Vidéo de la semaine : un journaliste + un président = deux chaussures

La vidéo de la semaine dernière (et peut-être la vidéo de l’année) est l’attaque à la chaussure du journaliste irakien, Mountazer al-Zaïdi, contre George Bush qui assure désormais son désastreux service après-vente. Au cas où vous auriez échappé à la télé et au buzz, voici quelques images de CNN  :

Et maintenant, le décryptage de Denis Bertrand, sémioticien à Paris VIII (vidéo réalisée par La Générale de Production):

Etonnant, non ?

9 réponses à “Vidéo de la semaine : un journaliste + un président = deux chaussures

  1. Ouais…
    Première chose, ce que dit Bush après l’incident est très intéressant : pourquoi est-ce coupé sur toutes les vidéos de l’événement qui circulent ? Sans doute parce qu’on lui refuse le droit de bien réagir, ça ne cadre pas avec ce personnage détesté. Pourtant sa réaction est intelligente, mesurée, avec de l’humour.
    Sinon, il faut arrêter de tout intellectualiser, surtout pour faire de l’analyse psychologique de café du commerce. « Eviter culturellement la chaussure » ? Il a juste essayé de calmer le jeu pour ne pas mettre de l’huile sur le feu, ça ne sert à rien de trouver des interprétations à la limite du ridicule…

  2. Emmanuel Bruant

    Yes ! C’est une piste intéressante ! Effectivement, la plupart des vidéos qui circulent se concentrent sur le tir à la chaussure et laisse de côté la réaction de Bush. On voit bien l’importance : zapper la réaction de Bush c’est renforcer le geste du journaliste et finalement véhiculer la signification voulue par le journaliste… Rien d’anodin donc
    Et sur le commentaire je suis d’accord, la voix grave et posée d’un prof d’université peut faire passer n’importe quoi😉 Il y a quelques points intéressants (comme le côté Shakespearien, la blessure narcissique) et d’autres qui frisent (effectivement) le café du commerce. L’important pour moi est que relire ces images est stimulant (la preuve ;-)… et cela nous aide aussi à comprendre pourquoi les vidéos reprises sur le net coupent les propos de Bush.
    En lisant votre commentaire (et donc en postant ce décryptage) j’ai déjà appris un truc aujourd’hui. Je trouve ça bien moi !😉

  3. François Guillot

    Ca intellectualise oui mais ça montre aussi un « réflexe de communication » de Bush qui est d’en faire un non-événement. C’est évidemment le meilleur réflexe pour ne pas donner encore plus d’ampleur à cette histoire, mais cela a le « démérite » de ne pas donner grand-chose à mouliner aux médias, d’où le fait que les médias ne retiennent que la première partie de l’événement : le lancer de chaussure.

    Il y a sans doute une part de « refus de bien réagir » fait à Bush, mais cela s’explique aussi par le fait qu’il dédramatise, donc affaiblit la portée de l’événement. D’ailleurs, ce qu’il donne de meilleur aux médias, c’est l’humour : les chaussures sont en taille 44. Et c’est ce qui a été repris en TV (en tout cas dans ce que j’ai vu).

  4. Ce qui est gênant dans cette affaire, c’est le suivi des médias, et pas seulement des médias chauds. La plupart relayent la chorale de fabriquants qui clament être les fabriquants des chaussures, ou s’intéressent aux contusions de Mountazer.
    Peu rappellent que le bonhomme risque 15 ans de prison pour son geste (que dire alors de l’entarteur ?), et que le frère du journaliste affirme que Mountazer a été torturé.
    Si Bush a une carte à jouer, c’est peut-être l’apaisement d’un Jean-Paul II après la tentative d’assassinat de 1981 par un Loup Gris de turquie, en allant le voir en cellule. Voilà qui ne manquerait pas de panache pour un born-again christian. Faire preuve de pardon voire intercéder pour une certaine clémence en pleine période de Noël. Mais peut-être serait-ce mal interprêté aussi.

  5. François Guillot

    C’est vrai que le côté potache, vu d’ici, de l’attaque incite les médias à en avoir un traitement léger. Je n’avais pas entendu dire que le mec aurait été torturé ni qu’il risquait 15 ans de prison. Et les premières nalyses que j’avais lues tendaient à dire que Mountazer avait plus de chances d’avoir une justice clémente étant donné son statut éclair de héros dans le monde arabe. D’ailleurs je croyais qu’il risquait « seulement » 2 ans de prison ?

  6. Vu des pays occidentaux, seul le côté potache ressort en effet. Mais le geste a une portée symbolique très forte (insulte suprême). Je lui souhaite la clémence.
    A propos de prison : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gIrzwTaXDhvXhdemvR7NSCptc08g
    A propos de torture : http://www.lexpress.fr/actualites/2/le-proces-du-lanceur-de-chaussures-irakien-fixe-au-31-decembre_727754.html

  7. Il semble que les médias du monde arabe insistent sur l’insulte (la symbolique de la chaussure y est peut-être culturellement plus forte : on se déchausse dans les lieux de culte) et les réactions populaires du monde arabe semblent insister sur le caractère de revanche symbolique (plus facilement admissible dans la mesure où la « violence » du geste ne met pas la vie, ou même l’intégrité physique de Bush, en danger : l' »agression » est forte mais purement symbolique en effet).

    Dans les médias français en revanche, je n’ai pas le sentiment que ces images transmettent un message très clair (alors qu’il semble être très clair pour tous dans le monde arabe). On souligne la « bonne réaction » de Bush, qui esquive « sportivement », mais on zappe son esquive par les mots quand il ramène la scène à une anecdote sur une registre comique (la pointure).

    On ne va donc pas au bout de la logique de minimisation par l’humour sur laquelle on avait commencé (le « sportif »), et on embraye- dans les commmentaires – sur la violence de l’arrestation de l’auteur, le risque pénal pour lui, le contexte de son histoire personnelle (mort de son frère). C’est à dire qu’on dramatise après avoir minimisé.

    Ce côté contradictoire est intéressant : on relaye l’image, mais on ne lui donne pas de sens, ou plutôt on neutralise le sens, en disant à la fois « c’est grave et c’est pas grave »… Le « message » dans le traitement « français » de cet épisode est peut-être là, justement : un traitement ambigu, relayant une relation ambiguë des Français avec Bush et la guerre irakienne…

  8. Emmanuel Bruant

    @ Narvic : oui ! Mais ce côté contradictoire peut aussi être la preuve de la « bonne » couverture de ce fait divers géopolitique par les médias français. car justement, tout réside dans l’ambiguïté de cette scène…

  9. Au- delà de tout ce que l’ on apu dire sur Bush , les journalistes , parfois ont été aussi ridicules que lui particulièrement les journalistes parfois journaleux hexagonaux
    Attendons avec calme et sérénité ce que Barack Obama va faire et surtout cessons de le présenter comme le sauveur de la planéte.