Don’t be evil : Google et le suicide

Je me souviens de ce papier de Libé qui date d’il y a un peu plus d’un an, « La corde sur la toile« . Des chercheurs britanniques s’étaient posé la question de savoir si en effectuant des requêtes sur le suicide sur le web, on allait plutôt se faire aider ou se faire dissuader.

Leur réponse : le web avait plutôt tendance à aider, notamment parce que les sites de prévention n’arrivaient pas dans les premiers résultats. Embêtant pour Google en particulier et son « Don’t be evil »…

Sans refaire toute l’étude et les associations de mots-clé, je vois deux choses qui m’interpellent aujourd’hui :

– Sur la simple requête « suicide » sur Google.fr, je ne vois aucun « how-to » sur les 15 premières pages de résultat. On y trouve des définitions, des études, des résultats d’actualité, des sites de prévention (notamment le premier résultat), etc. Mais aucun mode d’emploi. Comme quoi sur certaines requêtes très sensibles les résultats peuvent être organisés autrement que par l’algorithme…

Mais faut-il en conclure que Google décourage complètement l’internaute qui envisage de se suicider ? Pas du tout, si l’on en croit la recherche assistée…

Google suicideEt quand on effectue ces requêtes « suggérées » et un peu plus précises que le simple mot « suicide », là on trouve du mode d’emploi…

Pas facile d’être 100% « don’t be evil » !

9 réponses à “Don’t be evil : Google et le suicide

  1. Vraiment bon le travail que vous faites ici !

  2. François Guillot

    C’est pas du travail, c’est la récré😉

  3. Je ne connaissais pas « Suicide Club » (une nouvelle de Robert Louis Stevenson)… Je me suis inquiété sur le coup !

  4. je trouve plutôt rassurant que le « mal » garde une petite place en ce bas monde numérique. Le mal, c’est l’ange déchu parce qu’il est le premier à dire « non serviam ». La liberté quoi… Google : be evil a little bit please

  5. Peut-être ton billet en lui-même sur les modes de publicisation du suicide sur le web constitue-t-il en soi un fait intéressant ?

    Je devine que l’apparition du suicide dans l’espace public n’a rien d’une évidence. Il y a bien là quelque chose comme la transformation lente d’un phénomène appartenant à la sphère privée en un « défi » contemporain (plus qu’un défi de santé public exclusivement, je crois)
    Je crois, dans cette idée, que le hiatus entre le traitement du droit qui jugule le suicide dans le monde privé et le traitement de ce même « phénomène » par les instances médiatiques mériterait une attention particulière. Tout se passe comme s’il fallait refuser à cet acte son caractère d’immanence (il serait faussement volontaire) et lui conférer, dans une mise en perspective politique, quelque chose comme une imperfection, une partialité et un caractère exogène. Il importe alors de l’inscrire dans un contexte sociétal complexe. Et je me demande bien pourquoi : Est-ce parce que tout doit devenir intelligible, plus de « carte de l’inexplicable » ou est-ce un manque de pudeur ? Ou bien la notion d’imputation tend-elle à se généraliser et l’on veut absolument satisfaire à la causalité ?

  6. François Guillot

    GilR : a noter aussi que « suicide mode d’emploi » est un bouquin.

    Denis Maillard : pas de volonté eugéniste chez moi ici, mais je suis vraiment dérangé de voir qu’une recherche comme « suicide » est assistée de cette façon. Ce n’est pas du tout anodin : d’après Google AdWords, le volume mensuel moyen de requêtes associées à « suicide » est de 7 millions (en l’occurrence sans distinction entre web francophone et web international, mais c’est quand même un chiffre que je trouve considérable). 7 millions de requêtes qui sont potentiellement orientées vers des méthodes de suicide… Sachant qu’il me paraît archi probable qu’une grande majorité de ceux qui envisagent de se suicider va passer par cette « case » Google, qui permet de mener à bien ce projet sans avoir à communiquer avec qui que ce soit… Oui pour le coup je trouve qu’on a du « evil » gratuit et que le fait de noyer les « how-to » sur certaines requêtes ne suffit pas : la recherche assistée ne devrait pas permettre d’affiner aussi facilement sa recherche. Effet pervers de la soi-disant sagesse des foules… Enfin c’est mon avis.

  7. Des chercheurs de la Annenberg School of Communication ont produit des recommandations de bonnes pratiques concernant la couverture du suicide dans les médias et leur responsabilité. Les modes de traitement médiatique du suicide étaient perçus comme passibles d’encourager le passage à l’acte. Le document est intéressant.

    http://www.rwjf.org/reports/grr/042328.htm

    Le département Communication and Health de la même école s’est lancé à son tour dans une étude de l’incidence des documents de prévention traitant spécifiquement du suicide. Manifestement ces supports exerceraient un pouvoir de dissuasion sensible et mesurable sur les enfants.

  8. Article très intéressant (et comme souvent, les commentaires le sont tout autant).

    Les suggestions Google ne sont qu’un reflet des questions des internautes. Je me poses encore la question de l’ingérence dont Google doit faire preuve (une preuve en est le procès remporté par Direct Energie il y’a 2 mois).
    Ou s’arrête la liberté d’expression sur un tel outil ? Google doit-il rester un simple outil de mise à disposition d’information, un tiers facilitateur, ou bien doit-il suivre une charte « éthique » propre à chaque pays et/ou culture ?

    Dans le style « evil », j’ai écrit le dernière semaine un article sur Google et certains Adsens pour des sectes qu’il diffuse. Je me permet de poster le lien : http://caddereputation.over-blog.com/article-33927183.html

    A bientôt

  9. Peut-on accepter tout et n’importe quoi sur google , doit-on filtrer le web et ses moteurs de recherche ?
    La technologie doit-elle régimenter les hommes ?
    Avons-nous un rôle de censure obligatoire a effectuer sur la toile?

    Ethiquement parlant il paraît évident que l’homme doit parfois intervenir pour contrer les algorithmes de nos chers ordinateur pensants… le problème majeur réside dans le fait que si les moteurs de recherche se permettent aujourd’hui de modifier leur comportements via l’intervention humaine ,il y a un risque que ce procédé a long terme ne viennent alors faussé les données statistiques et ainsi corrompre la libre concurrence marketing entre les sites..

    Ainsi peut-on aussi craindre pour les influences d’opinions qu’elles soit biaisés alimenter par du favoritisme politique ..

    Le web de demain ressemblera-t-il a nos vieilles chaines hertziennes ?