Archives de Catégorie: Consommation

La pyramide de consommation des médias de Wired ou l’art d’induire le public en erreur

Via Twitter, les blogs, etc., vous avez peut-être, sans doute, vu passer cette magnifique pyramide de consommation des médias : c’est le schéma à la mode du moment.

Wired pyramide conso medias

Bluffant non ? Je me l’étais mise de côté sans l’analyser en détail, en remarquant d’une part que l’objet avait l’air de bien tourner dans le petit milieu des webologues, technologues et médiaphiles, et en me disant : « ça fera bien dans une prochaine présentation ».

Et en même temps quelque chose me gênait… non pas que je m’offusque de l’existence cette pyramide qui ose concurrencer la mienne (c’est un autre niveau de réalisation et ça ne traite pas le même sujet), mais en raison de l’absence de sources ou de certitudes sur l’origine des infos dans les sources auxquelles j’avais pu accéder.

Par exemple, les deux premiers résultats Google sur « Pyramide de consommation des médias » renvoient sur Emilie Ogez qui parle du « temps que nous passons à écouter/utiliser les médias » et pour qui « C’est une moyenne je suppose ». Et qui je pense a été loin dêtre la seule à faire cette hypothèse. Et pourtant… 1,5 heure de télé seulement sur 9h de consommation des médias ?

Aujourd’hui, en retombant sur ce chart cette fois chez Laurent, je comprends que la source est Wired, donc une bonne référence. Et le texte d’accompagnement du chart explique tout : « Here are Wired‘s suggested servings for optimal media health. »

C’est là qu’est le twist : le chart ne représente pas un état des lieux de la consommation de médias aux USA, mais la recommandation de Wired pour une consommatiobn médiatique « équilibrée ». Pas du réel, mais du souhaité.

On comprend mieux : aux dernières nouvelles, la consommation de TV aux USA était quand même proche de 5 heures par jour… sacré gap avec le schéma proposé…

Et c’est là que je m’énerve.

La pyramide en elle-même est contre-intuitive : en tombant sur cet objet, on pense forcément à un état des lieux. L’objet est une image, il est donc clair quand on s’appelle Wired et qu’on le publie, que cette image va être reprise, republiée, twittée, qu’elle va circuler dans tous les sens. C’est un objet de buzz par excellence.

Or, l’image ne contient ni titre, ni source, ni signature, ni précision quand au fait qu’il s’agit d’une consommation « recommandée » et non réelle. La confusion sur la vocation de ce schéma est très prévisible.

Une pensée pour tous les gus qui ont dû se dire « waouh, incroyable la consommation de médias sociaux aux USA ». (Et quand je vois qu’on a eu une petite discussion là-dessus sur Twitter avec d’autres gars à l’oeil pourtant exercé, j’en suis d’autant plus persuadé). D’autant plus que même si les commentaires du blogueur ou du média sur le chart en restituent correctement le sens (comme c’est le cas chez Laurent), le regard du lecteur se dirige forcément directement sur le chart et pas sur ce commentaire…

Donc le schéma est fondamentalement trompeur pour son public. Au mieux, une sacrée maladresse. Au pire, du prosélytisme. Je ne suis pas adepte des théories du complot, mais quand on lit l’interview de Chris Anderson publiée avant-hier par Der Spiegel (1), on en vient à se demander s’il n’y a pas une volonté de brouiller les cartes en favorisant la perception qu’a le public des médias sociaux. On connaît les mécaniques d’évangélisation du web 2.0 : des parties prenantes qui se focalisent sur les « bonnes nouvelles » (principe du blog de Loïc Le Meur il y a quelques années, mais pas seulement bien sûr).

C’est le genre de truc qui m’énerve et qui m’avait amené à publier les 10 mythes du web 2.0. Non pas que je ne crois pas aux médias sociaux, mais merde, il faut être clair et intellectuellement honnête. Il y a assez de confusion comme ça.

Maintenant, il faut imaginer le même schéma avec la consommation actuelle des médias. Si l’hypothèse de 9h de consommation des médias est exacte (c’est ce que dit Wired, faisons-leur confiance), les 5h de consommation de TV (la base de la pyramide) occuperaient plus de la moitié de l’espace…

(1) : dont voici quelques extraits : « I don’t use the word media. I don’t use the word news »… « the vast majority of news is created by amateurs »… « (Information) comes to me in many ways: via Twitter, it shows up in my inbox, it shows up in my RSS feed, through conversations. I don’t go out looking for it »… « We’re tuning out television news, we’re tuning out newspapers. And we still hear about the important stuff »…

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La Fnac et l’innovation économique

Nous sommes très nombreux à réfléchir à l’avenir du web social. L’actualité est particulièrement tourmentée. Le vent de la normalisation souffle. Il va falloir que les blogueurs et les internautes actifs rentrent dans le rang. Cette situation de normalisation a de nombreux exemples historiques : la transformation du journal Libération, l’encadrement étatique et mercantile des radios libres, etc.

Un autre cas est celui de la grande distribution et notamment de la FNAC. Un simple exemple, en forme d’hommage à son fondateur qui vient de nous quitter il y a quelques jours :

Le 15 janvier 1973, la FNAC publie une annonce dans la presse magazine. Elle présente le nouveau Polaroïd de l’époque. Mais d’une certaine manière… :

« A la veille de lancer sur le marché le SX 70 (…) Polaroïd garde le silence. Réaction de la FNAC ?… (…) elle rompt le silence. Pour dire : à partir de maintenant, réfléchissez avant d’acheter un Polaroïd dont le prix dépasse les 700 francs.

Parce que (dans un an) le SX70 sera vendu en France à 1200 ou 1300 francs. Mais d’autres modèles suivront. Qui, eux, seront à des prix plus abordables.

Ralph Nader expliquait récemment pourquoi il avait accepté l’invitation de la FNAC : « parce que je crois qu’il peut y avoir des distributeurs qui se mettent réellement au service des consommateurs ». (source : Stratégies n°40, « Fnac contre Polaroid : jusqu’ou peut-on aller trop loin ? »)

Deux constats :

  • ce rôle de conseiller, cette implication militante dans l’achat dans le conseil est aujourd’hui assumé par des internautes anonymes.
  • cela montre à quel point la période actuelle est innovante par rapport à la décennie 90-2000 mais également à quel point la période post-68 était elle aussi pleine d’innovations aussi bien sociale qu’économiques.

Deux questions  :

  • comment et pourquoi  la FNAC a-t-elle quitté ce positionnement et ce rôle d’innovation économique et sociale ?
  • si mai 68 n’est plus passé depuis, nous connaissons l’effervescence de l’avis conso 2.0 : cela donnera-t-il des idées concrètes à la grande distribution ?

Le billet d’un euro selon Christophe Girard… Et non… les symboles ne peuvent pas tout

inflation.jpegChristophe Girard, adjoint au maire de Paris en charge de la culture, nous fait partager son point de vue sur le pouvoir d’achat et l’euro. Selon lui,

L’euro court (…) le risque d’apparaître, aux yeux des consommateurs, comme un bouc émissaire commode pour leurs difficultés quotidiennes.

Il s’ensuit des constats intéressants mais bien maigres pour généraliser à l’ensemble des Français :

Avec un billet de 20 ou 50 francs en poche, le consommateur avait auparavant le sentiment de « posséder de l’argent ». Avec l’équivalent en pièces de 1 ou 2 euros le consommateur a inversement le sentiment d’ « en avoir moins pour son argent ».

La solution ? Introduire un billet de un euro… Waouh

Parce que c’est bien connu :

Posséder des billets, même de 1 euro, donnerait en effet au consommateur le sentiment de « posséder de l’argent » et par conséquent du pouvoir d’achat. Loin d’être une simple mesure de portée symbolique, la création du billet de 1 euro pourrait avoir un réel impact psychologique sur les consommateurs. Elle aurait également des aspects pratiques : les billets sont beaucoup moins encombrants dans les poches et, contrairement aux pièces, ils peuvent être changés dans les bureaux de change.

C’est vrai que nous allons souvent dans les bureaux de change… Plus sérieusement, il y a bien un effet euro dans la perception de l’inflation actuelle. Mais elle n’a pas grand chose à voir avec ce qu’en dit Christophe Girard. L’euro a plus eu un effet perturbateur en brouillant nos références, nos échelles de prix etc… Alors que l’euro soit en monnaie ou en billet, cela ne change pas grand chose. La métrique a changé, 1 euros = 6,5 et des poussières. Les prix psychologiques ont changé… Et un billet à la place d’une pièce n’y changera rien ou pas grand chose.

Oui, les Français voit le passage à l’Euro comme le moment déclencheur d’un renouveau de l’inflation. Mais tout ça parce qu’on aurait plus de pièces et moins de billet ?

Si, « en matière de consommation les symboles comptent aussi », il n’existe pas pour autant ni de solution miracle ou mécanique. Et en creux, Christophe Girard a une drôle de conception du consommateur qui, si on suit son raisonnement (donner lui un billet il ira déjà mieux) est une sorte d’homme unidimensionnel – bien loin de la réalité sociale. Dommage pour un homme politique chargé de la culture.

En 2007, j’ai raté… La première hotline communautaire française

Pour ceux qui, comme moi, n’avaient encore aucune idée de cette nouvelle application il y a encore deux semaines, je rappelle que l’initiative en revient à PriceMinister en partenariat avec Wengo (et je me permets de vous lancer sur la piste de patamiel). Ce développement est un nouvel exemple (et pas des moindres, je trouve) des solutions offertes à l’internaute pour obtenir des renseignements et informations sur un produit ou un service. On voit à quel point peut se développer une économie de la recommandation interpersonnelle (et en bonus, un petit papier de Neteco).

Après une phase beta lancée à la mi-2007, Price Minister et Wengo ont recruté plusieurs centaines de conseillers capables de répondre très rapidement aux autres internautes. Laissons pour quelques lignes la parole au communiqué de presse des deux entreprises :

Ces Conseillers PriceMinister sont des membres du site qui souhaitent faire profiter aux membres de la communauté de leurs compétences dans un domaine particulier. Pour cela, ils ont créé leur compte « Conseiller PriceMinister » sur la plateforme Wengo dédiée, et proposent leurs conseils gratuitement ou contre une rémunération qu’ils fixent eux-mêmes.

Ce sont des particuliers ou des professionnels, qui sont par ailleurs des experts dans des domaines variés : produits culturels (livres, CD, DVD, Jeux Vidéo), informatique, téléphonie, produits pour enfants, mode et accessoires, etc. Membres assidus de PriceMinister.com, ils connaissent bien tous les rouages du site et sont devenus des spécialistes de l’achat et de la vente sur ce site.

Après vous être enregistré vous accédez à la liste des conseillers PriceMinister et les contactez selon votre besoin et leur compétence. Ce contact se fait par téléphone et il est facturé selon le mode choisit par le conseiller. En retour, l’internaute peut noter et laisser un commentaire sur le conseil donné.
A l’heure actuelle, les profils des conseillers ressemblent effectivement à une hotline de PriceMinister : comment utiliser efficacement ce site pour bien acheter et bien vendre ? Par extension on y trouve aussi des profils plus spécialisés comme cette mère de trois enfants qui se propose d’aider à choisir les bons cadeaux ou les bons jouets. Pour le plaisir, j’ai sélectionné ce conseiller :

conseiller-pm.png
Perso, la mécanique actuelle de conseil me semble un peu lourde et j’aurais quelques arguments pour penser qu’elle ne perdurera pas (lire un avis ou un commentaire d’un inconnu ne revient pas à téléphoner et à dialoguer avec un inconnu ; le différentiel de posture d’engagement ne me semble pas du tout négligeable surtout quand il faut in fine payer). Mais, enfin, on ne peut que saluer une nouvelle manière de mettre en avant le rôle des consommateurs comme prescripteurs. Pour expérimenter par vous-mêmes, c’est par là.

Relations entreprises/consommateurs : le MEDEF est-il autiste ?

Hier matin, la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) s’est livrée à un drôle d’exercice, néanmoins stimulant : s’interroger sur l’efficacité des associations de consommateurs françaises sans inviter aucune d’entre elles à la tribune. Les organisateurs de la journée souhaitaient privilégier les regards extérieurs (programme ici), dont celui de l’entreprise.

Celui-ci fut donné par François Remoué, chargé de mission au MEDEF et membre du Conseil National de la Consommation (CNC). La salle, au bout de quelques minutes, lui devient hostile : tics d’agacements, remarques et discussions entre voisins, montée du chuchotement, consultation du portable ou du journal à portée.

Très vite, n’importe qui se rend compte des dégâts : François Remoué n’y connait tout simplement rien. Il l’avoue à demi-mots, en ouverture, avec une anecdote qu’il balbutie. Le voilà qui raconte sa première réunion au CNC : il ne connaissait aucune des associations autour de la table. Son interminable et vague discours aligne, vaille que vaille, une série de questions éculées sur l’efficacité des associations.

Cette litanie interrogative lancée à la salle ne traduit qu’une seule chose : la profonde méconnaissance qu’a le MEDEF (tout du moins de son représentant) des associations de consommateurs. Et plus généralement, une absence d’intelligence stratégique sur les enjeux de consommation. Pour avoir une stratégie, il faut au moins connaitre ses interlocuteurs, leur histoire, leur identité et leurs enjeux.

Heureusement, plusieurs représentants du monde de l’entreprise interviennent pour critiquer sa myopie. Un vieux briscard du CNPF (ex-MEDEF) le rabroue avec les rires garantis de la salle. Une responsable de la RATP rappelle que la Régie rencontre régulièrement les associations de consommateurs et ceci dans son plus grand intérêt. Enfin, un cadre à la retraite de l’industrie automobile explique comment, avec ses ingénieurs, il a toujours porté la plus grande attention aux tests comparatifs faits sur les voitures.

À entendre François Remoué manier l’ignorance et la désinvolture avec élégance, on se dit qu’il reste beaucoup à faire avant que le MEDEF ait une vision des questions de consommation. Vous savez, ces questions qui font tourner une bonne partie de l’économie française.

Le consommateur, Internet et les asymétries d’informations

Le cas qui va suivre n’est pas nouveau et fera écho par ailleurs à vos propres expériences d’internautes patentés (et puis, une démonstration un peu scientifique à la place de quelques intuitions, cela ne fait pas de mal de temps en temps). Je l’ai découvert dans un livre à succès réédité récemment en poche, Freakonomics (et néanmoins tendancieux, à lire avec précaution – ce à quoi les auteurs n’invitent pas). Comment à la fin des années 90, le prix de l’assurance décès à terme s’est effondrée, alors même que les prix d’autres types d’assurance (maladie, auto…) augmentaient ?

C’est à peu près en ces termes qu’est formulée la question de départ de deux économistes Jeffrey R. Brown et Austan, ( “Does the Internet Make Markets More Competitive? Evidence from the Life Insurance Industry,”, disponible ici en working paper). A partir des données recueillies, ils montrent que cette baisse des prix de l’assurance décès est étroitement corrélée aux consultations de sites comparateurs ad hoc qui fleurissent au printemps 1996. La comparaison est d’autant plus aisée que ce produit a la particularité d’être assez homogène d’une société d’assurance à l’autre, le prix étant la caractéristique discriminante. Leurs principales conclusions sont les suivantes :

  1. plus un groupe donné a adopté Internet rapidement plus les prix ont baissé pour cette catégorie de clients;
  2. la massification de l’usage d’Internet entre 1995 et 1997 a fait baisser les prix des assurance vie dans une fourchette située entre 8 et 15%. (les auteurs estiment le surplus consommateur entre 115 et 215 millions de dollar par an).
  3. A terme, la dispersion des prix semble diminuer.

La conclusion de ce papier, nous pouvons tous dès lors l’imaginer. Mais comme j’ai découvert ce papier via le bouquin de Levitt et Dubner, je terminerai par une courte conclusion de leur cru :

Dans toute transaction, il est courant qu’une partie soit mieux informée qu’une autre. Dans le jargon économique, on parle alors d’asymétrie de l’information. Il est globalement dans le système capitaliste qu’une personne (en général un expert) en sache davantage qu’une autre (en général un consommateur). Mais avec l’arrivée d’Internet, d’innombrables asymétries de ce type ont disparu. (…) Internet a permis ce qu’aucun organisme de défense du consommateur n’a su accomplir: réduire considérablement le fossé séparant l’expert de l’acheteur lambda.

Prescription et grande consommation : sur l’importance de l’articulation on/off line

couv_2015_img_fr.jpgVu dans le LSA du 11 octobre (n°2015), un article au titre explicite : « Les clients jonglent entre web et magasins ». Au départ de cet article une étude qualitative du cabinet IOD. 13 consommateurs ont participé à l’enquête organisée de la manière suivant : chacun a rempli tout d’abord son journal d’achat sur un blog perso durant une semaine. Dans un second temps les candidats ont participé à un forum de discussion, discussion lancée chaque jour par une nouvelle question des enquêteurs (environ 5 jours de forum).

Cette enquête qualitative très exploratoire s’ajoute à d’autres études croisées par ailleurs autour de la prescription d’achats. Quelques enseignements tirés des verbatims proposés à la sagacité du lecteur :

1) Une expertise accrue des consommateurs :

« Les vendeurs en magasins ne connaissent plus leurs produits. J’en connais plus qu’eux en m’étant documenté sur des sites spécialisés ».

Une méfiance envers les vendeurs résolue grâce à Internet. Les consommateurs se disent moins captif des conseils des vendeurs :

« Ils donnent des conseils, mais selon leur point de vue et leurs objectifs de vente. J’aurais plutôt tendance à me fier aux avis des consommateurs que l’on peut dénicher sur les forums ».

2) Mais les magasins garde de leur intérêt en particulier sur les produits dits « vivants » (alimentaire, plantes, animaux) ou ceux qui impliquent la personnalité de l’acheteur. Internet est encore un « désert sensoriel » :

« Je vais en magasin lorsqu’il est interdit de se tromper sur la qualité des produits alimentaires, pour les voir, les humer »
« Je fais un tour sur le site SFR pour voir les mobiles proposés avec les points de fidélité (…). Mais je ne commanderais pas en ligne, car je préfère les voir en vrai pour choisir en fonction de leur taille et de leurs poids ».

3) Si l’on est attentif aux avis et commentaires des autres sur Internet on l’est tout autant, voir plus, dans la vie de tous les jours. Et l’achat en ligne est une activité principalement solitaire et bien moins propice à l’échange de groupe:

« Nous partons en virée entre copines dans des magasins de vêtements. Nous nous amusons, essayons beaucoup de choses. Et forcément, on achète cette robe dans laquelle tout le monde, dans la boutique, nous trouve trop mignonnes ».

« Surfer à son rythme, examiner un produit sous toutes les coutures, c’est un plaisir un peu égoïste pour qui le fait et agaçant pour qui regarde ».

Ceci ne tuera pas cela mais plutôt ceci cohabitera avec cela. Dans quels termes ? Affaire à suivre… A l’échelle de la société, nous sommes encore loin d’une maturité et d’une stabilité des usages et pratiques d’achats sur Internet.

L’impact des leaders d’opinion : le cas Parker (très spécifique mais si instructif)

Bon, coupons court à toute ambiguïté : oui l’équipe de France de Basket joue ce soir contre la Lituanie; et non, je ne parle pas de Tony mais de Robert Parker, un des experts les plus reconnus sur le marché viticole (tiens pour s’en convaincre il suffit de suivre l’autopromo du grand chef).

rparker.pngParker, dans son style, est sans contexte un leader d’opinion : chroniques dans The Wine Advocate, guides, livres, sites Internet, les notes du bonhomme sont guettées par la profession. Etait-il possible, pour autant, de quantifier son influence et son impact sur le marché ? Oui, à la lecture de l’étude de trois économistes de l’INRA qui ont rendu leur conclusion dans un document de travail au titre malicieux « The impact of gurus : Parker grades and en primeur wine prices » (26 pages, avec annexes et en anglais).

L’enquête date de quelques années désormais mais a été portée à ma connaissance par la chronique éco de ce jour dans Libération (foire aux vins oblige) et signée Pierre-Yves Geoffard ( à consulter sans modération si vous souhaitez en savoir plus sur cette étude).

Nos économistes de l’INRA ont pu travailler sur des données naturelles suite à un coup du sort en 2003. R. Parker vient chaque année au printemps déguster certains vins français en primeur. (Incise pour les incultes comme moi : certains vins de Bordeaux sont vendus en primeur, c’est-à-dire avant même maturation complète). Or en 2003, l’ami Parker ne se rendra dans notre belle contrée qu’à l’automne – après la vente de ces mêmes vins. Donc si vous avez suivi, en 2003, les prix de ces vins ont été fixé avant la publication des notes de Parker, contrairement aux autres années.

De quoi aiguiser les outils favoris des économistes qui ont donc cherché à saisir les effets de cette absence de notation. Résultat sans appel : les vins notés par Parker connaissent une augmentation moyenne de 3 euros par bouteille.

generic-champion.jpg

Bien sûr, ce cas est très spécifique au marché du vin mais il vient s’ajouter à bien d’autres enquêtes (dont on parlera un jour c’est sûr) sur les leaders d’opinion. Généralement, leur influence est évidemment très difficile à identifier et à isoler. Cette absence d’un printemps a été une vraie aubaine pour saisir de manière empirique son impact. Quant à connaître l’effet Tony Parker sur la vente de Kinder, c’est une autre histoire.

Internet sert l’avis : l’enquête Profiling 2007 d’Ipsos

Ipsos a rendu public pour 01 Net (et rien d’accessible sur le site Ipsos itself) les derniers chiffres issus de son enquête Profiling (pour la méthodologie c’est par ).

On retiendra ce chiffre : 23% des internautes laissent souvent ou de temps en temps un commentaire suite à un achat en ligne.

Difficile d’être plus précis dans l’analyse puisque la version publique est évidemment expurgée de toutes les nuances qui font la saveur et l’intérêt d’une enquête digne de ce nom.

En revanche, la slide rendue disponible dans le diaporama de 01 Net lance une piste d’analyse instructive : ceux qui achètent régulièrement et ceux qui disposent d’une connexion à Internet depuis plus de 5 ans sembleraient plus actifs pour donner leurs avis. Ce chiffre pourrait-il s’expliquer par un effet d’apprentissage, propre à l’appropriation d’une nouvelle technologie? Ce sont les personnes les plus à l’aise avec Internet qui participent le plus.

ipsos.png

Dans ce cas, le seuil de 20% d’internautes qui donnent leur avis est-il un niveau de maturité ou une simple étape dans la participation de masse à venir ? Seul l’avenir nous le dira, évidemment. Mais il semble, encore une fois, que les fonctionnalités offertes sur Internet ne soient utilisées régulièrement que par une minorité plus active .

Du potentiel consumériste de Facebook : le cas HSBC

Facebook ne cesse d’attirer. On vient y retrouver ses amis, s’en faire de nouveaux, entretenir ses connaissances ou encore travailler son réseau professionnel… Ouf, ça fait déjà beaucoup. Mais les usagers de la plate-forme du moment ont plus d’un tour dans leur sac. Voilà que Facebook a désormais une nouvelle utilité : agréger les mécontents, leur permettre de se reconnaître et de donner tous ensemble de la voix. De quoi rejoindre la panoplie du consumérisme.

HSBC vient d’en faire les frais outre-manche. Rappel des faits (chez Ecrans notamment) : la banque décide d’augmenter les agios auprès de ses clients étudiants à découvert. Branle bas de combat du côté du NUS (National Union of Students, le principal syndicat étudiant britannique) qui lance dans la foulée un groupe Facebook, Stop the Great HSBC Graduate Rip-Off!!!

La mobilisation porte suffisamment ses fruits : environ 4000 membres s’inscrivent en plein mois d’août sur le groupe (aujourd’hui il en compte plus de 6000), plus de 1000 commentaires… HSBC fait marche arrière dans un communiqué commun avec le NUS

Pour Wes Streeting, Vice-président du syndicat étudiant et créateur du groupe, Facebook a été central dans cette campagne : il a permis de toucher des étudiants non militants ou des anciens qui ne fréquentent plus les campus, le tout durant une période de mobilisation creuse – les vacances.

On peut ajouter également que les fonctionnalités de la plate-forme permettent d’archiver et partager les preuves matérielles nécessaires dans ce type de mobilisation. Sur le groupe administré par le NUS, chacun peut consulter quelques courriers envoyés par HSBC à certains étudiants. La critique prend appui sur des preuves disponibles à tous et non uniquement sur des mots d’ordre ou des appels à mobilisation.

Ainsi, la capacité d’agrégation offerte par Facebook peut être, à terme, un outil puissant pour prendre collectivement la parole et compléter les actions consuméristes habituelles. Et tout ceci à moindre coût, ce qui laisse présager une appropriation rapide.