L’ère post-media vue par Felix Guattari

La jonction entre la télévision, la télématique et l’informatique est en train de s’opérer sous nos yeux et elle s’accomplira probablement durablement dans la décennie à venir. La digitalisation de l’image télé aboutit bientôt à ce que l’écran de télé soit en même temps celui de l’ordinateur et celui du récepteur télématique. Ainsi, des pratiques aujourd’hui séparées trouveront-elles leur articulation. Et des attitudes, aujourd’hui de passivité, seront peut-être amenées à évoluer. Le câblage et le satellite nous permettront de zapper entre cinquante chaînes, tandis que la télématique nous donnera accès à un nombre indéfini de banques d’images et de données cognitives. Le caractère de suggestion, voire d’hypnotisme, du rapport actuel à la télé ira en s’estompant. On peut espérer, à partir de là, que s’opérera un remaniement du pouvoir mass-médiatique qui écrase la subjectivité contemporaine et une entrée vers une ère postmedia consistant en une réappropriation individuelle collective et un usage interactif des machines d’information, de communication, d’intelligence, d’art et de culture.

Extrait de Félix Guattari, « Vers un ère post-media ». Parution initiale dans Terminal, n°51, octobre-novembre 1990.

5 réponses à “L’ère post-media vue par Felix Guattari

  1. J’aime assez la théorie… Mais est-ce que cet usage interactif d’aujourd’hui n’est pas lié à relative jeunesse de l’usage vs une possible passivité dans le futur ?
    Les programmes risquent d’être de plus en plus riches, plus en plus ciblés, et certains sites/chaînes/éditeurs de contenus risquent de s’imposer comme les TF1 du web ?

  2. Emmanuel Bruant

    @ GilR : complètement d’accord. Je reprenais Gattari plus pour mémoire que pour autre chose. Le web est ce que nous en faisons… Il n’y pas d’essence du web, contrairement à ce que les évangélistes ou à ce qu’une pratique avant-gardiste peuvent laisser croire. Sur le web il y aura du bon et du moins bon, de l’UGC et du passif… Donc je suis complètement en phase

  3. Dans la suite du texte, Gattari convoque la notion de « montage ».
    « L’actualité télévisée résultait déjà d’un montage à part de composantes hétérogènes : figurabilité de la séquence, modélisation de la subjectivité en fonction des patterns dominantes, pression politique normalisante, soucis d’un minimum de rupture singularisante… »
    Je me demande si paradoxalement, la confusion des modes d’apparition des images (écran/ordinateur) ne nous rend pas plus avisés et aptes à « démonter » ce que nous voyons. Comme un surcroît de lucidité qui expliquerait aussi la note positive de la fin de l’extrait. Un accès plus manifeste à l’expérimentation du rapport signifiant/signifié pour chacun d’entre nous ?
    La notion de montage est intéressante. Chez Ernst Bloch, elle est appliquée à la déconstruction de l’historicisme. « Le nouveau vient selon des voies particulièrement complexes »(Héritage de ce temps,Payot, 1978, p7) Le montage constitue un savoir des éléments résiduels et des symptômes.
    Il a peut-être une légitimité aussi comme mode de lecture des phénomènes média contemporains.

  4. Emmanuel Bruant

    @ Cécile : j’ai pas tout compris, mais effectivement il est de plus en plus clair que le web permet une posture active et donc plus aptes à démonter.

  5. Emmanuel : mince moi non plus, je ne sais plus ce que je voulais dire. C’est idiot, sur le coup, j’ai aimé l’impression de comprendre F Gattari😉
    L’idée qu’un surcroît de technique nous rendrait paradoxalement plus avertis et plus vigilants sur ce qui l’a précédé (démontage du passé), m’a interpelée mais c’est difficile de le formaliser.