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Etude du Credoc pour Ebay : 44% des internautes cherchent des avis conso en ligne

Depuis ses débuts, ce blog a beaucoup collecté et commenté les études sur la façon dont on s’informe en ligne ou offline, notamment dans une perspective d’achat (dernier billet en date, une étude de TNS sur les sources de confiance on et offline). Dans cette veine, Emmanuel me signale cette étude du CREDOC pour Ebay qui vient apporter quelques éléments d’information et de réflexion sur ce que nous avons appelé « le renouveau du consumérisme« .

Le pdf résumé de l’étude est sur le site du Credoc mais comme on est grands seigneurs vous l’aurez aussi en cliquant ici.

Premier point : l’étude s’intitule « L’Internet participatif redonne confiance aux consommateurs ». A vrai dire je ne comprends pas très bien ce choix de titre car l’étude montre surtout la proportion d’internautes qui cherche des avis consommateurs en ligne. Ils sont 44% à chercher des avis de consommateurs (voir camembert ci-dessous) et d’après le Credoc, « l’information recueillie est perçue comme objective et satisfait la quasi-totalité des internautes qui l’ont recherchée ». Le Credoc ajoute que 66% des 44% ont confiance dans les commentaires collectés sur les forums, blogs ou newsgroups.

Mais est-ce pour autant qu’Internet redonne de la confiance aux consommateurs ? Je peux avoir confiance dans ce qui se dit sur Internet, et du coup freiner mes achats car les avis récoltés sont négatifs et cassent ma confiance dans le produit. Bref, confiance dans une source d’information ne signifie pas confiance dans des produits, surtout que sur le web, c’est toujours les mécontents qui s’expriment le plus facilement.

credoc pour ebay

Mais bref. Premier enseignement intéressant de l’étude à mon avis : ces fameux 44% d’internautes qui cherchent des avis de consommateurs, dont 14% qui le font régulièrement. Si on considère qu’environ les 2/3 de la population française est internaute, cela veut tout de même dire qu’environ 1/4 de la population aurait recours aux avis de consommateurs en ligne. Quand même. Et comme une grosse partie de cette recherche d’avis se fait par le moteur de recherche, on en revient à un constat désormais bien connu : le rôle du moteur de recherche dans les stratégies de réputation.

Autre constat intéressant : les internautes qui effectuent des recherches d’avis conso ont tendance à ajouter cette recherche à leurs autres sources d’info (magain, ami / membre de la famille, revue spécialisée). Pas à la substituer. Internet viendrait donc comme un canal d’information complémentaire pour internautes éclairés (là on est en plein dans le renouveau du consumérisme, pour le coup). De quoi contrarier les prophètes de malheur pour qui le web n’est qu’aveuglement et manipulation 😉

Enfin, l’étude confirme que le web est LE lieu de l’achat malin : 79% des internautes estiment que le web leur permet de faire des économies grâce notamment à la faculté de comparer les offres. Spéciale Ebay : 35% des Français ont déjà acheté un produit avec l’idée de le revendre d’occasion. Dont 54% des 18-24…

Voilà qui devrait promettre Ebay à un bel avenir mais un rapide coup d’oeil sur Google AdPlanner montre une décroissance importante de l’audience du site (données Google Adplanner, trafic France), qui confirme des difficultés dont le dernier épisode est la pétition lancée par Ebay contre les marques qui bloquent la revente de leurs produits :

audience ebay

C’est un autre sujet que celui de ce billet, celui des modèles économiques du web, mais qui reste toujours aussi épineux…

Pour en revenir à l’étude du Credoc, ce qui manque dans ce type d’étude, c’est une différenciation des pratiques d’information en fonction des types d’achat concerné.

Plus l’achat est lourd, plus on aura tendance à s’informer en général et donc à s’informer en ligne (ex : le matériel high-tech). En revanche pour les achats légers du quotidien et les achats d’impulsion, ce n’est pas du tout la même chose. Il ne faut donc pas conclure que 44% des internautes vont chercher des avis sur des laitues avant d’aller au marché !

La Fnac et l’innovation économique

Nous sommes très nombreux à réfléchir à l’avenir du web social. L’actualité est particulièrement tourmentée. Le vent de la normalisation souffle. Il va falloir que les blogueurs et les internautes actifs rentrent dans le rang. Cette situation de normalisation a de nombreux exemples historiques : la transformation du journal Libération, l’encadrement étatique et mercantile des radios libres, etc.

Un autre cas est celui de la grande distribution et notamment de la FNAC. Un simple exemple, en forme d’hommage à son fondateur qui vient de nous quitter il y a quelques jours :

Le 15 janvier 1973, la FNAC publie une annonce dans la presse magazine. Elle présente le nouveau Polaroïd de l’époque. Mais d’une certaine manière… :

« A la veille de lancer sur le marché le SX 70 (…) Polaroïd garde le silence. Réaction de la FNAC ?… (…) elle rompt le silence. Pour dire : à partir de maintenant, réfléchissez avant d’acheter un Polaroïd dont le prix dépasse les 700 francs.

Parce que (dans un an) le SX70 sera vendu en France à 1200 ou 1300 francs. Mais d’autres modèles suivront. Qui, eux, seront à des prix plus abordables.

Ralph Nader expliquait récemment pourquoi il avait accepté l’invitation de la FNAC : « parce que je crois qu’il peut y avoir des distributeurs qui se mettent réellement au service des consommateurs ». (source : Stratégies n°40, « Fnac contre Polaroid : jusqu’ou peut-on aller trop loin ? »)

Deux constats :

  • ce rôle de conseiller, cette implication militante dans l’achat dans le conseil est aujourd’hui assumé par des internautes anonymes.
  • cela montre à quel point la période actuelle est innovante par rapport à la décennie 90-2000 mais également à quel point la période post-68 était elle aussi pleine d’innovations aussi bien sociale qu’économiques.

Deux questions  :

  • comment et pourquoi  la FNAC a-t-elle quitté ce positionnement et ce rôle d’innovation économique et sociale ?
  • si mai 68 n’est plus passé depuis, nous connaissons l’effervescence de l’avis conso 2.0 : cela donnera-t-il des idées concrètes à la grande distribution ?

Facebook nous appartient-il ? Un peu, pas beaucoup mais toujours passionnément

20-minutesFacebook fait polémique. Quand il n’est pas critiqué pour les dangers qu’il représente auprès des enfants et des adolescents, Facebook se prend les pieds dans son tapis – son modèle économique.

Paradoxe du cordonnier : alors que Facebook facilite les conversations entre pairs, l’entreprise enchaîne les malentendus et les incompréhensions avec ses utilisateurs.

À chaque fois, Facebook donne l’impression de faire machine arrière. Ce qui peut apparaître comme de l’ordre de la boulette à répétition (« un problème de communication » résumeront certains) est peut-être surtout un flottement des repères.  Facebook doit, en permanence, faire face au pouvoir de nuisance des médias, petits et grands, de la rumeur numérique issue de ses propres groupes aux JT. Pourquoi une entreprise si jeune est-elle sous le feu des médias ?

Pendant longtemps – et c’est encore le cas dans la grande majorité des secteurs productifs, la question était de savoir à qui appartiennent les moyens de production. Qui en est le propriétaire ? Comment distribuer les revenus issus de ces moyens de production ? Les réponses tournaient en fonction des points de vue politiques adoptés : actionnaires, salariés ou technostructure (ce que l’on appelle le management).

Mais aujourd’hui, une entreprise comme Facebook doit ajouter un nouvel entrant : ses usagers. Facebook ne peut pas, unilatéralement, modifier son service sans que son geste soit décortiqué, analysé, critiqué ou loué par ses « membres ». Les utilisateurs n’ont évidemment que le ministère de la parole – une position toujours à relativiser cela va de soi. Néanmoins, on sait aussi que la parole est devenue la valeur d’échange centrale de l’économie du web social. Facebook grandit parce que nous venons y parler, y écrire, y échanger. Wat, la plate-forme  de TF1 a longtemps eu du mal parce qu’elle n’arrivait à déclencher l’effet de réseau vertueux qui fait que le monde attire le monde.

En fins connaisseurs de ces marché à double face et aux effets de réseaux inhérents au web, les dirigeants de Facebook ne peuvent pas ne pas prendre en compte la dimension discursive des prises de positions de ses usagers (à la différence d’entreprises comme La Poste, la RATP ou la SNCF qui même si elles sont engagées dans de procédures d’écoute ne placent pas au coeur de leur stratégie les opinions des usagers). La gouvernance de Facebook est tributaire des opinions qui circulent sur le service.

Dans un sens, et à moins de fermer purement et simplement le site, Facebook doit prendre en compte ses utilisateurs dans la gestion de ses moyens de production – d’où son choix hier de les intégrer peu ou prou dans les processus de décission :

« Ce qui s’est passé la semaine dernière nous a rappelé que les utilisateurs cultivent un véritable sentiment de propriété, pas seulement sur les informations qu’ils partagent, mais également à propos de Facebook. Les entreprises comme les nôtres doivent développer de nouveaux modes de gouvernance » a déclaré Mark Zuckerberg.

Parce que les clients ou les utilisateurs sont de plus en plus intégrés au système de production des marques et des entreprises (cf. entre autres l’ouvrage de Marie-Anne Dujarier, Le travail du consommateur) il ne serait pas étonnant de retrouver le paradigme Facebook chez d’autres entreprises ou dans d’autres secteurs. A terme, à très long terme…

La décision de  Mark Zuckerberg montre que nous pourrions changer de paradigme dans la relation entreprises-usagers/consommateurs. Le modèle d’Albert Hirschman nous aide sur ce point. Cet économiste avait proposé une modélisation très simple des relations. Lorsqu’on est mécontent, pas d’accord, trois choix s’offrent à nous :

  • la loyauté – je ferme ma gueule et je continue parce que d’une manière ou d’une autre j’estime que le jeu n’en vaut pas la chandelle
  • exit – j’arrête d’acheter le produit ou d’utiliser le service
  • voice – je prends la parole pour dire tout le mal que j’en pense

Les procédures de prises de parole des consommateurs ou de contrôle de la paroles des consommateurs ne sont pas nouvelles (cf. les hotline, les numéros verts etc.). Néanmoins personne n’avait poussé aussi loin le dispositif voice. Enfin, il me semble… (contre-exemples bienvenus 😉

La décision rendue publique hier est symptomatique de l’imbrication étroite entre un réalisme économique et l’ére du temps :

  • réalisme économique parce que Mark Zuckerberg est obligé d’aller jusqu’au bout du modèle économique qu’il a développé. La superstructure de Facebook tendait à prendre ce genre de décision. Pourquoi ? 1) Parce que nous sommes Facebook. Facebook n’est pas grand chose sans ses utilisateurs. 2) Parce que nous sommes ses meilleurs représentants. Chacun de nous est un VRP, un commercial en puissance. Les nouveaux représentants des marques et des services web c’est nous. Donc c’est nous qui  assurons la monétisation (à venir ? sur la structure des coûts de Facebook, cf. F. Fillioux) et le développement commercial. C’est ça le vrai consomm-acteur dont on se gargarise (au fait, expression très largement utilisée dès les années 70 par les publicitaires). Economiquement parlant, les consommateurs devaient tôt ou tard obtenir une reconnaissance institutionnelle.
  • Mais la tendance même de la structure économique de Facebook n’aurait sûrement pas abouti sans le terreau idéologique et cuturel du web. Ce web dit social et dont les évangélistes de tout poil (c’est même une fonction assumée chez Google) annoncent la transparence, l’alchimie des multitudes et autres confiseries conceptuelles. D’ailleurs, tient que dit Mark ? :

« Notre objectif prioritaire est de rendre le monde plus ouvert et plus transparent. Nous croyons que si nous voulons que le monde aille dans cette direction, alors il nous faut donner l’exemple » (cf. le billet Governing the Facebook Service in an Open and Transparent Way)

Je serais bien mal placé pour prévoir si tout cela va aboutir ou non. L’histoire le dira. En tout cas nous l’aurons vu balbutier et nous proposer une nouvelle utopie : après l’autogestion et ses variantes, après la co-gestion à l’allemande, voici venu le temps de la tri-gestion à la Zuckerber.

Quelques liens pour aller plus loin :

  • Korben et le communiqué de Presse de Facebook.
  • RTL pour qui tout cela est une avancée démocratique tout comme 20minutes.fr dont nous avons repris le visuel.
  • Readwriteweb pour qui tout cela ressemble plus à un écran de fumée qu’autre chose.

Sur France 2, les forums font l’ouverture du JT

Mardi soir, France 2 a ouvert son JT par un premier reportage consacré aux offres illimitées des opérateurs mobiles. Contrats ambiguës, déception des clients et à la clé factures très salées pour certains.  Sans rentrer dans les détails et la controverse (contrats abusifs, publicité ambiguë ? ou clients naifs, mal renseignés ?)  force est de constater que les journalistes se sont fait les porte-parole des consommateurs.

La forme classique de l’interview du client lésé constitue le coeur du reportage. Mais montrer aux téléspectateurs que l’on recoupe ses infos et témoignages c’est toujours mieux. Quand le 20h00 n’est pas occupé par un fait-divers, il doit « monter en généralité ». Le consommateur lésé à l’écran n’est ainsi qu’un exemple parmi d’autres.

Mais comment monter en généralité en 1 minute et 45 secondes ? On interroge le représentant d’une association de consommateur évidemment… Mais  désormais le JT se nourri aussi à une nouvelle source, le web. Oui, le web… et plus précisèment ses forums. En l’occurrence un de ces forums où les consommateurs s’expriment ! Un de ces forums devenu une source d’information pour beaucoup d’entre nous.

Car finalement, reprendre une contribution sur un forum quoi de plus simple. Pas besoin d’aller à l’autre bout de la France pour recueillir un témoignage. On peut même compléter en salle de montage.

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Les forums sont donc une source d’information y compris pour les journalistes de télévision. On pourrait même leur voir un avantage sémiotique : proposer l’extrait d’une contribution sur un forum c’est proposer un texte. Le témoignage n’est plus seulement une parole ou une image, toujours sujettes à caution, mais un texte. C’est ainsi que le mode de présentation de l’extrait appartient à un registre bien particulier des JT ou des reportages celui de la citation des textes officieux, des notes confidentielles, des rapports alarmistes ou encore des articles du Canard… Tant et si bien que le texte, à l’écran, tend à avoir plus de valeur que la parole – c’est écrit, comme on dit (d’autant plus que la parole est en permanence galvaudée dans un JT comme avec les micro-trottoirs). Et l’avis des consommateurs mécontents n’en a que plus de poids.

Je ne regarde pas souvent le JT, peut-être que certains d’entre vous avez déjà vu ça… En tout cas cela me semble symptomatique de la place centrale (et finalement bien intégrée) du web social.

Nos plus belles années (1/4) : les consommateurs

En forme d’hommage à André Gunthert ;-), une série de quatre billets, au titre mélancolique, histoire de voir ce qu’Internet a changé (et aller un peu plus loin évidemment). On regardera quatre champs différents : consommation, savoir, culture et ennui… à travers quatre catégories d’acteurs : les consommateurs, les intellectuels, les cinéphiles et les glandeurs.

Cela reste anecdotique (indiciaire dirait l’autre) mais j’espère intéressant.

On commence maintenant avec la consommation et un des organes de presse des publicitaires.

Publi10, sous titré le nouveau « Journal de la publicité » (oui parce qu’avant il y avait un ancien) et en date du 10 janvier 1975 nous propose sa revue de presse de la semaine. Le journal a ainsi relevé le tirade d’une sacré grosse tête. Jugez un peu :

Philippe Bouvard raconte dans « France Soir » qu’il a récemment vu dans Paris un cabriolet de marque étrangère sur les deux portières duquel son propriétaire aurait calligraphié cette inscription vengeresse : « je ne suis pas content de cette voiture »
« La vraie révolte des consommateurs passe d’abord par le réflexe de dire publiquement ce qu’on pense d’un produit.
Bien sûr, cette contre-publicité est mille fois plus efficace sur une automobile que sur un kilo de sucre. Mais dès que l’œil ou l’oreille d’un futur acheteur peut se trouver sollicité par une information défavorable, le plus humble usager tient le fabricant à sa merci. Et le fait de dire à autrui « N’achetez-pas ! » constitue un moyen de pression autrement efficace que le simple refus d’achat.
Nous pouvons donc tous être des Ralph Nader à l’échelle de notre immeuble, de notre quartier ou de notre ville. Pourquoi ne pas accrocher à la boutonnière d’un costume mal coupé un badge affirmant « mon tailleur est un sacré maladroit » ? Pourquoi lorsqu’on sort d’une salle obscure où l’on a vu un film inepte, ne pas avertir les candidats-spectateurs qui se pressent, confiants, à l’entrée ?
Seul le respect humain, la peur du ridicule et une certaine lâcheté sociale nous empêchent encore de réagir comme il le faudrait quand il faut ».

Désormais, il existe Internet et tout ces machins qui nous permettent de nous lâcher (en plus on peut être un courageux anonyme). Ce papier de Bouvard est intéressant car il évoque toutes les difficultés que nos « ancêtres » avaient pour s’exprimer et donner leur avis. Avec nos sites comparatifs, on mesure le chemin parcouru en trente ans. Pour un dernier exemple en date d’initiative consumériste très utile, rendez-vous sur trocdestrains.

Il est néanmoins remarquable que, comme tous les grands récits, le mouvement consumériste ne soit pas plus à la pointe que ça aujourd’hui. Alors que les frustrations liées à la prise de parole étaient à leur comble ces années durant, le mouvement consumériste qui aurait désormais à disposition les outils concrets de généralisation de sa politique semble assez moribond (c’est mon avis perso, je peux me tromper). Alors qu’à l’époque être audible signifiait être plusieurs – un collectif, un mouvement, une association, j’ai l’impression qu’on peut dire que le consumérisme s’est individualisé et que le net correspond très bien à cette logique là (au mieux on est communautaire ou affinitaire).

Le web comme terrain d’études : brand tags

« Le web 2.0, c’est du market research à l’état pur, et à un coût très réduit. Pourquoi s’en passer ? », disait le célèbre Mathieu Vaidis dans sa cultissime vidéo.

Le pire, c’est qu’il a raison. Dans nos métiers, plutôt que de ‘market research’ on parlera d’études de perceptions, mais l’idée est la même : le web est un formidable terrain d’étude de ce que les gens pensent (et chez Internet et Opinion(s) on a une faiblesse pour Summize).

Dernier joujou pour les études de perceptions : Brand Tags.

Brand tags présente sous forme de nuage de mots les qualificatifs spontanés qui passent par la tête des internautes quand on leur cite le nom d’une marque. C’est un peu comme de lancer une question sur la percption des marques sur Yahoo! Questions et de restituer les réponses sous forme de nuage de mots.

Il est très marrant de constater que le nuage d’Harley Davidson avait cette tête à jusqu’à hier, et faisait beaucoup rire sur le web en raison de la taille de « over-compensating »… :

… et que le mot gênant en question a considérablement diminué de taille en 24 heures :

Des « ambassadeurs » auraient-ils « noyauté » brand tags pour rétablir sa réputation, ou est-ce l’effet naturel de la popularité du service qui a été beaucoup linké sur des blogs très récemment ? 😉

Bref, amusant et limité mais toujours instructif car révélateur des représentations les plus spontanées – donc les plus ancrées. J’aime beaucoup la baseline du site :

« L’idée de ce site est qu’une marque existe entièrement dans la tête des gens. Donc, quoiqu’ils en disent, c’est ce qu’elle est. »

A quand la version française ?

(via BienBienBien).

L’avenir des médias en ligne en 6 questions

On parle beaucoup de l’avenir de la presse écrite, mais une autre question mérite d’être posée : celle de l’avenir des médias en ligne.

Je ne parle pas ici du web communautaire mais des médias professionnels : ces rédactions qui emploient et (sous)paient les journalistes et ont besoin d’un modèle économique pour vivre, donc pour publier.

De nombreuses, et passionnantes, lectures récentes dans les communautés web dédiées au journalisme apportent des éléments éclairants. Ou noircissants, c’est selon.

Voici 6 questions, ou enjeux, qui s’efforcent de synthétiser la situation à partir de ces différentes sources.

1. Comment un site média peut-il gagner de l’argent ? Un modèle économique est-il seulement possible ?

Malgré la croissance des audiences d’Internet, la question nécessite d’être posée. Voir à ce sujet le billet de Cédric Motte de Chouingmedia qui mérite vraiment lecture et qui vient rappeler à quel point la situation est difficile dans les rédactions en ligne.

« Les sites bénéficiaires sur leur activité éditoriale sont extrêmement rares« , écrit Cédric Motte. Un constat qui est aussi celui des intervenants de la dernière conférence organisée par le SNJ intitulée « Le web, sauveur ou fossoyeur du journalisme ? » (un très bon résumé chez Ceucidit).

Quelques exemples appuient ce propos :

– « A ma connaissance un site comme Rue89 a rentré les meilleures mois 30 000 euros de publicité et c’est très largement moins que ce qu’il faut. Il y a des mois il ne fait que 1000 euros« , dixit Gérard Desportes de Mediapart cité chez Ceucidit.

– Chez Backchich : un tout récent appel à la générosité des lecteurs

– La situation de rédactions online bénéficiaires est à relativiser : Lemonde.fr, annoncé comme bénéficiaire, republie des articles de l’édition originale dont le coût de production est supporté par les médias papier. Même si l’édition online paie un prix pour ce contenu, ce prix ne serait pas « le juste prix » (dixit Narvic dans les commentaires de Chouingmedia).

En d’autres termes, Lemonde.fr serait « subventionné » par la version papier. Ce qui pose la question suivante : si le média en ligne est bénéficiaire (techniquement, il gagne de l’argent), que coûte-t-il à la version offline ?

Car les audiences se déplaçant vers Internet, il y a forcément un manque à gagner pour la version papier. Et on a beau jeu de dire que la version web est un produit d’appel pour la version papier, qui peut dire qu’Internet rapporte des lecteurs à la version papier plus qu’il n’en coûte ?

Et maintenant que tout média qui se respecte dispose de son site web d’information, ne peut-on pas se demander si il était seulement dans l’intérêt des médias de basculer sur le web ? La question peut paraître sotte puisque les audiences se déplacent de toute façon sur le web qui est le média d’avenir, mais ne peut-on pas se demander si la migration vers le web n’accélère pas le déclin des médias traditionnels… alors que les business models du web ne sont pas définis ?

* Le problème du prix de la publicité

Le problème du modèle économique est, selon Cédric Motte, le prix de la pub :

« il est impossible de vivre d’un site d’informations de qualité. La faute à qui ? Pas du tout à une audience qui ne serait pas là : les sites d’infos sont parmi les plus visités. Non, la faute, encore et toujours, au prix de la pub. » (…)

« Pour qui a connu les régies pub des gros portails de l’époque, ils allaient parfois jusque -80% pour du CPM. Forcément, quand Yahoo annonce un CPM ridicule, qu’AOL embraye et que MSN ne dit pas non, à une époque où ils concentraient toute l’attention, cela a perverti les annonceurs… Du coup on se retrouve avec des CPM autour des 5-10 euros. »

(CPM = coût pour mille contacts)

* L’abonnement : une solution marginale ?

Si la pub ne permet pas de vivre, comment gagner de l’argent ? Le web d’information payant est encore loin d’avoir fait ses preuves. De ce point de vue les expériences encore récentes d’@rrêt sur images et Mediapart seront pleines d’enseignements. (Personnellement je ne suis pas convaincu de leur viabilité économique).

Là où il semble y avoir un pouvoir d’achat pour de l’information en ligne, comme le relève Cédric Motte toujours lui, c’est chez les cadres, dans les entreprises, là où l’information a une valeur économique et financière (ce sont les entreprises qui paient les abonnements). Ce qui positionne de façon favorable les marques média très installées et très CSP+ ou « leaders d’opinion ».

L’abonnement ne serait-il qu’une solution que pour une minorité d’acteurs avec un profil précis ?

* Les autres façons de gagner de l’argent

Rue89 (par exemple) vend des services éditoriaux. Les sites leaders sur leur catégorie sont aussi des sites de services : Aufeminin.com, Boursorama, Allocine… ne sont pas des sites exclusivement de contenu. Cédric Motte :

Quels sont les sites qui gagnent de l’argent ? Ceux qui ont transformé leur modèle médias initial (je suis un site média sur les femmes pour aufeminin, je suis un moteur de recherche pour google, je suis un réseau social pour myspace) en modèle de services BtoB.

Si il faut vendre du conseil éditorial ou du conseil marketing pour vivre (ce que fait Yahoo par exemple), cela pose de nombreuses questions. Déontologiques (conflits d’intérêt, indépendance de la presse), mais aussi par rapport au marché du conseil : les sites médias seront-ils les nouveaux concurrents des agences de com demain ?

Enfin sur cette question des modèles économiques, la lecture du prochain bouquin de Chris Anderson, « Free », peut être éclairante. Anderson ne parle pas de l’industrie des médias en particulier mais écrivait qu’il y a des dizaines de modèles économiques :

« le « freemium » (une version gratuite grand public, une version payante, et très chère, pour un petit nombre de professionnels) ; le modèle publicitaire (que Google est en train de transformer considérablement) ; les « cross-subsidies » ; le « zero marginal cost » ; le « labor exchange » ou encore le modèle du « gift » (cadeau) etc. »

(Lire le papier d’Anderson qui annonce son bouquin et cette analyse de Frédéric Martel).

2. Que peut-on attendre de la publicité et des annonceurs ?

A partir du moment où on fait le constat que les situations économiques des rédactions sont particulièrement compliquées et que le principal problème est dans les revenus de la publicité, la question qui se pose est de savoir comment ces revenus publicitaires peuvent évoluer.

Je ne sais pas si le prix des CPM peut augmenter. L’hypothèse que je fais est que s’ils sont bas c’est aussi parce que le web rend très largement traçable le comportement de l’internaute vis-à-vis de la pub. Et l’internaute étant actif (il évite la publicité, je prends souvent cet exemple d’eye-tracking) et publiphobe, il est difficile de créer des formats publicitaires en ligne qui ne soient pas malvenus. L’affiliation étant certainement le meilleur format.

En clair : les CPM sont bas parce que le web permet de montrer que l’efficacité de la publicité en ligne est relative. Non que la publicité offline soit forcément plus efficace, mais elle était / est sans doute partiellement protégée par la difficulté de tracer son efficacité.

Par contre et sans jouer les Madame Irma Geneviève la Voyante, on peut distinguer 3 tendances qui s’affrontent quant à l’évolution de la pub.

* La concurrence des autres sites

Il est bien entendu que la publicité en ligne va progresser, mais vers quels types de sites ? Le raisonnement de l’annonceur sur l’audience peut avoir des effets très dangereux pour les sites d’information : celui d’attirer l’audience sur d’autres sites que des sites d’information : les moteurs de recherche, les agrégateurs, les sites de services, les réseaux sociaux, les sites de partage, etc. Comme le disait Trevor Edwards de Nike,

« We’re not in the business of keeping the media companies alive, we’re in the business of connecting with consumers. »

Autrement dit, et c’est normal, l’annonceur se fiche bien se savoir quels types de médias il fait vivre et même s’il en fait vivre. Voilà un point de pessimisme.

* La progression de l’audience

Pour Cédric Motte, « le web n’ira pas plus loin en termes de pénétration du marché« . Je ne suis pas sûr de suivre : aujourd’hui, 58% de la population de + de 11 ans est internaute. La fracture numérique se réduit, mais reste une réalité. Les taux de connections progressent de 10 à 12% par an. Bien sûr on ne connectera pas la totalité des 40% restants et Cédric me le fait remarquer dans les commentaires de son billet, mais je suis sûr que l’audience peut encore progresser. D’ailleurs elle progresse, comme le montre XiTi. Ajoutons-y le développement attendu du marketing mobile… Un point d’optimisme, donc.

* L’évolution vers d’autres indicateurs de mesure de l’efficacité publicitaire

On parle de plus en plus des notions de contact ou d’attention, en plus de la mesure d’audience. Effectivement le temps passé sur un site devrait être une notion clé, quand on connaît les durées des visites on a très vite tendance à relativiser son audience…

Or les sites médias font partie des sites qui sont le plus susceptibles de retenir l’attention de l’internaute. Je n’ai pas d’étude sous la main, mais il me semblerait naturel que les internautes passent un temps moyen plus élevé sur des sites d’information que sur des blogs, des moteurs de recherche, des agrégateurs. Les sites média sont des sites de destination et la publicité devra le reconnaître. Voici un autre point d’optimisme.

3. Quelles conséquences pour le paysage des médias en ligne ?

Aufeminin.com annonçait il y a deux semaines des profits en nette baisse du fait d’un « environnement concurrentiel changeant« , résultats aussitôt sanctionnés par la bourse.

Il me semble assez symptomatique que le pure player emblématique de la réussite d’un média en ligne annonce des difficultés en raison d’une plus grande concurrence de l’information féminine sur Internet. Le message me semble clair : malgré les progressions d’audience que l’on peut attendre, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Le marché des médias en ligne va nécessairement connaître une phase de consolidation. Et c’est de cette phase de consolidation que peuvent venir l’émergence d’acteurs solides et rentables.

Dans cette perspective, quels médias sont les mieux positionnés ? Là encore, le débat n’est pas tranché.

* Sites d’info des médias offline vs. pure players

D’un côté, les sites qui sont des déclinaisons online de marques média offline ont des atouts certains : l’attrait de la marque d’abord ; la possibilité de récupérer des contenus produits pour la version offline ensuite ; les archives enfin dont la publication favorise le trafic via les moteurs de recherche.

Pour autant, ces structures n’ont pas une culture web très développée et se contentent souvent de faire du papier sur le web ou plus généralement « la copie conforme du medium précédent », comme le disait Alain Joannès dans notre entretien.

C’est d’ailleurs sans doute ce qui explique que les leaders thématiques soient tous des pure players : Aufeminin, Boursorama, Linternaute, 01net, Allocine… Cédric Motte vient de livrer une analyse de ce qui différencie les pure players des sites de médias traditionnels, qu’on tentera de résumer en un mot : l’agilité.

Agilité qui a son revers, notamment la nécessité d’installer la marque et l’absence de contenu republiable et d’archives.

Il n’est pas dit que la consolidation se fasse juste autour des sites de médias traditionnels ou juste autour de pure players. Elle peut très bien se faire autour d’acteurs issus de ces deux familles. Nous sommes dans une période de « destruction créatrice » ou « d’incertitude radicale », pour reprendre les termes chers à Emmanuel Bruant. Le paysage est changeant et peut se modifier sous l’effet d’innovations technologiques, de décisions juridiques… Il paraît donc illusoire de vouloir se projeter et de faire des scénarios.

A ce propos, une réaction à un propos de Cédric Motte dans un autre de ses billets : « En 20 ans de web en France et autant d’années au cours desquelles les échecs se sont succédés, personne ne peut espérer devenir riche en lançant un site d’informations. » Je crois que ce raisonnement néglige un peu la dynamique du web et cette idée de destruction créatrice : le web 2.0 n’est là que depuis 4 ans, il se passe des choses nouvelles sans cesse, tout le monde apprend tous les jours. J’aurais donc plus tendance à voir la période actuelle comme une période transitoire dont il peut sortir… tout et n’importe quoi.

4. Qui va produire l’information ?

C’est une question que nous avons posée sur Internet et Opinion(s) il y a quelques semaines, à la suite du long papier du New Yorker que nous avions commenté, d’un résumé de ce papier chez Benoît Raphaël et d’un commentaire d’Emmanuel Parody – ouf.

Je ne vais pas copier-coller notre précédent billet mais l’idée est en résumé la suivante : ce sont les médias offline qui sont les principaux producteurs d’information. Sur Internet, en majorité, on copie-colle et on republie. D’ailleurs, Francis Pisani écrit cette semaine :

« Google News a indexé près de 3.000 articles se rapportant à la rupture des négociations entre Microsoft et Yahoo. 3.000 articles «sur la même chose» remarque Scott Karp de Publishing 2.0″

Jean-Marie Le Ray d’Adscriptor fait justement remarquer que ces 3000 articles ne sont pas identiques – autrement dit, il ne faut pas confondre information brute et analyse, mais l’idée est là : sur Internet, l’information est dupliquée, dédupliquée, etc.

Et commentée : la réussite de certains médias repose sur l’agrégation ET le commentaire d’informations produites par d’autres (le Huffington Post par exemple).

Donc, si ces médias d’agrégation et de commentaire captent la publicité pendant que la presse traditionnelle continue à s’affaiblir, qui va produire l’information ?

La part des agences de presse dans la production d’information semble croissante, celle des émetteurs d’information (les relations publiques) aussi. Peut-on attendre des médias en ligne qu’ils produisent de l’enquête et de l’analyse ? Cela suppose des coûts qui n’ont pas l’air de pouvoir (ou vouloir…) être supportés aujourd’hui.

5. Quelles sont les implications de la situation sur le contenu produit ?

Plusieurs des enjeux ci-dessus ont des conséquences sur la nature de l’information produite – à commencer par le dernier point : le rôle des agences de presse et des relations publiques, qui plutôt que de voir les médias comme des machines à relayer des messages, doivent toujours tendre vers plus de sens.

Ajoutons trois points pour répondre à la question du contenu :

* Le marketing éditorial

L’analyse du trafic sur les sites est édifiante. Philippe Cohen, rédacteur en chef de Marianne2.fr, au cours du débat du SNJ rapporté sur Ceucidit :

« si je fais un article sur la grève du Monde ou sur les Echos, je vais avoir 1500 ou 2000 visites maxi. Alors que si j’écris sur Marion Cotillard, Carla Bruni ou sur le SMS et bien ça va dépoter. » Et de conclure : « je suis obligé de jouer un peu sur les deux ».

[ndr : peut-être qu’on finira par remercier Airy Routier d’avoir su générer du trafic sur les sites d’information ? ;-)]

Le raisonnement par la publicité a donc pour conséquence d’orienter le contenu rédactionnel vers les informations les plus putassières, ce que Rfly résume ainsi dans les commentaires de Chouingmedia : « pas de thunes pour la qualité, du fric pour le people et les sites X ».

D’une certaine façon Internet encourage l’approche rédactionnelle par le « marketing éditorial » : le fait de voir exactement quels papiers marchent ou pas encourage le rédacteur à se comporter non pas en journaliste (vérifiant, contextualisant, donnant du sens et resitituant des faits) mais en marketeur (mon public veut une information avec telles et telles caractéristiques, je produis mon information en fonction de ces caractéristiques).

C’est un peu tout le contraire de la vocation du journaliste décrite par Hervé Bourges (résister aux contraintes temporelles dictées par les nouveaux médias) et rapportées par Narvic.

On en revient finalement à un débat d’offre et de demande : si on suit la demande (et Internet en rendant le suivi de l’internaute transparent pousse dans ce sens), l’information aura tendance à se spécialiser (sur-représentation de certains sujets, sous-représentation d’autres) et à se détériorer.

En ce qui concerne l’offre, on a évidemment envie de dire qu’une information à vraie valeur ajoutée doit pouvoir trouver son public, encore faut-il se doter des moyens nécessaires.

C’est encore le modèle d’abonnement payant qui permet le mieux de mettre en oeuvre ce raisonnement par l’offre. Plus que jamais, les expérimentations actuelles sont à suivre..

* L’influence du web communautaire

Le dernier billet de Benoït Raphaël : « comment les blogueurs ont révolutionné le journalisme » montre aussi l’évolution du contenu dans les médias professionnels. On voit en effet énormément de choses dans les médias (pas seulement en ligne d’ailleurs) qui sont inspirées de ce que l’on voit dans la blogosphère.

On voit bien dans le billet de Benoît Raphaël les tendances rédactionnelles : une organisation différente de l’information ; l’évolution des tonalités (emploi du « je », expérience personnelle, utilisation des liens, des listes…) ; la vitesse de circulation de l’information qui peut avoir comme commentaire le manque de vérification (loin d’être le monopole du web) ; l’intégration des commentaires, qui crée un process de corrections et d’enrichissements et faisait dire à Jeff Jarvis récemment que “sur papier, le process crée le produit ; en ligne, le process est le produit” ; etc.

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une révolution, encore moins qu’elle impacte l’ensemble du journalisme en ligne, mais c’est justement parce que la mayonnaise n’a pas pris partout que le web communautaire peut continuer à influencer le contenu produit par les médias de la façon décrite par Benoît Raphaël.

* Le renouveau du consumérisme

Il s’agit là d’un des dadas de mon ami Bruant, sujet que nous évoquons de temps à autre sur ce blog. L’impact du web dans les médias est aussi là : dans une information plus consumériste. Le papier du Monde sur l’iPhone avait été une petite révolution à peine remarquée à l’époque, mais les exemples pullulent. Notre dernier exemple en date, le dossier de Libé sur GTA IV, est ici.

6. Que peuvent faire les médias en ligne ?

On va tenter ici de synthétiser diverses opinions d’experts. Ces opinions peuvent en gros être classées dans deux catégories : investir et innover d’une part ; faire évoluer les pratiques et la culture des rédactions d’autre part.

* Investir et innover

Evidemment les difficultés des rédactions ont pour corollaire la réduction des coûts : réductions d’effectifs, journalistes payés au lance-pierre, rédactions web focalisées sur du tri d’information et pas sur de l’enquête. Mais est-il viable de ne raisonner que par les coûts quand on traverse une crise ou quand on est en période de destruction créatrice ? C’est justement parce que la période bouleverse les repères habituels qu’il faut investir et innover.

Cela passe par de l’expérimentation, ainsi que le montre Cédric Motte dans sa formation faite à la Fédération Nationale de la presse française. Il n’y a aucune bonne solution, il est nécessaire d’expérimenter. L’intégration d’UGC ou de « journalisme citoyen » est une piste, mais les bonnes solutions ne sont peut-être pas celles qu’on attend. Le mot-clé est peut-être la sérendipité.

Alain Joannès insistait dans l’entretien que nous avons conduit sur le Rich Media, que l’on pourrait aussi décrire comme « l’info en 3D » et dont le résultat est « 1+1=3« . Les pratiques de Rich Media, courantes aux Etats-Unis, sont encore balbutiantes ici même si elles existent. Alain Joannès défend l’idée que leur mise en place est moins une question de coût qu’une question culturelle. Une réponse à creuser, donc.

On évoquera aussi un point de Cédric Motte sur l’organisation du contenu : éclater les sites généralistes en une multitude de sites thématiques spécialisés. Idée qui me semble cohérente avec un principe fondamental du web : le fonctionnement en réseaux affinitaires, ou en communautés thématiques.

L’innovation est aussi dans la recherche de son business model et pas forcément au niveau du seul rédactionnel. Si le développement des services est la clé vers la rentabilité, les sites d’information doivent développer des services (BtoB)… Ce n’est alors pas au niveau de la rédaction que ça se joue mais au niveau de la direction générale, de la stratégie d’entreprise.

* Faire évoluer les pratiques et la culture des rédactions

Ah, le rapport des journalistes au web… qu’il s’agisse des journalistes en place (que l’on peut illustrer par la situation au Parisien il y a quelques semaines) ou (plus inquiétant) des étudiants en journalisme, on va qualifier ce rapport de « compliqué ».

On ne s’achète pas une culture web comme ça, surtout quand la profession entretient la méfiance et la défiance vis-à-vis du web, ce qui a pour effet une profession désemparée.

Cette culture web passe donc par la formation. Relire à ce sujet le point de Journalismes.net sur les formations web en école de journalisme en France). Philippe Couve disait aussi lors de son intervention au cours du débat SNJ :

« A la question “un journaliste doit-il savoir tout faire aujourd’hui?”, j’ai répondu “oui” à la consternation d’une partie de la salle. Effectivement, je pense, et c’est le sens de la spécialisation multimédia mise en place au CFJ, que les journalistes aujourd’hui doivent maîtriser les bases de tous les médias (écrire, écrire pour le web, enregistrer du son, prendre des photos, tourner de la vidéo). »

Alain Joannès évoque, lui, trois pistes pour une re-légitimation du journaliste : fiabilité, capacité, innovation. Une question d’attitude et d’exigence, donc.

Mais la question est aussi une question de choix éditoriaux et d’identité de marque.

Seth Godin insistait sur son blog il y a quelques jours sur la nécessité pour le New York Times (mais c’est valable pour tout le monde) de se concentrer sur ses forces, ce pour quoi il est reconnu, et non pas sur ce qu’il ne traite pas mieux que les autres. Ce qui rejoint en quelque sorte le point de Francis Pisani sur les 3000 articles traitant de l’actualité Microsoft – Yahoo et lui faisait dire :

« la valeur des articles d’actualités, plus encore que celle des produits de consommation courante, tend vers zéro. » (…) « Traiter des sujets que tout le monde traite revient, pour les médias d’information, à assécher la source qu’ils exploitent. C’est un héritage du temps où l’audience n’avait accès qu’à un nombre très limité de publications. Le moment est venu d’intégrer à l’économie des médias le fait que leur audience en consulte toujours d’autres. »

Il s’agit donc à la fois pour un média de sonder son identité de marque (ce qui fait son « ADN », ce pour quoi il est reconnu) et de produire de la valeur ajoutée. Qu’est-ce donc que la valeur ajoutée d’un média ?

– pas l’information brute puisque tout le monde l’a et la reproduit (à moins de l’avoir avant tout le monde)

– pas les pages opinion puisque le web communautaire pullule d’excellents articles d’opinion (et là il faudrait un changement culturel fondamental puisque le must du journalisme en France est de devenir éditorialiste)

– mais plutôt l’enquête d’une part et l’analyse, la remise en perspective d’autre part. Qui sont des fondements, en principe, du métier de journaliste… Faut-il en déduire que les rédactions auraient intérêt à davantage « expertiser » leurs journalistes, ce qui aurait pour corollaire une moindre mobilité transversale des carrières ?

– la capacité à réunir et animer une communauté autour de soi, à faire parler. Ce qui suppose aussi l’implication des journalistes dans les relations avec les lecteurs, et pose encore et toujours, des questions de temps disponible, de culture et de volonté.

On terminera en rappelant que l’avenir des médias en ligne passe aussi l’avenir des marques médias : le média se définit de moins en moins par son ou ses supports et de plus en plus par sa marque. Un média en ligne d’avenir est donc peut-être aussi la version web d’un groupe média qui gagne de l’argent sur les autres supports… et ainsi « subventionnent » le site.

Pardon à ceux qui sont allés au bout pour ce très long article et auront noté qu’il n’y a… aucune réponse aux 6 questions. C’est ce qu’on appelle un débat ouvert.

A qui faites-vous confiance ?

Une nouvelle étude de Forrester apporte des éléments en réponse à la question (qui tue) : « à qui les gens font-ils confiance ? » ?

Les gens en question sont les nord-américains, on se gardera donc de trop généraliser les conclusions à la France dont on connaît les spécificités (comme par exemple, le niveau de confiance relativement faible accordée aux autres sources, d’une manière générale). Mais l’étude est très intéressante et notamment parce que les questions sont posées de façon assez précise :

Jeremiah Owyang de Forrester, sur son blog Web Strategy, insiste sur les deux extrémités du tableau : les gens font confiance à leurs connaissances et ne font pas confiance aux blogueurs. Résultats corrélés par deux autres études nord-américaines présentées dans son billet.

Owyang conclut :

« Que devriez-vous faire ? Transmettez ce billet à votre équipe marketing. Encouragez-la à avoir un dialogue actif et ouvert. Devriez-vous vous concentrer sur les influenceurs de votre marché ? Ou devriez-vous aussi vous concentrer sur les sites d’avis et de notation, où les consommateurs critiquent, lisent, et se font leurs opinions sur la base des avis les uns des autres ? »

Tout cela appelle de nombreux commentaires.

Sur le niveau de confiance accordé aux blogueurs

Un éclairage apparaît très vite dans les commentaires du blog Web Strategy : « les gens font et feront de moins en moins confiance aux blogueurs car les marques sont en train de corrompre le sens naturel des blogs. Les gens voient bien si derrière un blog il y a une marque qui influence le contenu. », écrit une commentatrice.

C’est un vrai sujet et on peut se poser la même question pour la blogosphère française.

Néanmoins, cette dernière place occupée par les blogueurs appelle un autre commentaire : le fait de parler des « blogueurs » en général.

Visiblement Forrester pose la question « faites vous confiance à un avis (« review ») en ligne émis par un blogueur ? ». Mais la blogosphère est vaste et peut comprendre ce qu’on veut par « blogueur » : blogueur expert ? blogueur consommateur ? blogueur enquêteur ? blogueur analyste ? blogueur copieur-colleur ? blogueur farouchement indépendant ? blogueur buzzeur ?…

« Les blogueurs », ça n’existe pas et c’est justement le problème : la blogosphère recouvre des réalités trop différentes pour être considérées comme homogène.

Et du coup, quand on vous demande « faites-vous confiance à un avis blogueur ? » et qu’il faut répondre « oui » ou « non » et pas « ça dépend desquels », vous êtes tenté de répondre non car vous viennent en tête tous les exemples de blogs en qui vous n’auriez pas confiance.

La question posée ne devrait-elle pas être « faites vous confiance à un avis de blogueur que vous connaissez ? A un avis de blogueur expert ? A un avis de blogueur journaliste ? A un avis de blogueur conso ? »… de la même façon que Forrester demande, sur les autres items, si l’on fait confiance à ses connaissances, aux médias, aux experts et aux consommateurs.

Les blogs ne sont pas une catégorie supplémentaire : ils sont un outil qui permet à des connaissances, des médias, des experts et des consommateurs de s’exprimer. Le blog est un accessoire ; être blogueur est un attribut secondaire d’un individu qui est avant tout… autre chose (professionnel, consommateur, salarié, passionné, etc.)

Revenons maintenant à notre étude et autres résultats qui montrent beaucoup de choses intéressantes.

Sur les différents résultats mis en évidence par l’étude de Forrester

Commentaires :

1. Le fait de faire confiance à ses connaissances avant toute chose ne doit pas être une surprise. Mais comment influence-t-on les « connaissances » d’une personne, qui ne sont autres que « les gens » eux-même ?

Cette question relance le débat lancé par Duncan Watts et dont nous avions parlé il y a quelques semaines : le marketing de masse n’est-il finalement pas plus efficace que le marketing de niche

2. Mais qui donc arrive en deuxième place ? Les bons vieux médias traditionnels, pas si morts et enterrés qu’on voudrait bien le croire. Avec un score de confiance de 75%, ils ne sont pas loin de la confiance qu’on accorde aux connaissances (83%). Bon, il s’agit du marché nord-américain… Mais voilà qui renforce l’intérêt stratégique des relations presse.

3. A noter, l’énorme gap qui sépare la confiance accordée aux médias traditionnels (75%, donc) et aux éditeurs de sites de contenu (49%). Même problème ici que pour « les blogueurs », sans doute : les sites de contenu recouvrent des réalités trop hétérogènes pour obtenir des scores de confiance élevés.

4. Mais qui donc arrive en troisième place ? Le site du fabricant ! Devant les avis d’experts, devant les avis consommateurs… Les sites de marques sont loin d’être hors jeu (au niveau réputation), une étude française de TNS Sofres l’avait également montré.

5. Viennent ensuite les avis d’experts et de consommateurs (pairs). Pour Josh Bernoff de Forrester,

« un des points les plus intéressants est de voir combien de personnes font confiance aux avis de consommateurs qu’ils n’ont jamais rencontré ».

Et de poursuivre : « Pourquoi faire confiance à des inconnus ? Les gens ne font pas confiance à des inconnus. Pas en tant qu’individus. Mais en tant que groupes, oui. (…) Si 100 personnes disent qu’une sacoche à ordinateur est de mauvaise qualité, alors elle est de mauvaise qualité »

(Ajoutons à cette « loi du nombre » que l’influence des avis consommateurs dépend aussi de la force persuasive de l’argumentation utilisée.)

La conclusion pour Josh Bernoff est que, si les consommateurs apprécient votre produit, il faut les encourager à s’exprimer (systèmes de notation en ligne, espaces de commentaires…) ; et s’ils ne l’apprécient pas, il faut… améliorer le produit.

6. Les connaissances en première place, les médias en deuxième place, les marques en troisième place… Ce qui me semble vraiment frappant ici, c’est de voir que les « institutions » médias et marques, pourtant mises à mal, occupent deux places sur le podium.

N’est-ce pas parce que dans le monde horizontal de la longue traîne, on a besoin de repères, de référents bien identifiés ?

Alors, pour paraphraser Jeremiah Owyang et répondre à la question » après avoir vu cette étude, que devriez-vous faire ? » : transmettez ce billet à vos équipes marketing et communication, ayez un dialogue actif et ouvert. Evaluez votre stratégie influenceurs et posez-vous la question de savoir à quels médias et blogs vous devriez vraiment parler. Evaluez votre crédibilité en tant qu’émetteur d’information (site de marque ou autres). Et oui, posez-vous la question de savoir si vous ne devriez pas vous concentrer vers les sites où les consommateurs s’expriment et se font leurs opinions et encouragez-les à s’exprimer. Aucune de ces questions n’a moins d’importance que les autres.

Créer l’événement ou l’accompagner : la une de Libé sur GTA IV

Entendu dans Place de la Toile sur France Culture le 18 avril, le médiateur de Radio France Patrick Pépin (à propos de la grève dans les collèges et les lycées, mais ce n’est pas important ici) :

« La rédaction a attendu pour lui porter un plus large écho que le mouvement s’affirme et a choisi de le traiter à la mesure de l’importance de son développement et de l’accompagner au fur et à mesure qu’il se développait. En effet, il faut, selon les explications du directeur de la rédaction, ne pas anticiper l’événement car sinon, et ça se produit souvent, les journalistes participent à sa constitution, de fait, ils le créent. »

Le journaliste doit raconter l’événement, pas le créer : une idée simple mais ô combien difficile à mettre en pratique.

Une bonne illustration de cette idée me semble être la une de Libé samedi dernier sur Grand Theft Auto IV :

Incroyable cette une, non ? Si on connaît le goût de Libé pour des unes inattendues, souvent en rapport à l’actualité culturelle, ma première réaction a été de me dire que c’était un exemple de ce que mon camarade Bruant appelle le renouveau du consumérisme. Renouveau du consumérisme qui se traduit notamment par cette propension que prennent certains médias d’opinion à livrer des articles consuméristes (on en avait parlé ici, un nouvel exemple récent dans le Monde ).

Ma deuxième réaction fut de me dire que c’était un gigantesque coup de relations presse : quatre pages dont la Une dédiées à la sortie d’un jeu vidéo ! Il aurait fallu se montrer sacrément persuasif pour que la rédaction de Libération en fasse un tel événement (même pour le journal du samedi), se décide à créer l’événement.

Mais à la lecture de ces quatre pages, le seul sentiment qui se dégage est celui que Libé ne fait qu’accompagner l’événement notamment car celui-ci est annoncé. Verbatims :

« le jeu vidéo est devenu un vrai produit culturel. C’est même le produit culturel qui se vend le mieux ces temps-ci. Plus que la musique ou les films. »

« Le jeu vidéo «Grand Theft Auto IV» sort mondialement mardi »

« il s’annonce comme le produit culturel le plus vendu au monde« 

« Des records annoncés« 

« Take Two, l’éditeur et diffuseur de GTA IV, escompte en écouler plus de 4 millions sur le territoire américain pour le seul mois d’avril. »

« 6 millions d’exemplaires pourraient être vendus mondialement la semaine du lancement. Cela équivaut à un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars, c’est-à-dire presque autant que le record atteint et toujours détenu par le film Pirates des Caraïbes: jusqu’au bout du monde »

« Avant même sa mise en bacs officielle, le titre n’a cessé de crever tous les records, les précommandes par les grands réseaux de distribution et les réservations par les joueurs ayant outrepassé toutes les prévisions. »

On le voit bien : il s’agit de records (d’où l’événement) qui sont à la fois annoncés ou ont déjà eu lieu. Le message de Libé : GTA IV fait la une car c’est déjà un phénomène. Libé accompagne, Libé ne crée pas l’événement.

Reste que — et il y a là une énorme complexité — ce choix éditorial est aussi un accélérateur d’événement. Et de ce point de vue, le média ne peut jamais être tout à fait neutre.

Dans le genre « phénomène », je serais curieux de retracer la couverture médiatique de Bienvenue chez les Ch’tis et de la comparer à la courbe d’entrées en salles. Médias oeufs et/ou médias poules ?

Et au fait : « GTA IV » sort aujourd’hui.

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Des artistes consuméristes (vidéo de la semaine)

Nouvelle initiative dans le registre consumériste.

Un collectif allemand, pundo3000, a mis en ligne plusieurs de ses projets, dont celui qui cherche à comparer la publicité et le packaging des produits avec ce que le consommateur trouve dans sa barquette.

Une critique en image du registre de la photographie publicitaire (la version photos est par là). C’est ce que l’on appelle une épreuve de réalité, non ?