financière actuelle me montre clairement
    1. les blogueurs et journalistes qui parlent de choses qu’ils ne comprennent pas bien et/ou qui raisonnent mal
    2. les blogueurs et journalistes qui restent dans leur petite bulle coupée totalement du reste de l’actualité.
    3. L’intellectuel (blogueur ou journaliste) peut être un idiot malgré ses références et éruditions.

    Des qu’on maitrise un sujet un peu délicat et abordé par les média de masse, avec un peu de recul et d’humour on peut en sourire.😀
    il y a les bons et le reste qu’ils soient petit, gros, journaliste, blogueur. Seul le résultat compte et le facteur journaliste de metier n’entraine pas vraiment plus de bon résultat qu’un gars en costume trois pièces avec cravate.

    De ce que j’ai lu, le journalisme d’investigation est assez mal en France.

    J’ai suivi la campagne présidentielle en France via la presse en ligne et le JT et débat TV. Franchement j’ai été assez déçu et j’ai préféré accédé directement à l’information via les webTV des candidats que passer par les filtres déformants des journalistes de presse. La presse française est concentrée dans la main de qq hommes d’affaires. Si les gens ne payent pas assez l’information dans les média classique ils auront de la propagande payé ou de l’info-publicité.

    Alors bien sur mieux vaut la soupe populaire que la famine. Quoique parfois une bonne crise aide a réveiller les esprits pour améliorer notre ordinaire.

  7. Emmanuel Bruant

    Je vous trouve sévères les mecs (mais pour une fois que c’est pas moi qui casse;-). Je joins au dossier ce billet : http://www.profilenews.fr/2008/10/21/affaire-dsk-comment-internet-sen-est-mele-876.html que François ne renierait sûrement pas😉

  8. Je ne sais pas si être journaliste est un métier, certains sont des pros d’autres non, mais il est clair qu’être journaliste est aujourd’hui un statut. Certains ont été choisis, en raison de leurs études ou de leurs réseaux, pour servir d’intermédiaire entre les faits et la société. C’est seulement un statut, rien à voir avec les compétences.

  9. François Guillot

    Si même Bruant me défend, c’est que Paul et Sam sont des putains de peaux de vaches.

    Sam : la proposition me semble exacte. finalement un journaliste qu donne son opinion est un éditorialiste… Donc ce que tu dis fonctionne.

    Paul : il est exact que quand on connaît un sujet très bien et qu’on voit ce que la presse en dit, on se dit : « ces putains de journalistes qui ne pigent rien… » mais il faut aussi rendre justice. Exemple de l’assassinat d’Anna Politkovskaia : très vite les médias était capable de donner l’importance de cette info, son ampleur, sa signification, son analyse. A l’époque je ne voyais personne dans la blogosphère capable d’apporter ce niveau de compréhension du sujet. Alors bien sûr, 90% des journalistes ont copié ou utilisé ce que les premiers avaient dit. Mais je pense que c’était bien parce que des journalistes experts avaient décrypté l’info, connaissaient Politkovskaïa, la situation en Russie, etc., qu’ils ont pu « envoyer le signal ».

    Emmanuel : merci pour le lien

    Pedro : comme cela a longuement été anaysé par Narvic sur Novovision, ce que recouvre la notion de « journaliste » est extrêmement vaste et la carte de presse elle-même n’a pas de vraie définition. A l’arrivée, à mon avis être journaliste ça veut dire être payé pour écrire. Que ce soit de la merde ou de la qualité😉

  10. François,
    J’ai donné mon opinion très franche sans t’insulter personnellement et j’apprécierai la réciproque ainsi que probablement tes lecteurs et commentateurs de ton blog.

    Ma réponse s’adresse davantage à un discours corporatiste ambiant alors ne le prends pas trop personnel. A l’époque j’avais pas réagi mais de revoir ce petit rebond m’a agacé avec notre actualité et j’ai finalement réagi un peu brutalement.

    Je m’en fou de l’assassinat de Anna. Je regarde ce qui constitue un tournant majeur dans notre histoire avec cette crise financière et économique sans précédent pour notre génération. Ne pas trouver ne signifie pas que ça n’existe pas. Les experts financiers ne sont pas souvent journaliste ou enseignant. Certains prennent le temps d’écrire un article sur leur site web ou blog.

  11. François Guillot

    Paul, aucun souci d’aucune sorte, je dis ça sur le ton de la plaisanterie, il est vrai que j’oublie parfois les smileys !

    Ton point de vue sur le traitement média de la crise financière est assez radical. J’avoue me sentir assez incompétent sur cette question, à la fois parce que les mécanismes de la crise m’échappent très largement et parce que je n’ai pas beaucoup consommé de médias ces dernières semaines.

    Emmanuel je crois suit cela de plus près. Son point de vue sera apprécié😉

  12. Comme je le dit souvent, on décèle mieux les bons skieurs sur une piste « noire ». Sur une piste « verte », tout le monde ou presque tient sur ses skis.

    Sur Facebook, j’ai posté assez de liens d’articles depuis le 15 sept pour alimenter un blog sur la crise financière et économique. Le thème du blog pourrait tenir 2 à 5 ans voir plus.

    Voici qq résumé accessible même pour un journaliste.😀
    Qui a tué Wall Street ?
    De l’effondrement financier à la dépression mondiale ? par Nouriel Roubini.

  13. radical ou mou ce qui compte ce que l’analyse soit juste et pertinente.

    Tiens le portrait du gouverneur de la Banque de France par un journaliste du Monde.
    Christian Noyer, banquier antistress
    il nous parle de son caractère calme. C’est bien mais au fond qu’est qu’on s’en fout ! il a rien vu venir.😀

    Et je vais pas piocher dans des journaux de 2e catégorie. Je rigole assez avec mes comédies.

  14. Je croyais François Guillot HS, j’arrive donc tard . Les questions posées par le billet de FG et par les commentaires me semblent très pertinentes.Paul2 a raison, dès qu’on a un minimum de compétence sur un sujet on se dit que les journalistes disent beaucoup de conneries lorsqu’ils s’expriment sur ce sujet. Samuel suggère qu’un blogueur qui diffuserait une information inédite deviendrait de facto un journaliste selon la définition de FG. Ce n’est pas ce que j’ai compris dans le billet de FG. Le journaliste fait profession de rechercher l’information, voire de l’analyser. Les bons blogueurs ne sont jamais des chercheurs d’information mais sont souvent d’excellents analystes. En fait il y a entre le blogueur et le journaliste la même différence qu’entre le journaliste et l’universitaire. donc a priori le blogueur dira souvent moins de conneries que le journaliste mais aura besoin de ce dernier pour nourrir sa réflexion. La différence tient aussi au temps dont chacun dispose. Les journalistes vivent dans un monde frénétique, le blogueur lui peut prendre tout son temps.