Archives de Catégorie: JDD

Top 50 des personnalités JDD, suite : une analyse du palmarès depuis 2000

Notre précédent billet sur le Top 50 des personnalités préférées des Français publié par le JDD, qui relevait que les 50 en questions étaient pré-detérminés avant que l’enquête ne soit conduite, a piqué la curiosité de notre lectrice et commentatrice Philo. Philo a poussé beaucoup plus loin l’analyse de l’évolution de ce palmarès et étudie comment le JDD et l’IFOP choisissent les personnalités préférées des Français, année après année.

—-

François a piqué ma curiosité avec son billet sur le Top 50 des personnalités du JDD, ce qui m’a poussée à faire une petite étude sur le sujet. J’ai pu récupérer les derniers palmarès biannuels depuis décembre 2000 sur le site de l’IFOP. Voici les quelques enseignements que j’en ai tiré.

C’est par où la sortie ?

Sont enlevées les personnes décédées entre 2 sondages, ainsi que les 4, 5 ou 6 derniers en moyenne.
A noter que JJ Goldman a demandé sa sortie en décembre 2003, suivi peut-être par d’autres puisque ce ne sont pas moins de 11 noms qui ont disparus de la liste entre juillet 2003 et décembre 2003 (les précurseurs de « Wikio ne passera pas par moi »?). Ce coup de balai doit avoir une explication mais a-t-elle été rendue publique à l’époque? A suivre.

Par ailleurs, certains en bas de tableau sont « protégés » s’ils arrivent à rester dans l’actualité pour le sondage suivant. Exemple le plus marquant: Ségolène Royal, 50ème en décembre 2005, 49ème en juillet 2006, n’a pas été enlevée du classement pour cause de primaires PS (et d’une couverture médiatique exceptionnelle).

Selon le célèbre principe des vases communiquants, le nombre de sorties détermine le nombre d’entrées. En moyenne, c’est donc seulement 11% de la liste qui est renouvelé à chaque session, soit 5 ou 6 personnes suivant les années. Avec un minimum à 4 personnes (maintien de Ségolène Royal) et un maximum à 22 (causes multiples à déterminer).

L’analyse: une volonté de maintenir une certaine cohérence et de ne pas tomber dans l’effet de mode.
La nécessité éditoriale de faire entrer un nouveau nom (ou faire revenir) pour ne pas passer à côté du « hit » de l’année peut inciter à faire sortir 1 ou 2 personnes de plus.

Cas particulier de juillet 2008 avec ces 51 noms proposés pour 50 validés.
On ne peut pas exclure la faute de frappe mais la structure du document étant la même que celle de la session précédente, le copié/collé n’aurait pas dû être modifié à cet endroit (seuls changent le nombre de personnes interrogées et les dates). Quelle autre explication? Le carton de Carla Bruni, en tant que chanteuse, début juillet au début du sondage a pu tenter les sondeurs (son rôle de Première Dame est accessoire pour ce palmarès). Qui a pu faire les frais d’être le 51ème? Les 5 derniers de décembre 2007 sont JL Delarue, S. Loeb, O. Ruiz, B. Kouchner, T. Parker (H. Salvador, 15ème décédé). Bernard Kouchner est le seul qui me semble avoir eu une présence médiatique et une histoire qui pouvait faire qu’il soit gardé pour le prochain tour.

« Où sont les femmes? »

Les femmes représentent en moyenne 21% de la liste, et de façon assez constante. Min 16%, max 26% (en décembre 2003, mais pic non lié au grand ménage: pas de volonté clairement décelable de féminiser le classement à cette occasion).

No comment.

« Dis-moi ce que tu fais… »

A partir du tableau de 2008 (accessible sur le site du JDD ce ne sont pas des données IFOP), j’ai établi des regroupements par activité. Sport, Chanson, Comédie, Télévision. Il reste un cinquième groupe hétérogène que je qualifierais des « Sérieux » : politiciens, société civile et les « icones » (hommes et femmes d’église généralement).

Je me suis basée sur la liste de 2008 mais j’ai fait quelques adaptations, comme mettre Olivier Besancenot dans les hommes politiques (la catégorie « facteur » n’a aucun intérêt ici).

Un classement équilibré serait donc de 20% dans chaque catégorie. Que nenni. En moyenne, on peut noter que la catégorie « Comédie » est sur-représentée avec 37% des personnes choisies étant acteur ou apparenté (films tv ou cinéma mais aussi humoriste. Cas à part assimilé: Robert Hossein).

A contrario, les sportifs et les « sérieux » arrivent péniblement à 14% de représentation en moyenne. Quand ils sont au plus bas à 8%, c’est toujours au bénéfice de la catégorie Comédie en premier et de la catégorie Chanson ensuite. Et quand Sport et Sérieux sont à 20%, Comédie est à 28%.

La catégorie Chanson a crû quasiment régulièrement entre 2000 et 2008, de 12% du total en 2000 à 26% aujourd’hui. (Tiens, c’est IFOP qui fait aussi le Top des meilleures ventes de musique…)
Qui perd? La catégorie Télé (présentateurs d’émissions populaires) fait le chemin inverse : chute de 18% à 14% aujourd’hui.

Dans le même temps les représentants de la société civile ne font plus recette : 3 représentants jusqu’en juillet 2002 (Tapie, Messier, Schwartzenberg mais aussi Bernadette Chirac). Puis 2, puis 1, et 0 en décembre 2003. Seule Florence Aubenas, entre « icône » et journaliste, fait revivre pendant 2 sessions cette catégorie (juillet et décembre 2005) qui depuis reste à 0. Ceci affaiblit la catégorie Sérieux qui semble baisser sur les 16 sondages étudiés.

Les hommes (oui, et les femmes) politiques sont peu représentés. Entre 3 et 6 personnes max par sondage. 9% du total en moyenne. Le Président n’a pas une place réservée (ex: décembre 2005, out Jacques Chirac). Il faut avoir eu un impact médiatique important pour entrer (ex: Ségolène Royal), la politique ne protège pas de la sortie (ex: Nicolas Sarkozy sort entre juillet et décembre 2005). Par contre, les icônes politiques comme Simone Veil peuvent rester longtemps dans le haut du classement ou faire des entrées/sorties régulières comme Bernard Kouchner.

Une des raisons du faible nombre de personnalités politiques dans le palmarès doit être liée à l’existence d’autres outils de sondage spécifiques, en particulier chez le sondeur, IFOP.

La Télé. Catégorie assez stable autour de 15%, même si on peut observer une légère diminution. Catégorie auréolée par Bernard Pivot pendant longtemps. Perso, j’appelle ça la catégorie des « passe-plats ».

Le Sport. Assez peu représenté finalement. 14% en moyenne. Avec de grand écart (8% à 20%). Pour moi, cela correspond à un choix éditorial.

A noter que le nombre de femmes de varie pas avec le nombre de sportifs ou celui des « sérieux ». Il n’y a pas de catégorie spécifiquement masculine ou féminine.

Les « Icônes ». Une ou 2 par sondage. L’Abbé Pierre a tenu longtemps le haut du pavé. Sœur Emmanuelle a été bien seule jusqu’à ce que je lui apporte la compagnie d’Ingrid Betancourt (qui n’est pas « femme politique » en France, mais bien une icône médiatique et quasi-religieuse).
Ah le besoin de sentir que tout ceci n’est pas que futilité.

Les « arts » ou la divine comédie musicale: Comédie+Chanson=57% de représentants en moyenne dans le classement, en augmentation quasi constante (62% en 2008). Comédie+Télé+Chanson=73% en moyenne, 76% en 2008. Ca commence à faire « tilt »?

Et les entrées ?

On sait comment on sort, mais pas pourquoi on entre. A posteriori, on peut arriver à retrouver les évidences : méga carton musical, méga carton cinéma (dernier exemple en date : Dany Boon), méga exploit sportif. Pour les autres… on ne peut que supposer une couverture médiatique particulièrement importante pendant l’inter session et positive (pas de téléréalitistes ou de starlettes over the top, faut du consensuel, coco). Mais pourquoi cette personne plutôt qu’une autre? (pourquoi Rachida Dati entre (et sort aussi d’ailleurs) en juillet 2007). Qu’est-ce qui fait qu’on « passe le cut »? Là est toute la subtilité du processus (qui a dit de la magouille ?).

De la méthode

« Echantillon de 1077 personnes (2008), représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Mode de recueil: Les interviews ont eu lieu en face à face au domicile des personnes interrogées. »

A partir de décembre 2003, l’assiette des sondés a été élargie en passant des « 18 ans et + » aux « 15 ans et + ». Cela n’a pas modifié fondamentalement le contenu de la liste (les entrants en décembre 2003 n’étaient pas « icones des jeunes », à la limite Laetitia Casta et Yannick Noah (et encore!)). Ca a pu jouer par la suite mais à la marge (plus dans le fait de gagner ou perdre une place que d’entrer dans le classement).

On peut toujours essayer de faire parler ce palmarès dans tous les sens. D’ailleurs, dans les derniers comptes-rendus, il y a des mini-tops 10 selon qu’on est homme ou femme, de droite ou de gauche, jeune ou vieux. Passionnant pour découvrir que, Oh my God, Nicolas Sarkozy n’est pas la personnalité préférée des gens de droite en 2008, même pas dans le top 10. Et aussi que les vieux préfèrent les vieux quand les jeunes préfèrent les hommes. Nooon. Quel scoop!

La présentation du questionnaire est assez floue: « les personnes qui comptent et que vous aimez bien ». Suivant que le sondé s’appuie sur le « compte » (Sans Ribéry, les Bleus, y sont foutus), le « aime bien » (ah, oui, Jean-Pierre Pernaut, il a l’air bien gentil) ou le « et » (Dany Boon? C’est un marrant ce gars, mais un bosseur aussi hein, attention, c’est pas qu’un rigolo), chacun doit pouvoir trouver son bonheur dans ce classement.
Euh, qu’est-ce qui se passe si une personne n’est la préférée d’aucun sondé? Est-ce qu’il n’y aurait pas un petit algorithme permettant de prendre en compte les personnes mises dans le paquet « ceux là ça va », avant la sélection des 10 lauréats? Je sens comme un arrière goût wikionesque…

So what ?

Alors, c’est quoi ce truc finalement? C’est le top 50 de « qui tu as vu le plus à la télé et que tu n’as pas eu envie de zapper ». Pas plus. Peut-être moins…

Si ça se trouve, c’est juste la liste des invités potentiels pour « qui veut gagner des millions spécial associations » ou « Vivement Dimanche ». Les plus jeunes (d’esprit) iront chez Arthur.

Publicités

Le Top 50 des personnalités préférées du JDD

Vous avez peut-être vu qu’hier le JDD a sorti son Top 50 annuel des personnalités préférées des Français, réalisé par l’IFOP. Un classement sur lequel on se dit a priori qu’il est utile de jeter un oeil, par curiosité, pour prendre la température de la société ou pour voir une certaine hiérarchie de « leaders d’opinion ».

Donc voilà, l’événement c’est la deuxième place de Dany Boon, qui ne détrône pas Yannick Noah… Et on voit dans ce Top 50 un beau patchwork de sportifs, de comédiens, de personnalités politiques, de musiciens, de présentateurs télé, de joueurs de poker mais aussi une soeur, une ex-otage et un mannequin-chanteuse-première dame. Tout cela est fort divertissant, jusqu’à ce que l’on lise l’encart méthodo écrit en petit et en italiques :

« Sondage IFOP pour le JDD, réalisé du 10 au 24 juillet 2008, auprès d’un échantillon de 1077 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont eu lieu en face à face au domicile des personnes interrogées. Dans une série de 51 noms, les interviewés ont eu à choisir parmi ceux qu’ils connaissent, les 10 personnalités qui comptent le plus et qu’ils aiment le mieux. Top 50 est une marque déposée par Lagardère Active ».

« Dans une série de 51 noms, les interviewés ont eu à choisir parmi ceux qu’ils connaissent, les 10 personnalités qui comptent le plus et qu’ils aiment le mieux. »

Une série de 51 noms : donc, les 50 personnalités préférées des Français, ce sont les 50 qui arrivent en tête à partir d’une liste de 51 établie par le JDD et l’IFOP.

Autrement dit, les personnalités politiques qui émergent dans le classement (Hulot, Veil, Betancourt, Sarkozy, Besancenot, Royal) ne sont pas celles qui ont été citées spontanément par les Français, mais celles qu’on a choisi pour eux. Celles que le JDD et l’IFOP ont choisi pour eux. Et visiblement, le JDD et l’IFOP ont décidé que Bertrand Delanoë, François Fillon, DSK, Chirac (M et Mme), au hasard, ne feraient pas partie des personnalités préférées des Français.

Idem dans toutes les catégories (dans l’esprit du sondage, pourquoi pas Thuram et Kad Merad ? Florence Aubenas elle n’a pas été séquestrée assez longtemps ?)… Un bien bel exercice. Ha, les sondages…

Il est juste un peu dommage qu’on ne sache pas qui était 51ème, non ?

Polémique de la veille de l’Elysée : c’est aussi un banal dérapage de relations presse

3 lignes dans un article du JDD et la blogosphère est en émoi :

« Outre François de La Brosse qui s’occupe du site Internet de la présidence, un jeune normalien-HEC de 24 ans, Nicolas Princen, viendra renforcer ce pôle avec la charge de surveiller tout ce qui se dit sur la Toile, de traquer les fausses rumeurs et de déjouer toute désinformation à l’encontre du Président. L’objectif: contre-attaquer aussitôt. »

Pour revenir sur cette polémique, voir la remise en perspective de PR2Peer,  les conseils de veille online de Versac et la mise a point de Koz le rocker à l’attention de toutes les vierges effarouchées.

Un seul commentaire ici car tout est dit ailleurs : je suis très surpris par le nombre de commentateurs qui ont pris les 3 lignes de l’article du JDD pour une déclaration officielle de l’Elysée.

Car comment dire… Peut-on vraiment imaginer que l’Elysée ait communiqué la nomination de Nicolas Princen en disant qu’il devait « traquer les fausses rumeurs », « déjouer toute information » et « contre-attaquer aussitôt » ?

Alors soit on croit que les médias sont des machines entièrement contrôlées par l’Etat, soit on oublie de décrypter le langage du journaliste. Evidemment, ces 3 lignes sont « l’interprétation » que Florence Muracciole, la journaliste du JDD, fait de la description du job que l’Elysée lui a faite. Evidemment, l’Elysée a dû être sacrément en colère en découvrant le papier et ses conséquences sur le web. Le langage de l’Elysée est d’ailleurs très différent quand LePost lui redonne l’occasion de s’exprimer, cette fois avec ses propres mots, à ce sujet.

Tout cela est donc parti d’un banal dérapage de relations presse. Sans dérapage presse, pas de bad buzz. Ce qui nous apprend quoi ? Que le média « traditionnel » est encore le déclencheur, le faiseur d’opinion. Et que la parole du journaliste est perçue comme crédible et en l’occurrence assez faiblement décryptée. Bref, c’est un cas qui montre… l’importance des (bonnes vieilles) relations presse (traditionnelles).