Ne confondez plus publication et social

Je rebondis sur le dernier billet de Fred Cavazza, « ne confondez plus communautaire et social« . On a trop tendance à considérer que tout est communautaire sur le web, là il n’y a parfois « que » du social.

Cavazza voit le communautaire dans les véritables espaces de discussion (pas ceux où on se lance des moutons), à savoir majoritairement les bons vieux forums qui ne font plus rêver ni les internautes ni les médias. Mais qui sont toujours là, bien là et hyperactifs comme l’avait montré Christophe de Ouinon.net avec sa fameuse cartographie des forums francophones.

[Le mot « communautaire » est d’ailleurs bien pratique mais usité de façon abusive là où il y a avant tout des réseaux d’affinité, comme on l’avait fait remarquer dans notre billet « 10 considérations sur les blogs« . On l’utilise même pour décrire les utilisateurs d’un service qui n’ont pas forcément d’affinités entre eux : « bienvenue dans la communauté Neuf Wifi »… Bref la notion de communauté en vient à remplacer la notion de public]

Beaucoup d’espaces de web 2.0 sont des espaces sociaux sans être des espaces communautaires : on interagit sur Facebook, MySpace ou LikedIn : on est en relation avant d’être en dialogue. Donc ces espaces ne sont pas communautaires au sens cavazzien.

Je suis assez d’accord avec l’analyse de Fred Cavazza et en même temps cela m’inspire plein de choses. Des choses peut-être pas complètement finies mais je compte bien sur la fonction sociale de ce blog, c’est à dire vos commentaires, pour l’enrichir😉

D’abord, sur le web tout n’est pas social mais on finit par se demander ce qui ne l’est pas. On peut commenter les médias en ligne, des marques mettent en place des lieux d’expression pour les internautes, Vie de merde est le succès de l’année… Donc y a-t-il le communautaire d’un côté et le social de l’autre ? Il y a plutôt je pense le social en général et dans le social, du communautaire — ou pas. Le communautaire est un sous-segment du social.

Ensuite, sur la différence entre communautaire et social. Est-ce que la différence à faire est entre le dialogue (le forum) et l’interaction (Facebook) ? Ou est-ce qu’on ne peut pas voir aussi une différence entre les lieux d’affinités thématiques, où l’on interagit avec d’autres internautes autour d’un sujet commun, et les lieux où l’on reproduit le réel ?

Dans un cas, le réel importe moins que le thème ; dans l’autre le réel prime sur le thème.

Dans cette définition, les forums seraient communautaires bien sûr, certains blogs aussi, de même que Wikipédia, et MySpace également (Myspace me semble fonctionner autour des affinités avant de fonctionner comme lieu de reproduction du réel). Facebook ne serait pas communautaire mais social…

Enfin, et j’en reviens au titre parodique de ce billet (et sans vouloir contredire Cavazza puisque je prends un prisme différent : là où il se place du point de vue des marques, je m’interroge sur la typologie du web), si on se pose la question de la typologie des espaces du web 2.0, il faut quand même en revenir aux usages dominants que l’on peut faire des différents médias.

De ce point de vue, le social a beau être partout (d’où le fait que l’expression « médias sociaux » semble se substituer à l’expression « web 2.0″…), on est vite limité par la question social / pas social / communautaire / pas communautaire.

Pourquoi ? Parce que le social (l’interaction) ou le communautaire (le dialogue dans la définition cavazzienne / l’affinité thématique dans ma poposition), n’est pas toujours l’usage dominant que l’internaute fait du média.

D’où cette typologie que j’utilise à partir des usages et que je signalais en commentaire chez Palpitt :

les médias de publication : médias en ligne, blogs, Wikipédia, plates-formes vidéo ; voire médias de republication type Wikio. La fonction sociale, quelle qu’elle soit, est de moindre importance que la fonction de publication. On se rapproche plus d’une déclinaison des médias traditionnels, en ligne (le journal papier, la télévision…)

les médias de recherche : les moteurs. Sachant que la recherche est le premier usage du web, difficile d’y échapper dans une typologie…

les médias sociaux : les forums, les réseaux sociaux et professionnels, les espaces d’échange type Yahoo! Question… Ici, la fonction principale est à chercher dans le rapport à l’autre.

Ca fout tout en l’air ? C’est ça qui est bien😉 .

Bon évidemment, tout est dans tout sur Internet, le social est dans la publication (on commente les blogs) et inversement (on publie des notes sur Facebook) et comme le fait remarquer Hubert Guillaud dans les commentaires chez FC, ce n’est pas l’outil qui fait l’usage et on peut voir plusieurs usages du même outil.

Mais s’il fallait faire une typologie, je pencherais de ce côté-là. Quitte à ne pas trop savoir où foutre Twitter (publication qui n’a pas de sens sans la fonction sociale) ou les outils de social bookmarking.

Vous aurez remarqué que je n’utilise donc pas « médias sociaux » pour décrire l’ensemble du web 2.0, mais seulement une sous-catégorie. De même que le communautaire est dans le social sans être le social, le social est dans le 2.0 sans être le 2.0.

C’est lié à cet attachement pour l’usage dominant du média… Et même si c’est bientôt démodé et qu’on ne sait pas trop ce que ça veut dire, je crois que je préfère le bon vieux terme de web 2.0 à celui de « médias sociaux ».

8 réponses à “Ne confondez plus publication et social

  1. Il est toujours utile de penser un peu contre la doxa ambiante. A ce titre, Facebook et Myspace en effet sont avant tout plus sociaux que communautaires, c’est exact.

    Moi je dis que ça sent la matrice à plusieurs entrées : ça mériterait de la tenter en essayant de voir quel service se situe où. Mais probablement qu’un mapping aurait plus de sens : cela évitera de rentres au chausse-pied des éléments dans des cases ,alors qu’ils s’y refusent, les bougres.

  2. D’accord avec Enikao, ça mérite un bô mapinge puisque Twitter par exemple ne peut être situé dans aucune des 2 catégories. De la même façon, dans le schéma de fred Cavazza, Twitter se situe à équidistance de ses « plateformes sociales » et « plateformes communautaires ».

    Par ailleurs, et même si tu précises que « tout est dans tout sur Internet », tes catégories sont très discutables. Les médias que tu indiques « de publication » ne sont-ils pas aussi des médias « communautaires ». Par exemple, commenter, puis répondre aux commentaires sur une vidéo Monty Python ou un article sur les conditions carcérales ne revient-il pas à chercher un rapport à l’autre sur une affinité thématique ?

  3. François Guillot

    Il y a ce tableau très intéressant de Communispace qui répond partiellement à vos remarques :

    https://internetetopinion.wordpress.com/2008/07/31/myspace-is-the-bar-facebook-is-the-home-linkedin-is-the-office/

    Ceci dit ça reste simplificateur, pour ma part je suis persuadé qu’il y a de grosses différences d’usages entre MySpace et LikedIn par ex, qu’on met toujours dans la case « réseaux sociaux ».

    Bien sûr, les catégories sont discutables. Dès qu’on fait une typologie, on s’expose à ça. Le propre de ces outils est d’ailleurs de permettre de mélanger plusieurs usages… Mais pour dégager les usages « prioritaires », je tiens absolument à cette fonction de « publication » qui existe avant la fonction sociale.

    Plein de blogueurs recherchent avant tout un territoire d’expression avant le contact avec les autres. YouTube a beau être social, c’est une plate-forme de publication avant tout… ca permet de republier, de faire des recherches… et accessoirement de mettre un commentaire.

    Or la différence avec l’émergence des réseaux dits sociaux est que ce ne sont pas des outils de publication et c’est pour ça qu’ils correspondent très bien aux besoins d’une majorité d’internautes. Pas besoin d’écrire ou de publier, j’ai une page qui me permet d’exister et ensuite j’interagis avec mon réseau de plein de façons.

  4. Peut-on suggérer que le réseau social se caractérise par un profil et par des liens, apparents ou non, à d’autres profils ? Untel connaît Bidule, parfois le type de lien est précisé. Pour ma part, MySpace est plutôt dans cette catégorie : on y crée des liens (même ténus) par affinités, certes, mais ce sont eux qui comptent.

    Alors que ce qui est communautaire est plus une plateforme (bien distincte d’un profil, meêm si un profil peut y apparaitre) de contenus participative, où les liens communautaires ne sont pas apparents (même une blogroll ne constitue pas ces liens).

    Et bien évidemment, Twitter se trouve un peu entre les deux.

  5. François Guillot

    En fait, tu en reviens à une distinction d’une grande simplicité, mais qui repose plus sur la nature de l’outil plus que sur l’usage qu’on en fait. et on voit que quel soit le mode d’approche, Twitter est inclassable…

  6. Le problème avec l’humain, c’est qu’il emploie les choses pas comme c’était prévu… On veut faire un truc joli dans le ciel étoilé et on se retrouve bientôt avec des flèches propulsées plus loin qu’avec un arc (ancêtre des orgues de Staline ?), puis des canons pour détruire efficacement les murs des citadelles, et une version portable pour s’ôter la vie dans la joie et la bonne humeur…

    Il me semble que pour de nombreux outils, trouver des lignes de partage en partant de l’utilisateur est toujours éclairant et permet de bien comprendre ce qui se passe dans nos façons de vivre, mais relève du formidable casse-tête parce qu’on se retrouve avec des tas d’exceptions, qui suivent parfois une règle, qui parfois a ses exceptions…

    Tu as par exemple choisi de chercher « l’usage dominant » afin d’éliminer une partie des contre-exemples qui sautent aux yeux, mais nous n’arrivons toujours pas à une classification vraiment satisfaisante. Parfois, devant l’impossibilité de réaliser une synthèse (oh, tiens, non, en fait, aucun rapport😉 ) il faut se rendre compte que le prisme de lecture n’était peut-être pas le bon et que nous faisions fausse route.

    Don Quichotte a déjà été écrit.😀

  7. j’étais sûr que tu allais reprendre ta typologie😀

    @eni_kao pour le mapping, il faudrait de la 3D, pour gérer les différentes profondeurs😉

    pour le reste je suis d’accord avec vous, on se trompe à vouloir étiqueter un espace ou une plateforme, la seule typologie qui vaille est bien celle des usages (mais c’est aussi la plus complexe : Jean Luc R. parlait ici même, à propos de Twitter, d’usages hybrides).

    @françois : « Or la différence avec l’émergence des réseaux dits sociaux est que ce ne sont pas des outils de publication »

    Après tout dépend ce que l’on entend par « publication » mais j’avais l’impression qu’au contraire certains de ces outils la facilitaient tellement que toute activité en créait une, même parfois à notre place : c’est le newsfeed (« x published », « y has added Z », etc.) ou le statut

  8. François Guillot

    Enikao : on est bien d’accord et ce foutu humain nous compliqué sérieusement la vie. Ceci dit malgré les limites de l’exercice de typologie, je crois beaucoup à ses vertus car il permet de se poser plein de questions et d’affiner sa compréhension / vision du web.

    Palpitt : quand j’ai une idée en tête, j’ai une idée en tête😉. Sur la question de la publication, je vois quand même ça comme la publication d’un contenu véritable : de l’écrit, de la photo ou de la vidéo. Pas un status update par exemple… C’est aussi pour bien montrer que certains de ces médias « sociaux » sont des prolongements en ligne de médias traditionnels, avec de nouvelles formes etc., mais aussi des prolongements (TV => Youtube).