Archives de Catégorie: Conversation

De la conversation comme jeu

Nos glorieux prophètes ont fait de la conversation un slogan du web social.

En déambulant dans une impressionnante bibliothèque – la BNF en l’occurrence, je tombe sur un livre, Histoire de la conversation d’Emmanuel Godo (PUF, 2003). Parce que je déteste la platitude bien réglée des fiches de lecture (mal faites, elles ont un côté rapport de police), je partage avec vous quelques extraits d’un passage de l’introduction du bouquin (pp.1-13). L’auteur propose une analogie entre la conversation et le jeu… De quoi stimuler notre compréhension des publics numériques et en particulier des blogueurs :

« On entre en conversation comme on entre dans le jeu : on saisit la parole, comme la balle, au bond, on badine, revêtant, pour jouer, tel ou tel masque que l’on sait plaisant, on cherche à briller et à s’attirer les suffrages de l’histoire (…) Certains sujets plaisent, d’autres sont tabous, certaines attitudes, certains gestes, certaines poses, certaines phrases vont séduire et faire mouche, d’autres vont faire l’objet d’une réprobation unanime : on est ou l’on est pas dans le ton. Entrer dans la conversation implique de se plier à la loi de la communauté à laquelle on prétend s’agréger : on devient ainsi le jouet de soi-même, entre masque et sincérité.

« Qui dit jeu, dit espace de liberté, marge de manœuvre (…). Si les règles existent – soumises à fluctuation, mobiles, au gré des évolutions historiques, culturelles et sociales – chacun garde une part d’invention et d’interprétation (…). Une conversation, comme une manière de jouer, porte la signature de qui la profère – plus ou moins personnelle, plus ou moins virtuose, plus ou moins marquante.

« La conversation partage avec le jeu cette capacité de créer, à partir de rien ou de presque rien (…) un monde, en marge ou au cœur de la réalité. (…) Il y a dans la conversation quelque chose qui rapproche et qui protège : un espace particulier – le salon, le jardin, le boudoir, le fumoir -, un temps bien défini – les personnages de Marguerite de Navarre conversent de midi à quatre heures – , un but clairement établi – le bonheur, le progrès des connaissances, le divertissement, la notoriété-, et des règles qui sont autant de balises dans un monde qui, par ailleurs, en manque toujours cruellement.

« La sociabilité italienne, à la Renaissance, ou l’honnêteté française, au XVIIe siècle, confèrent à la conversation une fonction fondamentalement politique : il s’agit de réaliser, ne fût-ce qu’un instant, dans le partage d’une parole agréable et dans le respect mutuel, une communauté idéale et d’inventer, par là même, un mode de relation entre les êtres qui pourrait servir de modèle et de moteur – à la façon d’une utopie praticable – à une réformation de la société dans son ensemble.

No comment… Si ce collage en inspire certains…  😉

P.S. :  pour cette comparaison entre la conversation et le jeu, l’auteur – Emmanuel Godo s’appuie sur le travail Roger Caillois sur le jeu.

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Nos plus belles années (3/4) : les cinéphiles

Pour ce troisième épisode de « nos plus belles années » (1 et 2), direction l’entre-deux-guerres et la presse cinématographique populaire avec deux de ses titres phares, Cinémagazine et Mon Ciné.

Précisons encore un peu notre focale, celle d’une rubrique et une seule… ce courrier des lecteurs qui joue un rôle important de fidélisation et de positionnement dans la production pléthorique de l’époque.

Sa fonction de départ est de satisfaire la curiosité des lecteurs et de répondre à leurs questions. Mais, à l’usage, cette rubrique prend d’autres dimensions. Il devient une importante fonction de dialogue et de débat entre la rédaction et les lecteurs du journal. Les uns et les autres donnent leurs avis sur les articles, la mise en page, les derniers numéros et le journaliste en charge de la rubrique explique les choix retenus. Jusqu’ici rien de très étonnant…

Mais cet homme-réponse dépasse son rôle de journaliste : le courrier des lecteurs se fait courrier du cœur où des lectrices et des lecteurs de province cherchent l’âme sœur. Il encourage même les correspondants à se livrer comme ici avec Hermine :

« Allons, mon enfant, n’oubliez pas que je suis un père confesseur et que vous pouvez m’avouer toute la vérité » (Mon Ciné, 14 mars 1930)
ou les réconforte, comme cette réponse à Duchitanu X.37 :
« Pourquoi traiter votre patelin de sale trou ? Moi qui ai pas mal roulé ma bosse, je le trouve charmant. Savez-vous seulement ce que vous réserverait la vie ailleurs ? » (Mon Ciné, 24 mars 1932) Nous sommes dans un journal (certes populaire) de cinéma, je vous le rappelle.

Le courrier de ces lecteurs se révèle ainsi un véritable forum sur les goûts, les intérêts cinématographiques ou la vie des uns et des autres. Il ne s’agit pas uniquement d’un dialogue entre un « homme-réponse » et des lecteurs mais d’une forme d’échanges entre les lecteurs. En effet, si le journaliste reste médiateur, il n’hésite pas à interpeler les uns et les autres, avec des messages du style :

« Chochot prie Sanglier des Ardennes de faire savoir s’il peut correspondre avec lui » (Cinémagazine, 5 mai 1922)
ou encore, « Pourquoi ne correspondez-vous pas avec une « amie » que je connais par ses lettres spirituelles et qui, je crois, a avec vous, beaucoup de goûts communs ? Lisez mes réponses à Perceneige, je suis persuadé qu’elle accepterait de correspondre avec vous ». (Cinémagazine, 16 mars 1923)

Comme on peut le noter avec ces quelques citations la pratique du pseudo est quasi générale. Quelques autres exemples ? Miss-Thérieuse, Ramonette, Lorgnons dorés, Lou Fantasti, Flirteuse, Mimi Colibri et j’en passe. Même le journaliste en charge de la rubrique, par ailleurs rédacteur en chef, se fait appeler Sylvio Pelliculo. Remarquons donc que la généralisation du pseudo (sans arrière-pensée du style corbeau, etc.) n’est pas uniquement liée au net mais plutôt à tout support de dialogue où l’on cherche à échanger plus librement sur des questions intimes (vie amoureuse, goût, etc.).

Pas le temps de développer beaucoup plus, mais ces quelques évocations pour rappeler qu’il a existé des manières de converser, de créer une communauté à partir d’un média bien avant internet (pensons aussi à la radio et encore plus proche de nous la libre-antenne). Evidemment, le support technique n’a aucune commune mesure : entre quelques pages d’un magazine et la souplesse de nos outils actuels il y a des années lumières. Evidemment, la conversation n’est pas horizontale puisqu’elle reste filtrée par un journaliste. A regarder ces pages, lire ces échanges on voit à quel point tout nous est facilité par Internet et son 2.0.
Mais on peut néanmoins noter, à lire ce courrier des lecteurs qu’il existait une véritable effervescence, une volonté d’échanger, de rencontrer, de s’ouvrir, etc. Le corps fragile d’une communauté cinéphile populaire. Internet n’a pas créé la participation et la conversation mais nous a permis de lui redonner une nouvelle puissance. Ce qu’il serait intéressant de comprendre c’est pourquoi et comment le courrier des lecteurs s’est peu à peu transformé en support phatique et publicitaire (je pense en particulier à Télérama ces dernières années) ? Comment des espaces appréciés des lecteurs ont-ils pu disparaître ? Pourquoi faudra-t-il attendre quasiment 50 ans pour connaître une nouvelle génération de lecteurs participatifs ?

PS 1 : tous ces exemples sont issus du mémoire d’Emilie Charpentier, Spectateurs, vous avez la parole ! et sous-titré – au cas où vous n’auriez pas compris – « le courrier des lecteurs dans Cinémagazine et Mon Ciné »

PS 2: on pourrait sûrement dire ça d’autres courriers des lecteurs, mais je ne les connais pas. C’était juste un exemple. Surtout d’autres personnes, bien plus compétentes que moi, pourraient en parler avec beaucoup plus de subtilité.

L’avenir des médias en ligne en 6 questions

On parle beaucoup de l’avenir de la presse écrite, mais une autre question mérite d’être posée : celle de l’avenir des médias en ligne.

Je ne parle pas ici du web communautaire mais des médias professionnels : ces rédactions qui emploient et (sous)paient les journalistes et ont besoin d’un modèle économique pour vivre, donc pour publier.

De nombreuses, et passionnantes, lectures récentes dans les communautés web dédiées au journalisme apportent des éléments éclairants. Ou noircissants, c’est selon.

Voici 6 questions, ou enjeux, qui s’efforcent de synthétiser la situation à partir de ces différentes sources.

1. Comment un site média peut-il gagner de l’argent ? Un modèle économique est-il seulement possible ?

Malgré la croissance des audiences d’Internet, la question nécessite d’être posée. Voir à ce sujet le billet de Cédric Motte de Chouingmedia qui mérite vraiment lecture et qui vient rappeler à quel point la situation est difficile dans les rédactions en ligne.

« Les sites bénéficiaires sur leur activité éditoriale sont extrêmement rares« , écrit Cédric Motte. Un constat qui est aussi celui des intervenants de la dernière conférence organisée par le SNJ intitulée « Le web, sauveur ou fossoyeur du journalisme ? » (un très bon résumé chez Ceucidit).

Quelques exemples appuient ce propos :

– « A ma connaissance un site comme Rue89 a rentré les meilleures mois 30 000 euros de publicité et c’est très largement moins que ce qu’il faut. Il y a des mois il ne fait que 1000 euros« , dixit Gérard Desportes de Mediapart cité chez Ceucidit.

– Chez Backchich : un tout récent appel à la générosité des lecteurs

– La situation de rédactions online bénéficiaires est à relativiser : Lemonde.fr, annoncé comme bénéficiaire, republie des articles de l’édition originale dont le coût de production est supporté par les médias papier. Même si l’édition online paie un prix pour ce contenu, ce prix ne serait pas « le juste prix » (dixit Narvic dans les commentaires de Chouingmedia).

En d’autres termes, Lemonde.fr serait « subventionné » par la version papier. Ce qui pose la question suivante : si le média en ligne est bénéficiaire (techniquement, il gagne de l’argent), que coûte-t-il à la version offline ?

Car les audiences se déplaçant vers Internet, il y a forcément un manque à gagner pour la version papier. Et on a beau jeu de dire que la version web est un produit d’appel pour la version papier, qui peut dire qu’Internet rapporte des lecteurs à la version papier plus qu’il n’en coûte ?

Et maintenant que tout média qui se respecte dispose de son site web d’information, ne peut-on pas se demander si il était seulement dans l’intérêt des médias de basculer sur le web ? La question peut paraître sotte puisque les audiences se déplacent de toute façon sur le web qui est le média d’avenir, mais ne peut-on pas se demander si la migration vers le web n’accélère pas le déclin des médias traditionnels… alors que les business models du web ne sont pas définis ?

* Le problème du prix de la publicité

Le problème du modèle économique est, selon Cédric Motte, le prix de la pub :

« il est impossible de vivre d’un site d’informations de qualité. La faute à qui ? Pas du tout à une audience qui ne serait pas là : les sites d’infos sont parmi les plus visités. Non, la faute, encore et toujours, au prix de la pub. » (…)

« Pour qui a connu les régies pub des gros portails de l’époque, ils allaient parfois jusque -80% pour du CPM. Forcément, quand Yahoo annonce un CPM ridicule, qu’AOL embraye et que MSN ne dit pas non, à une époque où ils concentraient toute l’attention, cela a perverti les annonceurs… Du coup on se retrouve avec des CPM autour des 5-10 euros. »

(CPM = coût pour mille contacts)

* L’abonnement : une solution marginale ?

Si la pub ne permet pas de vivre, comment gagner de l’argent ? Le web d’information payant est encore loin d’avoir fait ses preuves. De ce point de vue les expériences encore récentes d’@rrêt sur images et Mediapart seront pleines d’enseignements. (Personnellement je ne suis pas convaincu de leur viabilité économique).

Là où il semble y avoir un pouvoir d’achat pour de l’information en ligne, comme le relève Cédric Motte toujours lui, c’est chez les cadres, dans les entreprises, là où l’information a une valeur économique et financière (ce sont les entreprises qui paient les abonnements). Ce qui positionne de façon favorable les marques média très installées et très CSP+ ou « leaders d’opinion ».

L’abonnement ne serait-il qu’une solution que pour une minorité d’acteurs avec un profil précis ?

* Les autres façons de gagner de l’argent

Rue89 (par exemple) vend des services éditoriaux. Les sites leaders sur leur catégorie sont aussi des sites de services : Aufeminin.com, Boursorama, Allocine… ne sont pas des sites exclusivement de contenu. Cédric Motte :

Quels sont les sites qui gagnent de l’argent ? Ceux qui ont transformé leur modèle médias initial (je suis un site média sur les femmes pour aufeminin, je suis un moteur de recherche pour google, je suis un réseau social pour myspace) en modèle de services BtoB.

Si il faut vendre du conseil éditorial ou du conseil marketing pour vivre (ce que fait Yahoo par exemple), cela pose de nombreuses questions. Déontologiques (conflits d’intérêt, indépendance de la presse), mais aussi par rapport au marché du conseil : les sites médias seront-ils les nouveaux concurrents des agences de com demain ?

Enfin sur cette question des modèles économiques, la lecture du prochain bouquin de Chris Anderson, « Free », peut être éclairante. Anderson ne parle pas de l’industrie des médias en particulier mais écrivait qu’il y a des dizaines de modèles économiques :

« le « freemium » (une version gratuite grand public, une version payante, et très chère, pour un petit nombre de professionnels) ; le modèle publicitaire (que Google est en train de transformer considérablement) ; les « cross-subsidies » ; le « zero marginal cost » ; le « labor exchange » ou encore le modèle du « gift » (cadeau) etc. »

(Lire le papier d’Anderson qui annonce son bouquin et cette analyse de Frédéric Martel).

2. Que peut-on attendre de la publicité et des annonceurs ?

A partir du moment où on fait le constat que les situations économiques des rédactions sont particulièrement compliquées et que le principal problème est dans les revenus de la publicité, la question qui se pose est de savoir comment ces revenus publicitaires peuvent évoluer.

Je ne sais pas si le prix des CPM peut augmenter. L’hypothèse que je fais est que s’ils sont bas c’est aussi parce que le web rend très largement traçable le comportement de l’internaute vis-à-vis de la pub. Et l’internaute étant actif (il évite la publicité, je prends souvent cet exemple d’eye-tracking) et publiphobe, il est difficile de créer des formats publicitaires en ligne qui ne soient pas malvenus. L’affiliation étant certainement le meilleur format.

En clair : les CPM sont bas parce que le web permet de montrer que l’efficacité de la publicité en ligne est relative. Non que la publicité offline soit forcément plus efficace, mais elle était / est sans doute partiellement protégée par la difficulté de tracer son efficacité.

Par contre et sans jouer les Madame Irma Geneviève la Voyante, on peut distinguer 3 tendances qui s’affrontent quant à l’évolution de la pub.

* La concurrence des autres sites

Il est bien entendu que la publicité en ligne va progresser, mais vers quels types de sites ? Le raisonnement de l’annonceur sur l’audience peut avoir des effets très dangereux pour les sites d’information : celui d’attirer l’audience sur d’autres sites que des sites d’information : les moteurs de recherche, les agrégateurs, les sites de services, les réseaux sociaux, les sites de partage, etc. Comme le disait Trevor Edwards de Nike,

« We’re not in the business of keeping the media companies alive, we’re in the business of connecting with consumers. »

Autrement dit, et c’est normal, l’annonceur se fiche bien se savoir quels types de médias il fait vivre et même s’il en fait vivre. Voilà un point de pessimisme.

* La progression de l’audience

Pour Cédric Motte, « le web n’ira pas plus loin en termes de pénétration du marché« . Je ne suis pas sûr de suivre : aujourd’hui, 58% de la population de + de 11 ans est internaute. La fracture numérique se réduit, mais reste une réalité. Les taux de connections progressent de 10 à 12% par an. Bien sûr on ne connectera pas la totalité des 40% restants et Cédric me le fait remarquer dans les commentaires de son billet, mais je suis sûr que l’audience peut encore progresser. D’ailleurs elle progresse, comme le montre XiTi. Ajoutons-y le développement attendu du marketing mobile… Un point d’optimisme, donc.

* L’évolution vers d’autres indicateurs de mesure de l’efficacité publicitaire

On parle de plus en plus des notions de contact ou d’attention, en plus de la mesure d’audience. Effectivement le temps passé sur un site devrait être une notion clé, quand on connaît les durées des visites on a très vite tendance à relativiser son audience…

Or les sites médias font partie des sites qui sont le plus susceptibles de retenir l’attention de l’internaute. Je n’ai pas d’étude sous la main, mais il me semblerait naturel que les internautes passent un temps moyen plus élevé sur des sites d’information que sur des blogs, des moteurs de recherche, des agrégateurs. Les sites média sont des sites de destination et la publicité devra le reconnaître. Voici un autre point d’optimisme.

3. Quelles conséquences pour le paysage des médias en ligne ?

Aufeminin.com annonçait il y a deux semaines des profits en nette baisse du fait d’un « environnement concurrentiel changeant« , résultats aussitôt sanctionnés par la bourse.

Il me semble assez symptomatique que le pure player emblématique de la réussite d’un média en ligne annonce des difficultés en raison d’une plus grande concurrence de l’information féminine sur Internet. Le message me semble clair : malgré les progressions d’audience que l’on peut attendre, il n’y aura pas de place pour tout le monde. Le marché des médias en ligne va nécessairement connaître une phase de consolidation. Et c’est de cette phase de consolidation que peuvent venir l’émergence d’acteurs solides et rentables.

Dans cette perspective, quels médias sont les mieux positionnés ? Là encore, le débat n’est pas tranché.

* Sites d’info des médias offline vs. pure players

D’un côté, les sites qui sont des déclinaisons online de marques média offline ont des atouts certains : l’attrait de la marque d’abord ; la possibilité de récupérer des contenus produits pour la version offline ensuite ; les archives enfin dont la publication favorise le trafic via les moteurs de recherche.

Pour autant, ces structures n’ont pas une culture web très développée et se contentent souvent de faire du papier sur le web ou plus généralement « la copie conforme du medium précédent », comme le disait Alain Joannès dans notre entretien.

C’est d’ailleurs sans doute ce qui explique que les leaders thématiques soient tous des pure players : Aufeminin, Boursorama, Linternaute, 01net, Allocine… Cédric Motte vient de livrer une analyse de ce qui différencie les pure players des sites de médias traditionnels, qu’on tentera de résumer en un mot : l’agilité.

Agilité qui a son revers, notamment la nécessité d’installer la marque et l’absence de contenu republiable et d’archives.

Il n’est pas dit que la consolidation se fasse juste autour des sites de médias traditionnels ou juste autour de pure players. Elle peut très bien se faire autour d’acteurs issus de ces deux familles. Nous sommes dans une période de « destruction créatrice » ou « d’incertitude radicale », pour reprendre les termes chers à Emmanuel Bruant. Le paysage est changeant et peut se modifier sous l’effet d’innovations technologiques, de décisions juridiques… Il paraît donc illusoire de vouloir se projeter et de faire des scénarios.

A ce propos, une réaction à un propos de Cédric Motte dans un autre de ses billets : « En 20 ans de web en France et autant d’années au cours desquelles les échecs se sont succédés, personne ne peut espérer devenir riche en lançant un site d’informations. » Je crois que ce raisonnement néglige un peu la dynamique du web et cette idée de destruction créatrice : le web 2.0 n’est là que depuis 4 ans, il se passe des choses nouvelles sans cesse, tout le monde apprend tous les jours. J’aurais donc plus tendance à voir la période actuelle comme une période transitoire dont il peut sortir… tout et n’importe quoi.

4. Qui va produire l’information ?

C’est une question que nous avons posée sur Internet et Opinion(s) il y a quelques semaines, à la suite du long papier du New Yorker que nous avions commenté, d’un résumé de ce papier chez Benoît Raphaël et d’un commentaire d’Emmanuel Parody – ouf.

Je ne vais pas copier-coller notre précédent billet mais l’idée est en résumé la suivante : ce sont les médias offline qui sont les principaux producteurs d’information. Sur Internet, en majorité, on copie-colle et on republie. D’ailleurs, Francis Pisani écrit cette semaine :

« Google News a indexé près de 3.000 articles se rapportant à la rupture des négociations entre Microsoft et Yahoo. 3.000 articles «sur la même chose» remarque Scott Karp de Publishing 2.0″

Jean-Marie Le Ray d’Adscriptor fait justement remarquer que ces 3000 articles ne sont pas identiques – autrement dit, il ne faut pas confondre information brute et analyse, mais l’idée est là : sur Internet, l’information est dupliquée, dédupliquée, etc.

Et commentée : la réussite de certains médias repose sur l’agrégation ET le commentaire d’informations produites par d’autres (le Huffington Post par exemple).

Donc, si ces médias d’agrégation et de commentaire captent la publicité pendant que la presse traditionnelle continue à s’affaiblir, qui va produire l’information ?

La part des agences de presse dans la production d’information semble croissante, celle des émetteurs d’information (les relations publiques) aussi. Peut-on attendre des médias en ligne qu’ils produisent de l’enquête et de l’analyse ? Cela suppose des coûts qui n’ont pas l’air de pouvoir (ou vouloir…) être supportés aujourd’hui.

5. Quelles sont les implications de la situation sur le contenu produit ?

Plusieurs des enjeux ci-dessus ont des conséquences sur la nature de l’information produite – à commencer par le dernier point : le rôle des agences de presse et des relations publiques, qui plutôt que de voir les médias comme des machines à relayer des messages, doivent toujours tendre vers plus de sens.

Ajoutons trois points pour répondre à la question du contenu :

* Le marketing éditorial

L’analyse du trafic sur les sites est édifiante. Philippe Cohen, rédacteur en chef de Marianne2.fr, au cours du débat du SNJ rapporté sur Ceucidit :

« si je fais un article sur la grève du Monde ou sur les Echos, je vais avoir 1500 ou 2000 visites maxi. Alors que si j’écris sur Marion Cotillard, Carla Bruni ou sur le SMS et bien ça va dépoter. » Et de conclure : « je suis obligé de jouer un peu sur les deux ».

[ndr : peut-être qu’on finira par remercier Airy Routier d’avoir su générer du trafic sur les sites d’information ? ;-)]

Le raisonnement par la publicité a donc pour conséquence d’orienter le contenu rédactionnel vers les informations les plus putassières, ce que Rfly résume ainsi dans les commentaires de Chouingmedia : « pas de thunes pour la qualité, du fric pour le people et les sites X ».

D’une certaine façon Internet encourage l’approche rédactionnelle par le « marketing éditorial » : le fait de voir exactement quels papiers marchent ou pas encourage le rédacteur à se comporter non pas en journaliste (vérifiant, contextualisant, donnant du sens et resitituant des faits) mais en marketeur (mon public veut une information avec telles et telles caractéristiques, je produis mon information en fonction de ces caractéristiques).

C’est un peu tout le contraire de la vocation du journaliste décrite par Hervé Bourges (résister aux contraintes temporelles dictées par les nouveaux médias) et rapportées par Narvic.

On en revient finalement à un débat d’offre et de demande : si on suit la demande (et Internet en rendant le suivi de l’internaute transparent pousse dans ce sens), l’information aura tendance à se spécialiser (sur-représentation de certains sujets, sous-représentation d’autres) et à se détériorer.

En ce qui concerne l’offre, on a évidemment envie de dire qu’une information à vraie valeur ajoutée doit pouvoir trouver son public, encore faut-il se doter des moyens nécessaires.

C’est encore le modèle d’abonnement payant qui permet le mieux de mettre en oeuvre ce raisonnement par l’offre. Plus que jamais, les expérimentations actuelles sont à suivre..

* L’influence du web communautaire

Le dernier billet de Benoït Raphaël : « comment les blogueurs ont révolutionné le journalisme » montre aussi l’évolution du contenu dans les médias professionnels. On voit en effet énormément de choses dans les médias (pas seulement en ligne d’ailleurs) qui sont inspirées de ce que l’on voit dans la blogosphère.

On voit bien dans le billet de Benoît Raphaël les tendances rédactionnelles : une organisation différente de l’information ; l’évolution des tonalités (emploi du « je », expérience personnelle, utilisation des liens, des listes…) ; la vitesse de circulation de l’information qui peut avoir comme commentaire le manque de vérification (loin d’être le monopole du web) ; l’intégration des commentaires, qui crée un process de corrections et d’enrichissements et faisait dire à Jeff Jarvis récemment que “sur papier, le process crée le produit ; en ligne, le process est le produit” ; etc.

Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une révolution, encore moins qu’elle impacte l’ensemble du journalisme en ligne, mais c’est justement parce que la mayonnaise n’a pas pris partout que le web communautaire peut continuer à influencer le contenu produit par les médias de la façon décrite par Benoît Raphaël.

* Le renouveau du consumérisme

Il s’agit là d’un des dadas de mon ami Bruant, sujet que nous évoquons de temps à autre sur ce blog. L’impact du web dans les médias est aussi là : dans une information plus consumériste. Le papier du Monde sur l’iPhone avait été une petite révolution à peine remarquée à l’époque, mais les exemples pullulent. Notre dernier exemple en date, le dossier de Libé sur GTA IV, est ici.

6. Que peuvent faire les médias en ligne ?

On va tenter ici de synthétiser diverses opinions d’experts. Ces opinions peuvent en gros être classées dans deux catégories : investir et innover d’une part ; faire évoluer les pratiques et la culture des rédactions d’autre part.

* Investir et innover

Evidemment les difficultés des rédactions ont pour corollaire la réduction des coûts : réductions d’effectifs, journalistes payés au lance-pierre, rédactions web focalisées sur du tri d’information et pas sur de l’enquête. Mais est-il viable de ne raisonner que par les coûts quand on traverse une crise ou quand on est en période de destruction créatrice ? C’est justement parce que la période bouleverse les repères habituels qu’il faut investir et innover.

Cela passe par de l’expérimentation, ainsi que le montre Cédric Motte dans sa formation faite à la Fédération Nationale de la presse française. Il n’y a aucune bonne solution, il est nécessaire d’expérimenter. L’intégration d’UGC ou de « journalisme citoyen » est une piste, mais les bonnes solutions ne sont peut-être pas celles qu’on attend. Le mot-clé est peut-être la sérendipité.

Alain Joannès insistait dans l’entretien que nous avons conduit sur le Rich Media, que l’on pourrait aussi décrire comme « l’info en 3D » et dont le résultat est « 1+1=3« . Les pratiques de Rich Media, courantes aux Etats-Unis, sont encore balbutiantes ici même si elles existent. Alain Joannès défend l’idée que leur mise en place est moins une question de coût qu’une question culturelle. Une réponse à creuser, donc.

On évoquera aussi un point de Cédric Motte sur l’organisation du contenu : éclater les sites généralistes en une multitude de sites thématiques spécialisés. Idée qui me semble cohérente avec un principe fondamental du web : le fonctionnement en réseaux affinitaires, ou en communautés thématiques.

L’innovation est aussi dans la recherche de son business model et pas forcément au niveau du seul rédactionnel. Si le développement des services est la clé vers la rentabilité, les sites d’information doivent développer des services (BtoB)… Ce n’est alors pas au niveau de la rédaction que ça se joue mais au niveau de la direction générale, de la stratégie d’entreprise.

* Faire évoluer les pratiques et la culture des rédactions

Ah, le rapport des journalistes au web… qu’il s’agisse des journalistes en place (que l’on peut illustrer par la situation au Parisien il y a quelques semaines) ou (plus inquiétant) des étudiants en journalisme, on va qualifier ce rapport de « compliqué ».

On ne s’achète pas une culture web comme ça, surtout quand la profession entretient la méfiance et la défiance vis-à-vis du web, ce qui a pour effet une profession désemparée.

Cette culture web passe donc par la formation. Relire à ce sujet le point de Journalismes.net sur les formations web en école de journalisme en France). Philippe Couve disait aussi lors de son intervention au cours du débat SNJ :

« A la question “un journaliste doit-il savoir tout faire aujourd’hui?”, j’ai répondu “oui” à la consternation d’une partie de la salle. Effectivement, je pense, et c’est le sens de la spécialisation multimédia mise en place au CFJ, que les journalistes aujourd’hui doivent maîtriser les bases de tous les médias (écrire, écrire pour le web, enregistrer du son, prendre des photos, tourner de la vidéo). »

Alain Joannès évoque, lui, trois pistes pour une re-légitimation du journaliste : fiabilité, capacité, innovation. Une question d’attitude et d’exigence, donc.

Mais la question est aussi une question de choix éditoriaux et d’identité de marque.

Seth Godin insistait sur son blog il y a quelques jours sur la nécessité pour le New York Times (mais c’est valable pour tout le monde) de se concentrer sur ses forces, ce pour quoi il est reconnu, et non pas sur ce qu’il ne traite pas mieux que les autres. Ce qui rejoint en quelque sorte le point de Francis Pisani sur les 3000 articles traitant de l’actualité Microsoft – Yahoo et lui faisait dire :

« la valeur des articles d’actualités, plus encore que celle des produits de consommation courante, tend vers zéro. » (…) « Traiter des sujets que tout le monde traite revient, pour les médias d’information, à assécher la source qu’ils exploitent. C’est un héritage du temps où l’audience n’avait accès qu’à un nombre très limité de publications. Le moment est venu d’intégrer à l’économie des médias le fait que leur audience en consulte toujours d’autres. »

Il s’agit donc à la fois pour un média de sonder son identité de marque (ce qui fait son « ADN », ce pour quoi il est reconnu) et de produire de la valeur ajoutée. Qu’est-ce donc que la valeur ajoutée d’un média ?

– pas l’information brute puisque tout le monde l’a et la reproduit (à moins de l’avoir avant tout le monde)

– pas les pages opinion puisque le web communautaire pullule d’excellents articles d’opinion (et là il faudrait un changement culturel fondamental puisque le must du journalisme en France est de devenir éditorialiste)

– mais plutôt l’enquête d’une part et l’analyse, la remise en perspective d’autre part. Qui sont des fondements, en principe, du métier de journaliste… Faut-il en déduire que les rédactions auraient intérêt à davantage « expertiser » leurs journalistes, ce qui aurait pour corollaire une moindre mobilité transversale des carrières ?

– la capacité à réunir et animer une communauté autour de soi, à faire parler. Ce qui suppose aussi l’implication des journalistes dans les relations avec les lecteurs, et pose encore et toujours, des questions de temps disponible, de culture et de volonté.

On terminera en rappelant que l’avenir des médias en ligne passe aussi l’avenir des marques médias : le média se définit de moins en moins par son ou ses supports et de plus en plus par sa marque. Un média en ligne d’avenir est donc peut-être aussi la version web d’un groupe média qui gagne de l’argent sur les autres supports… et ainsi « subventionnent » le site.

Pardon à ceux qui sont allés au bout pour ce très long article et auront noté qu’il n’y a… aucune réponse aux 6 questions. C’est ce qu’on appelle un débat ouvert.

Internet et démocratie : un panorama de Patrice Flichy

La vie des idées a publié hier un panorama très instructif de Patrice Flichy sur la question de l’opinion et de la délibération collective sur Internet : « Internet, un outil de la démocratie ? ». Pas très intéressant de résumer ce qui est déjà une synthèse qui a des chances de devenir incontournable pour les non-initiés.

En revanche, je retiendrai quelques points saillants de son exposé, histoire de digérer une nouvelles fois ce que l’on comprend des usages du net. Morceaux choisis par votre serviteur (billet un peu long mais suffisamment clair pour que vous puissiez naviguer entre les paragraphes) :

1. Confrontation, échanges d’arguments et consensus

« Les internautes peuvent (…) échanger sur un pied d’égalité. (…) Le débat ne tend pas vers l’élaboration d’une position commune, mais plutôt vers une multiplication de points de vue contradictoires. Cet éclatement des opinions est encore renforcé par le fait que les identités des internautes sont floues et mobiles. (…)

« Dans la vie réelle, les différentes facettes d’un individu sont unifiées par leur inscription dans un même corps, dans les interactions en face à face, chaque interlocuteur ressent ainsi la complexité de l’autre et peut s’appuyer sur cette complexité pour trouver un accord. Les communautés virtuelles encouragent, au contraire, la multiplicité de points de vue rigides plutôt que la flexibilité« .

2. L’intimité instrumentale

« Les communautés en ligne ont été caractérisées par les fondateurs d’internet comme des communautés d’ « intérêt commun ». Il est ainsi plus facile que dans la vie réelle de trouver des individus qui puissent partager tel ou tel de nos intérêts. Cet échange ne concerne pas l’ensemble de la vie d’un individu, mais certains aspects de sa personnalité liés à un domaine des loisirs mais aussi à des aspects plus intimes : maladies, évènements familiaux… L’échange sera intense mais limité à une facette de la personnalité. On peut alors parler d’ « intimité instrumentale ». « 

3. Concentration de l’information et de l’attention

« Cette abondance de l’information en ligne se traduit-elle par une grande diversité de la réception de l’information ? En fait, il n’en est rien, le citoyen concentre son attention autour de quelques sites qui viennent du monde traditionnel des médias. Une enquête américaine réalisée sur la campagne présidentielle de 2004 montre qu’environ la moitié des internautes consultent les sites des grands médias ou des portails internet, CNN.com réunissant à lui seul 20% de l’audience. (…) Internet, malgré sa diversité, est polarisé autour d’un nombre restreint de sites ».

4. le web d’opinion et la balkanisation des idées

Internet a aussi permis à une nouvelle presse d’opinion de se développer, car l’investissement initial est beaucoup plus restreint qu’avec les médias traditionnels. Pour ces « web d’opinion » ou ces blogs spécialisé, on trouve au sein de leurs sous-communautés la même polarisation sur quelques sites. Dans ce domaine qui est évidemment l’aspect le plus novateur d’internet, la faiblesse des liens de ces sites avec d’autres secteurs de l’opinion peut constituer un vrai risque de balkanisation de l’espace public, de communautarisation des débats.

5. La conversation on-off line

De nombreux interviewés (…) expriment le plaisir qu’il y a à rencontrer en ligne des gens différents d’eux par leur origine sociale ou géographique, mais aussi des gens qui pensent différemment. Ces internautes rencontrent un public devant lequel ils peuvent s’exprimer. Parfois, ces opinions différent peuvent les inquiéter ou les heurter, mais c’est plutôt perçu comme une occasion de clarifier ses idées, d’affûter ses arguments. De telles occasions existent rarement dans la vie réelle. En effet, les travaux de Wyatt et Katz sur les conversations politiques montrent que celles-ci se déroulent le plus souvent à la maison ou au travail et ont lieu pour l’essentiel (80 à 85%) avec des gens avec lesquels on n’a pas de désaccords fréquents.

Attention, ce ne sont que des extraits qui, dès lors, ne reflètent que très approximativement l’argumentation de l’auteur (les références précises des études citées sont disponibles dans le texte original). Mais il y a déjà de quoi discuter.

Lectures conseillées : journalisme et web / marketing 2.0 / ergonomie / conversation / savoir se faire écouter

On ne peut pas parler de tout alors on fait court et on classe par thèmes :

Journalisme et web

Des étudiants en journalisme pas très web-aware… C’est l’épisode raconté par Emmanuel d’Ecosphère. Quand on le lit c’est assez angoissant, d’abord parce que ce sont des journalistes en puissance et ensuite parce que ce sont des jeunes, mais il faut je crois aussi le lire en arrêtant de se regarder le nombril : il y a une fracture numérique, tout le monde n’est pas technophile ou webophile, les flux RSS restent un mystère pour beaucoup. Il faudrait juste qu’ils ne le restent pas trop longtemps pour les étudiants du CFJ…

… Et leur montrer très vite la nouvelle vidéo de Michael Wesch, auteur de l’inoubliable The Machine is us/ing us. Ca s’appelle Information R/Evolution (MW aime les slash) et c’est centré sur les usages de l’information sur le web.

Rien à voir : The Economist s’appuie sur des blogueurs « influents » en leur livrant des contenus en avant-première : un vrai exemple d’interaction on-off.

Interaction on-off également (mais différemment) : le point de vue de Narvic de Novövision sur la nouvelle formule de Libé (d’autant plus intéressant qu’on n’a pas lu grand-chose d’autre que des commentaires sur la maquette elle-même).

Le New York Times a fait +10% d’audience depuis la mise en gratuité de la totalité de ses contenus il y a un mois : un indice qui lui donne raison d’avoir fait le choix du modèle économique publicitaire ? Edit 25/10 : c’est +10% en septembre par rapport à août… pas de quoi s’affoler donc à ce stade.

Marketing 2.0

La présentation « 10 truths of marketing in a web 2.0 world » de 360° Digital Influence, à télécharger ici. Vous verrez si ces vérités vous dérangent, personnellement il y en a deux qui résonnent très fortement par rapport à ce que j’observe : « Authenticity, not transparency » (chez nous on parle de « sincérité », mais l’important c’est de mettre à bas le mythe de la transparence sur le web alimenté notamment par la blogeoisie) et « They know you are marketing » (autrement dit la capacité de décryptage des publics)

La stratégie d’investissement de Nike vue par le New York Times avec un chiffre-clé : -55% d’investissement télé en 10 ans et une citation d’anthologie :

“We’re not in the business of keeping the media companies alive, we’re in the business of connecting with consumers.” (Trevor Edwards, Vice-Président Global Brand & Category Management)

(Via Branislav Peric)

Ergonomie

« 30 concepts-clé de l’utilisabilité », dit comme ça ça ne vous donne peut-être pas envie de cliquer mais c’est un excellent exercice pour se mettre à la place de son public. Règle des 2 secondes, règle des 3 clics, Banner blindness… A lire chez Sébastien Billard.

Conversation

On l’avait déjà dit ici, le web 2.0 est moins conversation que somme de commentaires. Pendant que Rue89 expérimente de nouvelles règles de modération, TechCrunch présente Intense Debate, service de suivi et d’amélioration du flux de commentaires. Il n’y aura pas de solution miracle mais il est utile d’expérimenter.

Savoir se faire écouter

Une candidature incontournable chez Wieden + Kennedy.

Un mail aux blogueurs qui… sort de l’ordinaire et réussit son coup. Perso, j’adore : c’est tout à fait emblématique du changement culturel lié au web 2 (car le plus grand changement est peut-être bien culturel). Cela crée moins de messages autour de la marque qu’autour de sa com, mais il y a au moins ce petit effet d’image et apparemment ça marche. Et hop un lien vers Mandellia, l’auteur de cette approche.

Prescription et grande consommation : sur l’importance de l’articulation on/off line

couv_2015_img_fr.jpgVu dans le LSA du 11 octobre (n°2015), un article au titre explicite : « Les clients jonglent entre web et magasins ». Au départ de cet article une étude qualitative du cabinet IOD. 13 consommateurs ont participé à l’enquête organisée de la manière suivant : chacun a rempli tout d’abord son journal d’achat sur un blog perso durant une semaine. Dans un second temps les candidats ont participé à un forum de discussion, discussion lancée chaque jour par une nouvelle question des enquêteurs (environ 5 jours de forum).

Cette enquête qualitative très exploratoire s’ajoute à d’autres études croisées par ailleurs autour de la prescription d’achats. Quelques enseignements tirés des verbatims proposés à la sagacité du lecteur :

1) Une expertise accrue des consommateurs :

« Les vendeurs en magasins ne connaissent plus leurs produits. J’en connais plus qu’eux en m’étant documenté sur des sites spécialisés ».

Une méfiance envers les vendeurs résolue grâce à Internet. Les consommateurs se disent moins captif des conseils des vendeurs :

« Ils donnent des conseils, mais selon leur point de vue et leurs objectifs de vente. J’aurais plutôt tendance à me fier aux avis des consommateurs que l’on peut dénicher sur les forums ».

2) Mais les magasins garde de leur intérêt en particulier sur les produits dits « vivants » (alimentaire, plantes, animaux) ou ceux qui impliquent la personnalité de l’acheteur. Internet est encore un « désert sensoriel » :

« Je vais en magasin lorsqu’il est interdit de se tromper sur la qualité des produits alimentaires, pour les voir, les humer »
« Je fais un tour sur le site SFR pour voir les mobiles proposés avec les points de fidélité (…). Mais je ne commanderais pas en ligne, car je préfère les voir en vrai pour choisir en fonction de leur taille et de leurs poids ».

3) Si l’on est attentif aux avis et commentaires des autres sur Internet on l’est tout autant, voir plus, dans la vie de tous les jours. Et l’achat en ligne est une activité principalement solitaire et bien moins propice à l’échange de groupe:

« Nous partons en virée entre copines dans des magasins de vêtements. Nous nous amusons, essayons beaucoup de choses. Et forcément, on achète cette robe dans laquelle tout le monde, dans la boutique, nous trouve trop mignonnes ».

« Surfer à son rythme, examiner un produit sous toutes les coutures, c’est un plaisir un peu égoïste pour qui le fait et agaçant pour qui regarde ».

Ceci ne tuera pas cela mais plutôt ceci cohabitera avec cela. Dans quels termes ? Affaire à suivre… A l’échelle de la société, nous sommes encore loin d’une maturité et d’une stabilité des usages et pratiques d’achats sur Internet.

Portraits de deux blogueurs à partir de leurs usages de Facebook.

facebook.jpgFaberNovel a rendu public il y a quelques jours son analyse de Facebook. De quoi, manifestement, en rendre heureux plus d’un … Outre une bonne introduction pour le néophyte et une vision synthétique pour l’homme pressé, on a retenu pour vous le tout dernier développement de la présentation : l’usage de Facebook par les blogueurs.

Comme le rappelle les auteurs (même son de touches chez le camarade de clavier François Guillot) l’audience et le trafic d’un blog sont très souvent liés aux nombres de billets. Plus largement, ils dépendent, entre autres, de la manière dont les blogueurs arrivent à faire vivre une communauté. Mais pour remplir cet objectif, les tactiques peuvent varier du tout au tout.
180px-scoble_by_feldstein.jpg nqs.jpgDe manière exploratoire, faberNovel a recueilli, compilé et analysé les usages de Facebook de deux blogueurs bien différents : Robert Scoble d’un côté, Natacha Quester-Séméon de l’autre. Une expérience très très instructive.
Rappel des faits avec cette première slide (et n’hésitez pas à cliquer dessus pour mieux pouvoir les apprécier) :

slide-1fbfn.png

La structure d’usage de ces deux blogueurs n’a strictement rien à voir et témoignent de deux logiques et deux manières de faire bien différentes. Dans les usages de Natacha, la participation à un groupe de discussion représente 6%. Inexistant du côté de Robert Scoble. La principale activité de Natacha est d’aller poster sur les wall d’autres membres de Facebook (soit 22% de sa structure d’usages contre 1% de la structure de son homologue).
Robert privilégie avant tout sa propre production (ses vidéos plus ses billets de blog représentent à eux seuls 46 % de sa structure d’utilisation ; rajoutez-y une pincé de « status » et vous obtenez 60% de l’activité de Robert sur Facebook).
La conclusion est effectivement assez claire :

  • pour l’un, Scoble le « communicator », Facebook est utilisé avant tout comme un canal de diffusion complémentaire. Robert se rapproche ainsi d’un schéma traditionnel et bien connu de communication top-down.
  • Du côté de l’ « activist » Quester-Séméon, c’est la pratique de la conversation qui est privilégiée sous les différentes formes que proposent les applications de Facebook.

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Outre Facebook, cette comparaison n’est-elle pas un exemple de plus des usages trèsjacquesmartin.jpg variés du blog ? Si dans l’euphorie des premières années, la conversation se prenait comme étendard, qu’en est-il aujourd’hui?

Et si, l’audience aidant nos blogueurs favoris se retrouvaient dans la même situation que les médias traditionnels, avec de plus en plus de difficultés à nourrir ce qui faisait la spécificité des blogs au départ. Car Robert ne joue pas dans la même catégorie que Natacha niveau audience. Le première slide le rappelle comme la capture d’écran issue d’un post récent de Robert (nous sommes très fiers chez i&o car sa courbe se rapproche de la nôtre, une fois que vous avez enlevé tous les zéros). 1534308156_e7ce6381c4.jpg

A terme certains blogs seront des médias avec des règles des proches que ceux que nous connaissons bien, tandis que d’autres obteront pour des démarches qui privilégent plus l’échange. On voit donc très bien les trajectoires de sentiers de dépendance s’ouvrir.

D’autre part, pour ceux qui n’en étaient pas convaincus, la porte d’entrée la plus sûre du net est de réfléchir à partir des usages : il n’y a pas « les blogueurs » mais « des blogueurs » avec des utilisations variées parfois antinomiques des mêmes outils qui sont à leur disposition.

P.S. : faberNovel parle de « la conversation de Natacha » et de celle de Robert sur Facebook. J’ai préféré parler de « l’usage de facebook » parce que je ne vois pas en quoi poster une vidéo, un cadeau, donner son « status » participe d’une conversation. Que cela anime un lien social entre des personnes, oui… Mais évitons de mettre la conversation à toutes les sauces.

Internet sert l’avis : l’enquête Profiling 2007 d’Ipsos

Ipsos a rendu public pour 01 Net (et rien d’accessible sur le site Ipsos itself) les derniers chiffres issus de son enquête Profiling (pour la méthodologie c’est par ).

On retiendra ce chiffre : 23% des internautes laissent souvent ou de temps en temps un commentaire suite à un achat en ligne.

Difficile d’être plus précis dans l’analyse puisque la version publique est évidemment expurgée de toutes les nuances qui font la saveur et l’intérêt d’une enquête digne de ce nom.

En revanche, la slide rendue disponible dans le diaporama de 01 Net lance une piste d’analyse instructive : ceux qui achètent régulièrement et ceux qui disposent d’une connexion à Internet depuis plus de 5 ans sembleraient plus actifs pour donner leurs avis. Ce chiffre pourrait-il s’expliquer par un effet d’apprentissage, propre à l’appropriation d’une nouvelle technologie? Ce sont les personnes les plus à l’aise avec Internet qui participent le plus.

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Dans ce cas, le seuil de 20% d’internautes qui donnent leur avis est-il un niveau de maturité ou une simple étape dans la participation de masse à venir ? Seul l’avenir nous le dira, évidemment. Mais il semble, encore une fois, que les fonctionnalités offertes sur Internet ne soient utilisées régulièrement que par une minorité plus active .

La conversation en vidéo

Parmi les nombreux mythes du web (version 2.0 particulièrement), on trouve celui de la « conversation » qui naît notamment des fils de commentaires sous les billets des blogs. Cette vidéo trouvée sur TechCrunch me réjouit car elle participe à démystifier le concept (titre de la vidéo pour vous donner une idée : « de quoi aurait l’air un fil de commentaires en réunion ? »)

Il y a beaucoup de choses à dire au sujet de la « conversation » et on y reviendra sur ce blog, mais il ne faut pas perdre de vue que :

– conversation ne veut pas dire qualité

– une conversation constructive est souvent un luxe (et les pugilats nombreux)

– la conversation s’arrête quand un nouveau billet vient recouvrir le précédent

– audience ou conversation, il faut choisir (et le choix est d’ailleurs souvent vite fait) : la conversation est impossible pour les sites qui ont de larges audiences. On ne converse qu’en petit nombre et les commentaires des gros blogs ou des sites médias ne ressemblent en rien à une conversation.

J’ai d’ailleurs le sentiment que le vocabulaire dominant utilise le mot, plus sage mais moins chic, de « commentaires ». Et je mets un lien vers Laurent car je sais que ce sujet lui est cher.

L’expérience des commentaires sur Google News

Google a annoncé il y a une dizaine de jours la mise en place d’une expérience sur la version américaine de Google News : la possibilité de commenter une news, réservée aux parties prenantes de l’article en question (en langue française, TechCrunch et Abondance en ont parlé, et à l’instant ou presque, Emmanuel Parody).

Cette annonce a suscité une vive polémique outre-Altantique entre techos, webologues et gens de RP. On va essayer de résumer, en commençant par une capture d’écran pour bien comprendre de quoi il s’agit :

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Il s’agit donc de laisser la possibilité à une partie prenante (« those people or organizations who were actual participants in the story in question ») de commenter un article qui la concerne : ici, le VP communication de McDonald’s commente un article qui mentionne son entreprise.

Ainsi, si vous êtes cité dans un article reproduit par Google News, l’envoi d’un e-mail à Google News vous permettra de faire apparaître votre réaction sous cet article – le texte intégral étant reproduit après vérification de votre identité et de la légalité de vos propos par Google. (FAQ Google ici)

A priori c’est une façon d’enrichir le contenu de la recherche, de façon ciblée puisque limitée aux « participants » : on est donc moins dans l’idée de la « conversation » (un fil de commentaire) que de débat d’experts (points de vue des acteurs mentionnés). En ce sens, on n’est d’ailleurs pas dans du web2.

Pour autant, cette idée va tout à fait dans le sens de la lecture sur le web : le web apporte à la lecture « traditionnelle » la faculté de croiser les points de vue et d’approfondir sa connaissance d’un sujet donné, avec l’utilisation des liens mais aussi des « articles sur le même sujet » entre autres. Le commentaire sur Google News s’inscrit dans cette logique : choix des lectures, croisement des points de vue pour se faire une opinion.

On peut y voir une forme de défi au journalisme professionnel puisque ce dernier est censé refléter les variétés de points de vue sur un sujet donné.

Mais au-delà de l’éventuelle critique à adresser aux médias (partialité, etc.), il s’agit aussi d’enrichir (apporter DAVANTAGE de contenu, sans limite de nombre de mots ou de temps d’antenne…). On imagine que la possibilité de ces commentaires serait majoritairement utilisée dans des cas de communication sensible. L’entreprise citée peut commenter, le journaliste peut répondre et ainsi de suite. Et si la news n’est pas commentée ? Qui ne dit mot consent…

Bon. En tant que professionnel des RP comme en tant que lecteur, j’aime assez l’idée de pouvoir commenter / lire les commentaires dans les Google News. C’est une nouvelle intéressante, mais pas révolutionnaire pour autant : la possibilité de commenter est déjà largement généralisée sur Internet (à défaut d’être bien utilisée).

Il y a à mon sens deux questions qui se posent :

– pour Google, c’est celle de la faisabilité. Elle est capitale et a concentré l’essentiel des critiques jusqu’à présent (1). Comment définir une « partie prenante » (sur certains sujets, des dizaines d’intervenants pourraient être amenés à commenter) ? Comment identifier ces parties prenantes ? L’opération est-elle rentable pour Google (plus de pages vues mais plus de temps passé à gérer les commentaires) ?

Cela est effectivement bien compliqué et d’ailleurs, 10 jours après l’annonce, je ne vois aucune trace de commentaire sur le Google News U.S., pourtant j’y ai passé un peu de temps. J’ai raté quelque chose ?

– Pour les parties prenantes des news publiées, la question est stratégico-culturelle : les personnes et organisations citées sauront-elles faire bon usage de cette possibilité, oseront-elles prendre leur part au débat ? S’agissant des entreprises, il y a de ce côté-ci de l’Atlantique encore un saut culturel à franchir. Dans leur intérêt.

Mais la solution Google News a un avantage sur le commentaire ouvert des blogs ou médias on line : on se répond entre « experts » sans réellement descendre dans l’arène du débat populaire. Ce qui peut s’avérer rassurant pour les parties prenantes. Si l’expérience va au bout.

(1) pour schématiser, le reste des critiques se focalise sur le potentiel de « manipulation » RP ouvert part Google News (de toute façon, soit ce sont les journalistes qui manipulent, soit ce sont les RP : il faut choisir son point de vue :-D) et sur l’ouverture des commentaires restreinte aux parties prenantes : « si tout le monde ne peut pas commenter, c’est n’est pas l’esprit du web« .