Archives de Catégorie: Détournements

La SCNF s’inspire d’un groupe Facebook : Quand Homer Simpson fait les annonces en gare

La veille sur Internet est souvent présentée comme une force occulte. Un fliccage soft qui renverrait au roman d’Orwell, 1984  (c’est d’ailleurs faire un peu injure à Orwell que de sortir le Big Brother alors que l’ouvrage est beaucoup plus riche et plus fin que la simple référence à Big Brother). On se souvient de la polémique autour de la veille du ministère de l’Education Nationale en pleine grêve des enseignants.

Néanmoins la veille a aussi son bon côté – un peu comme le Jedi qui peut choisir entre le côté obscure de la force et son bon côté. Bien utilisée, elle favorise le « dialogue » ou « la conversation » avec un public. Une extension du service consommateur en quelque sort (en France, le fin du fin de cette vision du marketing est tenue par François Laurent sur son blog Marketing is dead). C’est ce qui c’est passé le 1er Avril avec la SNCF.

Plusieurs groupes Facebook demandent qu’Homer Simpson fasse les annonces en gare (Petition pour mettre la voix d’Homer comme annonce dans les gares SCNF est composé de plus de 140 000 membres,ou plus anecdotique pour le remplacement de la voix sncf par celle d’homer simpson représente 120 personnes). Un « signal faible » succès de potaches comme seul Facebook en connaît. Quelques zozos rêvent d’un petit détournement… Et bien la SNCF l’a organisé pour le 1er Avril :

  • Homer interpelle un messieurs qui met les doigts dans son nez :
  • Homer chauffe la foule en délire 😉

Et le tout médiatisé en relations presse puisque, manifestement, le buzz est d’abord passé par les grands médias comme le Figaro. C’est aussi ça prendre en compte les avis et les demandes de ces usagers… Et cela prouve qu’une institution peut avoir le sens de l’humour…

Edit du 03 avril : Merci à Janny de m’avoir remis dans le droit chemin. J’ai écris mon billet trop vite et mal cherché sur FB tant et si bien que j’avais loupé un gros groupe… Erreur réparée dans le corps du billet

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Nos plus belles années (1/4) : les consommateurs

En forme d’hommage à André Gunthert ;-), une série de quatre billets, au titre mélancolique, histoire de voir ce qu’Internet a changé (et aller un peu plus loin évidemment). On regardera quatre champs différents : consommation, savoir, culture et ennui… à travers quatre catégories d’acteurs : les consommateurs, les intellectuels, les cinéphiles et les glandeurs.

Cela reste anecdotique (indiciaire dirait l’autre) mais j’espère intéressant.

On commence maintenant avec la consommation et un des organes de presse des publicitaires.

Publi10, sous titré le nouveau « Journal de la publicité » (oui parce qu’avant il y avait un ancien) et en date du 10 janvier 1975 nous propose sa revue de presse de la semaine. Le journal a ainsi relevé le tirade d’une sacré grosse tête. Jugez un peu :

Philippe Bouvard raconte dans « France Soir » qu’il a récemment vu dans Paris un cabriolet de marque étrangère sur les deux portières duquel son propriétaire aurait calligraphié cette inscription vengeresse : « je ne suis pas content de cette voiture »
« La vraie révolte des consommateurs passe d’abord par le réflexe de dire publiquement ce qu’on pense d’un produit.
Bien sûr, cette contre-publicité est mille fois plus efficace sur une automobile que sur un kilo de sucre. Mais dès que l’œil ou l’oreille d’un futur acheteur peut se trouver sollicité par une information défavorable, le plus humble usager tient le fabricant à sa merci. Et le fait de dire à autrui « N’achetez-pas ! » constitue un moyen de pression autrement efficace que le simple refus d’achat.
Nous pouvons donc tous être des Ralph Nader à l’échelle de notre immeuble, de notre quartier ou de notre ville. Pourquoi ne pas accrocher à la boutonnière d’un costume mal coupé un badge affirmant « mon tailleur est un sacré maladroit » ? Pourquoi lorsqu’on sort d’une salle obscure où l’on a vu un film inepte, ne pas avertir les candidats-spectateurs qui se pressent, confiants, à l’entrée ?
Seul le respect humain, la peur du ridicule et une certaine lâcheté sociale nous empêchent encore de réagir comme il le faudrait quand il faut ».

Désormais, il existe Internet et tout ces machins qui nous permettent de nous lâcher (en plus on peut être un courageux anonyme). Ce papier de Bouvard est intéressant car il évoque toutes les difficultés que nos « ancêtres » avaient pour s’exprimer et donner leur avis. Avec nos sites comparatifs, on mesure le chemin parcouru en trente ans. Pour un dernier exemple en date d’initiative consumériste très utile, rendez-vous sur trocdestrains.

Il est néanmoins remarquable que, comme tous les grands récits, le mouvement consumériste ne soit pas plus à la pointe que ça aujourd’hui. Alors que les frustrations liées à la prise de parole étaient à leur comble ces années durant, le mouvement consumériste qui aurait désormais à disposition les outils concrets de généralisation de sa politique semble assez moribond (c’est mon avis perso, je peux me tromper). Alors qu’à l’époque être audible signifiait être plusieurs – un collectif, un mouvement, une association, j’ai l’impression qu’on peut dire que le consumérisme s’est individualisé et que le net correspond très bien à cette logique là (au mieux on est communautaire ou affinitaire).

Vidéo de la semaine : Greenpeace parodie Dove

Quand on dit que l’entreprise est sous surveillance constante… Vous vous souvenez de cette campagne de Dove intitulée Onslaught (Matraquage) : « parlez à votre fille avant que l’industrie de la beauté ne le fasse » :

Voici la parodie signée Greenpeace, sur le thème de la déforestation : « Parlez à Dove avant qu’il ne soit trop tard ».

Cette parodie (7ème vidéo la plus postée sur des blogs depuis une semaine) n’est pas la première conséquence non recherchée pour Unilever.

Elle intervient après un débat, certes assez light, sur la schizophrénie d’Unilever, portant simultanément le  « parlez à votre fille … » de Dove et le « Plus t’en mets plus t’en as » d’Axe, discours jugés contradictoires.

Ce premier débat était en quelque sorte la réponse du berger à la bergère : la critique porte sur le sujet porté publiquement par Dove.

On voit maintenant qu’en optant pour une posture agressive sur le sujet de la publicité, Dove se voit interpellé sur ses autres domaines de responsabilité (en l’occurrence l’environnement)…

Cette fois, c’est plutôt un effet arroseur arrosé : la critique porte sur un autre sujet que celui porté publiquement par Dove.

Difficile sur Internet d’occuper le terrain de la communication responsable ou du débat sans accepter de recevoir la réponse du berger à la bergère et / ou d’être l’arroseur arrosé. Ce n’est pas forcément contre-productif pour la marque. C’est une question de retour sur investissement et d’acceptation de la critique. Cela s’anticipe et amène les entreprises à s’interroger à la fois sur les réponses attendues du berger (quelles sont les faiblesses de mon argumentation ?) et sur les pressions possibles des arroseurs (que peut-on me reprocher qui n’a rien à voir avec le sujet sur lequel je me place ?)

Comment évaluer le bénéfice et les risques de cette stratégie pour Dove et Unilever ? A vue de nez, la campagne originale a été vue 1,6 millions de fois sur YouTube et la parodie, pour l’instant, 220 000 fois. Soit un rapport de 8 à 1. Mais quelle est la trace laissée en termes d’image et de réputation ? Il est d’autant plus difficile de répondre que ces vidéos — l’originale de Dove et la parodie de Greenpeace — ne sont, dans un cas comme dans l’autre, que la partie la plus visible d’un dispositif plus construit :

– le fonds de l’estime de soi pour Dove

– la campagne valorisée à la une du site Internet de Greenpeace et suivi d’un appel à signer une lettre ouverte à Patrick Cescau, PDG d’Unilever.

Enfin, on se souviendra que ce n’est pas la première fois que Greenpeace détourne les codes d’une marque.  Le précédent, était moins agressif mais s’est avéré d’une efficacité redoutable puisqu’à sa suite Steve Jobs avait annoncé un « Apple plus vert » : il s’agissait de la campagne GreenMyApple.