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Les sites de marques et les sites corporate vont-ils mourir ?

Je vais très largement pomper l’idée de ce post de Leo Burnett : « Your brand site will die », mais je trouve la démonstration imparable : utiliser Google Trends pour regarder l’évolution du trafic de sites de marques et d’entreprises vs. l’évolution du trafic de sites « sociaux ».

Et puisque Leo Burnett a largement fait le job avec les courbes d’audience des sites de marques, on va regarder ici d’un peu plus près les sites corporate.

En commençant par le Cac 40, et en ne retenant que les courbes « complètes » (il arrive que Google Trend ne trouve pas de données significatives ou présente des courbes incomplètes), soit 17 sociétés du Cac 40 au total :

1. Total

2. Francetelecom

3. Axa

4. BNP Paribas

5. Société Générale

6. Carrefour

7. Air liquide

8. EDF

9. Arcelor mittal

10. Credit agricole

11. Accor

12. Michelin

13. cap Gemini

14. Alcatel-Lucent

15. renault

16. St microelectronics

17. peugeot

Et maintenant, même exercice, mais en partant du top 10 des marques les plus puissantes au monde d’après le classement de nos amis de Millward Brown :

18. microsoft

19. Coca-Cola

20. IBM

21. Mcdonald's

22. Apple

23. China Mobile

24. GE

25. Vodafone

Je crois que c’est globalement clair et que ça se passe de commentaires… d’autant plus que pendant la période étudiée (un peu plus de deux ans), la population connectée ne cesse de s’accroître !

Mais je n’irai pas comme Leo Burnett jusqu’à dire « votre site de marque va mourir » : le site de marque ou corporate est une composante à peu près indispensable d’une stratégie web, dont la première fonction est de répondre aux questions que se posent les internautes sur la marque ou l’entreprise, via les moteurs de recherche.

D’ailleurs les études de confiance ne sont pas catastrophiques pour les sites de marque (voir cette étude de TNS Media Intelligence par exemple).

Le problème est plutôt que pendant fort longtemps, « être présent sur Internet », pour une marque ou une entreprise, se limitait à avoir son site. C’est à dire à faire abstraction de son environnement et de tout ce qui peut se dire ou se faire autour de la marque ou de l’entreprise…

On peut schématiser en disant qu’il y a deux grandes stratégies possibles sur Internet : la centralisation (faire venir les publics à soi, sur son site) et la décentralisation (aller à la rencontre des publics, là où ils sont, sur les médias en ligne, dans les communautés, les médias sociaux, les blogs, etc.). Il est rare qu’il faille choisir entre les deux, mais il est clair que la culture des marques et des entreprises porte sur la centralisation plutôt que sur la décentralisation. On maîtrise son site. on ne maîtrise pas ses publics.

Attention, pour autant, cela ne signifie pas que toutes les courbes d’audience de tous les sites média ou sociaux soient « up » : WordPress est en recul depuis un an, FlickR idem, Typepad depuis 1,5 an, Wikipédia recule également légèrement depuis 1,5 an, MySpace…, DailyMotion est down… YouTube est probablement « up » mais Google Trends ne communique pas son trafic…

Comme Leo Burnett on pourrait montrer les courbes de Facebook, LinkedIn et Twitter qui sont éloquentes et en pleine croissance, mais ils serait exagéré de dire que tous les sites sociaux croissent. Ce qui se passe plus probablement je crois, c’est l’éclatement des audiences qui rend difficile la progression du trafic. (On le voit aussi sur le trafic des sites médias, avec beaucoup de courbes en recul).

Pour autant, la conclusion est la même : le site de la marque ou de l’entreprise ne suffit pas et suffira de moins en moins. Aller à la rencontre des publics là où ils sont, investir les médias et les médias sociaux, cela peut faire peur. Mais quand on regarde ces courbes de tendance, on se dit qu’il n’y a plus vraiment de choix…

Etude du Credoc pour Ebay : 44% des internautes cherchent des avis conso en ligne

Depuis ses débuts, ce blog a beaucoup collecté et commenté les études sur la façon dont on s’informe en ligne ou offline, notamment dans une perspective d’achat (dernier billet en date, une étude de TNS sur les sources de confiance on et offline). Dans cette veine, Emmanuel me signale cette étude du CREDOC pour Ebay qui vient apporter quelques éléments d’information et de réflexion sur ce que nous avons appelé « le renouveau du consumérisme« .

Le pdf résumé de l’étude est sur le site du Credoc mais comme on est grands seigneurs vous l’aurez aussi en cliquant ici.

Premier point : l’étude s’intitule « L’Internet participatif redonne confiance aux consommateurs ». A vrai dire je ne comprends pas très bien ce choix de titre car l’étude montre surtout la proportion d’internautes qui cherche des avis consommateurs en ligne. Ils sont 44% à chercher des avis de consommateurs (voir camembert ci-dessous) et d’après le Credoc, « l’information recueillie est perçue comme objective et satisfait la quasi-totalité des internautes qui l’ont recherchée ». Le Credoc ajoute que 66% des 44% ont confiance dans les commentaires collectés sur les forums, blogs ou newsgroups.

Mais est-ce pour autant qu’Internet redonne de la confiance aux consommateurs ? Je peux avoir confiance dans ce qui se dit sur Internet, et du coup freiner mes achats car les avis récoltés sont négatifs et cassent ma confiance dans le produit. Bref, confiance dans une source d’information ne signifie pas confiance dans des produits, surtout que sur le web, c’est toujours les mécontents qui s’expriment le plus facilement.

credoc pour ebay

Mais bref. Premier enseignement intéressant de l’étude à mon avis : ces fameux 44% d’internautes qui cherchent des avis de consommateurs, dont 14% qui le font régulièrement. Si on considère qu’environ les 2/3 de la population française est internaute, cela veut tout de même dire qu’environ 1/4 de la population aurait recours aux avis de consommateurs en ligne. Quand même. Et comme une grosse partie de cette recherche d’avis se fait par le moteur de recherche, on en revient à un constat désormais bien connu : le rôle du moteur de recherche dans les stratégies de réputation.

Autre constat intéressant : les internautes qui effectuent des recherches d’avis conso ont tendance à ajouter cette recherche à leurs autres sources d’info (magain, ami / membre de la famille, revue spécialisée). Pas à la substituer. Internet viendrait donc comme un canal d’information complémentaire pour internautes éclairés (là on est en plein dans le renouveau du consumérisme, pour le coup). De quoi contrarier les prophètes de malheur pour qui le web n’est qu’aveuglement et manipulation 😉

Enfin, l’étude confirme que le web est LE lieu de l’achat malin : 79% des internautes estiment que le web leur permet de faire des économies grâce notamment à la faculté de comparer les offres. Spéciale Ebay : 35% des Français ont déjà acheté un produit avec l’idée de le revendre d’occasion. Dont 54% des 18-24…

Voilà qui devrait promettre Ebay à un bel avenir mais un rapide coup d’oeil sur Google AdPlanner montre une décroissance importante de l’audience du site (données Google Adplanner, trafic France), qui confirme des difficultés dont le dernier épisode est la pétition lancée par Ebay contre les marques qui bloquent la revente de leurs produits :

audience ebay

C’est un autre sujet que celui de ce billet, celui des modèles économiques du web, mais qui reste toujours aussi épineux…

Pour en revenir à l’étude du Credoc, ce qui manque dans ce type d’étude, c’est une différenciation des pratiques d’information en fonction des types d’achat concerné.

Plus l’achat est lourd, plus on aura tendance à s’informer en général et donc à s’informer en ligne (ex : le matériel high-tech). En revanche pour les achats légers du quotidien et les achats d’impulsion, ce n’est pas du tout la même chose. Il ne faut donc pas conclure que 44% des internautes vont chercher des avis sur des laitues avant d’aller au marché !

55% des entreprises U.S. n’utilisent pas les réseaux sociaux

C’est à mon avis le chiffre le plus impactant issu de cette étude de Deloitte sur les réseaux sociaux et la réputation en ligne, qui a interrogé 2000 salariés et 500 dirigeants d’entreprises aux Etats-Unis au mois d’avril. Pour aller au plus intéressant, pour moi c’est le slide 15 qui montre qu’il y a du chemin à faire…

Et avec le « 58% des dirigeants considèrent que les réseaux sociaux devraient être un enjeu pour le comité de direction, mais seulement 15% reconnaissent qu’ils le sont véritablement », on mesure la difficulté pour les entreprises à traiter l’enjeu au fond.

L’étude creuse aussi la question du rapport salarié / marque employeur sur les réseaux sociaux.

Dans les choses qui font réfléchir, il y a ce « 49% des salariés estiment qu’une politique d’entreprise (relative aux réseaux sociaux) ne changera pas leur façon de se comporter en ligne ». Ce qui veut aussi dire que des guidelines de l’entreprise vis-à-vis de ses salariés sont quand même bienvenus pour l’autre moitié des salariés, mais que l’on marche sur des oeufs… cf. le fameux exemple Intel.

Etude BrandZ 2009 sur la valeur des marques

La mesure de la valeur des marques a je trouve quelque chose d’assez fascinant pour nous communicants et marketeux. Attribuer un chiffre à un actif immatériel comme la marque est un exercice périlleux mais nécessaire : tout le monde sera d’accord pour dire qu’une marque, ça peut valoir beaucoup, mais de là à être capable de la mesurer et de dire quelle est la contribution de la marque à la valeur de l’entreprise, il y a un pas.

Un pas que Millward Brown* franchit chaque année avec une étude intitulée BrandZ et qui mesure la valeur de milliers de marques pour en tirer un top 100 et les tendances de fond. Les spécialistes discuteront abondamment de la méthologie, qui croise données financières, données de perception et données de marché avec comme prisme l’idée de mesurer le rôle de la marque dans la décision d’achat.

La méthodo me semble induire d’importantes variations possibles de la valeur d’une marque à court terme, mais dans le monde liquide dans lequel nous vivons cela ne semble pas irréaliste… Mais bref, allons directement aux résultats :

Plusieurs choses notables :

– la valeur du top 100 des marques continue à croître. En soi, c’est déjà une info. On a beau dire que la perception des marques est écornée par les tendances du gratuit, de la contrefaçon, du web ou par la crise… Il faut aussi se souvenir qu’une marque c’est un refuge dans les temps difficiles. C’est peut-être en partie ce que montre ce résultat.

– Google reste numéro 1. On ne va pas refaire tout le couplet sur une marque qui n’existait pas il y a 15 ans, etc., mais disons que le monde va vite ;-). La présence de Microsoft et Coca-Cola aux places 2 et 3 est « historiquement » plus attendue.

– je suis assez fasciné par les variations sectorielles, dont voici la capture pour les flemmards :

BrandZ secteurs

Si la faible performance du secteur financier est attendue (sauf peut-être dans de telles proportions pour les assurances), il est notable de voir le secteur agro-alimentaire aussi bien « performer ».

L’analyse de Millward Brown sur la performance des marques est qu’il y a une prime à la valeur qualité / prix ; à la valeur plaisir ; à l’innovation ; et aux marques conversationnelles (celles qui rendent des services qui permettent aux individus d’interagir).

Maintenant je serais intéressé de savoir s’il y a une prime aux marques qui investissent le plus dans les situations de crise, comme on a pu le dire abondamment dans les milieux de la communication et du marketing depuis le début de la crise (et dont la meilleure démonstration, celle de The Economist, est à voir ici).

* disclosure : client de l’agence

Etude TNS sur les sources de confiance : en gros, c’est bien compliqué cette affaire

Malheureux que nous sommes, nous n’avions pas encore pris le temps de commenter les résultats de la dernière enquête TNS sur les sources de confiance (vue il y a une quinzaine de jours sur le blog eMarketer par Emmanuel).

D’abord, les chiffres :

103387

Les résultats sont très intéressants car finalement on n’a pas eu tant que ça entre les mains des études de ce type avec des résultats portant spécifiquement sur la France. En gros, ce que l’on est sûr de savoir, c’est que parmi toutes les formes d’influence, c’est avant tout la recommandation personnalisée qui prime, c’est à dire l’influence du quotidien qui se fait au sein de la famille, des groupes d’amis ou de pair à pair.

Les données issues de cette étude de TNS ne remettent pas cette forme d’influence en question, mais avec 31% pour « recommendations by friends », on ne peut pas dire que le score soit très élevé.

Au contraire, concernant la colonne France, ce qui marque c’est finalement à la fois :

– le niveau relativement faible de confiance accordée dans les différentes sources, quelles qu’elles soient (jamais plus de 35%, score obtenu par les « industry magazines » que cela consolera peut-être un tout petit peu de leurs chiffres de vente).

– le tassement des chiffres concernant l’ensemble de ces sources : difficile de dégager une véritable hiréarchie de l’influence.

Bien sûr, on n’est « que » sur un échantillon d’internautes, soit pour la France entre 60% et les 2/3 de la population. Exit les non-consommateurs du web. Mais il est quand même assez troublant de voir que les « online news », les « newspapers » et… Wikipédia obtiennent exactement le même score (28%). Malgré tout ce que l’on peut dire ou lire sur Wikipédia (voir l’édifiante affaire de la page Maurice Jarre).

La France n’est presque bizarrement pas le pays étudié où l’information des entreprises est la moins considérée. Les « company websites » obtiennent un score de 21%, soit plus qu’en Allemagne ou en Espagne. Et le score des brochures est le plus élevé (ou plus exactement, le moins bas) de tous les pays européens (17%).

Que retenir de cette étude ? Finalement, là où elle me semble bel et bien confirmer les analyses actuelles, c’est que les système d’influence sont de plus en plus complexes emmêlés et difficiles à décrypter…

PS : rien à voir mais pendant que j’y suis : PUB pour le nouveau blog collectif de mes collègues à qui on souhaite longue vie (ou survie) dans la blogosphère.

Les groupes Facebook les plus populaires

Alors qu’on n’en fait plus un événement médiatique (excepté bien sûr l’Envoyé Spécial très controversé de France 2), et contre pas mal de prédictions, Facebook continue sa croissance a un rythme très élevé.

Comme je le relevais dans un de nos derniers billets, le nombre de membres en France est passé en 2008 de 1 à 6 millions, en tout cas si on se fie à la page « advertising ». Rien que ça.

Pour le sociologue et le communiquant, il y a donc une très belle matière à étudier dans les groupes Facebook. Quels sont les « mégagroupes Facebook », ceux qui réunissent le plus de membres ? Il n’y a pas vraiment de littérature sur ce sujet à ma connaissance, je suis donc allé farfouiller dans Facebook pour extraire les groupes les plus populaires (francophones et globaux).

Deux méthodes pour extraire ces données :

– de proche en proche : en utilisant les « related groups » indiqués dans la colonne de droite de chaque groupe (c’est à dire les groupes qui ont le plus de membres en commun avec le groupe que vous regardez). Puisque les « related groups » des gros groupes sont aussi de gros groupes, il suffit de prendre un gros groupe au départ, par exemple « Contre les cons qui restent immobiles à gauche dans l’escalator » (mon préféré), et de dérouler le fil.

– en utilisant le fonction recherche de groupes de Facebook. Les recherches classent les résultats par popularité. Facebook ne faisant pas apparaître de classement global, seulement des classements par catégories (« just for fun », « geography », « common interest »), je suis allé voir les groupes les plus populaires dans chacune des 11 catégories proposées.

Voici donc — sous toute réserve d’erreur comme d’habitude quand je me livre à ce genre d’expérience — les 38 groupes francophones qui dépassent les 100 000 membres. Le nombre de membres est celui au moment où j’ai relevé l’existence du groupe, dans la soirée du 23 décembre :

1. ♫ ♫ Pour ajouter de la musique sur facebook, cliquer ici ♫♫ 529810

2. pour savoir qui regarde le + votre profil !!! C SUPER SIMPLE 482042

(Mise à jour 2 janvier : vous êtes nombreux à cliquer sur les noms de ces groupes qui sont en fait des groupes spam dont le principe est d’inviter ses amis pour mettre en place une fonctionnalité qui n’existe pas)

3. Pour que Coyotte arrive enfin à choper Bip Bip et lui défonce sa gueule ! 448605

4. Tous les matins je me dis: « ce soir je me couche tôt » 430116

5. 1 Membre dans ce Groupe = 1 Raciste en moins dans le Monde ! 418553

6. Il faut boire avec modération, mais putain c’est qui ce modération ? 379561

7. je me tape souvent des fous rires tout(e) seul(e) en repensant à un truc 364487

8. Toi aussi tu est né(e) entre 80 et 90, alors ce qui suit va te plaire!!! 348215

9. Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans. 327568

10. Groupe de recensement du nombre d’inscrits sur facebook 314940

11. Pétition contre les tortures & maltraitances sur les animaux en Chine! 313247

12. je suis mort(e) plus de 342 fois pour ne pas avoir renvoyé des chaînes. 293635

13. ♫ – Ajouter de la musique sur facebook © 289011

14. PETITION POUR QUE FACEBOOK PROTEGE NOS DONNEES PERSONNELLES ! 277213

15. Je ne critique pas … non, je constate. 271304

16. Pour ceux qui disent « J’arive!! » alors qu’ils sont toujours chez eux. 267175

17. L’expérience Interdite par Facebook: J’ai besoin de vous!!! 258744

18. Participe au record du plus grand nombre de personnes dans un groupe 249747

19. PQUOI VIVRE D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE QD ON PEUT VIVRE DE SEXE ET D’ALCOOL ? 246866

20. Pour tous ceux qui espèrent en début d’heure que le prof sera absent 236218

21. Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est. 216193

22. L’alcool ne résoud pas les problèmes… ceci dit l’eau et le lait non plu 202953

23. 100 trucs pour ne pas s’emmerder en classe. 189656

24. PETITION POUR QUE LE SMS COUTE ENFIN QU’UN CENTIME D’EUROS ! 187447

25. Le samedi 22 novembre 2008, tous les Francais s’habille tout en blanc. 171727

26. Fédération Française de l’Apéritif 165755

27. Pour la création d’un congé « lendemain de cuite » 164012

28. Parce que toi ossi ta djà essayé d’inserer l’antivol du caddie sur lui meme 161970

29. J’ai Souvent l’Impression de déja Avoir Vécu ce Moment 159172

30. Contre les cons qui restent immobiles à gauche sur l’escalator 149393

31. Un million dans ce groupe avant la fin de l’année, et je gagne mon pari 🙂 147143

32. J’ai un problème de motivation jusqu’à ce que j’ai un problème de temps. 145456

33. Comité de Lutte contre l’union du SLIM, de la TECKTONIK & de la COUPE MULET 138139

34. Tu sais que t’es un vrai parisien quand… 127509

35. EXPERIENCE : 1 ami facebook habite près de chez toi … 114670

36. Génération 88/92 ! Pour ceux qui ont connu les Pokemon et le Bigdil 111200

37. Pour que la tva passe a 0,5 et le taux d`alcool a 19,6 109320

38. RASSEMBLER TOUTE LA BELGIQUE SUR FACEBOOK DANS CE GROUPE… C’EST POSSIBLE? 101250

Et voici les 22 groupes globaux qui dépassent le million de membres :

1. Let’s break a Guinness Record! 2009 Approved by guinnessworldrecords.com 3947922

2. Feed a Child with just a Click! 3815975

3. Let’s set and break a Guiness Record!!!! Approved by guinnessworldrecords.c 2770932

4. 1,000,000 AGAINST THE NEW FACEBOOK LAYOUT! 2722984

5. THEY ARE TRYING TO SHUT DOWN FACEBOOK – PETITION TO KEEP IT! INVITE ALL! 2281730

6. The Snowball Effect – Official Experiment 2213784

7. Six Degrees Of Separation – The Face book Experiment 2205442

8. 15,000,000 for lower gas prices 2170775

9. If you remember this you grew up in the 90’s 1783827

10. Petition Against the « New Facebook » 1637742

11. I Hate The New Facebook (www.new.facebook.com) 1523541

12. When I was your age, Pluto was a planet. 1507073

13. THE FACEBOOK BLACKOUT 1376868

14. COMO PONER EL FACEBOOK DE ANTES (APLICACION) 1302074

15. I Dont care How Comfortable Crocs Are, You Look Like A Dumbass. 1254180

16. 1,000,000 Strong For Stephen T Colbert 1203993

17. Facebook Will Be Forced to Shutdown in 7 Days! Join and Save it! 1196427

18. L’ ALBERO GENEALOGICO 1178888

19. Ultimate Social Experiment 1162602

20. The Official Petition for Colored Profiles on Facebook. 1152404

21. I Secretly Want To Punch Slow Walking People In The Back Of The Head 1103318

22. I bet I can find 1,000,000 people who dislike George Bush! 1003698

On ne se refait pas, voici donc quelques éléments d’analyse et de réflexion.

On s’en serait douté, une grande partie de ces mégagroupes sont à caractère potache. Mais pas que : 1 Membre dans ce Groupe = 1 Raciste en moins dans le Monde ! est le 5ème groupe francophone, tandis que Feed a Child with just a Click! est le 2ème groupe global.

Voici donc un essai de typologie des mégagroupes Facebook :

1. Les groupes potaches. Ils dominent le classement francophone et on peut les subdiviser en plusieurs catégories :

– les groupes absurdes ou rigolos : Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est. ; Pour que Coyotte arrive enfin à choper Bip Bip et lui défonce sa gueule ! ; 100 trucs pour ne pas s’emmerder en classe. ; I Dont care How Comfortable Crocs Are, You Look Like A Dumbass.

– les paris : Un million dans ce groupe avant la fin de l’année, et je gagne mon pari 🙂

– les groupes qui renvoient à la personnalité : Tous les matins je me dis: « ce soir je me couche tôt » ; Pour ceux qui disent « J’arive!! » alors qu’ils sont toujours chez eux.

– les groupes sur l’alcool et ses effets : Il faut boire avec modération, mais putain c’est qui ce modération ? ; Fédération Française de l’Apéritif ; Pour la création d’un congé « lendemain de cuite »

On notera que ces groupes potaches sont beaucoup plus dominants dans le top des groupes francophones que dans le top des groupes globaux.

2. Les expériences de groupe.

Là-dedans, je mets d’une part les groupes dont le principe est d’être le plus nombreux possible :

– soit à travers un « recensement » (euh, il faut expliquer à leurs membres que les données sont accessibles) : Groupe de recensement du nombre d’inscrits sur facebook

– soit à travers une volonté clairement affichée d’être le plus gros possible, en jouant sur l’absurde (Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans.) ou le fait de battre un record (Let’s break a Guinness Record! 2009 Approved by guinnessworldrecords.com). C’est un format qui plaît beaucoup aux anglo-saxons, il n’y a qu’à voir la liste.

Et d’autre part des groupes qui proposent une expérience on ou offline : EXPERIENCE : 1 ami facebook habite près de chez toi … (un jour donné, les membres portent un signe discret de leur appartenance au groupe sur eux) ; Le samedi 22 novembre 2008, tous les Francais s’habille tout en blanc. (moui…) ; Six Degrees Of Separation – The Face book Experiment ; THE FACEBOOK BLACKOUT

3. Les groupes à caractère politique ou citoyen

Et oui, il y en a donc quelques uns parmi les « mégagroupes » Facebook : on a mentionné « feed a child » et « 1 membre = 1 raciste en moins ». On peut aussi citer Pétition contre les tortures & maltraitances sur les animaux en Chine!.

On a aussi des groupes « politiques » avec une dimension pétitionnaire qui peut être fédératrice : I bet I can find 1,000,000 people who dislike George Bush!

4. Les groupes à caractère consumériste.

Et là c’est la question du prix des produits qui est fédératrice : au niveau francophone avec les SMS : PETITION POUR QUE LE SMS COUTE ENFIN QU’UN CENTIME D’EUROS ! ; au niveau global avec le prix de l’essence : 15,000,000 for lower gas prices.

5. Les groupes identitaires.

– les groupes générationnels, très populaires chez les jeunes : Toi aussi tu est né(e) entre 80 et 90, alors ce qui suit va te plaire!!! ; Génération 88/92 ! Pour ceux qui ont connu les Pokemon et le Bigdil ; If you remember this you grew up in the 90’s . Sur cette catégorie on a des équivalences évidentes entre les groupes francophones et les groupes internationaux.

– les groupes géographiques, culturels ou communautaires : Tu sais que t’es un vrai parisien quand… ; RASSEMBLER TOUTE LA BELGIQUE SUR FACEBOOK DANS CE GROUPE… C’EST POSSIBLE?

6. Les groupes sur Facebook.

Logique, on est sur Facebook, l’outil est donc aussi le contenu. Facebook vient d’ailleurs de créer une catégorie à part entière, à côté de « common interest », de « Internet & technology » ou de « Music » ; la catégorie « Facebook ». Dans cette catégorie, on a trois types de groupes :

– les pétitions pour améliorer le service, notamment le retour à l’ancienne version de Facebook : 1,000,000 AGAINST THE NEW FACEBOOK LAYOUT! ; Petition Against the « New Facebook » ; mais aussi sur son design (The Official Petition for Colored Profiles on Facebook.)

– les groupes parano : THEY ARE TRYING TO SHUT DOWN FACEBOOK – PETITION TO KEEP IT! INVITE ALL! (j’adore le « They ») ; Facebook Will Be Forced to Shutdown in 7 Days! Join and Save it!

– les groupes de spam. Ceux qui prétendent rendre un service autour d’une application Facebook et consistent en réalité à inviter ses amis pour pouvoir ajouter une application qui n’existe pas. Ces groupes sont une tendance récente et qui malheureusement cartonne. A surveiller de près : que fera Facebook face à ce nouveau phénomène ?

♫ ♫ Pour ajouter de la musique sur facebook, cliquer ici ♫♫ ; pour savoir qui regarde le + votre profil !!! C SUPER SIMPLE ; COMO PONER EL FACEBOOK DE ANTES (APLICACION)

Quand on rejette un oeil à la liste après avoir regardé la typologie, on note que pas mal de groupes peuvent être classés dans plusieurs rubriques de la typologie : pétitions absurdes, pari dans le domaine politique, etc. : c’est aussi ce qui fait leur force.

Sur les différences entre les francophones et les « globaux » (anglo-saxons très majoritairement), on voit donc plus de potache ici et plus d’expérience collective là-bas.

Une des choses qui me frappe est que, finalement, on ne trouve pas beaucoup, dans ces mégagroupes, des sujets ayant trait à l’actualité. On aurait pu imaginer des groupes autour des J.O., ou un mégagroupe Obama. Il paraît logique de penser qu’un groupe recrutera beaucoup plus facilement si son sujet est en résonance avec l’actualité médiatique. Mais j’ai le sentiment que ces groupes en phase avec une actualité sont des groupes de taille plus moyenne, et que les mégagroupes dont on parle ici atteignent leur taille justement parce qu’ils ont un caractère universel. Ils touchent au quotidien ou à la personnalité de l’individu avant de toucher à l’actu.

Dernier élément de réflexion : les créateurs et administrateurs de ces groupes sont devenus de véritables leaders d’opinion en puissance. Il serait intéressant de savoir s’ils ont beaucoup oeuvré à la popularité de leur groupe ou si les groupes sont devenus populaires très spontanément, par des mécaniques virales facilitées par le fonctionnement de Facebook.

Il y a sans doute des deux, mais une des choses qui m’ont frappées en visitant les groupes a été de voir que beaucoup d’entre eux, dans la partie « description », en haut de la page, communiquaient un mode d’emploi à l’attention de leurs membres pour que ceux-ci fassent du prosélytisme : « cliquez sur invitez vos amis, sélectionnez les tous… ». Il y a le hasard des choses, et les coups de pouce qu’on peut donner.

Enfin, et c’est un point très particulier, les créateurs et administrateurs de ces groupes ont la possibilité d’envoyer des mails à la totalité de leurs membres. Marketing direct à coût zéro. C’est un peu comme s’ils avaient hérité de la clé de l’arme atomique.

Si j’étais le créateur du groupe « Guinness Record » avec 4 millions de membres, qu’est-ce que je ferai de cette possibilité ? Le bon sens veut que l’on ne soit pas intrusif et qu’on ne poste que des informations en rapport direct avec la vocation du groupe, ce qui rend la fonction « mail aux membres » inopérante dans beaucoup de cas (tous les groupes potaches notamment). Mais je serais curieux de savoir si certains des administrateurs de ces groupes utilisent, même de temps en temps, ce « pouvoir »…

PS : Edit du 2 janvier à lire ici.

Les médias en ligne et leurs politiques de blogs

Je viens de faire un travail qui me tenait à cœur depuis plusieurs mois : décortiquer les politiques de blogs menées par les principaux médias en ligne généralistes — les « grands médias », si on veut.

Qu’est-ce que j’appelle la « politique de blogs » des médias en ligne, d’abord ? Tout simplement la manière dont ces médias proposent des blogs, ou pas, à leurs lecteurs.

Cela peut prendre des formes multiples : des blogs de journalistes sur le site du média (par exemple celui de Corinne Lesnes du Monde), une plate-forme de blog proposée aux internautes sous la marque du média (monblog.lemonde.fr), etc.

Or on sait que les médias français ont une vision culturellement très méfiante vis-à-vis d’Internet. Pourtant, bloguer est à la fois un moyen de :
– proposer un service additionnel à son public (un service d’information quand le média édite des blogs, un service de participation quand le média propose une plate-forme de blogs ouverte au public)
– d’interagir avec lui pour enrichir l’information et être à son écoute
– ou encore tout simplement une pratique inhérente au métier de journaliste, qui peut utiliser le blog pour raconter les coulisses de son métier, expliquer les dessous d’une enquête, diffuser des informations complémentaires, proposer des analyses complémentaires avec un point de vue plus personnel comme le blog le permet bien.

Même si cela a tendance à évoluer un peu depuis quelques mois, on sait que les journalistes français se servent encore malgré cela assez peu des blogs, que ce soit comme source d’information ou comme outil de publication. Et l’image générale dans la blogosphère est que très peu de journalistes bloguent et que beaucoup de ceux qui le font ne le font que dans une logique descendante, ne répondant pas aux commentaires, etc.

L’autre raison de mon intérêt pour cette question est que l’on sait que ces médias hébergent une quantité tout de même assez importante de blogs, parfois de très bonne qualité, parfois avec de très nombreux commentaires et, on peut le supposer, une audience importante… mais dont la logique de valorisation est assez différente de la blogosphère la plus visible, celle du haut du classement Wikio.

En effet, les blogs hébergés sur des sites ou des plates-formes de médias en ligne ne sont le plus souvent pas tenus par des auteurs très intégrés dans la blogopshère, qui maîtrisent la notion de lien entrant et sortant, et qui l’utilisent pour émerger en visibilité.

En revanche, le fait d’être situés sur des gros carrefours d’audience (les médias en ligne) peut être un vecteur de visibilité pour eux (à la fois par la faculté de cliquer depuis une rubrique « les blogs » sur la home, mais aussi parce que certains de ces médias intègrent des billets de blogs aux actus, donc dans la partie la plus visible et la plus suivie du média…).

Pour prendre un exemple, les blogs politiques du haut du classement Wikio ne sont pas, sauf quelques exceptions (Coulisses de Bruxelles, sur la plate-forme de Libé ; Jean-Michel Aphatie, chez RTL), hébergés par des médias en ligne mais sur des plates-formes de blogs classiques. Ces blogs maîtrisent bien les techniques qui permettent d’obtenir les précieux liens entrants qui permettent de remonter en popularité. A l’inverse, un blog comme celui d’Ivan Rioufol, éditorialiste au Figaro, est extrêmement vu et commenté sur le Figaro.fr. Il ne linke pas d’autres blogs ou participe à leurs commentaires pour les « draguer », et récupère donc moins de liens que ce qu’il pourrait. Pourtant, il est présent sur Lefigaro.fr et doit récupérer un trafic plus important que ne laisse suggérer sa 266ème place au classement Wikio, si on en juge par les centaines de commentaires qu’il peut avoir sur certains billets.

Bref, on a me semble-t-il affaire à des blogs qui échappent assez largement au système du netlinking et qui pour cette raison ne sont pas très visibles alors qu’ils peuvent être très visités. Et si l’influence, que l’on cherche tellement, n’était pas là où on la croit (dans le classement Wikio), mais aussi simplement dans ces outils moins communautaires mais à potentiel d’audience que sont les blogs édités par des médias ??

(Par ailleurs, soyons clair, je ne fais absolument pas partie des détracteurs du classement Wikio que j’estime nécessaire et plutôt bien fait).

Donc, je me suis penché sur la politique de blogs d’une grosse vingtaine de médias en ligne généralistes : les déclinaisons web de médias traditionnels et quelques pure players. J’en arrive à une typologie et une analyse quanti qui donne certaines tendances.

Je me suis en particulier attaché à regarder :
– le nombre de blogs existant, leur nature (blogs de journalistes, d’invités, d’internautes)
– leur vitalité, en utilisant la proportion de blogs actualisée au cours de la dernière semaine (relevés effectués dans la soirée du 29/11)
– la valorisation de ces blogs sur la homepage du site

Et non, je n’ai pas regardé le nombre de commentaires sur les blogs (j’ai été tenté, j’avoue, mais il y a un moment où il faut doser son effort 😉 ).

La conclusion est que l’on trouve en gros 4 politiques de blogs sur ces médias :

– les politiques « ouvertes » au public
– les politiques « semi-ouvertes »
– les politiques « fermées »
– les « non-politiques »

Sous réserve de toute erreur de lecteur, de décompte, etc., allons dans le détail et commençons par les non-politiques, ce qui est le plus simple. Parmi les médias que j’ai regardés, 5 ne proposent pas de blogs. Il s’agit de :

Marianne2 qui accueille des « blogueurs associés » sur ses pages, c’est à dire des blogueurs qui s’expriment sur d’autres plates-formes et qui sont invités à écrire sur Marianne2. Mais techniquement, Marianne2 (qui est, en fait, un blog…) n’accueille pas de blogs spécifiques de journalistes, d’experts ou d’internautes.

L’Humanité

France Info

RFI

Le Point, qui peut faire débat. D’abord, il y a un bouton « blog » trompeur dans le footer de la page d’accueil, puisqu’il ne mène nulle part. Ensuite, on peut considérer que certains espaces du site sont des blogs : Média 2.0 d’Emmanuel Berreta par exemple est un espace qui a une thématique (les médias), un nom, un auteur identifié, et dont les articles sont commentables. Mais n’est pas présenté comme « un blog ».

6 des pages du Point.fr ont ce profil, mais je ne les ai pas considérées comme des blogs au final, tout simplement car pas présentées comme telles. A la question « c’est quoi un blog ? », la réponse dans cette petite étude est : « ce que les médias présentent comme un blog ». il faut faire des choix.

Et maintenant, ceux qui présentent des blogs, donc.

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1. Les Politiques « fermées »

Il s’agit des médias qui proposent des blogs à lire, mais pas à écrire. Blogs de la rédaction, blogs d’experts ou de témoins invités par la rédaction, en quantité plus ou moins importante, ces médias sont dans une logique de proposition d’information supplémentaire ou complémentaire, par rapport à leur production éditoriale « officielle », mais ne proposent pas aux internautes de créer leur blog. On est dans la logique d’image de marque, pas dans la logique de service.

On peut distinguer deux sous-catégories au sein de ces politiques « fermées » : les médias qui ne proposent que des blogs de journalistes / rédaction / émission ; et les médias qui proposent des blogs de journalistes ET d’invités.

1.a. Politiques fermées : blogs de journalistes seuls. Il s’agit de :

– Le Figaro. Le Figaro propose 17 blogs qui sont tous des blogs (individuels ou collectifs) de journalistes de la rédaction, comme Suivez le Geek (Samuel Laurent et Laurent Suply) ou Etreintes Digitales (Marie-Catherine Beuth). 15 de ces 17 blogs ont été mis à jour au cours de la dernière semaine : pas mal ! Par contre Le Figaro valorise 3 de ces blogs depuis la home, ce qui le place en queue de peloton.

– Valeurs Actuelles… qui compte 1 blog : le blog de la rédaction (tenu à jour).

– La Croix, avec 5 blogs, dont 4 mis à jour au cours de la semaine. L’un des blogs fait intervenir des invités mais les autres sont des blogs de la rédaction, comme par exemple celui de Bruno Frappat. Les 5 blogs sont tous valorisés sur la home.

– La Parisien, c’est à peu près la même chose. On trouve seulement 6 blogs le Parisien, mais tous updatés dans la semaine et tous valorisés sur la home (dans un format blogroll). A noter que lorsque je m’étais penché une première fois sur la question au mois d’août, le Parisien ne proposait qu’un seul blog, sur les J.O. Il y a donc du changement… un exemple de variété des sujets abordés avec Jacky la main verte.

– RTL propose 8 blogs de la rédaction au total. 7 d’entre eux ont été mis à jour dans la semaine. 5 d’entre eux sont valorisés sur la home. On connaît bien Aphatie mais on peut aussi citer un exemple de blog jardinage. (Le parisien, RTL, des médias populaires à l’écoute des préoccupations pratiques de leurs publics ?)

– France Inter compte 22 blogs de journalistes (dont 5 correspondants à l’étranger). 14 d’entre eux ont été mis à jour dans la semaine, comme par exemple celui de Jean-François Achilli. Mais un seul est valorisé sur la home.

– Sur Europe 1, on trouve 3 blogs de la rédaction, tous mis à jour dans la semaine. Un seul également est valorisé sur la home. A noter que Europe 1 revendique des « blogs internautes » là où il n’y a en fait que des forums.

– RMC propose 11 blogs d’émissions, tous à jour. Tous sont cliquables depuis la home, et un d’entre eux est intégré aux actus de rmc.fr. On notera qu’ici aussi la thématique jardin est populaire.

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1.b. Politiques fermées : blogs de journalistes ET AUSSI d’experts invités. Il s’agit de :

– Libération. Libération propose 51 « Libéblogs ». Sur ces 51 libéblogs, 17 sont des blogs de journalistes (comme Secret Défense) et 34 sont des blogs d’invités (comme par exemple Serial Worker sur la vie au travail), ce qui en fait une des plates-formes les plus riches.

Sur les 51 libéblogs, 27 ont été actualisés depuis une semaine, soit une grosse moitié. Sur les 17 libéblogs de journalistes, 9 ont été mis à jour depuis une semaine, soit également une bonne moitié. Ajoutons également que depuis la home de Libé, 8 blogs sont cliquables (2 dans les actus, 6 dans la blogroll).

– L’Express. L’Express compte 28 blogs dont la moitié sont tenus par des journalistes de la rédaction (l’occasion de saluer le travail de transparence fait sur le blog Nouvelle Formule d’Eric Mettout). Les autres sont tenus par des experts (c’est chez l’Express que Jacques Attali tient sa conversation — qui n’en est pas une) ou des « témoins » (au sens large, exemple le blog de Jean-Pierre Dick ou le blog Elections Américaines qui était tenu par les étudiants en journalisme de Science po), voire des salariés non journalistes (le blog e-veille).

On peut cliquer 5 blogs depuis la home (un en actus, 4 en blogroll).

Sur les 28 blogs de lexpress.fr, 19 ont été mis à jour depuis une semaine, dont 12 des blogs de journalistes. Autrement dit, les journalistes qui participent aux blogs de l’Express sont assez actifs. Au moins en production éditoriale puisque je n’ai pas regardé leur activité dans les commentaires (je dis ça car j’ai en tête par exemple que Renaud Revel ne répondait pas aux commentaires, mais comme beaucoup d’autres).

– Rue89. La page « blogs » de Rue89 compte 84 blogs listés dans l’ordre alphabétique. Les « riverains » n’ayant pas la possibilité de créer leur blog Rue89, on est bien dans un modèle où les blogs sont ceux de la rédaction et d’invités.

Il n’y a pas d’autre méthode d’analyse que d’aller les visiter un par un et je n’ai pas eu la patience de regarder l’intégralité des 84. Je ne saurai donc pas dire combien de ces blogs sont des blogs de la rédaction de Rue89 (comme par exemple le Démonte-Rumeur, une excellente idée), et combien sont des blogs d’experts ou de leaders d’opinion (Rue89 avait réussi le joli coup d’embarquer 7 nouveaux députés dans le blogging).

Par contre j’en ai cliqué 30 pour voir le niveau de production éditoriale. 15 des 30 avaient été mis à jour dans la semaine. Les blogs Rue89 seraient donc « à moitié actifs ».

Ces blogs bénéficient par ailleurs d’une exposition plus ou moins forte, puisque certains d’entre eux sont intégrés dans la fil d’actu de la home (par exemple, ce qui était posté par Guillemette Faure sur le blog Campagnes d’Amérique était aussi intégré dans l’actu USA de Rue89. Donc pour certains au moins, ce sont davantage que des blogs annexés au média).

Dernier point : 9 blogs Rue89 sont cliquables depuis la home, et Rue89 est le seul média avec Backchich à proposer une blogroll pointant vers des blogs externes (certains médias font de la revue de web avec des liens pointant vers des sources / articles, mais Rue89 et Backchich sont bien les seuls à ma connaissance à proposer une sélection permanente de sources pointant vers des homepages).

– Métro (edit : je m’étais initialement trompé en classant Métro dans les « non-blogs », n’en ayant dans un premier temps trouvé aucun depuis la homepage…).

J’ai trouvé 20 blogs sous la marque Métro, dont 14 sont ouverts au public sous un format « d’appel à contributions » (exemple avec « Même pas honte« ). Modèle ouvert ou fermé ? Dans la mesure où il n’est pas possible de créer son blog Métro, je préfère garder Métro dans la catégorie « fermée ».

Par ailleurs Métro n’est pas très explicite sur le « statut » des auteurs des blogs, journalistes ou invités. 2 des blogs sont identifiables comme émanant de journalistes, comme par exemple celui de Nadia Loddo ; le reste étant des blogs invités (4, comme celui de l’écrivain Mabrouck Rachedi), et les blogs faisant appel à contribution.

Sur ces 20 blogs, seuls 6 ont été mis à jour dans la semaine (dont un des deux blogs de journalistes) et 2 sont valorisés sur la home, au sein des actus.

– Backchich. Backchich propose 18 blogs dont les profils semblent être journalistes + invités. je dis « semble » car les profils des auteurs sont difficiles à identifier : Si on sait que Nicolas Beau est le patron de la rédaction, Réda Sadki, responsable de Survivreausida.net, a plus le profil d’un « invité ».

En tout cas, 7 de ces 18 blogs ont été mis à jour dans la semaine, et 7 sont linkés depuis la home (1 en actu, 6 en blogroll).

Au passage, je donne quelques exemples de blogs sur chacune des plates-formes que je cite, mais il faut vraiment aller voir pour se rendre compte de la diversité, de la richesse et de l’originalité de beaucoup d’entre eux.

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2. Le modèle « semi-ouvert »

J’entends par là les médias qui proposent à leurs abonnés, et non à tous les internautes, de se créer un blog. Je serais tenté de dire qu’on est dans une logique de « service restreint ». On trouve donc sur ces plates-formes à la fois des blogs de journalistes, d’invités et d’abonnés. C’est en fait le cas des seuls Le Monde et Mediapart.

– Le Monde. Sur sa page blogs, le Monde a la particularité de ne parler que des « blogs invités », des « blogs sélectionnés » et des « blogs » tout court.

Il n’y a donc pas les « blogs de la rédaction » : les journalistes du Monde qui bloguent sont intégrés au blogs « invités » : cela permet de mettre en avant 20 blogs de qualité… dont seulement 4 à ma connaissance (comme Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire) sont tenus par des journalistes du Monde. Alors que le Monde a une plate-forme de blog les plus intéressantes et les plus complètes, la participation de ses journalistes reste bien maigre.

Les autres blogs « invités offrent une belle diversité d’idées de blogs (voir par exemple le blog « Démystifier la finance » du banquier Georges Ugeux). Tous les 20 ont été updatés dans la semaine.

Le deuxième niveau proposé par Le Monde, les « blogs sélectionnés », est issu des blogs d’abonnés. Il s’agit donc d’un choix éditorial de mettre certains blogs d’abonnés en avant (Gilles Klein qui est incontournable quand on s’intéresse aux médias en fait partie). 36 blogs sont ainsi « sélectionnés » par le Monde.

Pour le reste, on notera que le Monde valorise — sur sa page blog — les 30 derniers blogs d’abonnés mis à jour, et indique que 303 blogs ont été mis à jour depuis 2 mois. J’avais noté le même chiffre au mois d’août… et le jour où j’avais fait le relevé, le Monde indiquait 797 blogs updatés depuis deux mois. La plate-forme du Monde serait-elle en recul ??

Dernier point sur le Monde : la home du site linke 3 blogs dans les actus et en liste 13 dans ce qui ne s’appelle pas une blogroll mais occupe cette fonction. Ce sont donc 16 blogs du monde.fr qui sont cliquables depuis la home. On est dans la moyenne élevée.

– Mediapart. La conception ergonomique de Mediapart.fr rend difficile la lecture des données. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut faire partie du club pour avoir un blog sur Mediapart. En consultant la liste des blogs de Mediapart, j’en ai dénombré 677. Mais sur ces 677, seuls 145 ont publié 10 fois ou plus.

Difficile de mesurer davantage le niveau d’activité de la plate-forme… Difficile également de distinguer les blogs de journalistes, d’experts ou d’abonnés car il faut prendre les blogs un par un pour le voir. On notera qu’Edwy Plenel a publié 18 fois sur son blog Mediapart.

Enfin, la home de Mediapart permet de cliquer 9 blogs différents.

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3. Le modèle « ouvert »

On a ici affaire à des médias en ligne qui proposent à tout internaute de passage de se créer son blog sous la marque du média (monblog.20minutes.fr par exemple). A condition évidemment de se créer un compte, etc., mais gratuitement. C’est une logique de service dans une recherche d’audience. On va voir que cela réussit bien à certains et beaucoup moins à d’autres.

– Le JDD. J’espère pour lui que le JDD est en train de repenser entièrement sa politique de blogs. Non seulement la navigation n’est pas optimale pour accéder aux infos, mais en plus les infos auxquelles ont accède donnent une image déplorable de la démarche blog du JDD. En cherchant bien, on trouve 10 blogs de la rédac. Un seul (celui de Michel Deléan) a été mis à jour depuis une semaine, et la plupart d’entre eux n’ont pas été mis à jour depuis plus d’un an…

On trouve ensuite une catégorie « le meilleur des blogs JDD », avec une sélection de 39 blogs (même modèle que lemonde.fr : la rédaction choisit ses blogs de lecteurs préférés). Sans avoir visité les 39 blogs, on voit vite là aussi qu’on est dans un cimetière… les meilleurs blogs ont l’air d’être en grande majorité… des blogs défunts. Hum !

Enfin, on peut accéder aux blogs de la « communauté » JDD… pas bien active, puisque seuls 5 blogs JDD ont été actifs la semaine passée.

En ce qui concerne la valorisation de ces blogs : le JDD en linke 6 sur sa home.

– Le Nouvel Observateur. Le Nouvel Obs propose les 3 niveaux : journalistes, invités, internautes.

On trouve 19 blogs de journalistes dont 13 ont été updatés dans la semaine (comme par exemple celui de Claude Soula sur les médias). Il y a eu un sérieux nettoyage car à une époque on en trouvait des dizaines et des dizaines, et quand j’avais commencé l’exercice cet été, on pouvait encore trouver le blog de Laurent Joffrin, passé chez Libé il y a deux ans et avec un blog NouvelObs décédé en même temps.

On trouve ensuite 30 blogs invités de l’Obs. Mais seulement 3 ont été updatés dans la semaine (exemple : Patrick Lozès, qui blogue sur la question raciale). C’est je pense la faiblesse de la politique de blog du NouvelObs. Parmi les idées originales de blogs, notons par exemple celui de Laurent Jacqua, détenu à la maison centrale de Poissy.

Impossible de savoir combien de blogs d’internautes existent sur la plate-forme Nouvel Obs, mais on peut voir que 160 d’entre eux ont été updatés depuis une semaine, ce qui en fait une plate-forme sans doute plus active que celle du Monde (sachant que le Monde est semi-ouvert, donc semi-fermé).

Enfin, l’Obs valorise ses blogs avec 3 blogs dans les actus et 20 blogs en blogroll, soit 23 blogs cliquables depuis la home.

– 20 minutes. Il est très, très compliqué, de lire et de réunir les infos sur les blogs 20Minutes. Il faut tout lire depuis la home car je n’ai pas trouvé de page réunissant les blogs 20minutes. Par rapport aux autres médias, on est frappé de voir à quel point les blogs sont intégrés à la home page : on peut au total en cliquer 85… là où chez les autres, on ne dépasse jamais les 20 (23 exactement, pour le NouvelObs).

On en compte 5 dans les actus de 20 minutes et le reste en « blogroll » : avec 9 blogs photo, 2 « c’est blogué » (l’occasion de rappeler que le Bondy Blog est chez 20 minutes), 15 « haut les blogs » (l’équivalent de la « sélection » de 20 minutes), 15 avec une liste automatique des derniers mis à jour (20 minutes est le seul média en ligne « ouvert » à se risquer à cela), 10 blogs ville et encore 25 dans une catégorie « vos blogs ».

Finalement, dans cette profusion, ce qui est marquant c’est le peu de blogs de la rédaction que l’on trouve : seulement 4, dont deux ont posté cette semaine (voir par exemple Au début des années 2000).

– Le Post. Un mot sur LePost bien qu’il n’utilise pas le vocable « blog » (et non, faites la recherche sur la home page…). Car le site fonctionne sur un modèle contributif avec de nombreuses pages personnelles. Mais il reste difficile de lire les infos puisque chaque posteur à sa page lepost/perso/mapage. Et que, comme pour Rue89 partiellement, un billet publié peut se retrouver sur la home dans le fil d’actus.

Quand on regarde les derniers mis à jour, on a le sentiment d’une activité faible. Quand on regarde le fil d’actu, on a le sentiment d’une activité intense. En tout cas, la home valorise 6 invités posteurs, et la liste complète des invités fait apparaître 14 noms parmi lesquels évidemment Guy Birenbaum et William Rejault, mais aussi par exemple l’ex serial-buzzeur de DailyMotion Full HD Ready ou encore Eric Maillard.

Je n’inclus pas LePost dans le tableau récap : les infos sont trop difficiles à lire à et « catégoriser ».

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Voilà donc beaucoup de données brutes, qui méritaient d’être mises dans un beau tableau, et Samuel a fait preuve de l’intérêt de l’intelligence collective en prenant le relais.

[edit : si vous êtes passés plusieurs fois sur cet article, vous aurez remarqué des évolutions… On va dire qu’il s’agit d’un « work in progress ». J’avais initialement la flemme de produire un tableau récap, puis repris les tableaux de Samuel dans un second temps avant de prendre mon courage à deux mains et de faire mon propre tableau récap que voilà.]

tableau-media-blogs-final

(cliquer pour agrandir)

Conclusions.

Le modèle dominant est donc le 1.a. : seulement des blogs de journalistes. Le modèle 3 est aussi assez présent ce qui montre pour les médias qui le choisissent qu’ils utilisent clairement les blogs dans une logique d’extension de leur audience.

Concernant la pratique du blogging par les journalistes, à l’arrivée, on trouve quand même dans l’ensemble de ce que j’ai étudié, une centaine de blogs « rédaction » ou « journaliste », ce qui n’est pas minable même si les chiffres feraient sans doute assez mal si on allait voir combien de journalistes participent aux commentaires sur ces 100 blogs « officiels ».

Avec, selon les médias, un nombre de journalistes tenant un blog de façon active assez variable (de 1 à 15) et jamais en quantité large : c’est au Figaro, avec 15 blogs de journalistes mis à jour dans la semaine, qu’on trouve la plus grosse activité de journalistes qui bloguent.

On notera aussi que seuls quelques-uns réussissent à entretenir des blogs « invités » : Le Monde, Libération, L’Express, Rue89, Mediapart dans une moindre mesure, et LePost à sa façon. Mais cette richesse est-elle suffisamment exploitée ?

On peut aussi se demander, enfin, entre les médias qui sont dans une logique d’image de marque (modèles fermés) et ceux qui sont dans une logique de service (modèles semi-ouverts et modèles ouverts), ce qui fonctionne le mieux. Je ne pense pas qu’il y ait un modèle qui doive s’imposer, mais que le choix doit être fait en fonction des priorités du média. Il me semble par exemple assez cohérent que 20minutes soit dans un modèle hyper ouvert.

En revanche, on note la vraie difficulté à faire en sorte que la production éditoriale des blogs suive à un bon rythme et il me paraît crucial pour l’image de ne pas donner à voir des blogs inactifs… voire carrément un cimetière comme le JDD.

Du point de vue du média, la politique de blogs demande une vraie réflexion stratégique et une vraie disponibilité… Bloguer, c’est exigeant et comme j’ai souvent l’occasion de le dire : un blog ce n’est pas un outil, c’est une stratégie.

Du point de vue des observateurs, cette blogosphère des médias a aussi le mérite de permettre d’identifier de nombreuses personnalités de la société civile, invités sur les blogs de médias, experts ou leaders d’opinion dans leur domaine. Il y a donc dans ces plate-formes de médias, je pense, une très grande richesse qu’on appréhende mal quand on aborde la blogosphère par le seul côté Wikio.

Et beaucoup d’autres commentaires à faire, mais je m’arrête là.

Influence des blogs : une étude de Jupiter Research

Encore un billet à partir d’une source vue chez Marie-Catherine Beuth. Il s’agit d’une étude américaine sur l’influence des blogs vs. les réseaux sociaux, conduite par Jupiter Research. Je n’en trouve pas le détail en dehors de ce communiqué de presse, donc pas d’analyse approfondie, juste un point qui retient mon attention :

« 50% des lecteurs de blogs considèrent leurs lectures utiles pour obtenir des informations en vue d’acheter. Ils font d’avantage confiance au contenu des blogs qu’à celui des réseaux sociaux pour faire une décision d’achat. » (1)

Intéressant car d’autres études avaient tendance à montrer une confiance pas terrible des internautes dans « les blogs ». Par exemple :

– pour l’Amérique du Nord, cette étude de Forrester : les blogs en queue du peloton des sources de confiance avec un score de 30%

– pour la France, cette étude de TNS (les blogs reçoivent la note de confiance la plus basse : 4,5/10)

Alors, quelle différence entre cette nouvelles étude et ces deux précédentes ?

L’étude Jupiter Research s’intéresse à une population plus ciblée, « les lecteurs de blogs » (ceux qui lisent des plus plus d’une fois par mois). Les deux études que je cite s’intéressent à une population large : « les internautes ».

En clair, cela veut dire qu’un lecteur de blog « habitué » a plutôt confiance (enfin, à 50%, il faut donc voir de quel côté du verre d’eau on se place…) dans ce qu’il lit dans les blogs. Il les connaît, il lit SES blogs.

Cela ne me semble pas contredire les deux autres études qui s’intéressent elles à tous les internautes, donc pas seulement aux lecteurs de blogs. N’est-il pas normal de ne pas avoir confiance dans « les blogs » (notion qui recouvre tout et n’importe quoi) quand on n’est pas un lecteur régulier de blogs ?

Tout ça n’est que du bon sens mais les deux études que je cite me gênaient car elles tendaient à discréditer « les blogs », vaste ensemble qui ne signifie pas grand-chose.

A partir de là,

Question : faut-il en conclure que les blogs influenceraient leurs lecteurs habitués, et pas tellement les internautes qui viendraient dessus pas hasard (par le moteur de recherche)… ? C’est un point important à mon sens car on parle beaucoup de l’influence des blogs comme étant leur pouvoir de référencement… Or l’étude m’amène à faire un distingo entre le lecteur habitué, qui a une certaine confiance, et le lecteur touriste, qui peut être plus ou moins méfiant, critique…

Remarque : s’intéresser à l’influence des blogs, c’est bien, mais s’intéresser à toutes les sources d’influence, c’est mieux. C’est donc l’occasion de rappeler qu’en règle générale, les études montrent que la source d’information dans laquelle on a le plus confiance, c’est l’Autre, la connaissance personnelle (bouche à oreille) ; et que viennent ensuite, avec des scores plus ou moins serrés : les médias professionnels (malgré tout ce qu’on dit sur leur discrédit), les sites de marque (oui) et les avis de consommateurs (type avis sur sites marchands).

Conclusion : ce que l’étude de Jupiter nous rappelle finalement, c’est qu’un blog, c’est un média, donc un outil de publication qui a un public et un contrat de confiance avec ce public. Si on lit un blog, c’est qu’on lui fait confiance, donc que ce blog est susceptible d’influencer… Tout simplement.

(1) A compléter par un constat sectoriel :

« Outside of technology-related purchases, for which 31 percent of readers say blogs are useful, other key categories include media and entertainment (15 percent); games/toys and/or sporting goods (14 percent); travel (12 percent); automotive (11 percent); and health (10 percent). »

Sociogeek ou l’extension du domaine de la recherche

Une belle initiative monte en puissance sur la toile, Sociogeek. Pour l’instant, décrivons la bête comme un questionnaire en ligne dont la problématique tourne autour de notre exposition sociale sur la toile; citons les commanditaires – la Fing, OrangeLabs et Faber Novel et le développeur, Spinmedias.

SocioGeek est une initiative notable car elle prolonge la recherche sociologique « classique » et ce pour au moins deux raisons :

  • la plasticité du questionnaire
  • la fonction phatique du questionnaire

Extention n°1 : la plasticité du questionnaire

D’autres blogueurs l’ont déjà remarqué (Palpitt ou Gunthert). SocioGeek n’est pas un banal questionnaire en ligne. Il offre à l’internaute une interface de très grande qualité. Les photographies sont ainsi un élément clé du questionnaire ce qui est une chose assez rare pour être notée. Le principe du second jeu  fonctionne sur une logique indicière ce qui nécessite une architecture de développement bien plus complexe que les classiques questions à choix multiples en ligne.

La logique de SocioGeek peut faire penser à une autre enquête réalisée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot dans les années 80, deux sociologues dont Dominique Cardon d’OrangeLabs a été proche. Les deux sociologues s’inspiraient des protocoles de psychologie sociale. Pour aller vite, ils utilisaient un « jeu de société » de leur cru pour  comprendre les compétences sociales des individus. Les joueurs devaient trouver la profession ou le statut de plusieurs personnages mystères. Pour ce faire, ils disposaient d’une somme d’argent (fictive) qui permettait d’acheter des indices.

La mécanique est assez proche de celle développée dans Sociogeek où l’interface nous propose de nous choisir des amis en fonction d’indices plus ou moins significatifs on line. Et ce petit rappel n’est pas anecdotique. En effet, les résultats de l’enquête n’ont jamais été dépouillés complètement. Les deux sociologues ont publié un article présenté comme exploratoire (Finding one’s way in social space, 1983) et puis plus rien. Les données accumulées n’ont jamais fait l’objet d’une analyse systématique. Pourquoi ? Sûrement, entre autres choses, parce que les données recueillies étaient difficiles à dépouiller, à coder et à analyser en raison de la masse d’info et de leur fort degré d’hétérogénéité. D’autre part, ces jeux expérimentaux demandaient également beaucoup de temps (deux jours complets pour une session) et le nombre de participants était sans commune mesure avec les possibilités d’un questionnaire classique.

L’expérience SocioGeek est donc très intéressante d’abord de ce point de vue là. L’interactivité et l’informatique aidant, les sociologues sont désormais capables de produire à grande échelle des questionnaires et disposent d’une liberté technique qui n’existait pas il y a encore quelques années. De cette manière, les sociologues élargissent leur possibilités d’observation (questionnaire avec des images, qui sort de la logique de la simple question traditionnelle, etc.) et maximise leur capacité d’analyse (tout passe par l’informatique, fini le codage fastidieux, etc.). SocioGeek est un superbe exemple des métamorphoses possibles du questionnaire en sociologie.

Extention n°2 : la fonction phatique du questionnaire

Mais cette métamorphose a un coût élevé. Si le ticket d’entrée s’est effondré pour le questionnaire classique, l’utilisation d’images (mais on pourrait imaginer du son, de la vidéo, etc.) le tout sur une interface de qualité n’est pas à la portée de tous. D’ailleurs, les commanditaires se mettent à trois pour réaliser un tel projet.  Dès lors, le questionnaire n’est pas seulement qu’un questionnaire.

En effet, jusqu’ici (dans la vie réelle), faire passer un questionnaire nécessitait de faire appel à la sympathie du répondant (cf. le jolie sourire de l’enquêtrice qui vous arrête rue de Rennes ou je ne raccroche pas au nez d’un étudiant sous-payé) ou à une contrepartie (cf. j’accepte de devenir un poulet sociologique et reçoit des batteries d’enquête en échange de coupons de réductions). Mais l’interlocuteur physique disparait avec le questionnaire en ligne. Dès lors comment capter et maintenir l’attention suffisamment longtemps ? SocioGeek dure quand même plus de 20 minutes. Désormais le questionnaire doit séduire ici par sa promesse (tester son profil) et son interface chic (le logo fait penser à Vice City, le curseur de la souris se transforme un temps à la façon de la baguette magique d’Harry Potter) et choc (je peux afficher mes résultats sur ma page, etc.). L’enquête sociologique doit composer avec un dénouement digne de n’importe quel QCM psychologique dans un féminin. La typologie finale et les commentaires sont dignes de la grande époque des styles de vie façon Cathelat (les casaniers, les aventuriers, les discrets, etc…). Sur le plan de l’énonciation, le questionnaire doit perdre ses attributs scientifiques pour assurer l’attention de l’internaute.

On sait très bien que les sondages sont utilisés pour communiquer. Le sondage est une manière de jouer à la marge sur l’agenda médiatique. Il s’agit de nourrir les journalistes en information plus que de faire progresser notre connaissance.

Cette fois, la recherche est face à une nouvelle instrumentalisation : faire passer un questionnaire n’est plus uniquement un acte scientifique mais aussi un acte de communication qui doit buzzer comme une vidéo virale. Il devra lui aussi répondre aux critères de « liking » que les publicitaires vénérent en matière de pub : quels que soient les résultats il aura déjà dû être plaisant de répondre au questionnaire. Pour faire passer aux internautes la pilule scientifique il faut être ludique. Dans la perspective sociale et relationnelle du web, un nouvel outil de communication vient donc de voir le jour…

Et pour finir, moi je suis un discret avec un zest d’aventurier, assez proche des résultats de Palpitt j’ai l’impression 😉

Lectures

Deux lectures récentes à ne pas manquer :

1/ le dernier billet de nos amis de PR2Peer : « blogging et célébrité : l’équation impossible« , qu’il faut à mon sens traduite par « conversation et popularité : l’équation impossible ». Ou comment la conversation n’est possible qu’en bas de la longue traîne médiatique. Je me permets de piquer un visuel explicite :

A rapprocher également de cette analyse de Ils.sont.la sur la difficulté de gestion des commentaires pour un média en ligne (et l’exemple de Libé).

2/ les résultats de la dernière étude d’eye-tracking sur Google, à lire chez Fred Cavazza ou Ecrans.

En deux mots, c’est une étude importante pour comprendre le comportement de l’internaute, qui recentre sa lecture des résultats du moteur sur les tout premiers résultats naturels et préfère affiner la recherche par de nouveaux mots-clé que de descendre dans la page.

Bien sûr, l’enjeu de réputation sur les moteurs de recherche a toujours été de se positionner dans les tout premiers résultats, sur une variété de mots-clé, mais il n’en est que renforcé. Et cela me conforte dans le fait que l’analyse de 100 résultats Google sur un seul mot-clé n’a pas de sens.

Et hop, là aussi on pique un visuel explicite :