Archives de Catégorie: Consumérisme

Le billet d’un euro selon Christophe Girard… Et non… les symboles ne peuvent pas tout

inflation.jpegChristophe Girard, adjoint au maire de Paris en charge de la culture, nous fait partager son point de vue sur le pouvoir d’achat et l’euro. Selon lui,

L’euro court (…) le risque d’apparaître, aux yeux des consommateurs, comme un bouc émissaire commode pour leurs difficultés quotidiennes.

Il s’ensuit des constats intéressants mais bien maigres pour généraliser à l’ensemble des Français :

Avec un billet de 20 ou 50 francs en poche, le consommateur avait auparavant le sentiment de « posséder de l’argent ». Avec l’équivalent en pièces de 1 ou 2 euros le consommateur a inversement le sentiment d’ « en avoir moins pour son argent ».

La solution ? Introduire un billet de un euro… Waouh

Parce que c’est bien connu :

Posséder des billets, même de 1 euro, donnerait en effet au consommateur le sentiment de « posséder de l’argent » et par conséquent du pouvoir d’achat. Loin d’être une simple mesure de portée symbolique, la création du billet de 1 euro pourrait avoir un réel impact psychologique sur les consommateurs. Elle aurait également des aspects pratiques : les billets sont beaucoup moins encombrants dans les poches et, contrairement aux pièces, ils peuvent être changés dans les bureaux de change.

C’est vrai que nous allons souvent dans les bureaux de change… Plus sérieusement, il y a bien un effet euro dans la perception de l’inflation actuelle. Mais elle n’a pas grand chose à voir avec ce qu’en dit Christophe Girard. L’euro a plus eu un effet perturbateur en brouillant nos références, nos échelles de prix etc… Alors que l’euro soit en monnaie ou en billet, cela ne change pas grand chose. La métrique a changé, 1 euros = 6,5 et des poussières. Les prix psychologiques ont changé… Et un billet à la place d’une pièce n’y changera rien ou pas grand chose.

Oui, les Français voit le passage à l’Euro comme le moment déclencheur d’un renouveau de l’inflation. Mais tout ça parce qu’on aurait plus de pièces et moins de billet ?

Si, « en matière de consommation les symboles comptent aussi », il n’existe pas pour autant ni de solution miracle ou mécanique. Et en creux, Christophe Girard a une drôle de conception du consommateur qui, si on suit son raisonnement (donner lui un billet il ira déjà mieux) est une sorte d’homme unidimensionnel – bien loin de la réalité sociale. Dommage pour un homme politique chargé de la culture.

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En 2007, j’ai raté… La première hotline communautaire française

Pour ceux qui, comme moi, n’avaient encore aucune idée de cette nouvelle application il y a encore deux semaines, je rappelle que l’initiative en revient à PriceMinister en partenariat avec Wengo (et je me permets de vous lancer sur la piste de patamiel). Ce développement est un nouvel exemple (et pas des moindres, je trouve) des solutions offertes à l’internaute pour obtenir des renseignements et informations sur un produit ou un service. On voit à quel point peut se développer une économie de la recommandation interpersonnelle (et en bonus, un petit papier de Neteco).

Après une phase beta lancée à la mi-2007, Price Minister et Wengo ont recruté plusieurs centaines de conseillers capables de répondre très rapidement aux autres internautes. Laissons pour quelques lignes la parole au communiqué de presse des deux entreprises :

Ces Conseillers PriceMinister sont des membres du site qui souhaitent faire profiter aux membres de la communauté de leurs compétences dans un domaine particulier. Pour cela, ils ont créé leur compte « Conseiller PriceMinister » sur la plateforme Wengo dédiée, et proposent leurs conseils gratuitement ou contre une rémunération qu’ils fixent eux-mêmes.

Ce sont des particuliers ou des professionnels, qui sont par ailleurs des experts dans des domaines variés : produits culturels (livres, CD, DVD, Jeux Vidéo), informatique, téléphonie, produits pour enfants, mode et accessoires, etc. Membres assidus de PriceMinister.com, ils connaissent bien tous les rouages du site et sont devenus des spécialistes de l’achat et de la vente sur ce site.

Après vous être enregistré vous accédez à la liste des conseillers PriceMinister et les contactez selon votre besoin et leur compétence. Ce contact se fait par téléphone et il est facturé selon le mode choisit par le conseiller. En retour, l’internaute peut noter et laisser un commentaire sur le conseil donné.
A l’heure actuelle, les profils des conseillers ressemblent effectivement à une hotline de PriceMinister : comment utiliser efficacement ce site pour bien acheter et bien vendre ? Par extension on y trouve aussi des profils plus spécialisés comme cette mère de trois enfants qui se propose d’aider à choisir les bons cadeaux ou les bons jouets. Pour le plaisir, j’ai sélectionné ce conseiller :

conseiller-pm.png
Perso, la mécanique actuelle de conseil me semble un peu lourde et j’aurais quelques arguments pour penser qu’elle ne perdurera pas (lire un avis ou un commentaire d’un inconnu ne revient pas à téléphoner et à dialoguer avec un inconnu ; le différentiel de posture d’engagement ne me semble pas du tout négligeable surtout quand il faut in fine payer). Mais, enfin, on ne peut que saluer une nouvelle manière de mettre en avant le rôle des consommateurs comme prescripteurs. Pour expérimenter par vous-mêmes, c’est par là.

Rétrospective 2007 : l’année web

La fin d’année est traditionnellement l’heure des bilans. Internet et Opinion n’y échappe pas et vous propose de revisiter 2007 à travers une sélection subjective des événements qui nous ont le plus marqué.

Janvier

5thThierry Crouzet publie Le Cinquième Pouvoir, un des (finalement) rares essais sur les effets de la participation sur Internet.

Coca-Cola consacre plus d’un quart du budget de lancement de Coca-Cola Zero à Internet : le record pour les gros lancements en ce début 2007.

Février

David Neeleman, patron fondateur de jetBlue, utilise YouTube pour s’adresser directement à ses clients à l’issue de la plus grande crise de l’histoire de la compagnie : une vidéo, « Our Promise To You », qui restera dans les annales de la gestion de crise en ligne.

DailyMotion, YouTube et les skyblogs sont les accélérateurs du mouvement qui envahit les dancefloors et les rues : la Tecktonik.

Mars

Le buzz de ce début d’année est l’oeuvre du magazine Choc (dont les ventes s’effondrent), pour qui l’agence Buzzman a conçu une campagne autour d’une vraie-fausse vidéo du pétage de plombs de Jean-Luc Delarue dans l’avion.

summizeLancement de Summize, nouveau modèle de consumérisme en ligne, dont on attend un équivalent français avec impatience.

La net-campagne bat son plein et est un terrain d’expérimentation pour les politiques qui utilisent le web au maximum de ses possibilités, allant jusqu’à investir Second Life, et pour les médias, qui font évoluer leurs formules en ligne pour y intégrer le maximum d’interactivité.

Avril

lifeL’emblématique magazine Life cesse sa parution : le Paris-Match américain n’existera plus qu’en ligne.

Consolidation dans la publicité en ligne : Google s’offre DoubleClick pour 3,1 milliards de dollars. Un mois plus tard, Microsoft rachète aQuantive pour 6 milliards de dollars.

Mai

Steve Jobs annonce une série de mesures visant à rendre Apple plus verte : c’est le résultat d’un travail de lobbying en ligne mené par Greenpeace depuis 9 mois au travers du site GreenMyApple.

Contrairement au référendum, les résultats de la campagne présidentielle ne reflètent que modérément le débat en ligne.

rue89Lancement le 6 mai de Rue89.com, première expérience online française de journalisme « hybride », où des journalistes issus de Libération encadrent des contributions extérieures de non-professionnels de l’information. Après 6 mois d’existence, Rue89 est l’auteur remarqué de plusieurs scoops et réalise près d’un million de visiteurs mensuels. D’autres projets comme Lepost.fr (groupe Le Monde) ou MediaPart, le projet d’Edwy Plénel, se faufileront dans ce créneau.

facebookFacebook ouvre la possibilité à tous ses membres de développer librement leurs applications en ligne et d’en tirer tous les revenus associés. C’est le signal d’une explosion qui fera de Facebook LE phénomène Internet de 2007, témoignant d’un nouveau rapport social entre les individus et éclipsant les MySpace, Second Life ou autres Twitter.

Juin

sarkog815 millions de vidéos vues en 10 jours pour se demander si Nicolas Sarkozy était bourré au G8. Etonnant buzz autour d’une vidéo finalement assez anodine.

Fin d’Arrêt Sur Images après 12 ans de bons et loyaux services. Après polémiques et pétitions, l’équipe de Daniel Schneidermann se délocalise, déménage le big bang blog et prépare son retour en ligne.

Aufeminin.com, leader des magazines féminins en ligne, est racheté à plus de 40% par le groupe allemand Springer, portant ainsi sa valorisation à 284 millions d’euros. Soit 44 millions d’euros de plus que le prix que Bernard Arnault déboursera pour Les Echos au mois de novembre.

Juillet

Agoravox lance sa première enquête participative, une nouvelle expérience d’intelligence collective coordonnée. La première d’entre elles est consacrée à la vaccination.

iab logoL’enquête de l’Interactive Advertising Bureau sur l’e-pub montre une progression des investissements en ligne de 40%. La SNCF reste le premier annonceur. Près de 11% des dépenses publicitaires en France sont désormais consacrées au web, seul segment dynamique du marché publicitaire.

Août

Avec une certaine discrétion, Google devient éditeur en annonçant la possibilité pour les parties prenantes d’une information de venir commenter les Google News qui les concernent. Une solution utilisée sur le Google News U.S. et avec parcimonie.

Un étudiant américain, Virgil Griffith, met en ligne le Wikiscanner, un outil permettant de remonter à la source des modifications anonymes sur Wikipédia. Nombreux sont ceux (partis politiques, entreprises, personnalités) qui sont pris la main dans le sac.

Les étudiants britanniques font plier HSBC en se fédérant sur Facebook : la pétition en ligne réunit plusieurs milliers de membres et permet l’annulation de l’augmentation de leurs agios.

Septembre

Chanel met le paquet avec une opération blogueurs impressionnante.

NYT onlineLe New York Times.com, site média le plus visité au monde, abandonne le modèle payant et rend gratuit l’accès à la totalité des contenus, pariant sur l’accroissement de trafic et des revenus de la publicité.

widgetupsC’est l’année des widgets. UPS consacre l’essentiel de son budget d’achat d’espace 2007 à la promotion on et offline de son compagnon de bureau : sans doute une des campagnes les plus ambitieuses et les plus osées pour un service web (signée McCann Erickson).

Octobre

onslaughtAprès une première campagne très remarquée intitulée « Evolution » qui dénonçait la dictature de l’image, Dove remet le couvert en s’attaquant aux marques dans sa nouvelle campagne, « Onslaught« . Une ligne jaune franchie pour beaucoup, qui rappellent que Dove, c’est Unilever et qu’Unilever, ce sont aussi des marques dont l’attitude est dénoncée… par Onslaught.

radioheadPlus de maison de disques, plus de points de vente : Radiohead utilise le web comme seul canal de lancement de son dernier album, In Rainbows, demandant à l’internaute de payer le prix qui lui paraît juste. Mais combien d’artistes peuvent se permettre une telle folie ?

Le magazine Géo lance ses webreportages : une belle réussite qui illustre l’intégration croissante de l’image en ligne et le phénomène des web TV.

martinePlus qu’un buzz Internet, c’est un véritable phénomène de société : impossible d’échappper au Martine Cover Generator. Casterman demandera la désactivation du site après un mois de franche rigolade pour les internautes.

Jean-Louis Borloo rencontre une assemblée de blogueurs à l’occasion du Grenelle de l’environnement.

zuckerbergFacebook accueille Microsoft dans son capital à hauteur de 1.6% (soit 240 millions de dollars) et annonce la personnalisation de la publicité.

Novembre

Un e-mail mal placé de BETC Euro RSCG à Laurent Gloaguen d’Embruns, doublée d’une campagne de publi-rédactionnels sur des blogs pour Ebay, met le feu à un bout de la blogosphère et relance le débat sur les relations entre les marques et les blogueurs.

C’est la fin de Pointblog, le magazine du blogging. L’audience et le rythme de publication n’auront pas suffi à attirer suffisamment de publicité. Gilles Klein continue avec Le Monde du Blog.

Le baromètre annuel d’IPSOS pour Australie montre un niveau élevé de publiphobie de la part des internautes.

olivennesLe patron de la FNAC Denis Olivennes réussit le joli coup de mettre d’accord les ayant droit de la musique et du cinéma et les fournisseurs d’accès et propose dans son rapport de sanctionner les pirates en coupant leur abonnement à Internet.

L’arrivée de l’iPhone marque le véritable lancement de l’Internet mobile.

Décembre

quidRobert Laffont annonce la fin du Quid papier, victime collatérale de l’abondance d’information en ligne (et peut-être de Wikipédia en particulier).

On semble s’ennuyer au Web3, le congrès international réunissant blogueurs et entrepreneurs de tous horizons à Paris. Peu de nouveautés dans les contenus, mais un « place to be » du networking malgré tout.

Facebook passe le million de membres en France.

Skyblog était un phénomène de société, c’est aussi désormais un phénomène économique : Skyrock annonce gagner davantage d’argent avec ses activités en ligne qu’avec la radio.

manaudouLa publication de photos de Laure Manaudou nue enflamme le web (et les stats de tous ceux qui utilisent les 3 mots magiques : Laure + Manaudou + Nue), mais un travail remarquable des avocats de la nageuse, qui obtiennent le retrait rapide des images là où elles sont publiées, vient démontrer qu’Internet n’est peut-être pas la zone de non-droit que l’on croit.

Bonne fin de fêtes de fin d’année à tous.

Relations entreprises/consommateurs : le MEDEF est-il autiste ?

Hier matin, la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) s’est livrée à un drôle d’exercice, néanmoins stimulant : s’interroger sur l’efficacité des associations de consommateurs françaises sans inviter aucune d’entre elles à la tribune. Les organisateurs de la journée souhaitaient privilégier les regards extérieurs (programme ici), dont celui de l’entreprise.

Celui-ci fut donné par François Remoué, chargé de mission au MEDEF et membre du Conseil National de la Consommation (CNC). La salle, au bout de quelques minutes, lui devient hostile : tics d’agacements, remarques et discussions entre voisins, montée du chuchotement, consultation du portable ou du journal à portée.

Très vite, n’importe qui se rend compte des dégâts : François Remoué n’y connait tout simplement rien. Il l’avoue à demi-mots, en ouverture, avec une anecdote qu’il balbutie. Le voilà qui raconte sa première réunion au CNC : il ne connaissait aucune des associations autour de la table. Son interminable et vague discours aligne, vaille que vaille, une série de questions éculées sur l’efficacité des associations.

Cette litanie interrogative lancée à la salle ne traduit qu’une seule chose : la profonde méconnaissance qu’a le MEDEF (tout du moins de son représentant) des associations de consommateurs. Et plus généralement, une absence d’intelligence stratégique sur les enjeux de consommation. Pour avoir une stratégie, il faut au moins connaitre ses interlocuteurs, leur histoire, leur identité et leurs enjeux.

Heureusement, plusieurs représentants du monde de l’entreprise interviennent pour critiquer sa myopie. Un vieux briscard du CNPF (ex-MEDEF) le rabroue avec les rires garantis de la salle. Une responsable de la RATP rappelle que la Régie rencontre régulièrement les associations de consommateurs et ceci dans son plus grand intérêt. Enfin, un cadre à la retraite de l’industrie automobile explique comment, avec ses ingénieurs, il a toujours porté la plus grande attention aux tests comparatifs faits sur les voitures.

À entendre François Remoué manier l’ignorance et la désinvolture avec élégance, on se dit qu’il reste beaucoup à faire avant que le MEDEF ait une vision des questions de consommation. Vous savez, ces questions qui font tourner une bonne partie de l’économie française.

Blogueurs et journalistes : de la porosité des styles et des sujets

Le Monde d’hier (édition du 27/11/07) a consacré une partie de sa première page à l’arrivée sur le marché de l’Iphone. L’article signé Joël Maro m’a particulièrement frappé par son style. J’ai eu l’impression de lire le papier d’un blogueur, de ceux qui privilégient le test produit : on me l’a prêté, j’ai essayé, je vais vous en parler. De mémoire de lecteur (fidèle, plus de dix ans d’abonnement désormais) je ne me souviens d’un article dans ce style là (Le Monde 2 nous a lui habitué à la démo produit laudatrice, donc convenue, disponible dans la plupart des hebdomadaires). Je pense n’avoir jamais lu un papier qui me liste les forces et faiblesses d’un produit dans le « grand » quotidien du soir, empruntant une perspective utilisateur et consumériste.

Cette incursion sur un sujet très différent de ce que traite Le Monde habituellement est peut-être l’indice d’un effet indirect et diffus des blogueurs (en l’occurence les blogueurs tendance conso avec leurs styles, leurs sujets de prédilection) sur les rédactions et les journalistes les plus consacrés.

PS : l’article, jusqu’à sa disparition dans les limbes archivistiques du journal, se trouve à cette adresse

Le consommateur, Internet et les asymétries d’informations

Le cas qui va suivre n’est pas nouveau et fera écho par ailleurs à vos propres expériences d’internautes patentés (et puis, une démonstration un peu scientifique à la place de quelques intuitions, cela ne fait pas de mal de temps en temps). Je l’ai découvert dans un livre à succès réédité récemment en poche, Freakonomics (et néanmoins tendancieux, à lire avec précaution – ce à quoi les auteurs n’invitent pas). Comment à la fin des années 90, le prix de l’assurance décès à terme s’est effondrée, alors même que les prix d’autres types d’assurance (maladie, auto…) augmentaient ?

C’est à peu près en ces termes qu’est formulée la question de départ de deux économistes Jeffrey R. Brown et Austan, ( “Does the Internet Make Markets More Competitive? Evidence from the Life Insurance Industry,”, disponible ici en working paper). A partir des données recueillies, ils montrent que cette baisse des prix de l’assurance décès est étroitement corrélée aux consultations de sites comparateurs ad hoc qui fleurissent au printemps 1996. La comparaison est d’autant plus aisée que ce produit a la particularité d’être assez homogène d’une société d’assurance à l’autre, le prix étant la caractéristique discriminante. Leurs principales conclusions sont les suivantes :

  1. plus un groupe donné a adopté Internet rapidement plus les prix ont baissé pour cette catégorie de clients;
  2. la massification de l’usage d’Internet entre 1995 et 1997 a fait baisser les prix des assurance vie dans une fourchette située entre 8 et 15%. (les auteurs estiment le surplus consommateur entre 115 et 215 millions de dollar par an).
  3. A terme, la dispersion des prix semble diminuer.

La conclusion de ce papier, nous pouvons tous dès lors l’imaginer. Mais comme j’ai découvert ce papier via le bouquin de Levitt et Dubner, je terminerai par une courte conclusion de leur cru :

Dans toute transaction, il est courant qu’une partie soit mieux informée qu’une autre. Dans le jargon économique, on parle alors d’asymétrie de l’information. Il est globalement dans le système capitaliste qu’une personne (en général un expert) en sache davantage qu’une autre (en général un consommateur). Mais avec l’arrivée d’Internet, d’innombrables asymétries de ce type ont disparu. (…) Internet a permis ce qu’aucun organisme de défense du consommateur n’a su accomplir: réduire considérablement le fossé séparant l’expert de l’acheteur lambda.

L’avenir des blogs en débat

Le blog est-il mort ? Le débat (à la fois très déstructuré et très ethnocentré) qui a agité la blogosphère (voir ici, , , , ou encore ) et (un tout petit peu) les médias fin août dernier trouve un prolongement avec la conférence Apple Expo sur l’avenir des blogs qui aura lieu samedi 29 septembre.

C’est l’occasion d’esquisser des réponses aux questions qui sont posées : le blog est-il passé de mode ? Est-il supplanté par les nouveaux outils de publication comme Facebook et Twitter ? Quelle sera son influence dans le débat public ?

A vrai dire, ce débat était attendu depuis un bon moment : la surchauffe qui a alimenté les fantasmes autour des blogs depuis deux bonnes années ne pouvait pas nous emmener ailleurs. C’est donc finalement un débat assez sain, qui peut permettre de recadrer des idées reçues exagérées dans un sens (« le blog est mort ») comme dans l’autre (« les blogs sont la révolution de l’information »).

En préambule, il me semble utile de rappeler que cette réflexion se heurte à 2 écueils :
– le fait que le blog ou plutôt « les blogs » sont un univers extrêmement divers et donc difficile à décrire : je suis toujours gêné par les « les blogs ceci, les blogs cela »…
– le fait que les blogs ne sont qu’une composante des médias 2.0. La question la plus fondamentale dépasse les seuls blogs : il s’agit de comprendre comment les individus s’expriment et avec quel impact. C’est une question de société, alors que la question des seuls blogs, du seul Facebook, du seul journalisme citoyen, des seuls commentaires dans les médias online etc., relève davantage du débat d’expert.

Mais nous sommes justement sur un blog qui se veut expert donc on se lance. Qu’est-ce qui pourrait faire dire que le blog en tant qu’outil de publication, est mort, ou plutôt, en perte de vitesse ?

1. Les chiffres. Mais je ne crois pas beaucoup à l’intérêt des chiffres comme « X% des internautes lisent des blogs » ou « Y millions de blogs existent en France ou dans le monde ». Ils négligent d’une part le rôle de la recherche d’information dans le surf (on ne lit pas un média online comme un média papier), d’autre part le niveau réel d’activité des blogs.

Que ces chiffres augmentent ou baissent ne nous apprend donc pas grand-chose, et il est bien normal que le nombre de blogs créés ralentisse, par un double effet d’apprentissage (on expérimente le blog, puis on se rend compte que ce n’est pas nécessairement l’outil d’expression qu’il nous faut) et de saturation (la croissance n’est pas infinie).

2. Les blogs qui ferment. Je ne crois pas non plus que la fermeture récente de quelques blogs historiques ou emblématiques (le Domaine d’Extension de la Lutte qui annonce sa fin puis change de mains) ou des changements de positionnement, puissent amener à une conclusion généralisée : ces fermetures viennent surtout nous rappeler le caractère par essence intermittent des blogs. Un blog vit et meurt. Un blog, c’est chronophage et sa vie est aléatoire car le plus souvent l’auteur n’est pas rémunéré. Il est tout à fait normal que des blogs, fussent-ils « influents », meurent. Que des blogs meurent ne signifie pas que le blog est mort.


3. L’après-élections.
Il était parfaitement prévisible que la blogosphère politique connaisse à la fois une agitation et un certain succès jusque début mai, puis que l’audience des blogs concernés retombe. Là non plus on ne peut pas en conclure que « le blog est mort », mais plutôt qu’il accompagne les grands événements de société.

4. Une nouvelle concurrence. Celle des Twitter, Facebook & co. Mais si les blogs sont concurrents des réseaux sociaux, c’est uniquement en tant qu’outils d’expression personnelle. Car ces différents outils n’ont pas la même vocation que le blog et finalement le complètent assez bien :

– un blog est un carnet de bord, il s’inscrit dans la durée et est relativement chronophage par définition ; il peut être ouvert au monde si son auteur le veut bien

– un réseau social (je parle de mon expérience Facebook) est un trombi géant et dynamique qui correspond beaucoup mieux à des tas de gens ; il est par définition centré sur l’individu

Finalement ce dont on s’aperçoit, c’est que le temps (qui efface l’effet de mode) et l’émergence de nouveaux outils 2.0 viennent plutôt clarifier le paysage des blogs en donnant le choix à l’utilisateur de l’outil qui lui convient le mieux pour s’exprimer. La blogosphère était, et reste, un incroyable et bordélique fourre-tout, mais avec un peu de recul elle est mieux comprise : maintenant, quand on blogue, on sait davantage pourquoi et on sait ce que cela implique. Et on a compris que les blogs font beaucoup de commentaire et très peu d’information.

Dans cette blogosphère consolidée ou « rationalisée », on aura moins de blogs morts ou morts-vivants, sans audience, sans idées ou purement auto-centrés (pour ça il y a d’autres moyens). Si c’est cela la mort des blogs tant mieux… mais je parlerais plutôt de fin d’une époque des blogs. Fin d’un âge d’or, avec ses pionniers, ses effets d’emballement et ses expérimentations. Ce n’est pas le blog qui est mort, c’est l’époque 2002-2007.

Oui, les blogs sont en perte de vitesse : ils ne sont plus en excès de vitesse, mais en vitesse de croisière. Le paysage est plus installé, même si toujours foisonnant et dynamique. Les blogs occupent une place assez bien cernée dans le paysage médiatique : celui-ci a pris une forme de longue traîne et les blogs en sont essentiellement la partie basse.

En revanche, il est certain que l’avenir des blogs n’est pas le même si on en vient à les reconnaître comme potentiellement influents ou comme un simple outil d’expression.

Et la question de l’influence des blogs reste très ouverte : un outil comme Facebook a peut-être davantage de potentiel d’influence collective que les blogs, avec l’effet « pétition » qu’il permet (ce que mon ami Emmanuel appelle le nouveau consumérisme). Les blogs, eux, ont à mon sens une influence ou plutôt des influences de niche, d’ailleurs très imprévisibles : ils sont influents quand ils soulèvent le bon sujet, au bon moment, avec les bons arguments.

Si l’avenir des blogs est réel, il sera plus ou moins radieux en fonction de l’idée qu’on se fera de leur influence. Et pour être influents, il faut qu’ils soient utilisés dans une logique d’influence : l’avenir des blogs dépend aussi de l’usage que leurs auteurs en feront.

Edit 02/10 – Il fallait être là : les comptes-rendus de la conférence ne nous apprennent pas grand-chose sur ce qui s’y est dit. Le blog n’est pas mort, mais il a du mal à exploiter toutes ses potentialités…

Du potentiel consumériste de Facebook : le cas HSBC

Facebook ne cesse d’attirer. On vient y retrouver ses amis, s’en faire de nouveaux, entretenir ses connaissances ou encore travailler son réseau professionnel… Ouf, ça fait déjà beaucoup. Mais les usagers de la plate-forme du moment ont plus d’un tour dans leur sac. Voilà que Facebook a désormais une nouvelle utilité : agréger les mécontents, leur permettre de se reconnaître et de donner tous ensemble de la voix. De quoi rejoindre la panoplie du consumérisme.

HSBC vient d’en faire les frais outre-manche. Rappel des faits (chez Ecrans notamment) : la banque décide d’augmenter les agios auprès de ses clients étudiants à découvert. Branle bas de combat du côté du NUS (National Union of Students, le principal syndicat étudiant britannique) qui lance dans la foulée un groupe Facebook, Stop the Great HSBC Graduate Rip-Off!!!

La mobilisation porte suffisamment ses fruits : environ 4000 membres s’inscrivent en plein mois d’août sur le groupe (aujourd’hui il en compte plus de 6000), plus de 1000 commentaires… HSBC fait marche arrière dans un communiqué commun avec le NUS

Pour Wes Streeting, Vice-président du syndicat étudiant et créateur du groupe, Facebook a été central dans cette campagne : il a permis de toucher des étudiants non militants ou des anciens qui ne fréquentent plus les campus, le tout durant une période de mobilisation creuse – les vacances.

On peut ajouter également que les fonctionnalités de la plate-forme permettent d’archiver et partager les preuves matérielles nécessaires dans ce type de mobilisation. Sur le groupe administré par le NUS, chacun peut consulter quelques courriers envoyés par HSBC à certains étudiants. La critique prend appui sur des preuves disponibles à tous et non uniquement sur des mots d’ordre ou des appels à mobilisation.

Ainsi, la capacité d’agrégation offerte par Facebook peut être, à terme, un outil puissant pour prendre collectivement la parole et compléter les actions consuméristes habituelles. Et tout ceci à moindre coût, ce qui laisse présager une appropriation rapide.