Archives de Catégorie: Buzz

Vidéos de la semaine : Hitler, Hitler, Hitler, Hitler, Hitler et Hitler

Vous êtes forcément tombé un jour ou l’autre sur une vidéo parodique mettant en scène une colère d’Hitler dans La Chute d’Olivier Hirschbiegel, (excellent) film sorti en 2004 qui raconte les derniers jours du dictateur avec Bruno Ganz (impressionnant) dans le rôle principal.

Dans la séquence originale, qui se situe à 1/3 du film, Hitler apprend que le général Steiner a refusé de mener une contre-offensive contre l’armée rouge, pique une colère contre la nullité de ses généraux, s’estime trahi, déclare la guerre perdue et conclut en disant qu’il préfère se tirer une balle dans la tête que d’abandonner Berlin. Séquence historique connue si j’en crois la biographie de Felix Steiner.

Un exemple de parodie où Hitler apprend qu’il n’aura pas son iPhone 3GS :

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=eqEpXj9Ot3A]

La nouveauté n’est évidemment pas l’idée de détourner une vidéo (la télévision fait ça depuis longtemps, le web le fait dans tous les sens, je ne parle même pas de Mozinor). Mais ce qui est assez marrant ici, c’est la multiplication récente des reprises de cette séquence de la Chute.

Il y a plusieurs mois, on trouvait déjà pas mal de parodies, comme celle de Left 4 Dead 2 :

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=GQe4tlsfRbY]

Il y avait aussi eu Hitler qui apprend la mort de Michael Jackson :

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=ELyTBXzfQJ8]

Et plus récemment et quasi coup sur coup, Hitler qui apprend le split d’Oasis :


Hitler / Hortefeux :


Et donc cette semaine, Hitler / Désirs d’avenir :

Et je passe sur certaines versions de la désormais légendaire scène de l’offensive Steiner.

Chacune de ces vidéos ayant apparu lors d’un buzz conséquent. Cette séquence hitlerienne est donc en quelque sorte devenue un « standard du buzz » et la question mérite d’être posée : faut-il avoir sa parodie d’Hitler pour avoir réussi son buzz ? 😉 On remarquera aussi le côté assez geek de l’humour et la réactivité de mise en ligne (celle de Michael jackson est datée du lendemain de sa mort).

Si la séquence d’Hitler est le parfait objet à détourner en soi (le dictateur fou + une séquence en allemand, donc on ne comprend pas un traître mot, + une scène qui semble avoir été scénarisée pour les détournements avec ses temps faibles et ses temps forts), je vois bien cette forme de parodie se développer systématiquement : le cinéma et la fiction regorgent de joyaux qui ne demandent qu’à se faire sous-titrer. D’autres séquences de la Chute feraient de très bonnes parodies, d’ailleurs.

Cadeau, le détournement de Pulp Fiction par les Cahiers du Foot, à l’occasion de la remise du ballon de Plomb à l’attaquant Fred Piquionne. Humour de footeux (et donc geek) garanti.

[Youtube id=http://www.youtube.com/watch?v=QtXl95iRdGw]

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Vidéo de la semaine : le record du monde de matelas dominos

Fidèles lecteurs, vous allez me dire qu’il y a bien longtemps qu’il n’y a pas eu de rubrique « vidéo de la semaine » (traditionnelle rubrique du samedi sur ce blog). Mais peu importe : la vidéo de la semaine est une tentative de record du monde de matelas dominos et la voici :

C’est donc un peu débile et rigolo comme on aime bien sur le oueb. Evidemment vous aurez noté la chute avec le camion Bensons for Beds, qui est le « Britain’s Biggest Bed Specialist« . La vidéo a été tournée dans un entrepôt de Tewkesbury dans le Gloucestershire (c’est dans le centre-ouest de l’Angleterre)  par les salariés et leurs amis, qui attendent l’homologation par Guiness.

La vidéo a été tournée il y a 6 jours et a été vue pour le moment 180 000 fois sur YouTube. Ce n’est pas encore un énorme score mais c’est suffisant pour faire abondamment parler de Bensons For Beds sur le web et probablement dans les médias (j’imagine qu’on va la voir dans la rubrique web de Télé Matin la semaine prochaine 😉 ).

On notera que la marque se fait discrète : pas dans la titre de la vidéo, ni dans l’intro, elle n’apparaît que sur le cul du camion et à travers les remerciements de fin de vidéo. Mais le produit est au coeur de la vidéo. Ca rappellera à certains des discussions qu’on a pu avoir sur les codes de la (bonne) viralité.

Intéressant également, apparemment c’est une initiative spontanée des salariés. Si Bensons For Beds avait engagé une réflexion stratégique de communication sur sa notoriété web, aurait-il fait aussi bien ? Apparemment le « jeu » du matelas-dominos vient des campus américains : les salariés qui ont eu ou piqué l’idée (si c’est bien eux) sont-ils donc aussi efficaces que la fonction planning stratégique ? 😉

Edit 5 août suite au commentaire de Venturi : une agence, Wand Agency, signe le film et je ne l’avais tout simplement pas vu… Après avoir cherché, je n’ai rien trouvé sur la génèse de ce film, il vaut donc mieux rester prudent, c’est peut-être bien une initiative top-down bien planifiée par la marque et non une initiative spontanée.

Gageons enfin que cette petite vidéo devrait contribuer à populariser le matelas-dominos au-delà des campus US. Pour ma part la seule fois que j’aurais pu y jouer aurait été à l’armée, mais vu l’épaisseur des matelas on se serait probablement fait très mal en tombant.

Enfin, rien à voir mais dans le genre « vidéo de la semaine » : la vidéo de l’arrivée des mariés et de leurs témoins sur un morceau (atroce) de Chris Brown (vue bientôt 14 millions de fois) aurait boosté les ventes du disque via iTunes. Là on a clairement un exemple d’écosystème vertueux entre vidéos UGC / YouTube / iTunes / les maisons de disque.  Sauf pour les mariés qui sont à l’origine de l’idée et ne touchent rien. Verra-t-on bientôt les maisons de disque encourager les internautes à utiliser leurs morceaux sur des vidéos virales ?? (via Orelien)

Une autre vidéo que celle de Susan Boyle

Le feu croisé Bruant / Narvic / Gunthert à propos de Susan Boyle sur le billet précédent m’a donné envie de faire un petit tour sur le viral vidéo chart, où je suis tombé sur un nouveau film de T-mobile :

« Nouveau » car bien sûr T-mobile s’était fait remarquer avec un premier happening (je ne dis pas flash mob, Bruant m’engueule quand je dis que c’est un flash mob) avec sa chorégraphie plutôt inattendue (bon, allez, reconnaissons-le et disons « assez géniale ») dans la station de Liverpool Street.

En parallèle, d’autres vidéos du type « happening public » commencent à pulluler sur Youtube… et pas forcément toutes aussi emballantes. Alors on peut se demander : le futur du marketing viral est-il dans la rue ? Ou plus précisément, dans la rue et en TV puisque les films de T-Mobile ont également été diffusés sur le petit écran ?

Il y a un côté assez fascinant dans ces grands rassemblements populaires, qui flirte avec le soutien aux grandes causes façon We Are The World. Déjà un concert c’est beau, alors 13 000 personnes qui chantent Hey Jude à Trafalgar Square…

Sauf que, sauf que, c’est une pub. Une pub pour un opérateur mobile, et ça « ça gâche un peu le goût de mon plaisir », comme disait Michel Drucker dans l’original de la chanson des Enfoirés. (Dingue, je viens de citer les Enfoirés sur le blog, et pourtant je vous promets, je n’ai pas perdu de pari stupide).

Bref, le problème, encore et toujours, est que pour surprendre il faut toujours faire mieux, et le genre « happening » va tendre à se banaliser. Finalement, le marketing viral, malgré ce qu’il peut produire de plus créatif, peut-il être autre chose qu’un genre marginal ?

Bon, voilà tout pour ce soir.

PS : notez le détail délicieux dans la description de la vidéo par T-Mobile sur Youtube :

« The exclusive 4 minute extended version of the moment 13,500 people spontaneously sang Hey Jude together in Trafalgar Square. » Cherchez le mot de trop.

Le Tigre sort ses clics sur Marc L.

tmarclEn réponse à certains commentaires suite à mon billet sur Le Tigre et les moutons, je reprends les chiffres donnés par Le Tigre dans son dernier numéro. D’où sont venus les internautes intéressés par l’article du Tigre sur le désespérant désespéré Marc L. ?

Le Tigre a consacré un article rétrospectif sur cet emballement, « Marc L. genèse d’un buzz médiatique ». Je vous invite à le découvrir en ligne ou en kiosque (un peu de sport ne fait pas de mal). Je ne reprendrai que deux extraits qui donnent quelques renseignements sur les origines du trafic vers  l’article :

Il n’est (…) pas inintéressant de constater que sur près de 200 000 personnes qui ont cliqué sur le portrait de Marc, 9% proviennent du site du Monde, 4% proviennent du site de l’Express, 3% du Figaro, 1,8% de Facebook, et 1,7% de lepost.fr. Où l’on voit que les médias traditionnels continuent, malgré tout, à organiser le grand barnum de l’information…

Si l’on prend en compte les sites français ayant apporté plus de 118 visiteurs, 37% seulement sont des pure players [de Facebook à Google en passant par Rue89 ou Mediapart], contre 63 % de médias traditionnels (…) Ce qui signifie que, même pour un sujet concernant internet, les visiteurs continuent à suivre un flux dominé par les marques anciennes.

Le Tigre, Marc L. et les moutons

tigreLe début de l’année a été l’occasion de voir éclore un nouveau sport, la chasse au Tigre. Je parle de la revue bien sûr. Cette revue, modeste et géniale, dont l’un des animateurs avait fait le portrait Google d’un internaute Lambda – le fameux Marc L. dans sa version anonymisée. Mais justement… Comment une revue confidentielle en vient à faire l’actualité médiatique ? Comment une revue papier en vient à créer un buzz en ligne ?

Ces quelques questions en tête, j’ai interrogé un outil de veille en version beta que nous avons testé chez Internet&Opinion(s) – le Linkscape. Et voici la chronologie que le portail m’a livrée (attention, je suis très très loin d’avoir récolté toutes les sources qui ont parlé de « l’affaire ». Il faut prendre la chronologie qui suit comme seulement indicative. Le dernier numéro du Tigre (mars-avril, vol.30) vient de sortir et vous trouverez un article bien plus détaillé sur cet emballement médiatique).

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En gros, on peut distinguer grossièrement quatre temps (je laisse tomber la version papier sortie en novembre-décembre, seul Baptiste Coulmont fait trois lignes sur son blog à propos de l’article) :

  1. Le Tigre met en ligne son article. Manifestement cela n’intéresse toujours personne ou personne ne lit Le Tigre – ou bien  les deux.
  2. PresseOcéan sort un article sur l’article du Tigre. L’article de PresseOcéan est lui-même repris par un article publié sur le site du NouvelObservateur.
  3. Le lendemain, les billets sur le sujet commencent à tomber, notamment avec plusieurs billets. C’est parti pour un peu plus de 10 jours de buzz qui décline progressivement.
  4. De nouveaux billets apparaissent. Mais cette fois, il n’est plus fait référence au buzz, à la polémique. Marc L. devient une référence en tant que telle, un lieu hypertexte pour sous-entendre les risques de laisser traîner des informations sur la toîle. Marc L. devient au web ce que Cadet Roussel est à la chanson populaire. On en parle déjà comme du passé, comme « l’histoire de Marc L. »

Maintenant que Linkscape m’a mis la mémoire bien en place et après avoir parcouru le papier rétrospectif du Tigre, je ne sais plus à quel saint me vouer.

En effet, cette histoire de Marc L. permet de soulever, de « mettre à l’agenda » comme on dit en sociologie des médias, une question centrale pour nos sociétés. Je rentre pas les détails, hein, mais vous m’aurez compris : Marc L. le fait divers, déclenche des papiers dit de société sur aujourd’hui comment sont protégé nos informations, etc.

Oui, mais voilà ! Par qui est venu le buzz ? Par Marc L. lui-même ! Par son interview au journal (vous savez le « média traditionnel ») PresseOcéan ! Marc L. a bien donné une interview et c’est cette interview qui déclenche le reste de l’emballement – aidé par une première reprise, celle du NouvelObs qui donne la visibilité de l’article sur la toile… Marc L. me fait penser à tout ces peoples qui se plaignent dans les médias du sort qui leur est réservé dans d’autres médias.  (Si Marc L. vit mal le papier du Tigre pourquoi chercher à en parler, à ameuter la presse traditionnelle au tirage très très supérieur à celui du Tigre ?). Marc L.,puisqu’il faut l’appeler ainsi, n’est qu’un arrosé arroseur… Car encore une fois le buzz est déclenché au départ :

– par le principal intéressé qui se plaint dans la presse locale

– par un journal de la presse locale, cette bonne vieille presse

– par le site en ligne d’un des principaux hebdo français.

Marc L. ne peut  s’en prendre qu’à lui-même, car c’est bien lui qui a déclenché le buzz en répondant à PresseOcéan. Alors que l’information était jusqu’ici confidentielle (présente sur Internet bien sûr mais confidentielle – difficile de tomber dessus par hasard) c’est Marc L. qui lui a donné sa cohérence, qui l’a rendu publique. On voit donc comment les médias traditionnels influencent le web, et cadrent les débats même sur la toile.

Finalement, il y a deux faits divers Marc L. :

  • comment le Tigre a retrouvé sa trace en ligne
  • comment « Marc L. » est devenu un buzz.
capture de "Mes moutons" de Bertrand Monney

capture de "Mes moutons" de Bertrand Monney

Or le terme « buzz » masque un peut la réalité de l’affaire. Le Buzz c’est sympa, Le Buzz c’est cool, tendance. Le Buzz c’est bath. Mais le Buzz n’est que le nouvel avatar de ce que bien des blogueurs détestent dans les grands médias : la redondance, le matraquage de l’information. La circulation circulaire de l’information aurait dit Bourdieu. Une circulation circulaire tellement forte que Marc L. est en passe de devenir une référence culturelle parmi les blogueurs. Le mot-clé, le fait-divers marquant qui reviendra pour parler de ce débat. L’affaire Marc L. fera date et fait référence.

Marc L. c’est aussi ça… le panurgisme des médias tout style confondu… Les médias traditionnels en ligne, les médias pure players type Le Post (Marc L. a donné aussi une interview au Post !!), et de la plupart des blogueurs qui se sont emparés de l’affaire en respectant le cadrage des médias traditionnels.

Pour moi, l’affaire de Marc L. montre l’ampleur de la crise culturelle du journalisme et de l’information que nous traversons. L’affaire Marc L. montre également que les subtilités techniques proposées à coup de termes séduisants comme « journalisme citoyen », « journalisme participatif » ou dernier avatar en date « journalisme de liens » ne règlent pas une seconde ce problème – voir même l’accentuent parce qu’en l’occurrence, techniquement parlant, elles renforcent les potentiels de reprise sans vérification ou mise en perspective des sources. Que pas grand monde n’ait été choqué de la contradiction centrale de Marc L., à savoir un anonyme qui prend la parole dans des grands médias au sujet d’un article que personne n’avait lu ou presque en dit long sur nos capacités à converser de tout et n’importe quoi et à nous aveugler nous-mêmes.  Avant, nous avions le panurgisme des journalistes et de leur caste supérieure, les éditorialistes. A ces deux catégories,  il faut ajouter nos leaders d’opinions communautaires qui font prendre la rumeur comme on fait prendre une bonne mayonnaise – pour le meilleur comme pour le pire. Les moutons ont de très beaux jours devant eux sous le soleil du web social… (et nous avions nous même succombé à la pression sociale de ce buzz avec un billet torché)

PS : Quoiqu’il en soit, merci à Linkscape de m’avoir éclairé  et merci à Anthony Hamelle de nous avoir fait confiance pour tester ce portail à l’interface bluffante !

Vidéo de la semaine : whodunnit?

Interdit de lire ce qui suit avant d’avoir d’abord regardé la vidéo :

Ca vous rappellera certainement ceci

C’est donc un nouveau coup des Transports For London, 8 mois après, dans le cadre de leur campagne de prévention pour les cyclistes. Ce qui fait d’ailleurs partie des données de départ pour beaucoup d’internautes qui voient la vidéo, puisqu’elle est sur le site officiel de cette campagne et postée sur YouTube par l’utilisateur « dothetest ».

Ce qui me semble bien fonctionner d’un point de vue stratégique : dans la première campagne, l’internaute est totalement pris au dépourvu puisqu’il est lancé sur une fausse piste (le nombre de passes) ; dans la deuxième, il sait qu’il faut s’attendre à quelque chose et est attentif mais est quand même mis face à l’évidence : « it’s easy to miss something you’re not looking for ».

Cette deuxième campagne, de par le fait qu’elle est une « sequel » et de par l’utilisation du langage (la première, muette, est plus universelle), a un moindre potentiel de buzz que le Moonwalking Bear (vu 5 millions de fois dans sa principale version YouTube). Mais après tout elle n’est pas censée visée autre chose que des gens qui conduisent dans Londres et devrait je pense très bien fonctionner.

Et rappelle le principe de « la vidéo qui buzze » : il faut avoir une idée créative qui tue. Plus facile à dire qu’à faire.

Via Gaduman qui le tenait lui-même d’Olivier Mermet.

PS : si on met en parallèle les campagnes des Transports For London et ceci (disclosure : réalisation de l’agence), on notera aussi, en matière de prévention routière, une tendance à l’utilisation de la preuve par l’image sans quasiment aucun discours.

Vidéo de la semaine : Carlsberg + Mentos

Tiens, puisqu’on a pas mal parlé de la question de la présence de marque dans les vidéos virales récemment (ici et ), voici un bon exemple : la vidéo réalisée par Carlsberg pour surfer sur le buzz Coca / Mentos :

Vidéo vue 1.5 million de fois en 5 mois sur sa principale version YouTube. On n’est certes pas au niveau des Backflips de Levi’s (et je suis prêt à parier que la présence explicite de la marque dans la film ci-dessus est un frein à sa diffusion), mais cet exemple montre qu’il existe des manières de réaliser le difficile compromis entre présence de marque et potentiel viral.

Présence de marque : la marque est mise en scène (la bouteille tournée face caméra), verbalisée (pas super naturel…) et signe le film.

Potentiel viral:

– utilisation des codes de la vidéo amateur (film fait avec deux euros)

– réponse à un buzz existant (Coca / Mentos)

– et bien sûr une vraie idée créative (le camion).

Dans un secteur (boisson alcoolisées) qui s’accommode bien des codes potaches du web, on notera aussi le buzz « First » pour Bud Light (vue un peu mois de 900 000 fois, mais très peu en France) :

Et dans le genre « la récup faire des merveilles », le tout récent blockbuster Wassup 2008 qui n’est justement pas l’oeuvre de Budweiser, comme la fin du film le précise (contrairement au fameux original de 2000) :

Levi’s : du viral à la TV

Vous vous souvenez sans doute qu’un des gros « buzz » (berk ce mot) du mois de mai était la vidéo des « backflips », les types qui faisaient des acrobaties pour atterrir dans leurs jeans. Vue des millions de fois, la vidéo avait cartonné et étonné : elle n’était pas signée et avait tout de la vidéo amateur… sauf qu’elle avait été réalisée par Levi’s.

On en avait parlé à l’époque en rappelant notamment que cela pouvait se comprendre par le fait que le présence de la marque nuit fortement à la viralité de la vidéo. Mais d’où une interrogation : quel retour sur investissement pour Levi’s ? Levi’s ne comptait-il que sur le « deuxième effet buzz », celui de la révélation ? Parmi les millions d’internautes qui avaient vu la vidéo, combien in fine auraient réellement su que Levi’s en était l’auteur ?

Un élément de réponse est à lire ici : Levi’s a réutilisé le film… mais cette fois, en TV, aux Etats-Unis. Et cette fois-ci, en le signant. Double bénéfice me semble-t-il : le problème de la présence de la marque est réglé (on est dans du top-down traditionnel, on signe et voilà) et on utilise la réussite du film viral (je suis internaute, j’avais vu les backflips mais sans savoir que c’était Levi’s, je revois le film 4 mois après, je me dis ‘chouette ce film’ et ‘oh, c’est Levi’s’).

Merci à Aurélien pour l’info.

Sociogeek ou l’extension du domaine de la recherche

Une belle initiative monte en puissance sur la toile, Sociogeek. Pour l’instant, décrivons la bête comme un questionnaire en ligne dont la problématique tourne autour de notre exposition sociale sur la toile; citons les commanditaires – la Fing, OrangeLabs et Faber Novel et le développeur, Spinmedias.

SocioGeek est une initiative notable car elle prolonge la recherche sociologique « classique » et ce pour au moins deux raisons :

  • la plasticité du questionnaire
  • la fonction phatique du questionnaire

Extention n°1 : la plasticité du questionnaire

D’autres blogueurs l’ont déjà remarqué (Palpitt ou Gunthert). SocioGeek n’est pas un banal questionnaire en ligne. Il offre à l’internaute une interface de très grande qualité. Les photographies sont ainsi un élément clé du questionnaire ce qui est une chose assez rare pour être notée. Le principe du second jeu  fonctionne sur une logique indicière ce qui nécessite une architecture de développement bien plus complexe que les classiques questions à choix multiples en ligne.

La logique de SocioGeek peut faire penser à une autre enquête réalisée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot dans les années 80, deux sociologues dont Dominique Cardon d’OrangeLabs a été proche. Les deux sociologues s’inspiraient des protocoles de psychologie sociale. Pour aller vite, ils utilisaient un « jeu de société » de leur cru pour  comprendre les compétences sociales des individus. Les joueurs devaient trouver la profession ou le statut de plusieurs personnages mystères. Pour ce faire, ils disposaient d’une somme d’argent (fictive) qui permettait d’acheter des indices.

La mécanique est assez proche de celle développée dans Sociogeek où l’interface nous propose de nous choisir des amis en fonction d’indices plus ou moins significatifs on line. Et ce petit rappel n’est pas anecdotique. En effet, les résultats de l’enquête n’ont jamais été dépouillés complètement. Les deux sociologues ont publié un article présenté comme exploratoire (Finding one’s way in social space, 1983) et puis plus rien. Les données accumulées n’ont jamais fait l’objet d’une analyse systématique. Pourquoi ? Sûrement, entre autres choses, parce que les données recueillies étaient difficiles à dépouiller, à coder et à analyser en raison de la masse d’info et de leur fort degré d’hétérogénéité. D’autre part, ces jeux expérimentaux demandaient également beaucoup de temps (deux jours complets pour une session) et le nombre de participants était sans commune mesure avec les possibilités d’un questionnaire classique.

L’expérience SocioGeek est donc très intéressante d’abord de ce point de vue là. L’interactivité et l’informatique aidant, les sociologues sont désormais capables de produire à grande échelle des questionnaires et disposent d’une liberté technique qui n’existait pas il y a encore quelques années. De cette manière, les sociologues élargissent leur possibilités d’observation (questionnaire avec des images, qui sort de la logique de la simple question traditionnelle, etc.) et maximise leur capacité d’analyse (tout passe par l’informatique, fini le codage fastidieux, etc.). SocioGeek est un superbe exemple des métamorphoses possibles du questionnaire en sociologie.

Extention n°2 : la fonction phatique du questionnaire

Mais cette métamorphose a un coût élevé. Si le ticket d’entrée s’est effondré pour le questionnaire classique, l’utilisation d’images (mais on pourrait imaginer du son, de la vidéo, etc.) le tout sur une interface de qualité n’est pas à la portée de tous. D’ailleurs, les commanditaires se mettent à trois pour réaliser un tel projet.  Dès lors, le questionnaire n’est pas seulement qu’un questionnaire.

En effet, jusqu’ici (dans la vie réelle), faire passer un questionnaire nécessitait de faire appel à la sympathie du répondant (cf. le jolie sourire de l’enquêtrice qui vous arrête rue de Rennes ou je ne raccroche pas au nez d’un étudiant sous-payé) ou à une contrepartie (cf. j’accepte de devenir un poulet sociologique et reçoit des batteries d’enquête en échange de coupons de réductions). Mais l’interlocuteur physique disparait avec le questionnaire en ligne. Dès lors comment capter et maintenir l’attention suffisamment longtemps ? SocioGeek dure quand même plus de 20 minutes. Désormais le questionnaire doit séduire ici par sa promesse (tester son profil) et son interface chic (le logo fait penser à Vice City, le curseur de la souris se transforme un temps à la façon de la baguette magique d’Harry Potter) et choc (je peux afficher mes résultats sur ma page, etc.). L’enquête sociologique doit composer avec un dénouement digne de n’importe quel QCM psychologique dans un féminin. La typologie finale et les commentaires sont dignes de la grande époque des styles de vie façon Cathelat (les casaniers, les aventuriers, les discrets, etc…). Sur le plan de l’énonciation, le questionnaire doit perdre ses attributs scientifiques pour assurer l’attention de l’internaute.

On sait très bien que les sondages sont utilisés pour communiquer. Le sondage est une manière de jouer à la marge sur l’agenda médiatique. Il s’agit de nourrir les journalistes en information plus que de faire progresser notre connaissance.

Cette fois, la recherche est face à une nouvelle instrumentalisation : faire passer un questionnaire n’est plus uniquement un acte scientifique mais aussi un acte de communication qui doit buzzer comme une vidéo virale. Il devra lui aussi répondre aux critères de « liking » que les publicitaires vénérent en matière de pub : quels que soient les résultats il aura déjà dû être plaisant de répondre au questionnaire. Pour faire passer aux internautes la pilule scientifique il faut être ludique. Dans la perspective sociale et relationnelle du web, un nouvel outil de communication vient donc de voir le jour…

Et pour finir, moi je suis un discret avec un zest d’aventurier, assez proche des résultats de Palpitt j’ai l’impression 😉

L’arythmie du web et le (tout petit) wagon de retard de Mediapart

Le signal faible du jour est microscopique… Insignifiant presque. Mais, pris par le petit bout de la lorgnette, il est révélateur de la possible arythmie de l’info sur le web.

Aujourd’hui, Mediapart, via sa revue de web, nous apprend que l’histoire des portables qui s’allument et des pop-corns qui sautent  et bien vous savez quoi… bah c’était bidon… ça vous en bouche un coin, mais peut-être que vous n’étiez pas au courant, sûrement comme  le responsable de la rubrique (en vacances prolongées ?;-).

Le journal en ligne linke ainsi sur la page d’Hoaxbuster qui date du 12 juin – date à laquelle CardoSystem avait déjà révélé le pot aux roses. Mediapart nous informe donc du dénouement de ce buzz  plus de 2 mois après ! Qu’il s’agisse d’une erreur de manip, d’une erreur technique ou d’une mise en avant « assumée »  voilà une info qui, innocemment, remonte à la surface comme une bouteille à la mer.

Cela fait penser à ces tristes chaînes pour sauver un enfant qui circulent sur la toile, de boîte mail en boîte mail et qui ne semblent jamais s’éteindre. Cela nous rappelle cette spécificité du web où l’on peut régulièrement réinventer la roue, réchauffer de l’info, retrouver des indices, détérer une preuve tellement cela part dans tous les sens et qu’il est impossible de tout voir.

[Edit à 15h20 : comme on pouvait s’y attendre, merci Vincent, le lien a disparu de la page et votre serviteur n’ayant pu exceptionnellement faire de capture d’écran, vous n’avez plus qu’à me croire sur parole ;-)]