De l’usage (ou pas) de Twitter en relations publiques

Vue chez Marie-Catherine Beuth, cette présentation sur l’usage de Twitter en relations publiques, réalisée par Corinne Weisgerber :

On y retrouve la double dimension de Twitter et plus généralement de la communication sur Internet : comprendre / veiller d’une part, et agir / converser d’autre part. Twitter comme outil de veille pour suivre ce qui se dit sur votre marque et réagir le cas échéant, Twitter pour diffuser de l’infomation auprès de ses pairs, poser une question, échanger de l’information, republier le contenu de son blog, etc.

Pas grand-chose de neuf finalement, et on y retrouve en plus catalogue et en moins problématisé, des idées présentées par Stanislas sur PR2Peer il y a 6 mois (quand il se demandait, inquiet, si Twitter était utile) ou Joïakim plus récemment.

Si cette présentation m’intéresse, c’est surtout parce qu’elle me donne l’occasion de développer 2-3 idées à propos de Twitter, un service qui avait quand même fait la une de Libé il y a peu (oui, c’était un prétexte pour parler de netpolitique, certes…).

Twitter en France ?

C’est quelques milliers d’utilisateurs. Le blog Twitter facts en dénombrait moins de 5000 en juin, Libé en annonce 6 000 en août. Partant du principe que le nombre d’utilisateurs a pu augmenter de 50 % depuis (en tout cas entre juin et octobre, il est passé de 2 à 3 millions au niveau mondial), et qu’environ 50 % des utilisateurs français se déclarent comme tels, Twitter en France c’est au mieux 20 000 personnes. Et loin d’être toutes actives.

On touche là à la limite de tout ce qui peut se raconter de très intéressant sur Twitter dans les milieux US, et qui inspire bon nombre de webologues de l’hexagone : l’étendue de Twitter ici n’est juste pas la même dans le monde anglo-saxon et rend la plupart des idées de bonnes pratiques inopérantes (le cas Dell, le live reporting, …)

Les leaders d’opinion sur Twitter ?

Si l’intérêt de Twitter n’est pas dans la masse de personnes qu’il permet de toucher (mais comme beaucoup de blogs, finalement, et vous me rétorquerez même que c’est toute l’idée de web 2.0…), on peut par contre se poser la question des leaders d’opinion qui twittent.

Après tout, on voit fleurir dans les espaces du web 2.0 des nouveaux leaders d’opinion : blogueurs, référents de Wikipédia, critiques habitués sur Amazon, etc.

Question : avec Twitter, voit-on fleurir de nouveaux leaders d’opinion, qui n’existeraient pas ailleurs ? Pour y répondre, le mieux est de jeter un oeil aux 10 personnes les plus suivies, d’après Twitter facts. OK, les données datent de 4 mois, mais sur le principe je ne suis pas sûr que cela change la démonstration :

Top 10 des utilisateurs de Twitter les plus suivis

twitter.com/arnaudrobail – Arnaud Robail – 2.204 followers
twitter.com/jeanlucr – Jean-Luc Raymond – 2.134 followers
twitter.com/pressecitron – Eric – 1.688 followers
twitter.com/MMartin – Martin Menu – 1.319 followers
twitter.com/FredCavazza – Frédéric CAVAZZA – 1.293 followers
twitter.com/fubiz – Romain Colin – 1.061 followers
twitter.com/MonsieurDream – Monsieur Dream – 1.035 followers
twitter.com/rodrigo1971 – Rodrigo SEPULVEDA – 1.034 followers
twitter.com/fuelmyblog – Kevin Dixie – 909 followers
twitter.com/guim – GuiM – 887 followers

Sur ce top 10, 6 sont des blogueurs très connus. Twitter peut m’offrir une facilité de m’adresser à eux, encore faut-il qu’ils aient envie de me suivre. Si je les connais déjà, il y a une bonne chance pour qu’ils me suivent, c’est donc un moyen d’entretenir la relation – peut-être plus intéressant d’ailleurs que d’être en contacts sur des réseaux sociaux. Mais si je ne les connais pas, Twitter ne va sans doute pas me servir à grand-chose pour les approcher.

Les autres sont-ils des « nouveaux leaders d’opinion » ? Il me semble difficile de dire ça : Arnaud Robail et Jean-Luc Raymond, pour ne prendre que les deux premiers, suivent eux-mêmes respectivement 7000 et 6000 comptes Twitter… (on est toujours sur les chiffres de juin). Autrement dit, ils suivent beaucoup, énormément, à la folie… et sont suivis par une partie des personnes sollicitées en retour. Mais ça ne fait pas d’eux des « nouveaux leaders d’opinion » à mon sens ; j’aurais tendance à penser qu’un leader d’opinion est quelqu’un qui sera suivi par plus de gens qu’il ne suit lui-même…

Bref, avec des blogueurs bien connus et des maniaques de Twitter : il n’y a pas de nouveaux leaders d’opinon sur Twitter. Quand Michael Arrington voit son problème de FAI résolu en temps record à la suite d’un tweet, ce n’est parce qu’il est connu sur Twitter, c’est parce que c’est le type de TechCrunch…

Les leaders d’opinion sont déjà bien connus dans la blogosphère : Twitter est d’une certaine façon son prolongement (Cédric Giorgi parle d’antichambre de la blogosphère, ce qui me semble très vrai dans la processus de traitement de l’information).

Que reste-t-il ?

Un espace d’échange de pairs à pairs, plus ou moins rempli d’experts de leurs sujets (au hasard : le high-tech et les nouveaux médias). Oui, Twitter a une utilité RP, assez grande même je pense, pour des réseaux très spécialisés de professionnels dans les secteurs d’activité que je viens de mentionner. Et cette utilité, c’est beaucoup plus celle de la veille que de la communication. On se rapproche d’ailleurs de la notion de journalisme de liens chère à Narvic. Je veille, tu veilles, il veille, nous partageons.

Côté communication, je ne vois pas bien. Il y a bien ces exemples que citait Fred cavazza en avril. On peut effectivement, avec assez peu d’efforts, se constituer une micro-communauté de followers… On est en fait en plein dans le modèle web 2.0 : faibles coûts, faibles revenus (au sens faible retour sur investissement, ici). Je peux créer un compte Twitter (événementiel ou durable) comme je peux créer un groupe Facebook, réunir quelques centaines de personnes dans les deux cas et communiquer avec elles. C’est toujours ça de gagné mais on est bien dans la micro-action.

L’intérêt principal, la veille et l’échange, donc, reste très spécifique et de niche. Le cliché est de dire que Twitter est le gadget pour geeks, mais j’ai du mal à trouver de bonnes raisons de m’éloigner de ce cliché.

Si son usage devenait à la fois moins confidentiel (le nombre) et plus généraliste (les profils), on pourrait certainement dire plein de belles choses sur l’intérêt d’y détecter des signaux faibles, de communiquer en temps réel, de lancer un buzz, d’installer un service client, de gérer une crise… Mais au final, Twitter c’est le microblogging et tout ce qui va avec en communication : micro-RP, micro-influence, micro-intérêt. Non ?

15 réponses à “De l’usage (ou pas) de Twitter en relations publiques

  1. Tu viens encore de m’économiser 2h de boulot… Merci François😉

  2. Je m’interroge sur l’explosion assez récente des références à Twitter dans les blogs (et même la presse) en France. Le service est vraiment toujours très confidentiel, comme tu le rappelles. Il est connu depuis un moment déjà, et ne décollait pas trop (j’ai replongé dans mes archives : mon premier billet sur le sujet remonte à juin 2007…). Alors ?

    J’aime bien l’idée de Cédric Giorgi d' »antichambre de la blogosphère » (d’ailleurs il disait ça il y un an déjà…). Mais c’est peut-être l’inverse qui fait que le service commence à prendre (un peu) : comme porte de sortie de la blogosphère plutôt que comme entrée.😉

    Comme dirait Versac, que l’on ne croise plus guère dans la blogosphère d’ailleurs (pas de blog, peu de commentaires chez les autres, un billet hébergé de temps en temps chez Embruns, Transnets ou chez moi) et qui s’est « replié » sur Twitter où il est très actif: c’est le dernier refuge de « l’économie vertueuse de la conversation ». Qui devient difficile dans les blogs, qui sont de plus en plus ouverts et visibles à tous, se repliant pour un certain nombre d’entre eux dans une logique de publication plus que de conversation.

    Il s’y développe, pour ce que j’en vois sur Twitter des stratégies de mini-rezo, plutôt privé (totalement à l’inverse des exemples américains qu’on nous met en exergue, genre utilisation par les journalistes, par la population lors des catastrophes type incendies de Californie ou Ouragan en Louisiane, etc.).

    Le nombre de gens qui contrôlent totalement leurs flux en restant « invisibles » (et en choisissant ceux qui les suivent) n’est pas majoritaire, mais non-négligeable et ceux qui emploient cette possibilité ne sont pas « déconsidérés ». Quand on est « visible », on peut être suivi par tous, mais il n’y a pas d’obligation à suivre soi-même: on laisse le candidat dans une position de voyeur, mais il ne peut pas participer à la conversation.

    On voit de multiples petits cercles se former avec des zones d’intersection entre eux, avec certains qui jouent des rôle de passeur entre deux cercles, rediffusant dans l’un ce qu’ils ont entendu dans l’autre.

    Il semble admis aussi que l’on « régule » ses propres « adhésions » en éliminant de temps en temps certains que l’on ne souhaite plus suivre, que l’on avait pris « à l’essai ». Ça prend la forme d’un petit écosystème personnel très réactif. De la messagerie améliorée en fait.

    Il y a d’autres usages aussi : certains diffusent uniquement à un réseaux (une sorte d’extension de leur blog) sans entretenir réellement de conversation.

    D’autres ne participent pas mais veillent, par des outils de recherche sur mots-clés qui dépouillent l’ensemble des conversations « publiques » simultanément et en temps réel (ce qui est d’ailleurs très instructif🙂 ).

    Tout ça pour dire, de manière un peu décousue😉, que les usages semblent diversifiés et que l’outil est en fait assez complexe et encore en devenir…

  3. Je ne crois pas que Twitter soit une antichambre de la blogosphère. On ne passe pas vraiment de temps à rédiger une idée, on réagit ou on diffuse une courte idée. On partage une trouvaille, on renvoie vers un article qui nous a plu. Tout se stratifie, les conversation suivies sont diluées dans le temps, et dépassent rarement les 4/5 messages.

    Car comme le dit Narvic c’est aussi un moyen de s’écrire publiquement et directement. Et à ce niveau, il faut savoir faire le tri surtout si l’on utilise un lient Twitter pour suivre en réel. Je me suis rendu compte que je pouvais suivre un panaché de personnes :
    – des serial twitteurs comme Jean-Luc Raymnd (plein de liens utiles), Ouriel Ohayon ou Gonzage Dambricourt (très lifestreaming)
    – des plus calmes mais avec de l’info (Palpitt,
    – des gens que je veux suivre comme ça, hors de la blogosphère justement (Narvic, Versac, Eolas, Fred Cavazza)
    – des gens qui sont peut-être un peu le pouls des nouvelles technologies et des start-ups (Le Meur, Scoble, Arrington, Om)

    Au départ suivre 20 twitteurs me faisait peur, aujourd’hui j’ai passé les 100 allègrement, car tout le monde ne diffuse pas au même rythme. On n’est pas non plus obligé de tout suivre en permanence, sinon c’est trop chronophage.

    Tout cela me crée un bruit de fond qu’il est intéressant de voir : on perçoit des vagues, des micro-phénomènes, un peu comme Twittscoop. Et les usages de cette veille sont mltiples : sentir des etndances ,engager des conversations sur un mode plus léger et ouvert que sur un blog…

    Et puis tiens : un peu de pub parce que mon pseudo était déjà pris : twitter.com/eni_kao

  4. Les chiffres de Twitter en France restent confidentiels. Mais ceux avancés (et que j’ignorais donc merci) ne tiennent pas compte d’un autre phénomène – certes marginal (mais sur un phénomène déjà marginal comme twitter…) – qui est celui de la syndication des comptes twitter avec des réseaux plus ouverts et usités : Facebook notamment ou les blogs de différent twitterians. Du coup, chaque twitt gagne en épaisseur… Non ?

  5. Bonjour, Concernant l’utilité de Twitter en PR : pour moi elle est certaine…Je lance des invitations à des événements assez pointus et j’ai des retours assez positifs de personnes ciblées…Pour le reste j’ai bien souvent résolu des pbs techniques grâce à de gentils followers. Monde de geek, oui, mais un PR d’uajourd’hui ne se doit il pas d’être geek ?

  6. François Guillot

    Eric > si cela peut te permettre de te coucher à minuit au lieu de 2h du matin, j’en suis ravi😉

    Narvic > en ce qui concerne les références fréquentes à Twitter sur des blogs, je vois deux choses :

    – d’abord beaucoup de blogueurs sont utilisateurs de Twitter (et inversement)
    – ensuite, on « cherche » un peu le phénomène Internet de l’année 2008. En 2007, il y a eu Facebook, c’était très clair. En 2008, ça l’est beaucoup moins, il n’y a pas d’équivalent. Certains ont misé sur Twitter, mais ça n’a quand même rien à voir…

    En ce qui concerne Twitter comme espace vertueux de conversation, j’ai quand même envie de dire :

    – que les blogs ont toujours d’abord été des outils de publication avant d’être des outils de conversation. C’est très difficile de faire naître une vraie conversation : il faut réunir un vrai public (ce qui n’est pas le cas sur beaucoup de blogs, trop confidentiels), mais pas trop (le problème de Versac). Et je ne sais même pas si le problème de Versac était l’impossibilité de la conversation (après tout, la plupart de ses billets recevaient un nombre de commentaires raisonnables, on était rarement sur des centaines de commentaires) OU la surexposition médiatique, le rôle subi d’étendard de la blogosphère… Et finalement je ne vois pas bien ce qui aurait changé de ce point de vue : il y a toujours eu des blogs avec zéro commentaire, des blogs avec un nombre « humain » de commentaires, et des blogs avec trop de commentaires. Je ne saurais pas donc dire si Twitter est véritablement un refuge pour les blogueurs « envahis »…

    – quid de la conversation sur Twitter ? Avec 140 caractères, tu échanges des infos, des impressions. Et comme le dit Enikao, une conversation sur Twitter dépasse rarement les 4-5 messages.

    sur le fait que l’outil est en devenir, je te rejoins :

    – croissance de 50% du nombre d’utilisateurs sur les 4 derniers mois, au niveau mondial : quand même… ( de 2 à 3 millions d’utilisateurs)
    – beaucoup d’usages variés, qui sont ceux qu’on met en exergue ou pas… mais dans la mesure où le service reste confidentiel, c’est ça qui me fait dire que la plupart de ce que l’on peut raconter sur Twitter, en tout cas en communication, est inopérant… à ce stade

    Enikao > merci de tes conseils, je vais « follower » ceux que je n’ai pas encore dans mon contacts. Après tout ce billet est peut-être l’occasion d’une prise de conscience, car je ne profite pas beaucoup de tous les échanges de liens qui me seraient utiles.

    Monsieur P > les blogs se republient sur Twitter et Twitter se republie sur les blogs. Ca ne ressemble pas un peu à de la circulation circulaire, ça ?😉. Sinon oui les twits peuvent prendre de l’épaisseur en dehors de Twitter, mais j’aurais tendance à penser qu’on est toujours dans le geek et le marginal…

    Lovny > l’usage que tu as l’air d’en faire est effectivement l’usage « geek-utile ». la question que tu poses m’intéresse beaucoup : un PR se doit-il d’être geek aujourd’hui ? Je crois quand même que non. Il doit apprendre certaines choses du geek. Il peut être technophile mais pas au sens geek. En tout cas je répondrais : « Un PR ne peut plus se permettre d’être technophobe »… ou difficilement.

  7. Twitter m’a tuer

  8. Merci pour cet article et cette mise en perspective. Juste pour vous dire que les chiffres de TwitterFacts concernant les Tweeters français ont beaucoup évolué (par rapport à ce que vous mentionnez)… Tout du moins pour le top Ten que vous indiquez. Si vous reprenez compte par compte, vous y découvrirez de nouvelles tendances.

    A mon sens et de mon point de vue, Twitter n’est pas à considérer comme un outil de leaders d’opinion mais comme un révélateur de pratiques et d’usages hybrides.

  9. François Guillot

    Je souscris volontiers sur l’usage de Twitter. Je regarde les chiffres qui concernent votre compte, ils ont considérablement baissé (même si 2700 est considérable), comment est-ce que cela s’explique ?

  10. a méditer : ‘Twitter puts you in control and becomes a modern antidote to information overload. ».
    C’est ce que dit twitter sur sa page d’accueil.

    Pour ma part, j’ai un petit doute🙂

  11. François Guillot

    c’est marrant, je crois que j’ai vu ça sur twitter😉

    « puts you in control » : comprendre : « rend accro »

    antidote to information overload = …

    Et pour être l’antidote, il faut renoncer aux agrégateurs, aux moteurs, aux clics, aux bookmarks…

    Mais c’est comme tous les services web 2.0 : il faut trouver le point d’équilibre. Vu que tu reçois les flux de 261 mecs, tu es mal barré😉

    Moi qui twitte à peu près pour de vrai depuis seulement quelques jours, avec 40 flux, c’est à peu près humain et pas mal en termes de récup d’info.

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