Archives de Catégorie: Interview

Un échange avec Reid Hoffman

Soirée schizo hier puisque je (le blogueur) ai participé au dîner organisé par nous (l’agence) pour LinkedIn (notre client). L’objectif était de mettre en contact les équipes LinkedIn avec une dizaine de blogueurs, à l’occasion du lancement de la version française du réseau. Certains en ont déjà parlé et l’annonce est un peu partout (et notamment la vidéo du lancement).

[edit : ont aussi publié depuis la mise en ligne de ce billet, Verbal et Bertrand Duperrin avec un point de vue passionnant]

Parmi les personnes représentant LinkedIn se trouvait Reid Hoffman, qui s’est déplacé tout autour de la table et s’est retrouvé entre Guillaume Buffet et moi pour le dessert. Reid est le co-fondateur de LinkedIn, son ancien CEO mais toujours Président, et un investisseur de la Sillicon Valley (il investit dans Facebook, Technorati, Wikia, Digg, Friendster, SixApart, Seesmic…). Je tente de restituer la conversation.

« Alors on dit toujours que tu as dit la phrase suivante « MySpace is the bar, Facebook is the home, LinkedIn is the office », mais plus tôt dans le dîner j’ai entendu la même avec « Facebook is the barbecue ». Donc Facebook, c’est la maison ou le barbecue ?

Initialement j’avais pris l’image du barbecue. C’est ce que tu fais au fond de ton jardin. C’est ton territoire, c’est un territoire ludique et tu peux inviter tes amis ou tes relations professionnelles, mais tu vas essayer de ne pas mélanger les deux.

Tu investis dans Facebook, tu considères donc que Facebook et LinkedIn ne sont pas concurrents ?

Je sais que beaucoup de monde pense ça. Mais effectivement ce n’est pas le cas. LinkedIn est un réseau clairement identifié comme professionnel. Et quand on regarde les usages qui sont faits de Facebook, c’est très clair : la plus grande partie du temps qui y est consacré par des internautes l’est pour les applis photos (50% des pages vues) et les jeux (30%). Il y a donc une vraie logique à ce qu’un individu ait un profil Facebook et un profil LinkedIn, et pas juste l’un des deux.

En France, la culture du networking est un truc spécifique à certains milieux socio-professionnels et qui n’est pas toujours bien perçu. J’ai l’impression que beaucoup de Français font l’apprentissage de cette notion de réseau avec des outils comme Facebook, MySpace ou LinkedIn. D’accord pour dire que vous tirez tous dans le même sens ?

Oh oui. C’est un phénomène culturel. Si tu t’accoutumes avec la mise en réseau alors que tu es étudiant via MySpace ou Facebook par exemple, tu as plus de chances d’être à l’aise avec LinkedIn quand tu es sur le marché professionnel.

LinkedIn a effectivement la spécificité d’être un territoire beaucoup mieux identifié que Facebook puisque clairement défini comme professionnel, mais LinkedIn a quand même aussi une problématique d’audience qu’il faut monétiser. Comment faire croître l’audience sans perdre son identité ?

Aujourd’hui LinkedIn dans le monde c’est 31 millions de membres et le réseau est leader des réseaux professionnels dans l’ensemble du monde anglo-saxon. En fait c’est surtout en France (avec Viadeo) et en Allemagne (avec Xing) qu’il n’est pas leader. Son identité est décisive et on parle d’ailleurs de réseau professionnel, pas de réseau social. L’audience croît naturellement d’une part (un nouveau membre chaque seconde), et d’autre part on la recherche avec les partenariats et le développement d’applications, comme Google Presentations ou Amazon Book Reviews.

Enfin le modèle économique de LinkedIn, ce n’est pas que l’audience. Il y a 5 sources de revenus différentes, dont la publicité fait partie, mais aussi différents niveaux de service aux particuliers (notamment pour la recherche d’emploi) et aux entreprises (dont les sondages, que nous venons de lancer).

En France, malgré des audiences parfois formidables, la publicité en ligne paie mal. Et aux USA ?

Je pense qu’il y a un problème de même nature mais de moindre ampleur. La question est celle de l’invention des modèles publicitaires, et les deux plus grandes inventions dans ce domaine jusqu’à présent sont Google Adwords et Google Adsense. Parce que sur Internet, les gens cherchent de l’info. Il n’est pas étonnant que Facebook, malgré son audience colossale, n’ait pas encore réussi à monétiser son audience… La question est aussi celle de la qualification de l’audience qui est d’ailleurs un des points forts de LinkedIn. Maintenant ce qui va se passer dans le contexte économique actuel va être très riche en enseignements.

LinkedIn c’est aussi un outil de réputation en ligne : on conseille de plus en plus aux cadres en entreprise de se créer un profil LinkedIn pour que ce soit la page sur laquelle les gens qui les Googlisent vont tomber. Avez-vous envisagé d’attaquer spécifiquement le marché des relations publiques, où des gens font du conseil en e-réputation, pour faire passer le message qu’on a tout intérêt à créer des profils LinkedIn pour ses clients ? Ou bien c’est un micro-sujet ?

(Il note l’idée). On n’y a pas pensé sous cet angle-là. On a effectivement travaillé le message « LinkedIn pour votre référencement / E-Réputation » mais au niveau des individus, pas au niveau des conseils. C’est intéressant car effectivement LinkedIn est une réponse aux besoins de ceux qui travaillent sur la question de la réputation, et plus un profil LinkedIn sera populaire, plus il aura de chances de sortir haut dans les résultats de recherche même si la personne a une grosse présence sur Internet. Mais la question vaut la peine d’être traitée comme telle si on pense que derrière ce marché, il y a au moins plusieurs centaines de milliers de nouveaux utilisateurs.

Comment choisis-tu les sociétés dans lesquelles tu investis ?

J’ai trois critères. 1. Il doit y avoir une idée nouvelle. 2. Le service doit toucher potentiellement des millions de gens. Au moins 10 millions. 3. Il faut que la personne me soit recommandée. Je ne discute qu’avec des gens qui me sont recommandés, et en général, je décide d’investir — ou pas — au premier rendez-vous, au  bout d’1h. Ce qui fait que je suis quasiment toujours l’un des premiers à investir.

Et parfois, je fais un chèque pour une initiative qui me tient à cœur, et je sais que je ne vais pas gagner d’argent dessus. Alors dans le carnet, à côté du montant que j’ai donné, je mets 0 dans la colonne « Valeur ».

C’est à cause de cette activité d’investisseur que tu as laissé la fonction de CEO de LinkedIn ?

Pas tellement. C’est plus que j’ai du mal à me dire que je vais me lever tous les jours à la même heure pour aller au même endroit. J’aime accompagner les nouvelles idées. C’est mon côté touche-à-tout.

Qu’est-ce que vous pouvez attendre réellement de la version française de LinkedIn ?

Nous sommes patients. On sait que c’était quelque chose de très attendu. Ca baisse le ticket d’entrée pour les nouveaux membres.

Quelle est l’anecdote la plus incroyable de quelque chose qui se serait passé sur LinkedIn, dont tu aies connaissance ?

Il y a par exemple un type qui a levé 250 millions de dollars pour sa société entièrement grâce à des contacts sur LinkedIn (il avait 50 millions avant, 300 millions après). C’est le genre de choses qu’il faut effectivement raconter, car notre message est aussi que LinkedIn c’est les relations professionnelles en général, et pas juste la recherche d’emploi. »

Voilà, comme dans toute restitution de conversation, il manque des tas de bouts, il y a des raccourcis honteux, des reformulations inacceptables et le vin n’aide pas, mais dans mon souvenir ça a ressemblé à ça et j’espère que Reid s’y retrouvera aussi.

Voir aussi cette interview très complète du CEO Dan Nye.

Et pour conclure sur le sujet du jour, join my network on Linkedin, pardon, J’aimerais vous inviter à rejoindre mon réseau professionnel en ligne, sur le site LinkedIn. – François

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On dirait pas comme ça, mais j’ai vraiment parlé avec Reid Hoffman. Crédit Photo Richard Menneveux.

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En interview chez Laurent François

J’ai répondu à une petite interview chez Laurent François, je vous invite donc à la lire — d’autant plus qu’il pose de vraies questions. (Vous pouvez même essayer de répondre à la question 2 sur laquelle j’ai séché).

PS : vous aurez noté la grande sobriété de ce billet ; il faut dire que je me suis torturé la tête pour ne pas avoir trop l’air de me la péter 😉

L’entretien de Christine Albanel sur un blog : une première ?

[edit : papier partiellement réécrit suite à la première version postée]

Renaud Revel sur son blog Immédias, aujourd’hui :

« C’est une première dans l’univers de la “blogosphère” (et de la politique, en France): signe des temps, en effet, un membre du gouvernement, en l’occurrence la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, a accepté de donner une interview à un blog, en l’occurrence celui-ci. »

Une première ? Ce serait vite oublier ceci

Et même si l’on peut reconnaître le caractère peu ordinaire de voir un entretien avec Christine Albanel sur un blog, il faut juste savoir une chose : Renaud Revel est… rédacteur en chef à l’Express et en charge de la rubrique médias.

Quoi de plus naturel qu’une Ministre de la Communication qui donne une interview au RC médias d’un grand news national ? On aurait été beaucoup plus épaté et on aurait eu envie de crier à la grande première si Christine Albanel avait accordé un entretien à un non-professionnel de l’information…

La nouveauté (relative, donc, puisque Nicolas Sarkozy Ministre s’était fait podcaster par Loïc Le meur…) n’est que dans le choix du blog (l’outil) pour la publication de l’entretien. Pas dans le profil de l’intervieweur, ni dans le fond du questionnement, ni sur sa forme.

Renaud Revel a-t-il sollicité un entretien avec Christine Albanel indépendamment de son activité de journaliste à l’Express ? Cela m’étonnerait. A-t-il interviewé Christine Albanel différemment parce que le support choisi était son blog ? Je n’en ai pas l’impression. Un blogueur non-journaliste aurait-il procédé très différemment ? Possible. En ce qui me concerne, le rendu de l’interview me semble très journalistique, très classique en somme – y compris dans le choix du rendu écrit de l’entretien (ce qui ne veut pas dire que j’y suis hostile).

Il convient donc de remettre les affirmations de Renaud Revel dans un certain contexte.

– une interview de Ministre sur un blog n’est pas, techniquement, une première.

– des responsables politiques de tous bords ont déjà invité ou rencontré des blogueurs de tous genres à l’occasion d’événements de toutes sortes. Cela avait à peu près commencé ici me semble-t-il.

– on a eu d’autres vraies premières dans l’histoire de la blogosphère et de la communication politique, comme le commentaire de Nicolas Sarkozy Ministre de l’Intérieur – toujours lui – sur le blog de Mathieu Kassovitz, il y a deux ans et demi.

– les blogueurs ne se prennent en général pas pour des journalistes, leur pratique de l’interview par exemple est beaucoup plus limitée que celle des journalistes. Les blogueurs, malgré leur hétérogénéité, sont beaucoup plus des commentateurs que des producteurs d’information.

Du coup, quand Renaud Revel dit « Parions que cette démarche, qui consiste à sortir des sentiers battus, sera imitée, dans les semaines ou les mois qui suivent, par quelques uns de ses collègues ministres. Et pourquoi pas, par un Nicolas Sarkozy en mal d’une communication moins classique (…) », je ne suis pas sûr de le suivre : les blogueurs politiques « en vue » ont-ils seulement envie d’interviewer des responsables politiques ? Et ce qui est possible pour un Renaud Revel, qui a un réseau, un carnet d’adresse, l’est-il pour des non-journalistes ?

Il ne faut pas pour autant nier le caractère innovant de cet entretien : l’acceptation par Christine Albanel de la publication d’un entretien sur un blog qui a une audience forcément beaucoup plus limitée qu’un média en ligne. Du point de vue stratégie de communication, c’est un vrai choix.

A titre de comparaison, le flux RSS d’Immédias compte 44 abonnés Google Reader (cela donne une idée très partielle du trafic, mais au moins avec Google Reader peut-on connaître le nombre d’abonnés par flux, faites le test), quand le site de l’Express en compte plus de 11 000. Ce qui donne une idée du rapport de trafic entre les deux supports. Mais Christine Albanel sait aussi qu’elle s’achète un coup de communication en procédant de la sorte…

Bref, l’Express continue à expérimenter, quitte à rouler un peu (trop) des mécaniques.

Mais laissons de côté le roulage de mécaniques pour ne voir que la publication d’un entretien de Ministre sur le blog d’un journaliste hébergé sur la plate-forme de sa rédaction. Question : y a-t-il une vraie raison de publier cet entretien sur le blog et non sur l’Express.fr ? (Je fais toujours l’hypothèse que la démarche de Renaud Revel est concertée avec sa rédaction, d’ailleurs et c’est bien normal, le billet du blog de Renaud Revel est linké depuis la home de l’Express)

Je n’en suis pas sûr : le média en ligne n’est pas limitant en termes d’espace. Il n’y a donc pas de logique à reverser des contenus du média en ligne vers les blogs de la rédaction, comme il y en a une à reverser les contenus du média offline vers le online (exemple : une interview « synthétique » dans la version papier et la même interview « intégrale » dans la version on line).

La logique du blog de journaliste, et c’est aussi le plaisir du lecteur, c’est de raconter des coulisses, des sentiments personnels, des choses qui n’ont pas lieu dans les exercices journalistiques classiques. Rien de tel avec l’interview de Christine Albanel.

Je ne vois donc pas vraiment la logique de stratégie éditoriale, sinon de « faire un coup » dans la blogosphère : « a little step for L’Express, a big step for the blogosphere », tel semble être le message de Renaud Revel.

D’ailleurs, et si la vraie nouveauté dans cette initiative, c’était qu’un journaliste, profession dans l’ensemble hostile au web en général et aux blogs en particulier, valorise la blogosphère ?

Un entretien avec Alain Joannès

Voici 20 minutes d’un entretien que nous avons eu le plaisir de conduire avec Alain Joannès, journaliste aux multiples casquettes depuis 1961, auteur du Journalisme à l’ère électronique, blogueur et technophile… Il y est question des médias et du web : différences culturelles françaises, rich media, technophobie des journalistes (désormais également désignée « syndrome Alain Duhamel« ), impact du web dans les pratiques, avenir des médias…

Un grand merci à notre invité pour ce moment passionnant et à Mike pour le montage.

Interview : les raisons d’un malaise français

41d3y1orawl_ss500_.jpgDe multiples formats de prises de parole existent pour faire circuler des idées, des opinions ou des analyses. Parmi ces formats d’intervention médiatique, l’interview a une place bien particulière. Claude Jaeglé, avec son essai L’interview, Artistes et intellectuels face aux journalistes (et pas de lien vers Amazon parce que 1) vous avez des doigts et vous connaissez le copier-coller et 2) rien de mieux que de se bouger un peu et faire une descente dans votre librairie la plus proche), propose plusieurs pistes de réflexion à propos d’une certaine spécificité des intellectuels et artistes français (pour les recensions journalistiques, cliquer sur 20 minutes, Le Monde, Libé… ici on vous offre du choix… Tiens même un blog et un bon).

derrida_bourdieu.jpgAu coeur de son analyse, des philosophes français comme Derrida et Deleuze qui ont longuement disserté sur la question de l’interview mais surtout une plongée parmi quelques grandes figures du jazz américain. Evidemment, ce livre est un essai – pas une enquête sociologique ni même journalistique (donc, aux orties les subtilités du réel, aux orties la déconstruction de l’interview : comme s’il n’existait qu’une forme d’interview, comme s’il n’existait qu’une manière d’interviewer, comme si l’histoire ne jouait pas sur la manière de mener une interview, quelle différence entre 1950, 1990 et les années 2000 etc.; chez Jaeglé il n’existe que l’interview et pas des interviews – constat qui relève du baba de n’importe quelle analyse; donc méfiance sans pour autant remettre en cause la pertinence de son travail).

Quoiqu’il en soit, à partir des matériaux philosophiques et musicaux qui alimentent sa démonstration, l’auteur dresse des hypothèses très séduisantes. L’interview cumule deux caractéristiques qui le rendent particulièrement exécrable pour de nombreux intellectuels français : parler et marchander.

Jaeglé montre comment notre système scolaire et plus largement notre culture, dévalorise en permanence la parole. De l’Eglise à la salle de classe, prendre la parole relève quasiment du tabou.

staugustin.jpgDixit Saint-Augustin, repris par Jaeglé : « Prendre la parole, si ce n’est en réponse à Dieu par la prédication et la prière, revient à prendre la place de Dieu. Si un orateur a le sentiment d’agir sur son auditoire, il ne doit jamais s’en attribuer l’effet. C’est se prendre pour le Maître de la parole alors que l’homme en est le serviteur ».

a_07_la_pendule_de_doisneau.jpgA tout point de vue, l’individu est sommé de désinvestir le champ oratoire de toute qualité attrayante et de toute dignité. Encore aujourd’hui, à l’école et au collège, l’exercice de la récitation évalue l’exactitude de restitution du texte par l’élève, sa performance de mémoire, non sa qualité d’appropriation. Encore moins l’intensité de l’action de l’élève sur le public de sa classe : où irait-on? »

Les intellectuels se révèlent alors dans la position de l’élève :

« Le respect intangible de la question montre que les intellectuels vivent l’interview comme un examen, y projetant les conditions, le climat et les règles de l’interrogation, de la colle, de la soutenance. Le journaliste, identifié à un jury, éveille, une défiance d’autant plus grande qu’il n’a pas les titres requis pour faire passer cet examen »

De Barthes à Deleuze en passant par Genette, tous tiennent l’interview pour « impur » (à la différence de l’entretien) et ne font que rejouer le mépris occidental pour la marchandise :

« la défiance à l’égard de l’interview de promotion d’un livre, d’un disque ou d’un spectacle reflète encore un principe intangible de la tradition européenne : la culture n’est pas une marchandise ».

Le négatif de ces philosophes français se révèle être les jazzmen américain d’après guerre. Jaeglé évoque avec bonheur et érudition des grands interviews de Jazzmen pour insister sur la facilité que ces derniers ont à parler de leur vie, de leur travail – à l’inverse du malaise ou du maniérisme franchouillard. Et de montrer l’importance de la culture orale chez ses descendants d’esclaves ainsi qu’un tout autre rapport à l’argent dans leur approche de leur culture.

« L’interview est une lisière entre le monde médiatique et les mondes artistique et savant. Le tour de force du jazz est d’échapper au laminage de l’identité, non dans les formes de l’écart, mais dans la confusion des critères ».

« Ce qui frappe chez le musicien de jazz, c’est l’usage intensif qu’il fait de l’interview. Au lieu des formes de désengagement qui caractérise l’artiste occidental, le jazzman investit pleinement le dispositif et en déborde le cadre par sa prolifération narrative. Au lieu d’opposer un usage défensif de l’interview, les artistes de jazz en font un usage offensif ».

Un peu trop beau pour être si simple et donc si vrai. Il n’en reste pas moins des postulats forts et séduisants (si on les recoupe avec d’autres recherches, comme celle, par exemple, de l’anthropologue Jack Goody sur les usages de la recette et l’apparition de la « grande cuisine ») qui questionnent à juste titre la circulation des idées en France.

P.S. : pour ceux qui s’intéressent (allez… si si ils existent) à la question de notre rapport à la parole et au langage et qui souhaitent passer une bonne, agréable et intelligente soirée (un peu trop touffue et finalement trop longuette quand même), l’Acte Inconnu de Valère Novarina aborde ces questions et se joue jusqu’au dix octobre au théâtre de la Colline.