Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus

Suite de la trilogie « Twitter en vrac » entamée hier avec la question des usages.

Twitter est donc en pleine expansion et cela n’est pas sans conséquences sur le paysage des médias sociaux. Il convient d’abord de noter que Twitter n’est pas un continent fermé et déconnecté des autres (la plupart des fils sont ouverts et lisibles y compris par des non-inscrits, contrairement à Facebook où le profil ouvert est devenu l’exception). Twitter est avant tout un élément dans l’écosystème des médias sociaux, et un élément de plus en plus central.

Mais c’est au sein de la blogosphère que Twitter semble avoir le plus d’impact, sur le mode « je t’aime, moi non plus ». Cela ne signifie pas que Twitter a mangé l’audience des blogs, ça semble encore loin d’être le cas — petite démonstration avec les audiences comparées de Twitter et WordPress en France :

audience twitter wordpress

La première fois où ce phénomène de déplacement des usages vers Twitter m’a marqué, c’est lorsque j’ai publié « les 10 mythes du web 2.0 ». Sans revenir sur le fond de ce billet, c’était en soi une petite machine à buzz (avec les mots-clé « mythes », « web 2.0 » et « liste en 10 points », j’étais à peu près sûr d’être repris un peu partout). Ce billet a connu un certain succès, vu environ 4000 fois ce qui est bien pour un billet de blog spécialisé. Donc il n’est pas passé à côté de son objectif, mais j’étais persuadé qu’il allait générer de très nombreux liens depuis de très nombreux blogs, sur le mode « je suis tombé sur ce mec qui parle des 10 mythes (et voilà ce que j’en pense) ». Et finalement, pas tant que ça. Par contre le billet a été tweeté, ReTweeté, tweeté, ReTweeté, RT, RRT, RRRT et RRRRRRRRT. (Dommage, je n’avais pas fait les comptes à l’époque.)

Bref, cet exemple pour dire quelque chose que l’on a tous constaté : avec l’émergence de Twitter, les blogs se linkent moins les uns les autres. Le blogueur, au lieu de faire un billet pour signaler un autre billet, va le tweeter. Twitter a vocation à devenir un driver de trafic important pour les sites web en tous genre, comme Facebook d’ailleurs.

Le tweet ou le RT, simple et pratique, surtout quand on n’a pas de commentaires de fond à faire sur le billet qu’on linke. Mais que faut-il en penser ? On en parlait récemment avec Anthony qui voit plutôt la chose positivement : on ne fait plus de billets quand on n’a rien à dire, du coup la blogosphère se recentre sur son activité « naturelle » qui est celle de la publication. Elle remplit davantage sa fonction d’aller dans le fond ou au moins dans le contenu. La blogosphère perd en liens ce qu’elle gagne en qualité.

La fonction de veille revient à Twitter, la fonction de publication (l’analyse, l’opinion, etc.) à la blogosphère. On le voit assez bien d’ailleurs je trouve dans le succès sur Twitter de blogueurs comme Enikao (850 followers) ou Palpitt (1000 followers), excellents blogueurs mais restés assez confidentiels, enfin je crois (dites-moi si je me trompe ;-)) et « révélés » sur Twitter notamment grâce  leurs qualités de veilleurs (vous avez vu les garçons je parle de vous comme de grands champions).

Donc Twitter permettrait à la blogosphère de se recentrer sur l’essentiel. Mais on sent tous à l’inverse que l’on passe à côté de débats blogosphériques qui se limitent désormais au tweet et au RT. La tentation de la précipitation est grande. On se contente de tweeter. On « perd le goût de l’effort », pour parler comme les gens d’autres générations 😉

Twitter participerait ainsi à « assainir » mais aussi à affaiblir la blogosphère. Et le « je t’aime, moi non plus », on le voit aussi dans la circulation de l’info : Twitter aime la blogosphère dont il se nourrit pour vivre et la blogosphère aime Twitter qui lui envoie du trafic. La blogosphère aime Twitter où elle peut aller chercher de l’inspiration pour de nouveaux billets.

Intéressant d’ailleurs de noter que le jour du bac philo, Twitter s’est « mis en route » vers 10h alors que France Info divulgait les sujets dès 8h. Oui, Twitter est une partie intégrante et importante de l’écosystème des médias sociaux, mais n’est-il pas coupé des médias offline (sauf en cas de livetwit de la Nouvelle Star, j’entends bien) ?

Bon, il faut quand même noter une dernière chose, c’est que l’ensemble des constats que je fais est très probablement accentué au sein des sphères dans lesquelles j’évolue et évoluent la plupart de mes contacts : les sphères médias-web-techno. Pas sûr que Twitter ait encore grignoté la blogosphère culinaire ou littéraire.

Suite et fin demain : Twitter, révélateur de réputation numérique.

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12 réponses à “Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter et la blogosphère, je t’aime moi non plus

  1. Moi qui ne suis pas un utilisateur de Twitter, j’ai une question : y a t-il beaucoup de Twitteurs qui ne sont pas blogueurs ou lecteurs de blogs ? Vu de l’extérieur, j’ai un peu l’impression que la pratique préalable du blogging semble être un passage obligé pour connaitre Twitter (ce qui est déjà loin d’être évident pour tous les internautes) et surtout, pour comprendre l’intérêt de l’outil. J’ai bon ?

  2. Marie Amélie

    Pour la sphère qui me concerne (médias), je vois beaucoup de journalistes non-blogueurs et pas spécialement lecteurs de blogs prendre toute leur place sur Twitter.

    Et oui: à part les médias et la techno, difficile de trouver des « twittosphères » vivantes.

    @MarieAmelie

  3. petitesphrases

    Pas convaincu du tout par ton choix de graphiques, wordpress.com étant probablement peu utilisé en France…
    Essaye d’ajouter le trafic de skyrock, celui de presse citron, d’overblog, de hautetfort et de typepad, rajoute en plus le trafic du top100 wikio, et tu auras une courbe bcp plus haute… Sans parler du fait que twitter c’est la ‘revolution des API, peu de trafic passe par le domaine

    A part ça tu es malade François ? 2 billets en 2 jours ?! 😉

  4. (Attends, le temps d’aller chercher deux vases pour les fleurs… voilà, c’est fait, et merci ! 😉 )

    Twitter mange à la fois la production de faible qualité, devenant ainsi les brèves, mais aussi lieu d’échange et de réponse, mangeant parfois jusqu’au commentaire. Par exemple Thomas Bronnec de l’Express a fait un article, je lui laisse un commentaire (pour que tout le monde en profite) mais il m’en remercie et relance le débat… sur Twitter !

    Du coup, les billets qui nécessitent mise en page, recherche, structuration du texte, insertion d’images ou de vidéos, liens et références, deviennent un exercice plus engageant et plus consommateur de temps.

    Ta discussion avec Anthony est un débat de fond, j’avais rebondi sur une réflexion de Jean Véronis (en lien) pour parvenir à la même conclusion : finalement c’est aussi bien.

    Une petite surprise : il semble que Google indexe certains twitts. Je reçois par exemple des alertes Google avec mon pseudo renvoyant vers certains twitts. Mais pas tous. Je n’ai pas compris quel était le critère (nombre de retwitts, de lectures ?) mais c’est peut-être là un moyen technique de retrouver les backlinks ?

  5. « les blogs se linkent moins les uns les autres. » Au-delà de ce constat, on peut aussi remarquer comme le souligne très justement Enikao que les commentaires sont de moins en moins présents sous les billets et de plus en plus sur twitter à l’attention direct de l’auteur. Les débats se font sur twitter. L’instantanéité plutôt que la pérennité.

    Pour répondre @Christophe D. De mon côté j’observe effectivement que les twittereux étaient (et sont restés) blogueurs avant d’avoir créé leur compte (80% de mes followers). Mais une autre partie, plus maigre, a adopté l’outil twitter avant de créer leur blog. Et pour beaucoup que j’ai interrogé, la création du blog vient d’une frustration de ne pouvoir en dire assez en 140 caractères. Aujourd’hui ces mêmes individus se sont également mis à faire plus de veille pour « nourrir leur followers en info ». Parfois même, certains autour de moi, font une « course » à l’info dans le seul but de gagner en followers et en visibilité (notoriété ?). Un autre débat…

  6. Le graphique, c’est juste pour mettre une illustration au billet ? 😉

  7. « l’ensemble des constats que je fais est très probablement accentué au sein des sphères dans lesquelles j’évolue et évoluent la plupart de mes contacts : les sphères médias-web-techno. » Un trait de lucidité sur la fin. Pour en avoir le coeur net, il faudrait procéder à de véritable statistiques – ça existe, des boites spécialisées le font : http://www.sysomos.com/insidetwitter/ -, sinon, c’est le genre de posts dans l’air du temps, qui ne donne qu’une idée sur les élucubrations de l’auteur, rien de plus.

  8. François Guillot

    Christophe et Marie-Amélie : j’ai moi aussi cette intuition que Twitter et la pratique du blog en tant qu’auteur ou commentateur sont assez liés (d’où le Je t’aime moi non plus d’ailleurs). Je suis assez convaincu que la majorité des usagers actifs Twitter vient de la blogosphère et plus particulièrement des sujets web/medias/technos.

    Mais là où on a du mal à voir clair, c’est sur le poids des autres sphères d’intérêt. C’est que me reproche fort aimablement Scheiro dans son mail ci-dessus (mais ce n’est pas parce qu’il existe une étude internationale fort intéressante au demeurant qu’on a la réponse à cette question, ferais-je remarquer à ce dernier).

    Petitesphrases : l’idée du graphe est de montre que Twitter ne mange pas l’audience de la blogosphère. Pourquoi pas WordPress ? Je préfère prendre une grosse plate-forme plutôt que des audiences de blogs même gros, pour avoir en référence un bout significatif de la blogosphère. Sinon oui je suis malade, j’ai une poussée en ce moment 😉

    Enikao : je n’ai pas suivi ton débat avec Thomas Bronnec, mais ça m’interroge : comment peut-on réellement débattre sur Twitter ? Confronter des opinions (moi oui, toi non), ok, mais débattre / avoir une conversation, je ne vois pas trop comment c’est possible.

    Sur la question des backlinks, je ne suis pas du tout au clair. Les liens dans Twitter favorisent-ils le PageRank et le SEO ? Aucune idée. Comment certains twits sont identifiés par Google : aucune idée. (mais ça m’intéresse drôlement quand même).

  9. [ Enikao ]

    @François : désolé, je n’étais pas clair. « Il relance la conversation sur Twitter », comme une réponse à mon commentaire suivi d’un ajout qui suscitait rebond ou remarque.

  10. Pingback: Réflexions en vrac sur Twitter : Twitter, révélateur de réputation numérique « internet et opinion(s) – françois guillot et emmanuel bruant – web, médias, communication, influence, etc.

  11. Complètement d’accord avec toi François ! On perd une partie du débat sur nos blogs, et moi, ça, ça m’énerve ! Étant un des plus gros spammeurs/commentateurs de la blogosphère, mon pain quotidien est de moins en moins consistant…
    Il faudrait peut-être être en mesure de créer des fils de discussion moins ouverts que ceux existants ?
    Pourquoi pas un système de tag, style #Twitter/blog_i&o, permettant d’identifier et de suivre un débat précis ?
    Bref. Il manque encore beaucoup de fonctionnalités à Twitter pour que l’internaute lambda l’adopte avec excitation !

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